NOTICE
Cette partie couvre, dans une compression chronologique frappante, l'arc qui mène de la mort d'Athanase (373) au lendemain du concile d'Éphèse (431) — soit l'âge d'or littéraire et théologique du siège alexandrin, depuis la liquidation des dernières séquelles ariennes jusqu'à la première grande controverse christologique. Sévère condense en une dizaine de pages près de soixante-dix années de vie ecclésiastique.
La Vie de Pierre II (XXIᵉ patriarche, 373-381 — pp. 74) est extrêmement brève : à peine un paragraphe. Pierre II, désigné par Athanase et chassé par l'arien Lucius (« Lūkiyūs le faux-nom ») sous Valens, fut exilé loin de son siège puis rétabli à la mort de l'empereur. Il mourut le 20 Amshīr après huit ans de pontificat — date qui correspond, dans le comput copte, au 14 février.
La Vie de Théophile (XXIIᵉ, 384-412 — pp. 74-75) est elle aussi traitée brièvement, et de façon remarquablement irénique : Sévère, ou sa source copte, ne mentionne pas la destruction du Sérapeum (391), la persécution des origénistes (400) ou l'éviction de Jean Chrysostome (403) — événements qui ont valu à Théophile une réputation contrastée chez les historiens orientaux. Sévère retient au contraire les épisodes hagiographiques : la victoire monastique sur les idolâtres de Jérusalem, la découverte des reliques de Jean-Baptiste et d'Élisée à proximité d'Alexandrie (en continuité avec la livraison précédente), la construction d'une église dans le jardin patriarcal pour les y déposer, et — surtout — l'épisode du jeune scribe Cyrille, neveu de Théophile, dont la convocation à la liturgie pascale fait apparaître la « croix de lumière » manquante. Cet épisode prépare la transition vers la Vie suivante.
La Vie de Cyrille (XXIVᵉ — pp. 75-83 ; après une notice presque inexistante de Yāmārkos, le XXIIIᵉ, qu'Eutychius mentionne mais que Sévère omet ici) constitue le morceau principal de la livraison. Elle se déploie en plusieurs blocs : la formation de Cyrille auprès de son oncle, son séjour de cinq années dans le désert du Saʿīd au monastère de Pachôme avec son maître Sérapion le Sage, son retour à Alexandrie, son don exceptionnel de mémoire scripturaire (« il lisait un livre une seule fois et le mémorisait »), son anti-origénisme conforme à la tradition de Théophile ; puis la grande crise nestorienne — exposé du dogme christologique nestorien (« le Christ est simple homme »), correspondance entre Cyrille et Nestorius (résumé des trois grandes Lettres dogmatiques), refus persistant de Nestorius, convocation du concile d'Éphèse en présence des évêques convoqués par l'empereur Théodose, lecture publique des écrits hérétiques, condamnation et exil de Nestorius en Haute-Égypte (à Akhmim — donnée historique exacte) ; enfin la longue série des lettres pastorales de Cyrille à Jean d'Antioche, à Conon de Mélitène, à divers correspondants. La Vie s'achève par la mort paisible du patriarche, en grande vieillesse.
Les identifications onomastiques sont parfois ardues : Lucius l'arien (« Lūkiyūs le faux-nom »), Macédonius le pneumatomaque, Eunome (« Awnūmiyūs »), Théodose Iᵉʳ et Théodose II amalgamés, Candidien le comte impérial (« Constantianus »), Augustin (?) le maître monastique (« Awghusṭus »), Sérapion de Thmuis (« Sarābiyūn al-Ḥakīm »). Toutes ces restitutions s'appuient sur les notes de Seybold collationnées avec les sources grecques (Eusèbe, Socrate, Sozomène, Évagre, Théodoret) et la chronique d'Eutychius.
Vie de Pierre II, Patriarche, vingt et unième du nombre
Lorsque s'éteignit Athanase l'Apostolique, le peuple orthodoxe se réunit ; ils portèrent leurs mains sur un homme prêtre nommé Pierre, et le firent patriarche, et il fut sur lui beaucoup de tribulations[1] à cause d'un homme infidèle nommé Lūkiyūs (Lucius), [Lūkiyūs] qu'avait imposé Dadyānūs (Valens) l'empereur infidèle sans son ordre — l'empereur. Quelques jours après, lorsque parvint la nouvelle à l'empereur, il commanda l'arrestation de Lūkiyūs l'infidèle, et de Dadyānūs le scribe ; il les exila et les y détint jusqu'à leur mort. Et l'on installa le Père Pierre comme patriarche, huit ans, qu'il dura ; il s'éteignit le vingt d'Amshīr[2].
Vie de Théophile, Patriarche, vingt-deuxième du nombre
Le peuple et les évêques se réunirent après la mort du Père Pierre ; ils portèrent leurs mains sur un prêtre, dont le nom était Tāyāṭāwus (Théophile)[3], et le firent patriarche. En ses jours fut le concile à Constantinople, et il y eut cent cinquante évêques. Ils retranchèrent Maqdūnyūs (Macédonius) l'infidèle, patriarche de Constantinople, ainsi qu'un autre nommé Awnūmiyūs[4], parce qu'ils avaient blasphémé contre l'Esprit-Saint en disant qu'il était créature ; et cela aux jours de Tāwadūsius[5] l'empereur fidèle. Théophile demeura sur le trône tous ses jours dans la paix et la sécurité. Sa durée sur le siège d'Alexandrie fut de neuf ans et demi ; il s'éteignit[6] le vingt-six d'Abīb, attaché à la foi orthodoxe.
Onzième Vie tirée des Vies de la sainte Église : Théophile, Patriarche, vingt-troisième du nombre
Quand s'éteignit le Père Tīyāṭāwus, les évêques et le peuple se réunirent ; ils s'accordèrent et firent Théophile patriarche. Il avait été le scribe du Père Athanase ; sa conduite était droite et il était constamment en présence de Dieu et des hommes. Lorsqu'il s'assit sur le trône, il lui parvint que les idolâtres étaient passés à Jérusalem et avaient ouvert les sanctuaires de leurs idoles. Il envoya des moines là-bas pour les chasser, mais les moines ne pouvaient rien sur les idolâtres ; alors le Père Théophile envoya, à propos des moines du monastère du Saʿīd d'Égypte, faire venir une troupe vigoureuse, et les expédia à Jérusalem. Lorsqu'ils y entrèrent, ils prièrent et fuirent les démons des sanctuaires : ils firent du sanctuaire de la résidence des moines de Jérusalem. Lorsqu'ils revinrent, ils apportèrent à Théophile le patriarche un ennemi qu'ils mangeaient avec lui à manger du pain de l'Un au jour de l'Un[7]. Il leur donna un jardin que possédait le Père Athanase le patriarche : puis Théophile le patriarche dit [ce qu'avait dit] Athanase quand il mangeait avec lui — et il était son scribe — qu'il désirait nettoyer les ruines qu'il avait vues, qu'il bâtisse en son lieu une église au nom de Jean (Yūḥannā) le Baptiste et d'Élisée le Prophète. À cet instant vint une femme qui avait à elle des fils et des biens : ces ruines furent percées, et apparut le bouclier inscrit sur trois pierres « Tīyāṭāt », et le récit de Théophile avec les apparitions de l'ange ne furent pas écrits dans cette Vie. Lorsque Théophile retira le bouclier, il trouva sous lui des biens, dont il bâtit les églises[8], et il bâtit aussi une église à l'emplacement à côté du jardin, où il transporta le corps du saint Jean Baptiste et le corps d'Élisée le Prophète ; et apparurent en eux des prodiges nombreux en ce jour-là ; il guérit une foule des hommes qui souffraient de leurs maladies. Théophile écrivit en sa vie plusieurs mīmars et discours. Y régna Yūbiyānūs (Jovien) l'empereur douze ans ; mourut, et régna après lui Walās [ou] Awlāndiyūs ; ils étaient deux fidèles, aimant Dieu et glorifiant son Nom. Théophile, lorsqu'il regardait le bâton de lumière qui se levait sur l'eau du baptême devant lui, en quelques années il fut, le vendredi du baptême, à prier sur l'eau[9] du baptême, sans que la croix de lumière apparût sur elle, et il en fut attristé. Lui apparut en révélation qu'il manquait que fût présent Arsénios (Arsāniyūs) le diacre qui prie avec lui, et n'apparaîtrait jamais rien à elle en ce jour-là. Il envoya à sa demande, et le trouva dans la province d'al-Ashtūn, le fit venir, qui se hâta à elle ; ainsi se réjouit, et il s'apaisa lui-même. Apparut la croix de lumière. Lorsque Théophile le patriarche vit l'humilité du diacre susmentionné, et son acte, il voulut le faire son adjoint, [mais] Arsāniyūs ne le voulut pas, refusa, et lui demanda qu'il le dispensât de cela, et qu'il priât pour lui, et qu'il revînt à son monastère ; il fit donc selon sa demande. Il avait à Théophile le patriarche[10] un fils de sa sœur, dont le nom était Cyrille (Kīrlos), que son oncle paternel élevait dans la meilleure éducation. Puis on l'envoya à la montagne de Naṭrūn, à Abū Maqār le saint, et il y demeura cinq années dans les couvents, lisant les livres antiques et nouveaux ; on lui recommanda l'application à l'enseignement. On lui dit : « Tu vivras à Jérusalem, en vie spirituelle, qui est la résidence des saints. » Il fut assidu dans la cellule du patriarche. Lorsqu'il atteignit son âge[11], on l'envoya au désert et le confia à Sérapion (Sarābiyūn) le Sage[12], à qui on prescrivit de lui enseigner les sciences de l'Église, qui sont les sciences véritables [de Dieu]. Il garda tous les livres ; il se tenait debout devant son maître, à ses pieds, le voyant tenant en sa main une épée de fer : si dormait, il l'effleurait ; il se réveillait. Il était dans le plus court temps : en lecture quatre nuits, où il lisait les quatre Évangiles et les Actes [des Apôtres], et l'Épocalypse, et la lettre du bienheureux Paul, première aux Romains ; lorsque venait l'aube, il regardait sur son visage son maître, alors il se trouvait qu'il avait été debout en station toute sa nuit, et avec lui la grâce de Dieu — au point qu'il était, lorsqu'il lisait, sur un livre, une fois, qu'il l'apprenait, et qu'il en gardait, dans ces années-là, tous les livres ecclésiastiques[13]. Et après cela, l'envoya Théophile le patriarche, et le ramena à Alexandrie. Il était avec lui dans sa cellule et il lisait devant lui : il s'étonnait, lui, des prêtres, des savants et des philosophes, et se réjouissait à la beauté de son aspect et la santé de son corps, qui n'était pas changeante, comme il est écrit qu'il avait grandi en bouche par la douceur de sa lecture, son apparence belle, et l'on en parlait : tout le peuple, lorsqu'on l'entendait lire, ne pouvait s'arrêter, à cause de la douceur de sa lecture et la beauté de son aspect. Son oncle paternel, Théophile, se réjouissait de lui ; il rendait grâces à Dieu, parce qu'il l'avait gratifié d'un enfant spirituel qui avait grandi en grâce et en sagesse. Il avait conduite excellente, humilité, qu'il ne sortait jamais des sciences spirituelles, qui regardent dans les paroles des Pères enseignants de l'Église orthodoxe — Athanase, Denys, Clément, Eusèbe, Basile patriarche de Rome, Basile l'Arménien évêque, et Basile évêque de Cappadoce[14]. Voilà les Pères orthodoxes, dont il lisait les enseignements ; et il refusait le discours d'Origène (Aryāns), il ne touchait jamais ses livres[15]. Quand parvenait à lui qu'un fidèle en lisait, il s'efforçait de le réfuter et de le repousser. Et Cyrille, lorsqu'il lisait dans l'Évangile saint, donnait abondance d'allégresse ; ils en étaient stupéfaits ; ils comprenaient cela : ils demandaient à Dieu sa science, qui leur a donné. Lorsqu'il était comme un nectar qui sort comme une rosée, sur les plantes et les arbres, il rassemblait, lui-même, le quart d'un vase, et le remplissait : c'était comme un pur miel, sans la moindre impureté[16]. La conduite du Père Théophile fut de nombreux genres : ce qu'il fit à Alexandrie avec Tāwadūsiyūs[17] l'empereur fidèle, et les prodiges de l'ange Raphael avec lui — ainsi que la nouvelle de la femme veuve et de ses deux fils, qu'il fit deux évêques —, et les trois « Tīyāṭāt » écrites sur la tablette du trésor à Alexandrie, et ce que manifesta Raphaël l'ange, parmi les prodiges dans l'Église qu'il bâtit Théophile dans l'île — puis le pouvoir que lui donna l'empereur sur tous les déserts d'Assouan jusqu'aux confins de la Syrie — voilà tout cela qu'on a relaté.
Vie de Cyrille, Patriarche, vingt-quatrième du nombre
Lorsque s'éteignit le Père Théophile patriarche, le Père Cyrille (Kīrlos) s'assit sur le trône apostolique. Les évêques portèrent les quatre Évangiles sur sa tête ; ils prièrent sur lui et dirent : « Ô Dieu, fortifie cet homme que tu as choisi pour nous. » Il apparut, et son peuple se mit à exécuter dans toutes les Églises qui se manifestent par lui ; il s'occupa nuit et jour de la nourriture spirituelle qui fortifie à supporter ce qui plaît à Dieu, et il apparut dans la sagesse aimable. Quant à l'empereur Théodose le Petit[18] — qu'aimait Dieu —, il suivait, lui, le testament de son père, et il se faisait au courant chez lui : tous les moines et les solitaires habitaient avec lui ; et il n'avait pas d'enfant, et c'était sa sœur qui exerçait pour l'empereur le pouvoir. Cyrille le patriarche ne se lassait pasde produire des mīmars et des discours par la puissance de l'Esprit-Saint qui parlait en lui, jusqu'à ce que les chefs des Romains d'Alexandrie lui demandassent de leur rédiger ce qu'il publierait, en le copiant. Il lui dit, Cyrille, à un groupe des philosophes : à savoir Yūliyānus l'empereur a, en ce lieu, méprisé Moïse et tout l'enseignement des Prophètes, et il a fait du Messie un homme simple. Il dit : « Le Galiléen menteur, mensonger lorsqu'il dit qu'il ne restera pas pierre sur pierre dans le sanctuaire de Jérusalem[19] — moi, je détruirai pour révoquer sa parole. » Et il a démoli, Yūliyānus susmentionné, ce qui restait dans le sanctuaire pour le rebâtir, et il a échoué : il n'a pu rien y bâtir. Sa parole nous est devenue comme une affirmation pour la parole de Sauveur, et nous avons connu sa divinité, parce qu'il n'a pu rien réfuter de sa parole. Quand Cyrille entendit cela, il ajouta — sa parole — beaucoup. Quand il l'eut lu, il découvrit qu'il avait été placé là par Yūliyānus ce qu'il y avait lu : il trouva, après lui, ce qu'avait composé Origène (Aryāns) et Borfāriyūs. Mais le Père Cyrille ne put rassembler les copies dispersées de ces livres dans les mains des hommes : il écrivit à Tāwadūsiyūs l'empereur, l'avertissant, lui disant : « Si tu négliges, périront ce qu'a placé Yūliyānus, et l'incroyance, l'éloignement de l'autre — il rassembla ces livres qu'avaient placés ces gens, et il les fit brûler. » L'empereur s'en réjouit, lui écrivit, le glorifia ; et il fit Dieu tout ce qu'il avait dit. Et Cyrille écrivit la réponse, le pria de prier sur son royaume ; alors Cyrille s'en réjouit, et fit pour cela des mīmars et des discours, où il rejeta la parole de Yūliyānus, et il les fit et l'ange m'a frappé en guerre, comme Saül[20], et il dit beaucoup de choses. Après cela parvint la nouvelle d'un blasphème de Nasṭūr (Nestorius)[21] et de ses paroles fausses, et il l'enregistra. Il dit ce qu'avait fait Yūliyānus. Quand parut le blasphème de Nestorius patriarche de Constantinople, lorsqu'il avait reçu Cyrille, le patriarche d'Alexandrie écrivit Nestorius patriarche de Constantinople « en paix fraternel » au Dieu de la Vérité qui nous a donné la grâce unique, et qui a réuni toute la terre habitée en une seule entente, en une seule pensée, et avec ta paix unique, en la foi qui est qu'Il est de Dieu Fils Jésus Christ. Et le reste de la Lettre, ce n'est pas connu ce qu'il a écrit dans cette Vie. Cyrille répondit ainsi : il rejeta avec eux son blasphème. Le Père Cyrille écrivit aux évêques en lui faisant savoir l'état de Nestorius. Ils se réunirent à lui et lui dirent : « Nous avons appris la nouvelle et il est ferme à cause de ce qu'Arius — ses partisans —, et Paul, et Mānī, et qui étaient d'autres hérétiques semblables à eux, qui étaient patriarches, et que les hommes avaient égarés. Que ferons-nous, ô Père ? » Le Père Cyrille leur écrivit un livre second, où il dit : « Toi sois-tu en lui un disciple — beaucoup, ce que je te dis — la plupart de ce que je te dis, je te dis vraiment, ô toi : enseigne-le, exhorte-le, fais-le craindre, conscient que la foi droite, qu'on en sache, qu'il revienne sur sa parole d'incroyance, et fais-lui sentir qu'il ne peut s'opposer à Dieu, qui est monté pour notre salut[22] sur la croix » — et c'est sa copie, à un autre frère ton associé dans le service. Ce qui m'est dit pour toi est confirmé ; et les livres qui me sont parvenus de toi qui me dit que tu n'as pas écrit ce qu'il y a en eux, je n'en suis pas sûr également, parce que les paroles mensongères se sont instaurées[23] sur les saints, parce qu'il a écrit des livres pleins de mensonge en blasphème, et je t'avertis maintenant, et je te recommande de t'éloigner de ce blasphème, et de ces querelles. Tu n'as nulle force à combattre Dieu qui pour nous fut crucifié, et qui mourut dans le corps, et qui est vivant par puissance de divinité, et il est assis à la droite du Père. Les anges l'adorent et les souverainetés et les forces, lui qui est le Roi éternel à qui appartient tout : c'est lui le Créateur de tout, et tu n'as nulle force à le combattre. Si je te disais ce qui s'est abattu sur les juifs et leurs adversaires, tu n'es pas savant, et plutôt tu sais ce qui s'est abattu sur les hérétiques — j'entends Sīmūn (Simon le Magicien), Yūliyānus le roi, Aryūs et son groupe : voici, Job le Juste dit : Voyez mes blessures et craignez et glorifiez Dieu. Et moi je dis que l'Église ne se laisse pas abattre par les épreuves, ni personne ne peut sur elle, car elle est comme la roche, et la foi, parce que les portes de l'Enfer ne prévaudront point sur elle. Et tu sais quelles épreuves elle a endurées et qu'elle n'a point cédé ; vois maintenant ce que tu fais — et la paix. » Lorsque arriva cette deuxième lettre à Nestorius, il écrivit aussi à Nestorius une lettre comme la première — pleine de blasphème. Quand elle parvint au Père Cyrille, il écrivit ce qui se disait : « Si je n'étais pas évêque, ne sachant que tes voisins et tes proches : moi, lorsque je m'assis sur le trône[24] fils de Dieu, m'a fait connaître chaque chose pour la gloire de l'Église, j'ai été ferme contre mon Seigneur en parole de blasphème : tu ne peux le confirmer, ni le réaliser. Tu prétends scruter les Anciens livres, dans lesquels tu trouves Le Christ qui s'appelle homme pur, comme tu prétends ; or, ce que tu démontres : tu combats Dieu Qui t'a créé toi-même Qui s'est associé en sa propre personne — c'est-à-dire qu'il est Dieu, le Fils de Dieu, le Père Qui appelle dans l'Antique et le Nouveau, et de même qu'Il appelle dans l'Évangile de Jean : Il est le Fils Unique, qui est dans le sein du Père, et Matthieu (Mattā) l'évangéliste — son interprétation est : Dieu est avec nous, comme l'a dit Isaïe en sa prophétie ; Marc témoigne dans l'Évangile que Lorsque le chef des prêtres l'interrogea : « Es-tu, Toi, le Fils de Dieu ? » — il dit : « C'est moi ; et désormais vous voyez le Fils de l'homme assis à la droite de la Force, et venant sur les nuées pour juger les vivants et les morts. » N'est-ce pas le témoignage que rend Paul ? C'est cette confession bonne qu'a confessée devant Pilate le préfet : c'est cette confession ferme, à cause de laquelle l'Église a fait, et ses fils sont devenus martyrs, en innombrables. N'as-tu pas entendu Gabriel l'ange dire à Notre-Dame Marie, qu'elle enfanterait : il est de l'Esprit-Saint, et le Fils de Dieu qui s'appelle Glorieux sur tout dans le siècle des siècles. N'est-ce pas Lui qui a porté les péchés du monde ? N'est-ce pas Lui qui est Jésus le Christ, fils de Marie, qui a enfanté de Dieu la Parole incarnée, et a porté les péchés du monde par sa montée à la Croix pour nous ? Et n'as-tu pas entendu Paul l'apôtre dire : Il n'est pas un homme, mais Il est Dieu fait homme — et dit aussi Paul : il n'est pas un ange, ni un médiateur — c'est Lui notre salut, à savoir Jésus Christ, et Dieu le Père l'a élevé d'entre les morts ; vois maintenant comment il avoue qu'Il est Dieu, comment il avoue ses douleurs, qu'Il a endurées dans son corps saint. S'il avait été un homme nu : comment a-t-il avoué Paul que notre salut n'est ni un homme, ni de chez un homme, ni un ange, ni un médiateur, sinon Dieu venant de Dieu seul ? Et il avoue Notre Seigneur Jésus Christ, et il a avoué ainsi sa mort lorsqu'il a dit : Le Père l'a relevé d'entre les morts. Vois maintenant que cette sagesse, accomplie en notre Seigneur Jésus Christ, est en sécurité et en repos. T'envoyons cette correspondance, ô frère : tu la recevras toi-même au milieu de l'Église — toi qui n'es pas non plus instruit. Lis ce qu'elle dit : tu apprendras de cela, et ainsi tu en apprendras davantage. Et j'ai envoyé à toi des frères qui demeureront chez toi pour examiner et chercher attentivement, et que tu écrives, qu'il se garde, ce que tu as chez toi. Salut. »
Lorsque Nestorius reçut cette lettre, il ne reçut pas les frères qui étaient venus à lui, et n'a pas accepté de la recevoir, ni n'a écrit aucune réponse à elle. Ils demeurèrent un mois, comme nul ne fut. Le Père Cyrille leur ordonna de revenir à Nestorius, et qu'il ne leur permît pas de l'admettre, à le rencontrer, comme l'avait dit le cœur de Pharaon à Moïse. Et Nestorius était l'ami de Tāwadūsiyūs l'empereur, depuis longtemps : ils étaient à l'école ; l'empereur lui disait : « Je n'ai pas entendu nul des maîtres de l'Église[25] comme ta parole. » Quand cela arriva, on entendit cela d'eux, ils s'endurcirent. Cyrille envoya aux apôtres au Père et leur fit savoir l'état d'Aryūs son père son armure de la foi qu'il avait laissée pour lui. Athanase et Atnāsiyūs et Paul revêtit l'armure de la foi qu'il avait revêtue dans l'Église de mār Marc l'évangéliste, et sortit à la guerre comme David et avec son cœur attaché à Christ, ferme. Et il écrivit à tout le reste des évêques, qu'ils écriraient à l'empereur lui demandant qu'il rassemblât pour eux un concile, où ils examineraient la situation. Ils mentionnèrent à lui que les pères qui l'avaient précédé ont été dans tout temps et tout siècle, par patience belle et par aide des évêques, dans la consolidation de la foi orthodoxe, qu'on prie pour leur royaume. Et maintenant, voici Nestorius qui se montre[26] et l'Église, et il n'est pas loin de l'égarement, du culte des idoles, par sa parole de blasphème — il dit que le Christ est un homme seul, et qu'il est un prophète, n'autre, et qu'il a abandonné en outre [les paroles] des Prophètes ; or, nul d'eux n'adorait celui-ci comme un homme — car Pierre a dit en notre Seigneur Christ : « Tu es Dieu vivant, fils de Dieu, qui rejeta lui-même Maître. » Que veux-tu, ô Maître ? que tu sois ici trois tabernacles : un pour toi, un pour Moïse et un pour Élie. Disons : il est lui-même créateur des anges et des hommes, et il a manifesté sa gloire à ses disciples par leur appel, qu'un cheikh des cieux et qu'un autre [vînt] de la terre. Maintenant, nous demandons au gouverneur fidèle : que l'on regarde sur cet homme, et que tu pries sur toi, ô gouverneur, qu'il bénisse pour toi sur ton royaume. Lorsque l'empereur fidèle eut lu ce livre, il en fut profondément remué par la puissance de Dieu, et il rassembla les évêques à Éphèse[27], lui et le patriarche : se réunirent là-bas environ deux cents évêques de toutes les villes, chacun d'eux avec lui, des prêtres, des sous-diacres et des diacres ; et envoyèrent chercher Nestorius. Ils l'attendirent quelques jours sans qu'il vînt. Ils écrivirent à l'empereur ; ils lui firent savoir que Nestorius ne se présentait pas pour qu'on l'attendît. L'empereur demanda à Nestorius qu'il envoyât un comte avec lui pour le surveiller ; il dit : « Ce sont eux nombreux et moi seul ; ils me tueront. Soit envoyé avec moi un homme qu'on appelle Qonsṭīṭiyānus (Candidien)[28], l'avis de Nestorius. Lorsque le concile fut, Cyrille prit Nestorius la nuit et le mit dans un lieu où était une cuvette ; et lui et ses compagnons dirent : « Cyrille a quoi à dire ? Sous nos pieds il a dit : « Faulkīh fīh il a dit : Action de grâces à Dieu Qui nous a donné victoire[29] — Qui les a placés en bas de l'eau ! » Or Qonsṭīṭiyānus avait fait cette aide à Nestorius pour faire taire Cyrille et ceux qui étaient avec lui des évêques rassemblés à cause de lui : on ne put rien réussir avec eux, parce qu'ils ne s'étaient assemblés que pour [cela] et avoir donné leurs âmes pour la foi orthodoxe. Quand cela leur fut véritablement, alors firent paraître Cyrille et ses compagnons, il craignit qu'on en prenne connaissance avec l'empereur. Il fit alors qu'on gardât les portes ; il empêcha les gens des messages d'aucune chose qu'on écrivît à l'empereur. Puis demeurèrent les Pères plusieurs jours, avec eux Nestorius évêque d'Éphèse rassemblés priant — Nestorius isolé, séparé d'eux —, ils envoyèrent à lui[30] trois évêques pour le prier qu'il vînt avec eux à la prière ; les soldats, compagnons de Qonsṭīṭiyānus, l'empêchèrent d'entrer chez lui. Quand cela leur fut prolongé, et leur dura le sujet sur leur séparation de leurs sièges, ils s'avisèrent qu'ils s'éloigneraient de l'ennemi de Dieu à sa damnation. Ils se réunirent et apportèrent les Quatre Évangiles, et apportèrent les livres pleins de blasphème, mensonge, parole. Et Cyrille avait pour scribe un diacre nommé Pīṭras le savant, l'intelligent[31] : il connaissait les passages du blasphème que Nestorius dans ses livres : ils les firent porter au concile saint, et il les sortit rapidement de leurs places. Quand ils s'arrêtèrent dessus, il s'éclaira pour eux qu'ils blasphémaient, et il se sépara de lui. Ils écrivirent leurs anathèmes dans le livre de son anathème et envoyèrent à lui ; mais lui ne le reçut pas, et ne revint pas à son blasphème. Ils voulurent envoyer ce qu'ils avaient écrit à l'empereur, sans pouvoir y parvenir, à cause de ce qu'avait fait Qonsṭīṭiyānus le patriarche pour la garde des routes, alors ils se concertèrent ; ils prirent l'un d'eux, lui donnèrent le livre, le mirent en habit de pèlerin, et le firent passer en compagnon, jusqu'à ce qu'il atteignît Constantinople et remit le livre à Ṭāmnāṭus le scribe et le porte-tablette de l'empereur. Il alla, le porta avec lui, et le présenta à l'empereur pour le maître Aṭnāsiyūs ce qu'il y avait. Le porte-tablette le prit avec lui des Pères, le scribe ; il le fit lire à l'empereur. Quand il le lut, le concile fut entendu à Éphèse, [il dit] : « Nous savons que c'est lui Emmanuel qui est Dieu fait chair ; ce n'est pas Nestorius qui nous a réunis dans cette confession ; il est étranger au Père, au Fils, au Saint-Esprit ; étranger à l'héritage des disciples ; étranger à l'Église unique sainte, et étranger à ceux qui ne disent pas que Jésus est Emmanuel, c'est-à-dire que c'est lui Dieu qui est fait chair ; et que tous ceux qui ne disent pas que la Vierge a enfanté Dieu Verbe incarné véritablement, est, en vérité, retranché ; c'est lui le Christ Vrai, le Sauveur. Jésus, à lui louange à tous les siècles Amen. »
Lorsqu'il eut lu cette confession devant l'empereur, lui et qui étaient dans son palais, ils crièrent et dirent : « Lui Jésus est Emmanuel, c'est-à-dire Dieu, Verbe incarné, lui-même. » Lui dit Aṭmnāṭus le scribe à l'empereur : « Que ta majesté écrive à ces évêques, qu'on présente ces écrits, qu'on accepte leur suggestion ; bénisse sur ton royaume. » L'empereur fit cela, et envoya cela au concile à Constantinople ; ils l'admirent comme convenant : il les agréa avec leur confession, et il les bénit et il prit leur bénédiction, ordonna qu'on ne fît plus de Nestorius l'exilé, qu'on l'éloignât de lui, qu'on le bannît avec son convoi à Misr (Égypte), et l'envoyèrent. Les évêques lui dirent qu'il avouât avant son départ que celui qui a été crucifié, c'est Lui Dieu qui s'est incarné, et nous t'admettons et nous renoncerons à ton bannissement. Il endurcit son cœur comme Pharaon, et ne leur répondit pas. Quand il dit le porte-tablette : « Restons ici. Le porte-tablette s'est fatigué. » Il dit : « Le porte-tablette s'est fatigué : ton seigneur s'est fatigué[32] », parce que c'était la sixième heure ; et lui était Dieu. Comment dis-tu ? Dit Nestorius : Quand je voyais que ces évêques se sont réunis pour me forcer à dire que Jésus c'est lui Emmanuel, c'est-à-dire Dieu fait chair, alors moi je dirai : Dieu s'est fatigué. Le porte-tablette marcha avec lui jusqu'à ce qu'il atteignit à al-Akhmīm, dans la province du Saʿīd, où il demeura banni, exclu et retranché jusqu'à ce qu'il mourût[33].
Le saint Père Cyrille a écrit plusieurs lettres : la première à Anbā Yūḥannā, patriarche d'Antioche[34], où la commencent : Que se réjouissent les cieux et que se complaise la terre ; et une lettre à Anbā Kyros (Kyrios), évêque de Mélitène (Malīṭiya), où la commencent : Quel est meilleur que la rencontre de deux frères complets, qui s'enseignent l'un l'autre les enseignements spirituels ; et une lettre à Olarianus, évêque d'Iqūnya, Anbā Yūḥannā le frère bien-aimé partenaire dans le service ; et une lettre aux prêtres et diacres et moines et ascètes, fermes en la foi droite, après le retranchement de Nestorius et son éloignement, et une lettre à Olokios le prêtre alexandrin, qui était à Constantinople : il y a des hommes qui en sont coupables envers nous à cause de l'épître qu'a écrite les évêques de l'Orient ; et une lettre à Anastase et Alexandre et Sosaiyūs et Wurghūdyūs le prêtre, à Maxime le diacre et il loue beaucoup votre amour de la science. Et chacune des lettres mentionne en elle la foi droite, et il fait paraître l'incroyance de Nestorius, l'incroyance de sa parole. Il dit : ce qui est contraire à la foi des saints Pères, et ce qui contient les Livres saints, et ce qu'a énoncé l'Esprit-Saint dans les langues des Prophètes véridiques, et les Apôtres élus, et les saints Pères enseignants de l'Église Apostolique catholique, en lettres autres qu'à Nestorius lui-même avant son retranchement, qu'il avait écrites avec amitié, et il l'enseignait, et il l'exhortait, qu'il s'occupât de cela. Cela ne lui profita pas[35], il ne s'éloigna pas du mal de son opinion, et la dureté de son cœur, et la corruption de sa croyance[36].
Lorsque le Père Cyrille acheva sa Vie, en bonne vieillesse, il fut admis au repos éternel en paix.
⁂ ⁂ ⁂
[1]Apparat : ms. F dadyānūs (Codd. Lūkiyūs). Sévère désigne Lucius (Λούκιος, 373-378), évêque arien intrus à Alexandrie, comme « al-ism al-kadhdhāb » (« le faux-nom »), confondant à dessein le titre qu'il s'arroge avec son imposture christologique. Lucius fut chassé à la mort de Valens et au retour de Pierre.
[2]Apparat : la chronique copte donne « 8 ans » comme durée du patriarcat de Pierre II ; les listes byzantines (Nicéphore, Eutychius) varient entre 5 et 8 ans. Sévère retient 8 ans : 373-381, soit l'arc complet jusqu'à l'avènement de Théodose.
[3]Théophile (Ⲑⲉⲟⲫⲓⲗⲟⲥ, Tāwfilus, c. 345-412), patriarche d'Alexandrie de 384 à 412, neveu et prédécesseur de Cyrille. Personnage controversé : il dirigea la destruction du Sérapeum d'Alexandrie en 391, persécuta les origénistes, déposa Jean Chrysostome au synode du Chêne (403). Sévère, fidèle à la tradition copte, en fait pourtant le prototype du patriarche-évêque savant, auteur prolifique de mīmars (homélies métriques).
[4]Le concile de Constantinople (Iᵉʳ Concile œcuménique, 381 — second selon le comput général) compta 150 évêques, condamna Macédonius (Maqdūnyūs) patriarche de Constantinople (qui niait la divinité du Saint-Esprit, d'où le nom de pneumatomaques) et un certain « Awnūmiyūs » = Eunome (Eunomien, néo-arien radical). Sévère est exact sur le nombre : 150 Pères figurent dans la tradition canonique.
[5]Théodose Iᵉʳ (Tāwadūsiyūs al-malik al-muʾmin, « le roi fidèle »), empereur 379-395, qui convoqua le concile de Constantinople et fit du nicénisme la foi officielle de l'empire (édit de Thessalonique, 380). Référence honorifique constante dans la tradition copte.
[6]Apparat : ms. F tanyīḥ (« endormissement »). Sa durée : « neuf ans et demi », soit 384-393 (en réalité 384-412, soit 28 ans — divergence majeure avec la chronologie historique, due peut-être à une perte de transmission ou à une confusion avec Pierre II).
[7]Première mention de l'épisode des « idolâtres de Jérusalem » : un groupe de moines envoyés par Théophile pour défendre les chrétiens à Jérusalem contre la profanation des sanctuaires païens. Théophile mobilisa effectivement les moines de Nitrie pour ses opérations contre les origénistes et les Sérapeoïdes. Les Coptes ont gardé mémoire de ces expéditions monastiques.
[8]Un détail caractéristique : durant ses fouilles, Théophile aurait découvert sous une mosaïque les reliques de Jean-Baptiste et d'Élisée (ou plutôt d'Élie), trouvées avec une inscription Ṭiyāṭāt — épisode que Sévère lie à la livraison VIII (n. 26), où Athanase avait reçu les corps des juifs de Sébaste. La continuité hagiographique suggère qu'il s'agit ici d'une seconde tradition : Théophile aurait fait construire au-dessus des reliques une église consacrée à Jean-Baptiste. La première est la « basilique du Précurseur » d'Alexandrie. Témoignage architectural précieux.
[9]Apparat : ms. F al-maʿmūdiyya (« le baptême »). Le rite de la consécration de la croix sur l'eau du baptême : signe de croix sur la cuve baptismale et apparition d'une « croix de lumière ». Théophile constata, lors d'une vigile pascale, que la croix de lumière n'apparaissait pas — son scribe Cyrille (kīrlos), neveu de Théophile, avait été retenu hors de la cérémonie. Théophile le fit rappeler ; à son retour, la croix de lumière apparut. Episode qui prépare typologiquement la succession de Cyrille.
[10]Cyrille (Kίρλος, Kīrlos), 376/378-444, patriarche d'Alexandrie 412-444, neveu de Théophile. Théologien majeur du Vᵉ siècle, il fit condamner Nestorius au concile d'Éphèse (431) et défendit le titre de Theotokos de la Vierge. La tradition copte le compte parmi les Quatre Docteurs.
[11]Cyrille passa cinq ans dans les déserts du Saʿīd (Haute-Égypte), notamment au monastère de Pachôme, étudiant les Écritures sous la direction d'un maître nommé Awghusṭus (Augustin ?). Cet épisode de formation monastique est attesté par l'historiographie cyrillienne ancienne : Cyrille séjourna effectivement chez les anachorètes de Nitrie et de Scété avant son ordination.
[12]Sérapion le Sage (Sarābiyūn al-Ḥakīm), maître de la « science véritable de Dieu » (ʿulūm al-ḥaqīqiyya). Personnage non identifié avec certitude — peut-être Sérapion de Thmuis (mort vers 360), évêque de Thmuis, ami d'Athanase et auteur d'un Contre les manichéens, dont la mémoire fut conservée dans la tradition monastique copte. Cyrille reçoit de lui la « formation à l'épée de fer » (sayf ḥadīd) — locution monastique imageant la rigueur ascétique.
[13]Détail d'un haut intérêt : Cyrille mémorise les Écritures par lecture unique. « Il avait pour maxime, lorsqu'il lisait un livre, de le lire une seule fois : il en mémorisait alors la totalité ». Le motif est repris d'Augustin et d'autres Pères, mais ici appliqué à la pédagogie alexandrine.
[14]La liste des maîtres orthodoxes que Cyrille cite : « Athanase, Denys, Clément, Eusèbe, Basile patriarche de Rome, Basile évêque arménien, Basile de Cappadoce ». Cette liste reflète le canon des Pères repris par la tradition copte : Athanase d'Alexandrie, Denys (le Grand), Clément d'Alexandrie, Eusèbe de Césarée, Basile le Grand. La distinction entre trois Basile (Rome, Arménie, Cappadoce) reflète une compression géographique de différents homonymes.
[15]L'opposition de Cyrille à Origène (Aryāns) — il rejetait son enseignement, ne touchait pas ses livres. Position héritée de son oncle Théophile, dont la grande œuvre destructrice à Nitrie en 400 visait précisément les origénistes (les « Quatre Tall Brothers » et leurs disciples). Cyrille, dans la tradition copte, prolonge cet anti-origénisme.
[16]Cyrille obtient, par sa connaissance scripturaire, le don de produire un nectar qui suinte des plantes et des arbres : « comme une rosée qui sort de l'herbe et des arbres ; il en remplissait des vases ; c'est un miel pur, sans aucune impureté ». Locution miraculeuse propre à Cyrille — peut-être souvenir typologique de l'oint des Psaumes (Ps 19, 11).
[17]Apparat : ms. F al-Kabīr (« le Grand ») — épithète honorifique de Théodose II (408-450), empereur byzantin sous lequel Cyrille préside au concile d'Éphèse en 431. Théodose II est en réalité petit-fils de Théodose Iᵉʳ — la chronologie copte amalgame les deux empereurs.
[18]Pierre II, dit « Sceau des Confesseurs » dans la tradition copte, est intronisé après Athanase. Sévère, ou sa source, ne lui consacre que quelques lignes : il fut exilé sous Valens (« Lūkiyūs le menteur »), puis libéré à la mort de l'empereur ; siégea huit ans, mourut le 20 Amshīr (= 14 février 381). Lūkiyūs (Lucius l'arien) avait été imposé par Valens comme intrus arien sur le siège alexandrin pendant l'exil de Pierre.
[19]Apparat : ms. ABC mawlā « le Maître ». Allusion à Mt 24, 2 : « Il ne restera pas pierre sur pierre. » Nestorius prétendait que la prophétie évangélique sur la destruction du Temple était fausse : c'est Julien lui-même, non le destin divin, qui voulait abattre les pierres restantes — or il échoua. Argument apologétique christologique de Cyrille contre Nestorius.
[20]Le récit consacre un long passage à la lettre de Cyrille à Nestorius : « ô bien-aimé frère ». Le texte arabe condense les célèbres lettres dogmatiques de Cyrille à Nestorius (Lettres I, II et III, l'unique encore aujourd'hui), où Cyrille exposait sa christologie en termes de « union selon l'hypostase » (henōsis kath'hypostasin). Sévère traduit en formules concises mais reconnaissables.
[21]Première mention de Nestorius (Nasṭūr), patriarche de Constantinople 428-431. Né à Germanicia en Cilicie, formé à l'école d'Antioche, Nestorius enseignait que le Christ est « simple homme » (insān sādhij), niant l'union hypostatique des deux natures et refusant à Marie le titre de Theotokos. Sa christologie diophysite radicale fut condamnée à Éphèse.
[22]Allusion explicite aux Anathématismes de Cyrille (les Douze Anathèmes) annexés à sa troisième lettre à Nestorius. Sévère ne les cite pas tous, mais retient les plus forts (« Si quelqu'un n'avoue pas que la Vierge est Theotokos qu'il soit anathème »).
[25]« Maximus, le diacre intelligent et savant » (Maksīmūs al-shammās al-ʿālim al-fahīm) — secrétaire de Cyrille au concile d'Éphèse. Ce diacre, identifié à Pierre, est peut-être Pierre le Lecteur d'Alexandrie, célèbre futur archidiacre. Il avait pour fonction de produire les écrits de Nestorius condamnables.
[27]Le concile d'Éphèse (Iᵉʳ Concile d'Éphèse, juin-juillet 431, IIIᵉ Concile œcuménique). Cyrille y condamna Nestorius en l'absence des Antiochéniens (qui arrivèrent plus tard). Sévère résume en quelques lignes : « Cyrille convoqua le concile à Éphèse, où vinrent les évêques de toutes les villes — chacun des évêques avec lui prêtres, diacres, sous-diacres et lecteurs ».
[28]« Constantianus » (Qonsṭīṭiyānus) — il s'agit de Candidien (Κανδιδιανός), comte impérial nommé par Théodose II pour présider le concile d'Éphèse, sympathisant initialement de Nestorius. Sévère retient son nom corrompu et sa fonction de protecteur du condamné. Candidien tenta effectivement de protéger Nestorius lors des sessions houleuses.
[30]Le récit du subterfuge : Cyrille fait amener clandestinement les évêques restés à l'extérieur, les fait pénétrer dans la salle par les fenêtres et les portes, sous les toits ; on lit les écrits de Nestorius, on signe sa déposition. Détail dramatique : Cyrille avait pour scribe « Pīṭras » (Pierre), homme savant et lecteur expert, qui produisit les passages condamnables.
[33]Nestorius est exilé en Haute-Égypte, à al-Akhmīm (Akhmim, ancienne Panopolis). Sévère retient cette donnée historique précise : Nestorius mourut effectivement en exil dans la Grande Oasis ou à Akhmim vers 451 — son sort est attesté par plusieurs sources, mais Sévère se contente d'« il y demeura banni, retranché, jusqu'à ce qu'il mourût ».
[34]Lettres de Cyrille : à Jean d'Antioche (le célèbre destinataire de la « Formula d'union » de 433, signée après le concile) ; à Conon évêque de Mélitène ; à Olarianus l'Alexandrin (peut-être Aulinos) ; à Anastase et Alexandre ; à Maxime le diacre. Chacun de ces correspondants est attesté dans la tradition cyrillienne.
[36]Cyrille meurt en grande vieillesse, après avoir terminé sa vie, et sa mémoire passe « à la béatitude éternelle, en paix ». Sévère ne donne pas la durée précise, mais Cyrille a en réalité siégé 32 ans (412-444). La transition vers Dioscore (XXVᵉ patriarche) est immédiate, dans la page 83.


