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Les chrétiens d'Egypte s'estiment de plus en plus marginalisés Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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Écrit par Caroline Stevan   
Le Temps.ch - Samedi 12 Janvier 2008

MINORITES. Des coptes convertis à l'islam souhaitent retrouver leur religion d'origine. Le jugement, attendu ce samedi, pourrait aggraver les tensions existant entre les deux communautés.

Un rien peut mettre le feu aux poudres. Une pièce jugée irrévérencieuse et c'est un théâtre qui brûle. Un commerçant copte refusant de faire crédit à un client musulman et la bisbille devient bagarre qui embrase toute la cité. Les incidents entre chrétiens - 10 à 15% des 80 millions d'Egyptiens - et musulmans se font de plus en plus fréquents. Et gagnent en dangerosité; les émeutes d'avril 2006 à Alexandrie ont causé la mort de deux personnes.

Ce samedi, un tribunal du Caire doit rendre son jugement dans l'affaire de coptes convertis à l'islam et souhaitant redevenir chrétiens. Beaucoup redoutent déjà les réactions que pourrait susciter le verdict. «Hosni Moubarak craint plus que tout la naissance de factions à l'irakienne, il fera tout pour calmer le jeu, note un observateur. Des négociations ont probablement eu lieu dans les hautes sphères politiques et religieuses afin de trouver un arrangement.» «Le problème est que ni le patriarche orthodoxe Chenouda III ni le grand imam de la mosquée d'Al-Azhar n'ont encore l'autorité nécessaire pour contenir leurs troupes», souligne de son côté Hasni Abidi, directeur du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen, à Genève.

Cette crispation communautaire semble résulter à la fois d'un contexte international - montée générale de l'islamisme et repli identitaire depuis le 11 septembre 2001 - mais également plus local. «Un grand nombre d'Egyptiens partent travailler en Arabie saoudite et en reviennent imprégnés des idées wahhabites, constate Nabil Zaki, écrivain et journaliste au Caire. La sensibilité égyptienne et socialiste a été supplantée par l'appartenance à l'une ou l'autre des confessions. Aujourd'hui, les politiciens sont d'abord musulmans ou chrétiens, ensuite Ahli ou Zamalek (ndlr: des clubs de foot), enfin de tel ou tel parti.» «La tension vient également du fait que les coptes détiennent la fortune (ndlr: même si une grande majorité est pauvre). La famille Sawiris, par exemple, est à la tête de tout le secteur des télécoms», ajoute Hasni Abidi.

L'Etat égyptien n'est pas considéré comme le garant de l'unité et de la paix confessionnelle, bien qu'il ait récemment inscrit l'égalité de tous les citoyens dans la Constitution. Nombre de chrétiens se voient refuser des postes dans l'administration et dans les hautes sphères du pouvoir. «Il devient difficile de trouver un emploi lorsque l'on est copte, les livres scolaires et les médias nous appellent les mécréants et lorsqu'il y a des violences, les policiers n'interviennent qu'à la fin, arrêtent 20 chrétiens et 20 musulmans pour dire que les torts sont partagés», énumère un orthodoxe excédé souhaitant garder l'anonymat. «Chaque fois que les coptes essaient de restaurer l'une de leurs églises, les obstacles bureaucratiques sont innombrables, même pour relever la moindre barrière», regrette Ahmed, intellectuel cairote.

Les doléances sont multiples et quotidiennes. Nevine, salariée chez Hewlett-Packard, remarque que «des collègues barbus ne s'adressent plus qu'aux femmes voilées». Afaf se plaint que des chauffeurs de taxi refusent de la conduire parce qu'elle a la tête nue. «Les pratiques islamiques sont devenues tellement envahissantes et tape-à-l'œil que les coptes se sentent complètement discriminés et isolés, précise sa sœur Chadia. Certains se sont même mis à pratiquer le ramadan pour ne pas être montrés du doigt!»

Avec la montée des tensions est venu le temps de l'ostentation. Chacun doit montrer à quel camp il appartient. De plus en plus de musulmans, ainsi, arborent la zebiba sur le front, une sorte d'hématome à la limite de la croûte censée prouver qu'ils prient très fort à la mosquée. «Plus la tache est foncée, plus il faut les considérer comme de fervents musulmans», note Chadia. «Ils ne se font même pas ça en plaquant la tête au sol durant la prière, mais en la tapant avec une bouteille ou un caillou», dénonce Georges, barman sur le Nil. Les femmes, elles, sont toujours plus nombreuses à porter le hidjab (le voile). Les coptes, plus discrets, ont souvent une croix tatouée à l'intérieur du poignet, leurs épouses la portant autour du cou. Parfois cachée sous un voile.

 

 
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