NOTICE
Cette partie couvre l'arc le plus dramatique de toute l'histoire alexandrine au VIᵉ siècle : les cinquante années qui mènent de la mort d'Anastase Iᵉʳ (518) à la mort de Théodose en exil à Constantinople (566). C'est la grande crise justinienne — le moment où l'Église miaphysite, persécutée mais protégée par Théodora, se constitue définitivement comme rivale de l'orthodoxie impériale chalcédonienne. Sévère, en deux notices d'inégale longueur (Tīmothée III courte, Théodose ample), reconstitue le scénario complet : la déposition de Sévère d'Antioche par Justin Iᵉʳ, sa fuite en Égypte sous la protection de Théodora et de Tīmothée III, le schisme julianiste interne au parti miaphysite, l'élection contestée de Théodose, son éviction de six mois par Gaianos, son rétablissement par le commissaire Narsès, son exil prolongé à Constantinople, sa résistance à toutes les manœuvres de Justinien, le sac d'Alexandrie et la fermeture d'un an des Églises, la construction clandestine de deux nouvelles églises miaphysites, et enfin la fameuse offre impériale repoussée par Théodose qui anathématise le Tome de Léon en citant Mt 4.
La Vie de Tīmothée III (pp. 87-89) ouvre par le règne d'Anastase Iᵉʳ, encore protecteur des miaphysites, et bascule rapidement vers le drame : avènement de Justin Iᵉʳ, déposition de Sévère d'Antioche, sa fuite en Égypte. Tīmothée III refuse de céder à la pression chalcédonienne ; lui et ses évêques d'Orient se replient dans cinq monastères du désert. Théodora sauvegarde leur statut. Apparaît ensuite la grande controverse intra-miaphysite : les julianistes (aphtartodocètes), disciples de Julien d'Halicarnasse, qui soutiennent l'incorruptibilité du corps du Christ. Sévère retient le détail des sept moines convertis et le prêche acharné de Tīmothée pour ramener les miaphysites égarés à la pure doctrine sévérienne. Mort en 535 après dix-sept ans.
La Vie de Théodose (pp. 89-95) est presque trois fois plus longue. Elle se déploie en sept blocs narratifs : (1) son élection canonique, son éviction par les julianistes qui imposent Gaianos pendant six mois ; (2) son rétablissement par Narsès le commissaire ; (3) son alliance avec Sévère d'Antioche réfugié, son refus du Tome de Léon ; (4) sa convocation à Constantinople par Justinien qui veut imposer Chalcédoine ; (5) sa rencontre dramatique avec Justinien et la grande offre impériale (« les deux patriarcats et toute l'Afrique sous ton autorité »), refusée par citation de Mt 4 ; (6) le sac d'Alexandrie, la fermeture des églises, la construction clandestine de deux églises nouvelles ; (7) la mort de Théodora et la mort de Théodose en exil après trente-deux ans de pontificat (dont vingt-huit en exil à Constantinople).
Cette livraison conserve plusieurs données historiques d'un grand intérêt : la datation par l'ère copte des Martyrs (« en l'an 285 de Dioclétien » = 569), la topographie alexandrine précise (le quartier des Colonnes et de la Porte du Lampadaire, le gymnase), la mention de la basilique des saints Cosme et Damien construite clandestinement, l'utilisation du qualificatif « al-malika al-muʾmina » (« la reine fidèle ») pour Théodora qui devient poncif. Les noms grecs corrompus ont été restitués avec l'aide de la collation Seybold : Justin Iᵉʳ (Yusṭīnyānūs), Justinien (Yusṭiniyānus), Théodora (Tāwadūra), Sévère d'Antioche (Sāwiriyūs), Gaianos (Daqyānus / Ghāyānūs), Narsès le commissaire, Aristomachos / Astamākhus le secrétaire, Paul le Tabennésiote (le « Yodes le Nouveau »).
Vie de Tīyāṭāwus (Timothée III), Patriarche, trente-deuxième du nombre
On l'établit comme patriarche sur les chaires d'Alexandrie Tīyāṭāwus[1]. Mourut Anastāsiyūs[2] l'empereur fidèle, et l'on installa après lui un homme méchant, opposant, dont le nom était Yusṭīnyānūs. Il dirigea le royaume. Lorsqu'il s'assit, il déploya son effort à éloigner les fidèles de la foi orthodoxe vers le concile chalcédonien, et le premier qu'il commença : prendre Sévère[3] le patriarche, et il rassembla un concile à la cité de Constantinople à propos de lui ; et il y avait, lui-même, un patriarche de Rome[4], et Cyril[5] (3) sur (4) Constantinople, et les évêques qui étaient sous leur main : il les expédia auprès de Sévère le patriarche d'Antioche, et soldats avec lui à la cité d'Alexandrie. Il pensait qu'il pourrait, par convoitise, ramener Sévère le saint à son avis, qu'il marchât à sa suite, qu'il acceptât sa parole méchante. Lui ne s'inclina pas — Sévère le grand —, et alla à Constantinople ses évêques, à la foi droite. Le Père Sévère à Constantinople le roi le reçut au début avec grand respect, et éleva sa position, et lui parla de bonne grâce, demandant son aide, que parvienne Tomus le Tome de Léon[6]. Mais lui, le combattant en Dieu, qui avait fait dans son cœur la parole de Pierre l'apôtre à Simon le magicien : « Que tes biens et toi soient à la perdition, parce que je te vois être plein d'amertume des deux dragons. » Et c'était Justinien le roi pareil à Nestorius. Or, en certains jours, l'empereur ordonna que les évêques se rassemblassent à ce concile : Père Sévère le combattant ne se présenta point chez eux, ni aucun de ses évêques, parce qu'il avait dit qu'on ne brûlât point le Tome de Léon, le concile chalcédonien rejeté et la nostalgie de revenir vers eux selon ce qu'avait dit le roi ; on vit, à propos de l'incroyance — ces choses qui se sont passées —, le récit complet d'eux serait longue chose. Lorsque parvint à Sévère le patriarche l'ordre de l'empereur, il ne se concerta pas avec eux, et alla auprès d'eux, leur fit subir les tribulations et les épreuves. Il y avait deux ans que la reine Théodora la fidèle vint à lui ; elle le délivra, et le rendit ; elle le fit revenir à son trône. Et il en fut sortie, en ces jours, Tīyāṭāwus à Alexandrie. Lorsque sortit Sévère le patriarche d'Antioche et ses évêques de l'Orient, ils gagnèrent l'Égypte. Vinrent les évêques à la ville d'Alexandrie, se résolurent à beaucoup de monastères, et fuyait l'auteur lui-même, en ce temps-là, de monastère en monastère, secrètement et publiquement, et puis du monastère [s'en allait] à un autre monastère, dans son écrit aux évêques ses compagnons à Alexandrie ; il leur recommandait, les confortait, leur recommandait qu'ils résistassent dans les épreuves bravement. Il y avait avec eux des évêques rivaux, qui se nommait Yulianus[7] — il fit paraître qu'il ne participait pas avec le concile chalcédonien parce qu'il prétend que le Sauveur Christ Un divisait les natures, ce qui le faisait passer pour deux après l'union, sans corruption. Or il s'écoula un temps tel que le Père Sévère écrivit Tūmar par paroles méchantes pour des gens méchants, en lui ce qui ne plaît pas — la foi de Eutychès[8] l'incroyant et d'Apollinaire et de Manès, et il rejetait Khabīs (Eutyché ?) le mécréant — qui ajoutait aussi le blasphème des actes de foi qui supposaient l'imagination, niaient les douleurs du Sauveur le Christ vivant, et l'envoya aux régions du Saʿīd et aux moines du désert ; ils l'admirent : ils tombèrent dans le piège. Sept hommes, lorsque Dieu illumina leur cœur, refusèrent et écoutèrent à dire ce méchant Tūmar. Apparurent ceux qui s'égaraient avec Yulianus : on les tua, le reste ils se dispersèrent, et purent le sanctuaire dans leurs cellules au monastère d'Abū Maqār et autres[9]. C'est cela la cause de leur dispersion et l'extension de l'égarement aux quatre monastères du désert et à al-Jawāsiq, et par la puissance de l'Esprit-Saint et la grâce, fut la raison des sept moines restants : ils refusèrent les enseignements de l'envoyé pour égarer les gens, et il était une eau qui jaillissait de cet égarement, Yulianus, qui ne cessait pas d'expédier ses livres en tout endroit pour égarer les hommes et les attirer à lui. Quand connut le Père Sévère cette force de l'Esprit Saint qui demeurait en eux, il écrivit en tout endroit pour répandre son sujet et disperser ses ouvrages, et faire savoir aux hommes ce qu'il avait écrit dans son livre, qu'on s'écarterait des deux fissures ladayhi (à lui-même) : un blasphème métaphorique. Et Sévère le saint frappa de cette frappe ses adversaires, et combattit celui qui suivait le Tūmar et son partage. Tout cela aurait pu rester, et résistance ; au moment où s'éteignit le Père Tīyāṭāwus le patriarche, il était attaché en la foi droite. Il était combattant à propos d'elle, comme le Père Sévère, et rejetant Yulianus et tous ses propos. Sa durée d'établissement comme patriarche sur les chaires d'Alexandrie fut de dix-sept ans. Il se reposa[10] le treizième du mois d'Amshīr.
Vie de Théodose (Tāwadūsiyūs), Patriarche, trente-troisième du nombre
Et par l'ordre de Dieu, les évêques et le peuple orthodoxe se rassemblèrent après le repos de Tīyāṭāwus, et par la disposition du Seigneur Christ, ils établirent comme patriarche le saint Père Tāwadūsiyūs[11] ; il fut homme savant et habile à l'écriture de l'Église. Et après quelques jours, le pervers s'éleva, en raison de mauvaises pratiques de ses bienséances, et causa des troubles entre des hommes méchants des gens de la cité, partisans des manœuvres mauvaises ; et il y avait un homme avancé en âge, vétéran dans le siège, qui s'appelait Daqyānūs[12], et il était l'archidiacre du diocèse d'Alexandrie. Il se tint debout au moment de l'élection du Père Tāwadūsiyūs comme patriarche avec les évêques et les prêtres et les chefs de la ville, et le firent. Ils écrivirent son procès-verbal et le présentèrent au siège apostolique, en accord avec tout le peuple chrétien aimé de Dieu. Et après cela, son égarement[13] et l'opinion (2), gagnèrent un groupe — j'entends l'archidiacre — et ils suggérèrent contre lui, disant : « Cette préséance et la priorité doivent te revenir : il n'est pas permis à un autre que toi qu'il te précède », et ils s'introduisirent dans son esprit ; lui peu de temps avec la mauvaise parole. Il accepta leur conseil ; ils le prirent et l'amenèrent à la maison d'un prêtre nommé Tāwdūrus, et c'était un homme de mauvaise œuvre. Il avait des biens nombreux. Ils intronisèrent Aqāqyānūs (Daqyānūs) l'archidiacre comme patriarche ; il y avait avec eux Yulianus le corrompu en la foi, en accord avec Tāwdūrus le prêtre, parce que Tāwadūsiyūs le bienheureux, lorsqu'il fut devenu patriarche, avait excommunié Yulianus puisqu'il avait été l'asile aux opposants. Puis il alla auprès du gouverneur, du gouverneur et de l'intendant des moyens [impériaux] ; il les corrompit avec eux, leur adoucit le cœur par la quantité des cadeaux, jusqu'à ce qu'ils s'opposassent au Père Tāwadūsiyūs le patriarche et à l'Église par un grand mal, et expulsèrent Tāwadūsiyūs le saint de la chaire d'Alexandrie à Iḥsamānūs : il y demeura six mois. Le gouverneur cacha à l'empereur son acte, et son partage avec lui, et tout ce qui se passa entre Yulianus et Tāwdūrus et Aqāqyānūs assemblés contre lui. Or le sage Sévère le patriarche appelait Tāwadūsiyūs « le frère et l'aide et l'associé dans la chose unique apostolique véritable » et il le consolait et l'affermissait sur ce qu'il subissait pour la foi orthodoxe et l'attestation à l'image du grand Paul Iᵉʳ avec Stéphanos et son attestation au Christ et comment ils le chassèrent les gens de sa maison et ses proches, comment l'ont fait descendre les fidèles du fortin dans une corbeille — qu'il s'enfuit de Damas. Et il était le Père Tāwadūsiyūs aimait l'angoisse profonde des opposants et leur persécution contre lui. Et c'était cela en l'an cinq et quarante du règne de Diocladianus, et le Père Sévère le patriarche, caché de la part de Yusṭīnyānūs[14] le roi opposant, par amour pour le Christ, dans un village de la province d'Égypte qu'on appelle Bishā, chez un homme qui s'appelait Druwāṭūs important, à cause des cheikhs des moines qui rejetèrent l'égarement de Yulianus l'incroyant. Et c'était l'homme susmentionné de ceux qui avaient pu aller au gouverneur de la province d'Égypte, c'était Arsṭamākhus[15], et il lui demanda qu'il fût compatissant aux cheikhs des moines qui étaient au désert, qui consentirent à eux et leur permirent de bâtir des oratoires et au lieu de Jawāsiq, en plus, qu'il avait pris d'eux, Yulianus et ses compagnons, qu'il rendit aux moines avec cela[16]. Il rendit grâces à Dieu Très-Haut, et c'était Père Sévère le patriarche fit Tūmar avec laquelle il vainquit les compagnons des deux natures[17], et il cassa les croyants, croyant glorifier Dieu et l'élever, par la langue de l'épée spirituelle, et il étudiait dans les livres de la sagesse divine constamment, jusqu'à ce qu'il fût avancé en âge et que le temps approchât de son passage de la fatigue à la paix, parce qu'il s'établit dans le combat et la patience à la persécution des opposants pendant trente ans sur le siège d'Antioche en lutte avec opposition à la foi orthodoxe jusqu'à la mort. Lorsqu'il acheva sa course, et qu'il fût gardien de la foi droite, il s'en alla auprès du Seigneur Christ qu'il aima ; il prit la couronne de la victoire avec les saints Pères dans l'Église des premiers-nés des cieux. Quant au Père bienheureux Tāwadūsiyūs, il fut profondément attristé, et craignit beaucoup, en raison d'Aqāqyānūs l'opposant et de qui était avec lui ; il y avait Yūḥannā, intendant d'Alexandrie, combattant[18] à son sauvetage, [parmi] les Pères. Ils se concertèrent à propos de lui : ils le prirent secrètement, l'emmenèrent dans un bateau sur la mer ; ils s'en allèrent avec lui à un village qu'on appelait Mālij, dans la province d'Égypte, où il demeura deux ans. Le peuple d'Alexandrie envoya à son église et à ses prêtres et avancés [et dirent au gouverneur] : « Pourquoi notre pasteur bon Tāwadūsiyūs s'est-il éloigné de nous ? » Le gouverneur eut peur qu'on en parlât à l'empereur de leur part. Il avertit Aqāqyānūs l'opposant ; il le fit sortir de la cité, puis passa à l'un des premiers, recevoir des affaires de l'empereur. La reine Tāwadūra la fidèle agit, en vue de son rappel, le bienheureux Tāwadūsiyūs : qu'il soit banni de la cité d'Alexandrie, parce que son origine en venait, et alla auprès du roi avec calme, sagesse, douceur et respect, et l'avertit ce qu'il en était sur le Père Tāwadūsiyūs le patriarche dans sa cité d'Alexandrie sans permission de sa part. Lorsqu'il entendit cela, il fut bouleversé en cœur à cause de ce qui était survenu aux deux chalcédoniens en raison du Yulianus rejetant la foi corrompue. Puis il voulut faire plaisir à la reine et la satisfaire. Il lui donna ce qu'elle voulait. Il lui ordonna avec son ordre qu'elle fasse en cela ce qu'elle voulait. Elle envoya les chevaliers à la cité d'Alexandrie pour découvrir la nouvelle, et de ramener le Père Tāwadūsiyūs le patriarche à son siège. Il ordonna aux émissaires qu'ils sussent comment fut son partage à sa déposition. Y a-t-il en lui cohérence avec la loi de l'Église ? Lorsque ils arrivèrent à la cité, ils interrogèrent ce qu'on leur avait ordonné de découvrir. Ils découvrirent comment fut sa déposition, et comment fut la déposition d'Aqāqyānūs l'archidiacre, et qui d'eux était le premier — celui qui a déposé un homme qu'il a pris, à cause des cadeaux, et des houris ; [on] cria, on dit qu'Aqāqyānūs fut le premier dans la déposition. Or le propos fut sans confirmation : ils écrivirent cent vingt hommes des prêtres et des chefs de la ville leurs écrits que le premier dans la déposition fut Tāwadūsiyūs. Puis se réunirent par l'aide du Seigneur Christ avec lui, et présentèrent les émissaires de l'empereur, ses chefs et ses commandants — qui étaient parmi ses délégués et ses fidèles —, [et] s'assemblèrent tous les Alexandrins avec eux dans la sainte Église. Ils présentèrent l'Évangile saint, et le sceau du roi qui contient son cachet et son image. Ils présentèrent le Père Tāwadūsiyūs le bienheureux patriarche et un groupe des évêques qui étaient présents. Ils les divisèrent entre eux, ils les interrogèrent : un par un, ils dirent leur confession librement, sans crainte ni divergence dans la parole : « Tāwadūsiyūs le bienheureux est lui-même le premier déposé, par accord des évêques et du peuple, selon le canon de l'Église. » Et après cela par deux mois, ils entendirent qu'on avait fait Aqāqyānūs patriarche. Aqāqyānūs s'avança devant l'assemblée et avoua de cela, et leur demanda qu'il pardonnât, qu'il accueillît son repentir. Il demanda à l'assemblée auprès du Père bienheureux Tāwadūsiyūs qu'il l'admettrait, et qu'il accueillit son repentir, condition qu'il écrivît de sa main qu'il avait fait cela contre la loi de l'Église, et il resterait en son rang archidiaconale comme il était, et il y serait soumis et reconnaîtrait le Père Tāwadūsiyūs et son obédience à lui jusqu'au temps de sa mort. Il fit cela tout entier, et tous consentirent à dire que c'est juste, et la joie de tous fut grande. Ils glorifièrent Dieu et le remercièrent quand revint à eux leur pasteur Tāwadūsiyūs le bon patriarche, et il s'assit sur sa chaire. Il dirigea l'Église et le peuple en paix. Quant à Yulianus et Tāwdūrus et Mānī et un groupe avec eux d'opposants, fut établi sur eux le nom qu'ils étaient opposants ; ils ne se repentirent point. Quant à Aqāqyānūs, il devint sous l'obéissance de Tāwadūsiyūs le patriarche. Lorsque s'établit le rang de l'Église et le peuple chrétien fidèle, le Père Tāwadūsiyūs s'en réjouit ; il écrivit des livres dans lesquels il rendait grâces au roi et à la reine, et leur les expédia avec leurs apôtres, eux Arsamus et Niqōfūs et Faldīrūs ; il les remerciait à propos de ce qu'ils faisaient. Lorsqu'ils arrivèrent, ils livrèrent le ms. Codd. Asbāsiyānūs (Aspasianus). Les écrits du roi le firent connaître à tout ce qui était comme pensées vouées qui inclinent : « Et voici je t'ai livré, à toi Tāwadūsiyūs, sur les chaires d'Alexandrie, et on a ajouté à toi tous les diocèses du pays d'Égypte, de la région et de l'Afrique, et tous les pays et tout ce qui m'aide en la foi que tu suis, pour que toute l'Église devienne d'une seule foi unique. » Puis [il pensa] : c'est-à-dire le roi Yusṭiniyānus[19] : « Après cela, il médita, et il écrivit au gouverneur d'Alexandrie et à ses chefs ; il invitait le Père Tāwadūsiyūs qu'on lui présentât. À lui pour qu'il accepte le Tomus de Léon, et qu'il l'aide à cela, et il y aurait pour lui les deux pontificats, le patriarcat et la juridiction, et tous les évêques d'Afrique seraient sous son obéissance, et il serait à lui-même de tout commandement, et même s'il n'obéissait pas, n'y consentait pas, il serait expulsé de l'Église, et conduit où il voudrait. Parce que celui qui n'est pas d'accord avec moi sur la foi ne sera pas seigneur sur aucun peuple ni sur aucune église. » Quand suivit le Père combattant bienheureux Tāwadūsiyūs le patriarche le confessant à Christ le livre du roi, et ce qu'il avait dit en présence de l'assemblée et du gouverneur et des messagers, il dit comme l'avait dit l'évangile saint : « Iblīs (le diable) prit le Sauveur et l'emporta[20] à une haute montagne, et lui montra tous les royaumes du monde et leur gloire, et lui dit : « Tout cela, je te le donnerai si tu te prosternes devant moi. Je l'ai donné comme tu m'avais promis, à condition que je périsse, devenant en exil loin de mon Maître Christ le Roi vrai. » Le messager présenta entre ses mains les ordres de l'empereur et du gouverneur — et c'est devant la grande assemblée. Il dit en vérité : J'anathématise le Tome (Ṭūmus) de Léon, et le concile de Chalcédoine, et celui qui les avoue lui est anathème dès maintenant à toujours. Amen. » Puis il dit aussi au gouverneur et à toutes les troupes : « Le roi n'a aucun pouvoir sur le royaume, ni sur mon corps : et le Maître Jésus, le vrai Roi, le Grand, possède l'autorité suprême sur moi, mon âme et mon corps tous, et voici les Églises et tout ce qui est en elles, et tout ce que vous voulez : faites-le. Quant à moi, je suis le successeur de mes pères, qui m'ont précédé comme maîtres de l'Église[21] — Athanase, Cyrille, Dioscore, Tīyāṭāwus et qui était avant eux, ce que je suis devenu, leur représentant indignement. » Il s'exécuta et il dit : « Quiconque s'attache à Dieu doit me suivre, parce que je suis sorti du sein de ma mère nu, et je vais à lui nu — et celui qui se chargera lui-même en ce temps-ci pour la foi, le suivra. » Pour qu'on l'élût, ils descendirent à la salle prudemment ; au matin fut donné l'ordre, comme l'empereur l'avait écrit dans son livre, de l'expédier où il voudrait. Il sortit de la cité, et fit fortifier le Sauveur Christ son cheminement par lui-même. Promit Astamākhus, et le supporta sur ce qu'il avait besoin de lui, et le porta dans une barque au Saʿīd d'Égypte ; il y séjourna et instruisit les hommes là-bas, et les moines dans les monastères, et les affermit sur la foi orthodoxe et les fortifia au combat jusqu'à la mort. Quant à l'envoyé du roi, il revint auprès de lui et lui fit savoir tout ce qui s'était passé et comment Tāwadūsiyūs sortit de la cité — il n'avait pas accepté tout ce que l'empereur lui promettait, mais avait rejeté son royaume et sa parole, par fermeté à la foi. Il pensa, lui-même qu'il l'abandonna à l'ensemble pour leurs hommes ; il leur permit que ses fidèles se baptisassent, écrivit un livre méchant — des serments et des engagements pour le patriarche Tāwadūsiyūs : qu'il ne lui suivrait aucune douleur ni dommage, mais bien tout salut et bien, et l'envoya avec un secrétaire ; il lui dit : « Reviens vers lui pour qu'il vienne à moi, et dis-lui ce que veut l'empereur d'une rencontre tous deux. Lorsque le Père bienheureux le patriarche reçut le livre du roi, il chercha aide dans la puissance de notre Seigneur Christ. Il prit avec lui parmi les prêtres des hommes savants connaissant le bien, et embarqua avec eux dans un bateau marin, jusqu'à ce qu'ils arrivassent à Constantinople ; et il entra auprès du roi et de la reine. Lorsqu'ils virent son humilité et son humble douceur, ils le reçurent avec belle [bienveillance]. Ils lui ouvrirent un endroit que [Justinien] avait préparé pour lui [et qui présentait des] commodités. Et lui dit dans toute épreuve qu'il l'entretiendrait avec le calme, et il y avait le bruit de [Justinien] qu'il l'aidait pour confirmer le concile chalcédonien, et donnait la considération nombreuse, la préséance et le pontificat. Mais celui-ci disait : « Pour moi, point de vie ni mort, ni cession, et la nudité, ni épée, ni conduite, le crâne s'arrache de la foi de mon père Iyobiṭ et de la terre de mon noble lieu, ni le péché à propos de ce qu'écrivirent à mes Pères les maîtres fidèles avant moi : les pasteurs courageux qui parlaient en notre Seigneur Christ Marc l'évangéliste à ce jour où me prit le Père Tāyāṭāwus comme diacre. Et je suis devenu, moi, patriarche après lui par disposition divine. » Lorsque le roi ne put le faire pencher à sa parole[22], il l'expulsa à l'exil avec gravité, et fit, à plaisir des prêtres d'Alexandrie, et lui adjoignit un homme nommé Bawlus le Tāl[in]īsī[23] comme patriarche sur les chaires d'Alexandrie à la place de Mīna, patriarche de Constantinople. Il l'envoya avec une garnison militaire à la cité d'Alexandrie. Lorsqu'il y arriva, ne le reçut personne de ses habitants, et ils l'appelaient « Yodes[24] le Nouveau » : il y demeura un an, sans qu'on l'écoutât, sans qu'on s'approchât de sa main, ni qu'on touchât à lui, sinon le messager qui était venu en sa compagnie, son suivi, le gouverneur et qui était avec lui, et seulement les habitants de la cité l'insultaient et disaient : « Voilà Yodes le repoussé. » Il écrivit au roi en lui faisant savoir ce qu'il en était et comment ils avaient fui devant lui, comme s'enfuit le loup des moutons. Il l'envoya par la voie qui étranglait l'empereur, et envoya une lettre par une autre voie où il commandait que les portes des Églises de la cité d'Alexandrie fussent fermées, qu'on les scellât de son cachet, et qu'il y eût sur elles des gardes pour qu'ils n'y entrassent personne en aucun cas. Lorsque cette lettre méchante parvint à la cité[25], il y eut, à cause d'elle, grande tristesse et angoisse, gémissement, sans qu'il y eût aucun moyen ni description du peuple chrétien orthodoxe. Et ils restèrent pendant cette année entière sans culte, et sans église, où ils prient, ni endroit où ils baptisent : écrits du Père Tāwadūsiyūs Saʿīd leur parvenaient continuellement de l'exil, leur rappelant la foi droite, leur consolation et leur réconfort. Lorsqu'augmenta dans leur cœur s'assemblèrent les prêtres orthodoxes et les laïcs, ils se concertèrent à ce qu'ils bâtiraient une église en dehors d'eux, pour qu'ils ne deviennent comme les juifs ; ils le firent et la bâtirent par la puissance du Christ à l'ouest d'Alexandrie au lieu connu sous le nom des Colonnes et de la Porte du Lampadaire (al-Suwārī wa-l-Naṣrum) — qui est[26] l'Église orientale des Cent-Quinze-Marches. Et un autre groupe du peuple bâtit aussi une autre église au nom de Cosme et Damien, à l'est et à l'ouest du gymnase, et un peu plus loin la place dite des Comestibles. C'était en l'an deux cent quatre-vingt-cinq de Dioclétien. L'empereur sut cela, et fit ouvrir toutes les Églises et il les remit sous l'autorité des chalcédoniens[27]. Quand sut le Père bienheureux Tāwadūsiyūs qu'il ne resta pour lui seul à la chaire de l'Évangéliste que la nouveauté de ces deux églises, l'église des Évangéliques (Ankhīliyūn) et l'église de Cosme et Damien des martyrs, il poussa de grands soupirs et pleurs, parce qu'il connaissait le peuple d'Alexandrie, et qu'il était partisan du noble culte, de la dignité et du respect. Il craignit qu'il ne se détournât de la foi droite par recherche du noble titre du roi, et il faisait sa prière et disait : « Mon Maître Jésus Christ, tu as racheté ce peuple par ton sang précieux ; ne lâche pas ta main importante d'eux, mais que ce soit ta volonté. » Il demeura vingt-huit ans en exil, et en Saʿīd d'Égypte autres quatre ans, gardien de la foi orthodoxe, et il composa parmi des mīmars et enseignements pendant la durée de son patriarcat qui fut de trente-deux ans : on ne saurait compter ; il rejoignit en paix le Sauveur Christ qu'il aima, le vingt-huitième jour de Bawūnah, et il prit la couronne de la victoire avec l'assemblée des saints au royaume des vivants[28]. Et nous, les fidèles qui restons, sur la foi orthodoxe que nous avons reçue, demandons par l'invocation de Tāwadūsiyūs comme nous l'invoquons : nous supplions et avons recours à Dieu, le Père et le Fils et l'Esprit-Saint, qu'Il nous fasse dons spirituels, et qu'Il nous établisse gardiens de la foi orthodoxe sans peine, comme l'a gardée ce saint Père, le chef confesseur, devant les hérétiques opposants rois, princes, sultans qui étaient en ce mauvais temps. Que notre Vie soit avant lui sans trouble ni honte, et qu'il n'y ait nul écart de sa volonté, et qu'il y ait pour nous accord avec lui dans la part la plus grande au royaume des cieux, par grâce, miséricorde et compassion de l'Aimable, l'Ami des hommes, le Maître Jésus Christ notre Seigneur et notre Sauveur, à Lui la gloire avec le Père et le Saint-Esprit le Vivifiant, à présent et à toujours, et à toutes les générations à venir, Amen.
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[1]Timothée III (Tīyāṭāwus, Τιμόθεος Γ’), patriarche d'Alexandrie 517-535. Successeur de Dioscore II ; sa carrière se déroule presque entièrement sous le règne de Justin Iᵉʳ (518-527) et au début de celui de Justinien (527-565). Il est, avec Sévère d'Antioche, le pivot de la résistance antichalcédonienne au moment de la grande répression justinienne.
[2]Anastase Iᵉʳ (Anastāsiyūs, 491-518), empereur sympathique aux antichalcédoniens, mort le 9 juillet 518. Son successeur, Justin Iᵉʳ (Yusṭīnyānūs ; ms. F yusṭiyānūs), oncle de Justinien, marqua le grand renversement chalcédonien : il rétablit l'orthodoxie chalcédonienne dans tout l'Orient et persécuta les sévériens.
[3]Sévère d'Antioche (Σευῆρος, Sāwiriyūs, c. 465-538), patriarche d'Antioche 512-518. Déposé par Justin Iᵉʳ en 518, il s'enfuit en Égypte où il vécut sous la protection de Théodora et de Timothée III. Sa correspondance avec Alexandrie pendant cette période est l'un des fondements de l'union miaphysite.
[5]Apparat : ms. F qarīb (« proche »). Cyril (Qīrlus / Cyril) patriarche d'Antioche — homonyme du grand Cyrille d'Alexandrie. Il s'agit ici d'un évêque chalcédonien intronisé sur le siège d'Antioche après la déposition de Sévère ; non identifié avec certitude.
[6]Le « Tome de Léon » (Ṭūmus Lāwun) — la lettre dogmatique du pape Léon Iᵉʳ à Flavien de Constantinople (449), qui devint l'une des bases doctrinales du concile de Chalcédoine. Pour la tradition copte, c'est le texte hérétique par excellence. Sévère le dénonce dans toute son œuvre.
[7]Allusion aux julianistes (aphtartodocètes), partisans de Julien d'Halicarnasse (mort vers 527), qui soutenaient l'incorruptibilité du corps du Christ avant la résurrection. Schisme miaphysite interne qui divisa le mouvement antichalcédonien après la mort de Sévère, opposant les sévériens (orthodoxes) aux julianistes (radicaux). Le détail des « sept moines » qui reviennent de l'erreur des julianistes appartient à la tradition copte propre.
[9]Justinien convoque alors Théodose à Constantinople (537), pour le mettre face à Sévère et obtenir leur ralliement à Chalcédoine. Le détail des sept moines convertis et des massacres dans la province d'al-Buḥayra (« la région des Lacs », Maréotide) est conforme à l'historiographie copte.
[10]Apparat : ms. ABCD divergent sur la durée. La version retenue : Timothée III mourut le 13 Amshīr (= 7 février) après dix-sept ans de pontificat (517-535). Il rejoignit ainsi son cher Sévère exilé chez les coptes.
[11]Théodose (Tāwadūsiyūs, Θεοδόσιος, 535-566), patriarche d'Alexandrie. Pivot de l'Église miaphysite à l'époque de Justinien. Élu canoniquement, il fut chassé six mois plus tard par les julianistes qui imposèrent Gaianos (Γαϊανός), aphtartodocète. Théodora obtint son rétablissement par le commissaire impérial Narsès, mais Justinien finit par l'exiler à Constantinople en 537. Il y demeura, retenu, jusqu'à sa mort en 566.
[12]Daqyānus (Diaconus ?) — confusion possible. Il s'agit en réalité de Gaianos / Gaïen (Γαϊανός), archidiacre julianiste qui se fit imposer comme patriarche concurrent de Théodose pendant 103 jours (mai-août 535). Sévère condense la séquence en quelques lignes.
[13]Apparat : ms. ABCD aḍāllu, F aḍallū. « Pour qu'il les égarât. » L'opposition entre Théodose et Gaianos / Gaïen est l'épisode décisif du schisme julianiste à Alexandrie (535).
[15]Astamākhus le secrétaire impérial : il s'agit d'Aristomachos, fonctionnaire byzantin chargé de surveiller les moines coptes hostiles à l'union avec les chalcédoniens. Sévère mentionne « les moines de Bishā » (probablement les anachorètes de Pispir, cellule d'Antoine, ou les moines du désert oriental) qui rejetèrent l'égarement de Julien.
[19]Justinien (Yusṭiniyānus, Justinianus Iᵉʳ, 527-565), neveu de Justin Iᵉʳ. Sévère l'appelle ici « le roi mauvais » (al-malik al-mukhālif, « l'empereur opposant »). Cette qualification reflète la position copte vis-à-vis de la grande politique justinienne de réintégration chalcédonienne et de sa dureté envers les antichalcédoniens.
[20]« Mt 4, 8-10 » : la tentation du Christ par le diable. Théodose, sommé par Justinien d'accepter Chalcédoine en échange de l'union des deux patriarcats orientaux (Alexandrie et Antioche) plus la juridiction sur toute l'Afrique, refuse en citant Mt 4, 8-10 — l'épisode où Satan offre au Christ « tous les royaumes du monde et leur gloire » s'il l'adore. Théodose anathématise le Tome de Léon et le concile de Chalcédoine.
[23]« Paul le Tabennésiote » (Bawlus al-Tālīnīsī) : ici, il s'agit de Paul de Tabennésiote / Paul de Tabennêse, intrus chalcédonien sur le siège d'Alexandrie pendant l'exil de Théodose (537-540), envoyé par Justinien avec une garnison militaire. Sévère retient avec exactitude cette donnée historique.
[24]« Yodes (Iouèdès) le Nouveau, l'apôtre Judas » : Sévère assimile typologiquement Paul le Tabennésiote au traître Judas. Le qualificatif « Yodes le Nouveau » (Yūdis al-Jadīd) devient ensuite poncif dans la polémique copte contre les intrus chalcédoniens.
[25]Sévère retient le détail historique exact du sac d'Alexandrie : Justinien, fâché de la résistance d'Alexandrie, ordonna la fermeture de toutes les églises de la ville et expédia un envoyé spécial — Sévère cite la lettre impériale qui prescrivit la fermeture, le scellement, la mise en place de gardes armés. Ce blocus liturgique dura un an : pas de communion, pas de baptême, pas d'enterrement chrétien légitime — situation extraordinaire dans l'histoire du siège alexandrin.
[26]Apparat : ms. F sharqī. Topographie alexandrine remarquable : « le quartier connu sous le nom des Colonnes et de la Porte du Lampadaire (al-Suwārī wa-l-Naṣrum) », ainsi que « à l'est et à l'ouest du gymnase, et un peu plus loin la place dite des Comestibles ». Sévère, ou sa source, possède une connaissance topographique précise d'Alexandrie au VIᵉ siècle, ce qui suggère que la documentation provient effectivement d'archives locales (peut-être du monastère d'Abū Maqār). « En l'an 285 de Dioclétien » : 285 + 284 = 569 ap. J.-C. — datation par l'ère copte des Martyrs.
[27]Détail historique exceptionnel : Justinien permit la réouverture des Églises antiques (chalcédoniennes) sous l'autorité chalcédonienne, mais maintint la prohibition sur les deux nouvelles églises miaphysites. Cette ségrégation cultuelle entre les communautés est attestée dans l'historiographie monophysite (Jean d'Éphèse, Histoire ecclésiastique).
[28]Théodose mourut le 28 du mois de Bawūnah (= 22 juin), après trente-deux ans de pontificat. Il avait été 28 ans en exil à Constantinople (537-566) et seulement quatre ans en Haute-Égypte. La date est conforme aux synaxaires coptes, qui le commémorent le 28 Bawūnah.


