NOTICE

La Vie de Démétrius (douzième patriarche d’Alexandrie, 189-232) occupe un ensemble cohérent et unifié dans l’édition Seybold, pages 26 à 36. Elle constitue l’un des sommets narratifs du recueil de Sévère et, à bien des égards, son premier grand récit théologique et polémique. La progression du texte suit une structure tripartite nettement articulée : (

1. Désignation et élection miraculeuses de Démétrius (pp. 26-29) — paysan analphabète, marié mais chaste ; le patriarche défunt Julien le voit en songe vendangeant une grappe hors saison ; l’ange désigne son successeur. La difficulté canonique de l’épiscopat d’un homme marié est résolue par l’épreuve du feu, dans laquelle les époux, portant des charbons ardents dans le pan de leurs vêtements, manifestent publiquement la virginité de leur union. Épisode extraordinaire, où Sévère insère un très long discours de Démétrius justifiant la chasteté conjugale par la vision mystique de l’aigle.

2. Démétrius confronté à la persécution de Septime Sévère (pp. 29-30) — la liste des martyrs alexandrins (Plutarque, Sérénus, Héraclides, Héron, Potamienne, Basilide) est celle d’Eusèbe, H. E. VI, 4. Sévère compresse et arabise les noms grecs, que Seybold restitue en note.

3. L’affaire Origène (pp. 30-36) — c’est l’âme de la Vie. Origène (transcrit Ariyānus ou Ūrjānus) apparaît comme fils spirituel de Démétrius, qui l’instruit « de toutes les sciences et les livres divins jusqu’à ce qu’il vieillît ». L’ordination irrégulière d’Origène par Théoctiste de Césarée de Palestine, son auto-mutilation, puis ses erreurs trinitaires (« le Fils est créé, l’Esprit est créé ») provoquent sa déposition. Démétrius écrit à Alexandre de Jérusalem, à Philéas, à Asclépiade d’Antioche, exigeant la condamnation d’Origène. La notice énumère ensuite — avec quelque confusion chronologique — les hérésies qui se réclament d’Origène (Symmaque l’Ébionite, Ammonius, Philétas, Zébinus, un certain Syméon) et présente enfin la liste du canon biblique reçu à Alexandrie — rare dans la littérature copto-arabe.

L’importance du récit tient à ce qu’il noue en un seul mouvement la figure du patriarche-ascète (chasteté conjugale, combat contre les pensées à la manière de Joseph), l’évêque-chef (gouvernement de l’Église sous la persécution), et le théologien (gardien de l’orthodoxie trinitaire contre Origène). La polémique anti-origéniste est ici tardive — elle reprend les décisions ultérieures du Concile de Constantinople II (553) et les projette sur Démétrius, qui devient dans le récit copte le premier « juge d’Origène ».

Les noms propres grecs et les toponymes ont été restitués dans leur forme canonique, avec indication de l’apparat critique de Seybold en note. Les citations bibliques latentes (Pr 6, 27 sur le feu dans le sein ; Gn 39 sur la maison de Joseph l’Égyptien ; Mt 19, 12 sur l’eunuque pour le Royaume ; Mc 9, 48 sur le feu qui ne s’éteint pas) sont identifiées.

 

Démétrius, Patriarche, douzième du nombre

qui est la quatrième Vie tirée des Vies de la sainte Église

Lors de la mort du patriarche Julien[1], l’ange du Seigneur lui apparut en songe, la nuit où se fit son décès, et lui dit : « Celui qui viendra demain t’apporter une grappe de raisin est ton successeur. » Or, au matin, vint à lui un homme paysan, marié, qui ne savait ni lire ni écrire : son nom était Démétrius (Dīmītriyūs), et il était sorti labourer sa vigne, où il avait trouvé une grappe de raisin hors de la saison du raisin ; il la remit, sous le pan de son vêtement, au patriarche ; aussitôt celui-ci dit au peuple[2] présent : « Cet homme est votre patriarche, ainsi que me l’a dit hier l’ange du Seigneur. » On le prit de force, on le lia d’une chaîne de fer, et on le reposa [sur le siège]. Le même jour, Julien se reposa. Ils firent patriarche Démétrius : la grâce divine se déploya sur lui ; il ressemblait à Joseph fils de Jacob. Il était marié, et c’est pour cela qu’il devint plus excellent encore que Joseph, car il n’avait point connu sa femme. Et un homme disait : « Comment[3] admettre qu’un patriarche soit un homme marié ? Les apôtres n’ont-ils pas dit à leurs disciples dans leurs canons qu’un évêque qui a une seule femme ne peut pour cela être empêché ? — car l’épouse croyante, vertueuse, à la conduite pure, et sans tache, ni le patriarche — lui donc est évêque de la cité d’Alexandrie, à qui revient le gouvernement des évêques de ses terres, car il est successeur de Marc l’Apôtre, envoyé dans toutes les provinces d’Égypte, de la Pentapole, de Nubie et d’Abyssinie, toutes celles qui étaient échues dans la part du Père Marc, le prédicateur évangéliste, parce qu’il les avait reçues pour prédication évangélique. C’est pour cela qu’il faut que le jugement de l’évêque d’Alexandrie soit universel sur toutes. » Et ce peuple aimait ce patriarche et disait « il est le douzième de Marc le prédicateur, bien qu’ils ne fussent pas mariés, sauf celui-ci. » Mais ils étaient circonspects à son égard, et c’est parce qu’il avait ce don de Dieu. Lorsqu’il célébrait la sainte [messe], et qu’avant que s’approchât quelqu’un du peuple, il regardait le Seigneur Christ placer le sacrifice entre ses mains ; et si s’approchait un homme indigne de recevoir les mystères, le Seigneur Christ le lui désignait; il le blâmait et lui reprochait sa faute, et l’avertissait, et lui disait : « Écarte-toi de tes péchés que tu commets » ; alors il recevait les saints mystères. Il demeura longtemps ainsi, jusqu’à ce que les fidèles, à Alexandrie, craignissent de pécher par crainte de ce patriarche, et de peur qu’il ne les livrât à la confusion ; et chacun des fidèles disait à son ami ou à son proche: « Rentre en toi-même et rends-toi compte, de peur qu’il ne fasse ta honte en face du peuple. » Certaines gens disaient : « Comment un homme marié pareil à Joseph nous fait-il ainsi trembler ? Et encore : ce trône est le trône de la virginité, parce que celui qui s’y asseyait auparavant était d’abord vierge. » Mais certaines gens disaient : « Il ne manque ici rien, car le mariage est pur. » Dieu voulut faire paraître que ses vertus étaient telles qu’il manifestait ses dons — et il ne laissa pas ce grand mystère caché —, comme il est dit en Son Évangile saint, sorti de Sa bouche pure : « Une cité bâtie sur la montagne ne peut être cachée. » Ce patriarche fit paraître ses vertus, afin que son peuple augmentât par lui en perfection. Cela lui advint parce qu’une certaine nuit l’ange du Seigneur vint à lui et lui dit : « Ô Démétrius, ne te cherche pas de salut, mais appelle ton proche — comme l’a dit l’Évangile — que le bon pasteur donne sa propre personne pour son troupeau. » Démétrius dit à l’ange : « Mon Seigneur, fais-moi savoir ce que tu m’ordonnes ; et si tu veux m’envoyer au martyre, je suis disposé à verser mon sang pour le Nom du Messie. » L’ange lui dit : « Écoute-moi, ô Démétrius, sache que le Seigneur Christ s’est incarné pour sauver Son peuple, et ce qui convient à toi maintenant, c’est de sauver toi-même seulement, car ce peuple doute de toi. » Démétrius dit : « Et quelle faute ai-je commise envers le peuple, mon Seigneur, pour que je fasse pénitence ? » L’ange lui dit : « Ce mystère qui est entre toi et ton épouse, fais-le paraître[4]. » Démétrius dit à l’ange : « Mon Seigneur, je préfère mourir plutôt que de laisser personne connaître cela. » L’ange lui dit : « Il faut que tu fasses connaître cela. Ceux qui, parmi les livres, disent que celui qui n’obéit pas périra. » Lorsque parut l’aurore[5], après l’achèvement de la sainte [liturgie], il réunit les prêtres et le peuple et leur fit connaître ce mystère qui est entre toi et ton épouse. L’ange lui dit : « Moi, je demande de Toi la mort avant moi, afin qu’elle ne sache aucun homme ce secret. » Puis l’ange disparut. Au matin, au jour de la fête de la Pentecôte, le patriarche sanctifia [le mystère], et ordonna au chef des diacres qu’il signalât aux prêtres et au peuple de ne pas sortir de l’église, et qu’ils s’assemblassent auprès du trône. L’archidiacre dit à l’assemblée : « Le patriarche vous dit à tous : Je veux vous entretenir, qu’aucun ne sorte de vous avant qu’il ait entendu ce que je dirai. » Lorsque la fraternité fut réunie, il leur ordonna de rassembler beaucoup de bois — ce qu’ils firent, dans l’étonnement, disant : « Que va faire le patriarche ? » Il leur dit : « Levez-vous, prions. » Ils prièrent, puis s’assirent ; et il leur dit : « Je demande à votre affection qu’on fasse venir mon épouse, afin qu’elle reçoive ta bénédiction. » Ils s’émerveillèrent en leurs cœurs, et dirent : « Qu’est-ce que cet acte ? » Puis ils lui dirent : « Comme tu nous l’ordonnes. » Le patriarche commanda à l’un de ses serviteurs, et lui dit : « Invite[6]mon épouse, la servante des saints, afin qu’elle reçoive ta bénédiction. » Arriva la sainte femme, et se tint au milieu des frères, et son époux le patriarche se leva et alluma beaucoup de charbons. Pendant qu’ils observaient, il prit dans sa main un charbon de feu, et en fit la plus grande masse, et les compta tous : aucun d’eux ne fut consumé dans le pan du vêtement[7]. Il dit à son épouse : « Étends le pan de laine qui est sur toi. » Elle l’étendit, et le père patriarche prit[8] le bois rassemblé par la foule — il brûlait debout —, leva [la braise], et lui ordonna d’être encens dans le giron d’elle. Ils firent tous de même ainsi, et elle ne fut pas consumée. Le patriarche dit : « Une seconde fois, levons-nous, prions. » Le bois s’alluma au milieu des hommes et de la femme, et il ne se consuma rien de lui. « Avez-vous entendu maintenant, ô mes bien-aimés, ce merveilleux grand prodige : quand l’homme se fait eunuque par son propre choix, il est meilleur que celui qui est né eunuque. Et pour cela ceci, ce saint n’a pas été brûlé, ni rien de ses vêtements, ni même de son épouse, parce que la flamme de la concupiscence s’est éteinte en elle. Maintenant, abrégeons en parole et revenons à ce récit, et glorifions Dieu à jamais. Nous disons : lorsque les prêtres virent le patriarche prier[9] en ton saint, de leur faire connaître ce mystère étonnant, il leur dit : « Écoutez maintenant ce que je vous dis : moi, j’ai fait ceci à la demande de beaucoup de gens. Moi, mon âge atteint aujourd’hui soixante-trois ans, et mon épouse que voici devant vous, est la fille de mon oncle paternel. Son père est mort ainsi que sa mère, elle a été laissée orpheline ; mon père est entré, et moi avec lui ; je n’avais pas de fils autre que moi, ni ma mère n’avait-elle de fils autre que la fille. Je me suis uni à elle en une seule maison, jusqu’à ce qu’elle atteignît quinze ans. Mon père voulut marier, ma mère aussi, de leurs enfants. Elle entra auprès d’elle alors[10] ; elle dit : « Comment avait-on repoussé, et qu’est-elle ma sœur ? », et je lui ai dit ce que je l’ai dit : « Il faut qu’on vive en cet endroit, que nous ne nous séparions pas jusqu’à la séparation de la mort entre nous, sans qu’il y eût entre nous aucune chose[11]. Quand la mort nous distingua ici, et que nous demeurâmes ici, en pureté, nous nous réunirions dans les cieux[12], et que nous nous abreuverions les uns les autres dans la félicité durable. » Lorsqu’elle entendit cela de moi, elle baisa mon front, et demeura mon corps pur, et ne me revint plus mon père ce qui était entre nous. Les appelés aux noces firent ce que l’usage fit à l’état de la noce — ainsi que des œuvres des gens du monde faites. Elle leur dit : « Moi, ces enfants et leurs jours nous précèdent depuis longtemps et se conservent dans ce que nous avons. » Lorsque sont morts mes deux parents, père et mère, nous sommes restés tous deux orphelins ; elle était à moi, et cela depuis quarante-huit ans, et nous avons dormi dans un seul lit, un seul drap et une seule couverture sur nous deux[13]. Et le Seigneur qui connaît les vivants et les morts, connaisseur des secrets des cœurs et Lui qui sait, jamais je n’ai su qu’elle était femme, ni elle n’a su non plus que je suis un homme ; mais certains de nous regardaient le visage de l’autre, et nous couchions dans un seul endroit et nous unissions ; ce monde ne nous a même pas connus du tout. Et quand nous étions tous les deux ensemble, nous vîmes une personne semblable à un aigle qui volait et descendait sur le lieu de notre couche entre elle et moi ; il mettait son aile droite sur moi, son aile gauche sur elle jusqu’au matin il s’éloignait ; nous le regardions[14] jusqu’à ce qu’il disparût. Et ne pensez pas, ô fraternité, et [vous] peuple aimé de Dieu, que je vous aie fait connaître ces mystères en voulant la gloire de ce monde périssable, ni que je vous aie informés de ma propre initiative, mais par ordre du Seigneur, qui m’a ordonné par cela qui veut le bien de tous les hommes, à savoir le Christ Sauveur. » Lorsqu’il leur dit cette parole, ils se prosternèrent tous, le visage contre terre, et dirent : « Certes, toi tu es notre père, bien excellent par-dessus beaucoup des gens de la piété : le Seigneur t’a eu en pitié, puisqu’il t’a fait notre chef — nous te rendons grâces ! » Il les bénit, appela sur eux la bénédiction, et leur donna congé ; ils s’en retournèrent à leurs demeures rendant grâces à Dieu. Après cette affaire, il ordonna à la femme qu’elle s’en allât à sa maison. Vous êtes-vous émerveillés, auditeurs, de cette merveille ? Et ce Père saint demeura avec cette épouse belle et vertueuse toute cette durée, avec patience, car ils sont ces [gens] mariés à présent encore, qui commettent l’adultère et disent : Nous sommes chrétiens ! Voici maintenant qu’ils viennent et entendent le Père Démétrius le patriarche, qui dit : Je ne connais mon épouse que de visage seulement — et ils s’émerveilleront, et se confondront devant ce Père saint, combattant, mortifiant les pensées charnelles. Quelle merveille : comment son cœur ne s’est-il pas troublé, regardant cette belle et vertueuse femme ! Comment ne l’a-t-il pas pressée de sorte que son corps, si doux, tendre, de la tendresse du corps ! Que j’admire ta parole, saint, en la douceur ! Ne te confonds pas avec celui qui lance les traits — je veux dire Satan — lui qui vise tous les hommes ! Moi, pareil à tous les hommes, je vous dis la réponse : Quand je me troublais et que montaient à mon cœur de la pensée rétrograde, je me souvenais du pacte que j’avais conclu avec le Christ, et je m’en corrigeais, et lorsque j’entrais à l’église des saints, et aussi quand je voyais la belle stature de son corps et sa douceur, je me souvenais des corps qui se décomposent dans les tombes et dont la puanteur se répand. Je préservais mon âme d’une parole étrangère, me tenant sur mes gardes, par la crainte du feu qui ne s’éteint point[15], et du ver qui ne meurt point, et de la ténèbre éternelle. Ô mes bien-aimés, ce Père a été élu par Dieu dans sa lutte, et son courage, plus vaillant que l’homme qui tue les lions selon la parole de quelques maîtres : « Ce n’est pas le courageux qui tue le lion[16], mais c’est celui qui est pur de la couche de la femme et des pièges des femmes. » Heureux ce saint, parce que Dieu Très-Haut l’a placé au même degré que Joseph fils de Jacob[17] quand il était dans la maison de l’Égyptienne ; il discourait avec elle en tout temps, tenant ferme et lui répondant : celui-ci combattait ses pensées jour et nuit, et ainsi s’accomplit son combat, et il préserva sa virginité et sa foi droite.

Il demeura quarante-trois ans patriarche. Il advint à Alexandrie un grand tumulte ; le roi Sévère le relégua en un lieu nommé cité d’Amūsayn[18] ; il s’y reposa le douzième [du mois] de Barmahāt — et l’on pense que c’est le jour de l’apparition de sa consécration. Et il fut martyrisé, aux jours de l’empereur Sévère (Sūryānūs), beaucoup d’entre eux, martyrs : c’était un homme nommé Burjānus (Origène)[19], qui avait enseigné des sciences profanes, avait rejeté les livres de Dieu, et commencé à s’élever contre lui. Quand le Père Démétrius l’apprit, il le vit au milieu de la foule qui s’égarait avec lui, à son mensonge.L’écarta-t-il de l’Église ?

Quant aux martyrs, ce sont Arīlās (Plutarque) et Flāṭarkhus et Serīnūs (Sérénus) — on les brûla vifs ; Ibrāklāda (Héraclide) et Arūn (Héron), on leur prit les têtes ; et ainsi aussi Sīrīn[20] ; et les deux femmes Isīlīts (Basilidès)[21] et Afṭūmāyinā (Potamienne)[22], après qu’elles eurent subi une grande peine et combat intense : elles furent le père des rois, Ūsābiyūs et Maqāryūs — c’est-à-dire le sort d’Iqlāwūd, Basṭus et Tādurus l’Oriental — tous ces martyrs étaient proches les uns des autres. L’un d’eux s’appelait Ikilā et il fut Basilide (Bāsīlīts)[23], du corps des soldats, qui s’avançait par son propre choix. Lorsqu’on l’interrogea : « Pourquoi agis-tu ainsi ? », il dit : « Je suis chrétien, parce que j’ai vu, il y a trois jours, en songe, une femme m’apparaître qui a placé sur ma tête une couronne, de la part de Jésus Christ. » De même il reçut la couronne du martyre. Ainsi aussi furent martyrisées beaucoup de gens. Et une autre femme du nom de Potamienne[24], leur apparut en songe et les appela à la foi dans le Seigneur Christ jusqu’à ce qu’ils reçussent les couronnes du martyre.

Vint à Alexandrie un gouverneur à la place de Fanṭanus[25] : son nom était Iqlāmus, qui était gouverneur en ces jours. Ce Iqlāmus composa un livre, par sa propre initiative, dans lequel il annulait les chronologies. Puis un homme juif — scribe juif, qui lisait le livre de la prophétie de Daniel — dès la dixième année du règne de Sévère, faisait courir les années et les chronologies jusqu’au temps de l’Antéchrist par son propre choix, et il disait que s’approchait l’heure, par les actes de Sévère, le roi ennemi. Lorsque vit Ariyānus (Origène) que le Père Démétrius avait une part de ce qu’il fit, à cause de ce qui ne convenait pas — qu’il s’agisse des livres de la magie —, il les rejeta. Il mit à part les livres des saints, et il composa beaucoup de livres dans lesquels il parla contre beaucoup d’entre eux[26], blasphémant le Père, le Fils et le Saint-Esprit : que le Père a créé le Fils, et que le Fils a créé le Saint-Esprit ; il ne disait pas que le Père, le Fils et l’Esprit-Saint sont un Dieu unique, et que la Trinité n’est pas impuissante à rien, mais qu’elle est puissance d’une seule substance[27]. En raison de sa mauvaise doctrine, l’Église le repoussa, quand il devint un étranger à elle — non des enfants de ceux-ci, et s’adonna à ses propos. Lorsqu’il fut chassé d’elle et que cessa sa classe[28], il sortit d’Alexandrie et s’en alla à la Palestine ; il finit par obtenir, par ruse, le degré du sacerdoce : il fut ordonné prêtre de la main de l’évêque de Césarée de Palestine. Puis il revint à Alexandrie, et espéra qu’il s’accomplirait en elle le sacerdoce de ce qu’il voulait ; mais le Père Démétrius ne l’accepta pas, et lui dit : « Le canon apostolique des Pères exige que le prêtre ne quitte pas l’autel sur lequel il a été consacré : qu’il s’en retourne au lieu où je l’ai partagé en l’évêque et qu’il y serve comme il est abaissé en son rite ; quant à moi, je ne résous le canon de l’Église, en raison de la lutte des gens ; pour lors, il demeura rejeté. Cela se passait avant que le Père patriarche ne sût le blasphème et l’hérésie de Démétrius. Cela devint un doute pour toute la foule ; car il s’était fait enseignant de lui-même, et n’était pas digne d’être disciple [d’autrui]. Pour ce qui est de Sévère le roi, il régna dix-huit ans comme souverain, puis mourut, et régna après lui Antonin son fils.

Après cela apparurent un peuple robuste par l’appui du Christ[29]. L’un d’eux s’appelait Alexandre le Confesseur, et il devint évêque à Jérusalem, après qu’il eut été tourmenté. Et cet homme Tūkhīsūs accomplissait beaucoup de merveilles en sa vie : jusqu’à ce qu’il advînt qu’une fois l’Église n’avait plus d’huile pour les lampes ; il leur ordonna de verser de l’eau — c’était le vendredi de la Pascha — il pria et fit un signe de croix, et l’eau devint huile, et ils allumèrent les lampes. Il fit plusieurs autres. Tout homme qui le vit en rendit témoignage. Un homme vint à nous en témoigner, et nous reçûmes de lui son récit, à côté des hommes de confiance. Il fit lever un peuple par sa bonne nouvelle, voulut le tuer et mentit sur lui, et en jura. Mais qu’il fît ce méchant acte, advint à l’un d’eux que le feu tomba sur lui de sorte qu’il mourut ; à un autre, [le feu] descendit en ses entrailles, et il mourut ; un autre fut frappé d’affaiblissement en son corps, et un autre devint aveugle. Les gens reconnurent leur mensonge ; ce qui parut de sa sainteté. Il devint évêque. Il ne lui vint rien de mal, parce qu’il avait été transgresseur par la sagesse, connaisseur par le Christ. Or ses affaires étaient qu’il avait fui l’Église, réfugié au désert, parce que le peuple s’était divisé, et certains l’avaient chassé. Ses yeux ne virent point sur l’état qui à tout regard, et il s’épargnait les opposants à sa croyance et à leur foi mensongère sur lui. Le premier d’entre eux mourut, et ses maisons furent toutes brûlées, et le feu ne s’étendit pas à lui ; un autre fut frappé d’une douleur à la tête jusqu’à ses pieds, brûlure grave, main de l’autre poussa à ce qu’il fit d’elle. Dieu Lui-même se manifesta à son merveilleux, ayant pitié. Il confessa sur lui-même devant tous de la mauvaise action que l’un d’eux avait faite au saint évêque : il mangea son cœur, se repentit et pleura, parce que ses yeux avaient perdu la lumière, et que s’était éclipsé cet évêque : il s’était caché au désert, et on ne sut pas sa place, jusqu’à ce que longtemps après l’état s’imposât par la vacance de l’Église, qui était évêque sur elle, pour le diriger. Ils l’institouèrent : c’était un homme nommé Dīwus, et il siégea sur son siège peu de temps, puis se reposa, et il fut ordonné à sa place un autre nommé Kamānyūn. Puis, après cela, le Père saint Tūkhīsūs se leva d’entre les morts comme s’il se levait, et ils lui demandèrent de revenir à son siège (28). Le peuple s’en réjouit d’une grande joie. Lui avait enlevé son âme à la patience et la grâce qu’elle méritait auprès de Dieu : il ne revint jamais plus au service de sa chaire. Quant au patriarche d’Alexandrie susnommé, lorsqu’il était sur son siège — et un ange de Dieu lui apparut en songe, qui lui ordonna d’aider Tūkhīsūs et de servir Dieu, parce qu’il l’avait fait évêque en Cappadoce, en premier, puis il vint à Jérusalem en ce temps-là pour prier. Il vit les lieux sacrés qu’il désirait voir, fit la tournée des lieux bénis, tous, et décida de revenir en Cappadoce son pays. Mais la fraternité l’en empêcha et il apprit en songe, et ils entendirent en leur assemblée une voix qui disait : « Que l’homme qui entrera le premier par la porte de l’église, faites-le venir à vous, rencontrez-le : ils le firent évêque. Alexandre devint ainsi le confesseur ; ils s’en attachèrent à lui. Il refusa ce qu’il faisait, fut contraint de force, en présence d’une foule des évêques du pays de Jérusalem, et sur un avis unique, et accord unique. Écrivit Alexandre ses livres qu’il avait émis, puis se rétracta, et reconnut en eux qu’Origène, et lui-même, étaient [tenants] d’une seule foi et d’un seul accord, dans l’église de Jérusalem ; en tous ses livres il dit : « Origène vous salue ; il est celui qui m’a précédé dans l’épiscopat en ce lieu, et il est maintenant avec moi, me soutient et me fortifie par ses prières, résistant à ce service, puisqu’il a demeuré cent seize ans en ce service, et moi je demande à vous d’être avec moi d’un seul cœur. » Et parmi eux était un homme nommé Sérapionqui était devenu patriarche à Antioche, et son ordination fut et il fut marqué Asclépiade[30] le Confesseur. Son degré fut exalté en son temps ; Alexandre fut scribe des gens d’Antioche, leur cause et leur dire : Ainsi Alexandre serviteur du Confesseur, à Jésus le Christ, écrit-il à l’Église sacrée d’Antioche pour se réjouir dans le Seigneur par la main du saint prêtre vénérable Aklīmunṭus (Clément)[31]. — « Ô mes frères, je vous aime de devancer Asclépiade, car lui est méritant de cette honneur ». Il écrit aussi à eux un livre ; en lui il dit que : un homme juif du nom d’Ariyānus (Origène)[32] a fait un livre[33] et l’a attribué à Pierre chef des disciples. Il y a rapporté un discours mensonger[34]. Méfiez-vous de vos âmes vis-à-vis de ces livres, car nous accueillons Pierre et le reste des disciples comme celui qui accueille le Christ, à cause d’eux, témoins [du Christ] et auditeurs de sa parole ; quant aux livres menteurs, nous ne les acceptons pas, bien plutôt nous nous en écartons, parce qu’il n’y a en eux rien de l’enseignement de nos pères. » Quand parvint à eux le prêtre les livres, il leur dit : « Tenez-vous ferme en la foi droite, et ne revenez pas au livre vain qui est attribué à Pierre, car c’est un mensonge et un égarement, et en lui commence la création. Voici pourquoi je suis venu à vous en hâte. » Et nous avons su que cet Ariyānus[35] le juif avait corrompu une foule par ses livres, et qu’ils étaient devenus adversaires, parce que cet opposant avait composé beaucoup de livres, a commenté certains d’entre eux dans la sīra, et il ne nous en reste rien à approfondir[36]. Quant au père patriarche d’Alexandrie, saint Démétrius — bien qu’il fût manifestateur des sciences et de la sagesse, lui qui fut illettré, ne lisait ni n’écrivait, et que tous ses enfants fussent chargés de ce qu’il était mal-à-l’aise quand il eut vieilli, et qu’il eût grandi dans le fouillis des sciences et des livres divins, au point qu’il fût porté à l’Église en un hangar, et qu’il ne manquât jamais aux enseignements — du matin à la nuit, pour la fraternité et les passants, qui vinssent à lui — et aux collecteurs, pour qu’ils profitassent [de lui] pour leurs enseignements. — Ainsi il désigna Yarūklā (Héraclas)[37] comme son successeur, qui était un homme élu, connu pour ses connaissances en les enseignements de l’Église et la science de la parole de Dieu et gardant les canons de l’Église. Lorsqu’il vit Origène que l’Église l’avait refoulé et éloigné, il passa aux juifs, leur interpréta une parole des livres hébreux, en sens contraire de sa véritable direction, et cacha ce que les prophéties des prophètes contenaient sur le Seigneur Christ, de sorte qu’il en vint à mentionner l’arbre dans lequel fut le bélier attaché par ses cornes, attaché à Abraham le Galiléen — il l’interpréta sur son propre mode : qu’il serait le modèle du bois de la Croix, cachant son souvenir et l’ôtant. Il composa beaucoup de livres mensongers, qui n’avaient aucune validité ; il en était aussi un adversaire du nom de Samākhus (Symmaque)[38] : il fit paraître de lui beaucoup de schismes; il dit que le Christ est né de Marie et de Joseph ; il niait la puissance de la naissance étonnante, et que le Seigneur Christ naquit sans douleur ; ainsi serait-il né d’une Vierge sans douleur, qui est Dieu, l’homme étant en vérité — l’un étant l’un de deux —, et en désaccord avec l’Évangile véridique, ainsi que Matthieu en témoigne au sujet de la naissance, ayant dit : « Les portes du Jugement ne prévaudront pas. » Et cet opposant paraissait chrétien, affirmant qu’il était sage ; il a lu déjà les livres des Sabéens et des Mutazilites. Puis il vit Ariyānus (Origène), et il égara une foule parmi les étrangers.

Il y avait en ce temps-là un homme vertueux, saint, excellent d’esprit, à la sagesse éclairante : son nom était Ammonius[39]. Il lui répondit et en manifesta le mensonge. Et ce qu’on dit des livres, contre ce qui convient, et leur mensonge, — puis Ariyānus passa à la Césarée de Palestine, où il y avait un prêtre ; et il vint à Alexandrie avec des livres de la pénitence. Le Père Démétrius ne l’accepta pas, et le chassa quand il connut son obstination, et il fit passer en un lieu qu’on nomme — de ce trône à Tla-banā (Thmuis) — et il le nomma sur son évêché. Son nom était Amūna ; il l’envoya à l’une des Églises. Quand la chose parvint à Démétrius le saint, il devint intentionné à elle et exila Origène, retrancha l’évêque Amūna qui l’avait précédé et lui avait ouvert [les portes], et il constitua évêque à sa place. Il apprit qu’avant ce cas, il connaissait son état, et son mensonge, et il plaça à sa place un évêque nommé Fallās[40]. C’était un homme craignant Dieu, croyant. Quand il s’assit sur le trône, Amūna fut en vie. Mourut Amūna. L’évêque Fallās susmentionné s’assit, et fut martyrisé après un certain temps, et alla au Seigneur dans la paix. Quant à Arjānus, le chassé, il passa à la ville de Césarée de Palestine et devint évêque saint. Il écrit là-bas comme évêque. Le Père Démétrius écrivit alors à Alexandre l’évêque de Jérusalem. Il lui dit : il nous est parvenu un fugitif insolent en un lieu dans lequel se tiennent les évêques ; et il écrivit à l’évêque de Césarée nommé Tūqṭusṭus[41] le blâmant et l’accablant par les choses ; et il disait ce que nous avions supposé : que cela fût en Césarée sur cet évêque. Et nous avons trouvé dans les livres de celui-ci (30) Arjānus disant que le Fils est créé, et le Saint-Esprit aussi. L’évêque de Césarée refusa [alors] le livre du Père Démétrius dans l’Église à l’évêque de Jérusalem, parce que il lui avait transmis son mandat ; Arjānus sépara, il sortit de la chaire de Césarée et il alla honteusement à Alexandrie.

Lorsque changèrent les rois de Rome, et d’Antioche, et de Perse — nous abrégerons pour ne pas nous étendre à les exposer —, fut ordonné à Antioche un patriarche nommé Fīlās[42]. Apparut en ses jours un adversaire, faisant paraître de lui-même, et il écrit des livres[43]. Fīlās mourut. Ils firent à sa place à Antioche un patriarche nommé Zāwīnus[44]. Il ordonna que les livres de cet opposant ne fussent pas lus, non plus que les livres d’Ariyānus qu’il avait exiléd’Alexandrie, parce que ses livres avaient circulé et il dit aux amateurs des livres, qu’ils lussent les livres dont les noms suivent : les livres antiques, cinq livres de la Tôrā, le livre de Josué fils de Nūn, le livre des Juges, le livre de Ruth la Moabite, le livre des Rois, le Paralipomènes[45], le livre d’Esdras, les Psaumes de David le Prophète, le livre de la Sagesse de Salomon, le livre d’Isaïe, le livre de Jérémie, le livre d’Ézéchiel, le livre de Daniel, le livre de Job, le livre d’Esther, le livre de Samuel, le livre des Paroles de Sira, le livre des Douze Petits Prophètes. Puis les livres nouveaux : L’Évangile de Matthieu, qu’il rédigea en hébreu sur parchemin, chez Thomas, en Césarée, chez un homme, et sa postérité le conservèrent jusqu’à une génération après lui, puis on l’expliqua en romain, et il fut traduit en toutes les langues par la puissance du Seigneur Christ. L’Évangile de Marc, qu’il rédigea en romain — il était auprès de Pierre chef des apôtres là-bas, et il le lut dans l’assemblée des rois, aussi. L’Évangile de Luc, disciple de Paul, rédigé en grec à Antioche. L’Évangile de Jean fils de Zébédée, que lui demandèrent les disciples après maintes questions, de l’écrire en grec à Éphèse. Le livre des Actes des Apôtres et des disciples, qui est le livre de l’Ekklèsia. Le livre des Lettres de Paul l’élu, soit quatorze lettres. Le livre de l’Apocalypse de Jean l’Évangéliste, qui est l’Apocalypse. Le livre Didascalie, qui est les enseignements des Apôtres, et les canons ecclésiastiques que les disciples rédigèrent avant leur dispersion pour la bonne nouvelle. Voici les livres transmis à l’Église apostolique universelle, et après [les Apôtres] écrivirent les Pères docteurs qui les ont établis, selon la direction de l’Esprit-Saint, qui sont les Homélies et autres ; ils n’ont rien ajouté sur ce qu’ils ont examiné sur elles, et ils n’ont rien omis. Quant aux livres qu’a écrits Arjānus l’opposant, ils sont rejetés par Dieu : rien en leurs livres n’est écrit avec l’Esprit-Saint. Ainsi l’a dit Paul l’Apôtre : « Nous n’avons pas reçu l’esprit de ce monde, mais l’Esprit que nous avons reçu de Dieu. » Et quant au Père vénérable, Démétrius, il demeura quarante-trois ans et se reposa ainsi que nous l’avons indiqué.

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[1]Apparat : le ms. A porte Yūliyānū, le ms. D Yūliyānūs. L’épisode qui s’ouvre (l’ange révélant en songe au patriarche mourant l’identité de son successeur) est typique du modèle hagiographique de la « désignation charismatique » : le candidat, sans aucune prétention ni même connaissance des choses sacrées, se trouve distingué par une théophanie qui force la main à l’élection populaire.

[2]Apparat : le ms. A porte ḥāḍirīn (« présents ») ; le ms. C ajoute la glose sabab fiʿlahu (« la raison de son action »).

[3]Difficulté canonique centrale : un évêque marié, sur le siège d’Alexandrie, est-il acceptable ? Les Canons apostoliques (can. 5 et 17) interdisent à l’évêque d’avoir une épouse ; c’est pour lever cette objection que Sévère introduit la révélation miraculeuse du mariage virginal de Démétrius, attesté par l’épreuve du feu (infra). La tradition rapportée par Sévère s’enracine dans une légende copte ancienne, qui souligne la sainteté conjugale de Démétrius comme figure de l’Église elle-même, « épouse immaculée » du Christ.

[11]Apparat : les mss. A et D portent « jusqu’à présent » (ḥattā l-ān). Les époux se présentent donc mutuellement comme frère et sœur spirituels, unis par les liens familiaux terrestres — cousins orphelins élevés ensemble — mais préservés de toute consommation charnelle par décision personnelle antérieure à leurs noces. 

[14]L’aigle mystique planant la nuit sur les époux et déployant ses ailes au-dessus de leur couche est une théophanie eucharistique : l’oiseau liturgique de la protection divine (cf. Dt 32, 11 ; Ex 19, 4). L’épouse déclare connaître ce « mystère » depuis les noces ; elle est donc pleinement consentante à l’état virginal, et même en a reçu la vision.

[15]Allusion à Mt 22, 13 et à l’imagerie eschatologique : « le ver qui ne meurt point et le feu qui ne s’éteint pas » (Mc 9, 48, repris d’Is 66, 24). Démétrius, se ressouvenant des fins dernières en contemplant la beauté charnelle de son épouse, reprend ainsi un thème ascétique classique : la contemplation de la mort et de la corruption du corps comme remède contre la concupiscence.

[17]Apparat : le ms. D ajoute jamīʿan (« ensemble »). L’analogie avec Joseph fils de Jacob — l’homme chaste par excellence de l’Ancien Testament, qui résiste à la femme de Potiphar dans la maison de l’Égyptienne — est un topos constant de la spiritualité copte : Démétrius est un « Joseph de l’Évangile », combattant ses pensées jour et nuit.

[18]Apparat : le ms. D pose le toponyme Amūsayn (Eusèbe d’après Seybold), village du Delta ou de la chôra où Démétrius se serait retiré après avoir été inquiété par Sévère. L’émeute anti-chrétienne sous Septime Sévère est historiquement attestée en 202-203 dans toute l’Égypte (persécution qui fit périr notamment Léonide, père d’Origène, et Potamienne).

[19]Apparat : Seybold signale dans ses notes grecques (pp. 30-31) les formes authentiques des martyrs alexandrins que Sévère mentionne : Πλούταρχος (Plutarque), Σερῆνος (Serenus), Ἡρακλείδης (Heraclides), Ἥρων (Héron), Ποταμίαινα (Potamienne), Βασιλείδης (Basilide). Liste conforme à Eusèbe, Hist. eccl. VI, 4 — Eusèbe est la source ultime de cette notice.

[20]Apparat : le ms. D (et variantes) : le patriarche convoque l’archidiacre comme intermédiaire — procédé disciplinaire normal du patriarcat copte pour toute allocution à l’assemblée.

[21]Épreuve du feu portée dans le pan du vêtement — topos hagiographique ancien. Le parallèle avec Pr 6, 27 (« Un homme peut-il porter le feu dans son sein sans que ses vêtements ne s’embrasent ? ») est frappant : Démétrius, puis son épouse, démentent le proverbe salomonien, manifestant ainsi la virginité préservée de leurs corps.

[22]Apparat : les mss. C D F ajoutent le sens « bien qu’ils aient vécu ensemble dans une unique chambre ». La mise au point sur la cohabitation virginale — confirmée par l’épouse elle-même en assemblée — répond à une objection anticipée : les scoliastes auraient pu soupçonner une séparation de lit dérogeant aux obligations matrimoniales.

[25]Apparat : Seybold porte Παντεύνος (Pantaenus) pour Fanṭanus, grand maître chrétien d’Alexandrie (IIᵉ s.), fondateur du Didascalée et maître de Clément d’Alexandrie. Sévère le confond ici avec un certain « Iqlīmus » qui écrivit un Livre d’abolition des chronologies, personnage non identifié — peut-être un hérétique millénariste. La phrase est difficile ; la tradition manuscrite oscille.

[26]Apparat : le ms. D nos’khat (copie) ; le ms. F porte aussi yajuz ; le ms. D porte waḥuda (« d’une seule »), variante théologique importante : le patriarche défend le dogme contre ceux qui « s’imagineraient que le Saint-Esprit aurait été créé par le Fils ». L’hérésie ici visée est précisément la subordination trinitaire caractéristique de certains courants pré-nicéens et attribuée à Origène par ses adversaires.

[27]Origène (Ūrjānus dans la transcription arabe) — le grand Alexandrin ( c. 185-253 ) — est présenté ici, selon la tradition anti-origéniste du Vᵉ-VIᵉ s., comme prétendant que « le Fils ne peut créer le Saint-Esprit » et blasphémant Père, Fils et Esprit. L’accusation est conforme au dossier de condamnation du IIᵉ Concile de Constantinople (553). Sévère reprend la version copte de l’épisode, déjà connue d’Eusèbe mais passée par le filtre polémique ultérieur.

[28]Référence à la célèbre auto-mutilation attribuée à Origène d’après Eusèbe, Hist. eccl. VI, 8, 1-5 : interprétation littérale de Mt 19, 12 (« se faire eunuque pour le royaume des cieux »), qui scandalisa Démétrius et motiva son éloignement. Sévère accepte le fait mais l’interprète comme « sanctification » acquise avant la chute doctrinale — manière de séparer la biographie de la condamnation doctrinale.

[29]Apparat : Seybold, « Euseb. h. e. 6, 12, 5 — Asklēpiadēs (Ἀσκληπιάδης) / 6 — Markianos (Μαρκιανός) sous-entendu docétiste (δοκητής) ». Démétrius écrit en effet à Asclépiade d’Antioche pour l’informer d’une affaire disciplinaire concernant Sérapion d’Antioche et l’évangile apocryphe de Pierre. Sévère compresse plusieurs épisodes eusébiens.

[31]Référence : Eusèbe, H. E. VI, 12 — le prêtre continent Clément est sans doute Clément d’Alexandrie, prédécesseur d’Origène à la direction du Didascalée. Sévère, ou son source, confond peut-être différentes générations.

[34]Nouvelle hérésie imputée à « Ariyānus » (Origène) : attribution à Pierre d’un pseudo-évangile hétérodoxe. Il s’agit probablement de l’Évangile apocryphe de Pierre, effectivement dénoncé comme docétiste par Sérapion d’Antioche vers 200 (Eusèbe, H. E. VI, 12). Sévère, dans son raccourci polémique, impute l’ouvrage à Origène — accusation sans fondement historique mais répandue dans la littérature monophysite ultérieure contre « les origénistes ».

[36]Apparat : le ms. D istaghnaynā ʿanhā (« nous nous en sommes passés »). Sévère s’abstient de lister les écrits d’Origène exilé — geste à la fois critique et prudent : reconnaître Origène comme auteur prolifique tout en refusant d’en donner publicité.

[37]Héraclas (Yarūklā, Ἡρακλᾶς), successeur de Démétrius sur le siège alexandrin (232-247). Étudiant d’Ammonius Saccas comme Origène lui-même, il fut le premier « évêque-théologien » d’Alexandrie, promu par Démétrius avant sa mort comme adjoint au siège. Sévère mentionne sa consécration à la fin de la notice de Démétrius, avant d’ouvrir sa Vie propre (qui commencera à la page 36 et fera l’objet de la prochaine livraison).

[38]Apparat : Seybold donne : Euseb. H. E. VI, 17 Σύμμαχος ᾿Εβιωναῖος. Symmaque l’Ébionite, traducteur grec de l’AT, est ici mêlé à la polémique anti-origéniste : il aurait « fait paraître beaucoup de schismes » en disant que le Christ est un simple homme né de Marie et Joseph, niant la virginité de l’enfantement. L’association de Symmaque à Origène — l’un étant juif-ébionite, l’autre chrétien hellénisant — est anachronique mais sert la démonstration de Sévère.

[39]Apparat : Eusèbe H. E. VI, 19 — sur Ammonius le philosophe d’Alexandrie (Ἀμμώνιος Σακκᾶς), maître à la fois d’Origène et de Plotin. Sévère, ou son source, lui prête un traité « contre Origène et ses mensonges ». Historiquement douteux : aucun écrit d’Ammonius n’est conservé.

[45]Apparat : Seybold : Παραλειπομένων (« Paralipomènes », les Chroniques) — al-Barālūbūmānūk D, al-Barālūwūmānūl A. Sévère donne ici la liste du canon biblique alexandrin (vieilles Écritures) reçu par l’Église universelle : Pentateuque, Josué, Juges, Ruth, Rois, Paralipomènes, Esdras, Psaumes, Proverbes, Sagesse de Salomon, Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, Daniel, Job, Esther, Samuel, Sira, Douze Prophètes.