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Les Coptes et Israël Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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Écrit par Nathalie Szerman et Masri Feki   

Les Coptes et Israël

 

 

Reportage de Nathalie Szerman et Masri Feki pour © Israël Magazine

 

Le Saint-Sépulcre de Jérusalem abrite des communautés chrétiennes aux relations fort complexes. Depuis des siècles, le conflit porte sur la propriété des Lieux Saints et le droit de leur utilisation par les différentes Eglises. Le "Statu Quo", qui a tenté de régler ces différends, a aussi constitué une nouvelle source de litiges. Le Saint-Sépulcre, qui se divise en cinq sections (le Golgotha, la Tombe, la Basilique, le Corridor et la Crypte de la Croix) n'abrite pas moins de six groupes : les Catholiques latins, les Grecs orthodoxes, les Catholiques arméniens, les Orthodoxes syriens, les Ethiopiens et les Coptes. Tout ce beau monde, composé de moines des diverses obédiences, se côtoie avec le plus grand civisme, dans la discrétion des longues robes monacales et des paroles chuchotées. Il faut voir la Cour du Saint-Sépulcre s'animer, au environs de 19h : à l'heure où les étoiles sortent, les moines les imitent. Mais ici comme partout ailleurs, des mésententes existent et les relations sont plus tendues qu'il n'y paraît. Nous sommes allés sur les lieux rencontrer les moines coptes.

 

Qui sont les Coptes ?

 

Peu connus du grand public, les Coptes sont la première communauté chrétienne du Moyen-Orient. Etymologiquement, les Coptes sont les « habitants de l'Egypte ». Evangélisés par Mari-Morcos (Saint Marc), ils se sont constitués en Eglise nationale au concile de Chalcédoine en 451.

 

Il n'existe aucune statistique officielle sur la répartition confessionnelle en Egypte. Celui de 1986 donnait le nombre de 3 300 000 chrétiens alors que les églises locales, à partir des registres des baptêmes, affirmaient l'existence d'au moins 10 millions de fidèles. Une partie de cette différence est due certainement au grand nombre de chrétiens qui, pour des raisons de sécurité ou de pression sociale, se déclarent musulmans. Selon l'Institut Ibn Khaldoun pour le développement, dirigé par le réformiste musulman Saadedine Ibrahim, le nombre des chrétiens est de 12 millions environ, soit à peu près 15% des 79 millions d'Egyptiens. Les régions où l'on trouve la plus grande concentration de chrétiens sont la Haute-Egypte et notamment les gouvernorats de Minia, Assiout, Sohag et Qena, où le pourcentage des chrétiens s'élève à 35%.

 

Abouna Azaria, moine copte du Saint-Sépulcre

 

Dans la pénombre froide du Saint-Sépulcre, le Père Azaria nous attend à l'emplacement réservé aux Coptes, un lieu d'une sainteté toute particulière, puisqu'il donne sur l'extrémité du tombeau de Jésus – au niveau de la tête. Des fidèles s'agenouillent humblement. Reclus dans un coin, éclairé par une multitude de cierges, abouna Azaria passe interminablement de la lecture des textes saints coptes aux questions que lui posent les visiteurs du monde entier. Dans un panier, des Allemands déposent des euros, qui viennent s'ajouter aux dollars et aux shekels qui s'amoncellent. Mais tout cet argent n'ira pas dans la poche du Père Azaria : il sert à subvenir aux besoins de la communauté copte dans tout le pays, et de ses moines qui ont fait vœu de pauvreté.

 

Et de fait, quand le téléphone portable d'abouna Azaria retentit et que celui-ci s'éloigne pour discuter en arabe égyptien de choses profanes, ses préoccupations ne sont autres que le prix du pain et du riz.

 

Notre interlocuteur, surpris que l'on s'intéresse à son emploi du temps, nous décrit comme suit une journée type : il se lève à trois heures du matin, rejoint la messe de 4h30, vient s'installer à 7h00 du matin au Saint-Sépulcre, à l'endroit exact où nous l'avons trouvé aujourd'hui, et reste là, installé sur sa petite chaise, jusqu'à 13h. A 13h, il se retire, non pour déjeuner, mais pour s'atteler à des tâches de secrétariat pour l'Archevêque, le Métropolite de Jérusalem. Plus tard dans la journée, il revient occuper sa chaise et lire des textes saints à la lumière des cierges, sous le regard bienveillant des représentations de la Vierge Marie et de saints coptes. A 19h, il prend son premier et seul repas de la journée. Il se couche à 23h30. "Il n'est pas bon de trop dormir et manger", commente sommairement le moine. Le samedi et le dimanche, le rythme est plus détendu.

 

Evoquant certains aspects caractéristiques de la religion copte, abouna Azaria affirme que la circoncision est pratiquée le 8 ème jour à l'hôpital, et que l'excision, très répandue en Egypte [1], est interdite.

 

Les difficultés des Coptes en Egypte

 

Au XXème siècle, après avoir été à la tête de la lutte nationaliste anti-coloniale, les Coptes ont été rapidement confrontés à la montée de l'intégrisme musulman. Dans les années 70 en Haute-Egypte, puis en juin 1981, lors des émeutes de Zawiya el-Hamra, dans la banlieue du Caire, des groupuscules islamistes ont tué plusieurs dizaines de Coptes, provoquant la colère de leur patriarche, Chenouda III, qui dénonça alors le laxisme du pouvoir.

 

Pour Brian May, responsable de la Commission des droits de l'homme d'Amnesty International, « les Coptes restent une cible privilégiée de la violence islamiste et l'objet d'une discrimination diffuse ». « A force de pressions, de persécutions, d'intimidations au quotidien, nous dit Nagy Awad, président de l'Association des Coptes d'Europe, on devient musulman pour avoir la paix, pour se marier avec une musulmane, pour faire carrière normalement, pour ne pas avoir de problèmes à louer un appartement, pour s'inscrire à l'Université… »

 

Sur 444 membres du parlement ne siègent que deux Coptes [2]. Les Coptes sont à peu près aussi mal représentés dans toutes les institutions du pays, notamment dans les syndicats et les conseils populaires. Aucun non-musulman ne peut devenir gouverneur, ni doyen d'une faculté.

 

Depuis l'avènement au pouvoir de Gamal Abdel-Nasser à la suite du coup d'Etat des Officiers libres, les Coptes refusant de se dire Arabes et de se mettre sous la bannière du panarabisme nassérien, sont exclus des hauts échelons de l'armée, de la police, des services de renseignement, de la magistrature, des postes de commandement.

 

De nombreuses écoles subventionnées par des fondations wahhabites n'acceptent pas les écoliers chrétiens. C'est le cas de l'école Omar ibn el-Khatab du Caire. En 1998, la chaîne de restaurants Moumen ("Le Croyant") diffusait une offre d'embauche dans le premier quotidien gouvernemental, Al-Ahram, où l'on pouvait lire « Coptes s'abstenir ».

 

Ces problèmes sont certes le reflet d'une crise de l'ensemble de la société égyptienne, de ses impasses et des réticences de ses dirigeants à engager l'Egypte dans la voie de l'ouverture politique et culturelle.

 

Les Coptes de diaspora, souvent appelés « Aqbat el-Mahgar » dans les médias égyptiens, sont accusés d'entretenir des liens avec l'Occident, notamment les Etats-Unis. Hyperactifs auprès du Congrès, les dirigeants de la communauté copte aux Etats-Unis font du lobbying auprès des élus américains afin de faire pression sur le régime égyptien [3]. En agitant l'épouvantail de la discrimination religieuse, le Congrès pourrait en effet voter la suppression de l'aide américaine au gouvernement égyptien [4]. Abouna Azaria, interrogée sur une éventuelle ingérence internationale, nous répond : « Elle est souhaitée parce que plus personne de l'intérieur ne peut dénoncer les injustices. »

 

Les relations avec Israël sont bonnes

 

La communauté copte en Israël, dont les grands centres sont Nazareth, Bethlehem et Jérusalem, compte quelques milliers de familles. Abouna Azaria, originaire de Minia, en Egypte (une ville à 35% chrétienne), n'est pour sa part à Jérusalem que depuis dix ans. Les rapports avec l'Etat d'Israël sont bons, affirme-t-il : le 7 janvier (date du Noël copte), l'Etat israélien leur envoie ses vœux. L'affaire de Deir el-Sultan n'a toutefois jamais été bien digérée. Avec l'Autorité palestinienne ? "Les rapports sont excellents... même si les extrémistes nous menacent parfois". Un aveu qu'il semble déjà regretter. Avec le Vatican ? "Nous sommes en excellents termes". Seuls les orthodoxes éthiopiens suscitent la réserve des Coptes, à cause de la fameuse affaire de Deir el-Sultan (voir plus bas). Ce monastère appartient aux Coptes, assure abouna Azaria, mais l'Etat d'Israël en a accordé les clefs aux orthodoxes éthiopiens, pour des raisons d'intérêts politiques, estime-t-il.

 

Il a fallu attendre l'arrivée de Saladin en 1187 pour que les Coptes reprennent possession de leurs biens confisqués par les Croisés, relate le Père Azaria. Saladin rendit aux Coptes leur propriété de Deir el-Malak (le monastère de l'Ange), qui prit alors le nom de Deir el-Sultan (le monastère du Sultan), en mémoire de ce geste de Saladin.

 

"Israël a contracté une coopération militaire avec l'Ethiopie en échange des clés de Deir el-Sultan"

 

En 1967, alors que les relations entre Israël et l'Egypte sont au plus bas, les Israéliens confient le monastère aux Ethiopiens au lieu de le rendre aux Coptes, à qui il appartient de droit, selon abouna Azaria. Il croit savoir qu'en échange des clés du monastère, Israël aurait obtenu une base de missiles en Ethiopie et l'autorisation de survoler le pays.

 

Les moines éthiopiens, que nous croisons sur les toits du Saint-Sépulcre, à proximité du monastère revendiqué, affirment entretenir d'excellentes relations avec tous, mais refusent catégoriquement d'aborder le sujet des Coptes, décrétant abruptement : "Deir el-Sultan est à nous".

 

Le lendemain, nous rencontrons le Père Antonios, qui consent à quitter son monastère pour nous rejoindre dans un café au centre de Jérusalem. Nous conversons dans un mélange d'anglais, d'hébreu et d'arabe égyptien. En versant du sucre dans son breuvage, ce jeune moine de 37 ans relate qu'il vit au monastère depuis onze ans et travaille comme secrétaire dans la journée.

 

Le Père Antonios est également satisfait des relations avec l'Etat d'Israël, racontant s'être entretenu avec Dalia Itsik, présidente de la Knesset, lors du Noël copte. Les relations sont également bonnes avec l'Autorité palestinienne, assure-t-il. Celle-ci aurait accordé aux Coptes l'autorisation de bâtir une église à Ramallah.

 

Les moines n'ont pas souvent l'occasion de s'exprimer dans les médias. Aussi demandons-nous à notre interlocuteur s'il aimerait faire passer un message : "Dites aux dirigeants de faire la paix, d'aller vers l'autre, de combattre le fanatisme. Le fanatique est celui qui dit : j'ai raison et vous avez tort." Joignant l'action à la parole, le moine, qui ne semble pas pressé de nous quitter, suggère : "Nous devrions nous voir plus souvent, multiplier ces rencontres." Pour la prochaine réunion, nous lui suggérons de nous retrouver chez un bon pâtissier ...

 

 



[1] Le pourcentage de femmes égyptiennes excisées, très difficile à vérifier, est estimé à 91,8% selon l'Association du planning familial du Caire.

[2] Youssef Boutros-Ghali et Mounir Fakhri Abdelnour.

[3] Claude Guibal, « Les musulmans refusent que nous existions en Egypte », Libération, 10/04/2004.

[4] 2.1 milliards de dollars.


 
 

 
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