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Le vieil Homme et l'Homme nouveau Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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Écrit par Saint Macaire le Grand   

LE VIEIL HOMME ET L’HOMME NOUVEAU

Sur le royaume des ténèbres, c’est-à-dire du péché ; et que Dieu seul peut nous libérer du péché et nous délivrer de l’esclavage du prince de la malice 

      Le royaume des ténèbres, le Prince pervers, a, dès le commencement réduit l’homme en captivité ; il a enveloppé et revêtu son âme de la puissance des ténèbres. Comme on fait d’un homme un roi, comme on le couvre de vêtement royaux, de telle sorte  que de la tête aux pieds il est revêtu d’ornements royaux, ainsi le Prince pervers a-t-il revêtu du péché l’âme et toute sa substance, il l’a souillée tout entière et l’a réduite toute entière en servitude dans son royaume. Il n’a laissé en liberté aucun de ses membres : ni ses pensées, ni son intellect, ni son corps ; mais il l’a couverte entièrement de la pourpre des ténèbres. De même que le corps ne souffre pas seulement dans l’une de ses parties ou dans l’un de ses membres, mais est tout entier sujet à la douleur, ainsi l’âme tout entière subit les passions du mal et du péché. C’est donc l’âme tout entière, cette partie et ce membre principal de l’homme, que le Malin a enveloppé de sa malice, c’est-à-dire du péché. Et ainsi le corps est devenu passible et corruptible. 

      Quand l’Apôtre dit : « Dépouillez le vieil homme » (Eph., 4, 22), il entend par là un homme tout entier, ayant des yeux en plus de nos yeux, une tête en plus de notre tête, des oreilles en plus de nos oreilles, des mains en plus de nos mains, des pieds en plus de nos pieds. Car c’est l’homme tout entier, âme et corps, que le Malin a souillé et renversé ; et il a revêtu l’homme d’un « vieil homme » souillé, impur, ennemi de Dieu et qui ne se soumet pas à la loi de Dieu (cf. Rom., 8, 7), le péché même, de sorte que l’homme ne voit plus comme il veut, mais voit et entend de façon perverse, que ses pieds sont empressés à faire le mal (cf. Prov. 6, 18), que ses mains commettent l’iniquité et que son cœur a de mauvais desseins. Prions donc Dieu, nous aussi, pour qu’il nous dépouille du vieil homme, car seul il peut nous enlever notre iniquité. En effet, ceux qui nous ont réduits en captivité sont plus forts que nous et nous tenons prisonniers dans leur royaume. Mais Dieu lui-même nous a promis de nous libérer de cette servitude mauvaise. Le soleil a son propre corps et propre nature, et de même le vent a sa propre nature et son propre corps, et cependant personne ne peut séparer le vent du soleil, sauf Dieu seul ; à qui il appartient de calmer le vent pour qu’il ne souffle pas ; de même, le péché et l’âme sont mêlés, bien qu’ils aient chacun leur propre nature. 

      Il est donc impossible de séparer l’âme du péché, si Dieu ne calme et n’arrête ce mauvais vent qui habite dans l’âme et dans le corps. Autre comparaison : un  homme qui voit voler un oiseau et voudrait voler lui aussi en est incapable, parce qu’il est dépourvu  d’ailes ; de même, chez l’homme, il y a bien la volonté (cf. Rom., 7, 18) d’être pur, sans reproche et sans souillure, libre de toute malice, et d’être toujours avec Dieu : mais il lui en manque le pouvoir. L’homme voudrait bien s’envoler dans l’atmosphère divine et dans la liberté du Saint-Esprit ; mais, aussi longtemps qu’il ne reçoit pas d’ailes, il ne peut le faire. Supplions donc Dieu de nous donner « les ailes de la colombe » (Ps. 54, 7) du Saint-Esprit, afin que nous volions vers lui et que nous reposions, et pour que soit apaisé et séparé de notre âme et de notre corps le vent mauvais, le péché, qui habite dans les membres de notre âme et de notre corps. Lui seul en effet est capable de le faire. N’est-il pas écrit : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » ? (Jn, 1, 29). Lui seul a accordé aux hommes qui croient en lui cette miséricorde qui consiste à les délivrer du péché, et il sauve de cette même manière ineffable ceux qui espèrent continuellement en lui, et qui l’attendent et le prient sans cesse. 

      Comme un vent sauvage qui souffle dans une nuit obscur et ténébreuse, ébranle, agite et secoue toutes les plantes et toutes les graines, ainsi l’homme qui est tombé au pouvoir de la nuit, des ténèbres et de Satan, et qui vit dans cette nuit ténébreuse, est violemment secoué, agité et ébranlé par le vent terrible du péché, qui souffle et pénètre toute sa nature, son âme, ses pensées, son intellect, et qui secoue tous les membres de son corps ; aucun membre du corps ni de l’âme ne demeure libre et impassible à l’égard du péché qui habite en nous. Il en va de même du jour lumineux et du vent divin de l’Esprit-Saint : il souffle et réconforte les âmes qui vivent dans le jour de la lumière divine ; il imprègne toute les membres du corps et les remplit d’une paix divine et inexprimable. C’est  là ce que disait l’Apôtre : « Mais nous, nous ne sommes pas les enfants de la nuit et des ténèbres, car vous tous, vous êtes enfants de la lumière et du jour » (1 Thess., 5, 5). Et  de même que là-bas, dans l’égarement, le vieil homme se dépouille de l’homme parfait et porte le vêtement du royaume ténébreux, le vêtement du blasphème, de l’incrédulité, de l’insolence, de la vanité, de l’orgueil, de l’avarice et de la convoitise, et les autres vêtements loqueteux, impurs et souillés du royaume des ténèbres, de même ici, à l’inverse, ceux qui se dépouillent du vieil homme, de l’homme terrestre, ceux auxquels Jésus enlève les vêtements du royaume ténébreux, revêtant l’homme nouveau et céleste, Jésus-Christ, et possèdent, d’une façon semblable, des yeux en plus de leurs yeux, des oreilles en plus de leurs oreilles, une tête en plus de leur tête, de sorte que l’homme devient entièrement pur et porte l’image céleste. 

      Et le Seigneur le revêt des vêtements du royaume de la lumière ineffable, des vêtements de la foi, de l’espérance, de la charité, de la joie, de la paix, de la bienveillance et de la bonté, ainsi que de tous les autres vêtements divins et vivants de la lumière, de la vie, du repos ineffables, afin que l’homme nouveau devienne par grâce ce que Dieu est : amour, joie, paix, bienveillance et bonté. Et de même que le royaume des ténèbres et le péché sont cachés dans l’âme jusqu’au jour de la résurrection, et qu’alors le corps des pécheurs sera lui-même enveloppé dans les ténèbres qui sont à présent encore cachés dans l’âme, ainsi le royaume de la lumière et l’image céleste, Jésus-Christ, illuminent maintenant mystiquement l’âme et règnent dans l’âme des saints ; caché aux yeux des hommes, le Christ n’est vraiment visible qu’aux yeux de l’âme, jusqu’au jour de la résurrection, où le corps lui-même sera enveloppé et glorifié par la lumière du Seigneur, lumière qui est déjà dans l’homme quant à son âme, afin que le corps lui aussi règne conjointement avec l’âme, laquelle reçoit dès à présent le Royaume du Christ, avec son repos et sa lumière éternelle. Gloire soit à sa compassion et  à sa tendresse, car il a pitié de ses serviteurs, il les illumine, les délivre du royaume des ténèbres et leur accorde sa lumière et son royaume. A lui soient la gloire et la puissance dans les siècles. Amen.

 

 
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