Préface

par l'éditeur du site Coptipedia.com

Parmi les grands textes disciplinaires et liturgiques de l’Église antique, la Tradition apostolique occupe une place éminente. À l’instar de la Didachè, de la Didascalie des Apôtres ou du Testament du Seigneur, elle appartient à cette famille de documents que les historiens désignent sous le nom de church orders, c’est-à-dire des écrits destinés à transmettre la règle de vie, la discipline et la structure liturgique de l’Église primitive. Ces textes ne sont pas de simples traités théoriques : ils témoignent de la manière dont les communautés chrétiennes des premiers siècles ont compris et organisé la transmission de la Tradition reçue des apôtres. À ce titre, la Tradition apostolique constitue l’un des témoignages les plus précieux sur la formation des ministères, la discipline du catéchuménat, l’initiation baptismale et l’organisation liturgique de l’Église au début du IIIᵉ siècle.

La tradition ancienne attribue ce document à Hippolyte de Rome, prêtre et théologien du début du IIIᵉ siècle, figure majeure du christianisme latin primitif. Cette attribution repose sur un ensemble convergent de témoignages anciens et de données historiques. La célèbre statue découverte en 1551 près de la Via Tiburtina à Rome, traditionnellement identifiée comme celle d’Hippolyte, porte gravée une liste d’œuvres qui lui sont attribuées, parmi lesquelles figure un texte intitulé Tradition apostolique (Apostolikē Paradosis). Cette découverte archéologique, associée aux traditions patristiques ultérieures, a longtemps confirmé l’identification du document comme l’expression de la discipline ecclésiastique transmise par Hippolyte dans le contexte de l’Église romaine du début du IIIᵉ siècle.

La Tradition apostolique se distingue par son caractère concret et normatif. Elle décrit avec précision l’ordination de l’évêque, des presbytres et des diacres, la formation des catéchumènes, la célébration du baptême, la prière eucharistique, ainsi que les règles de vie des fidèles. Par sa structure et par son intention, elle s’inscrit dans la continuité de la Didachè, qui témoigne de la discipline des communautés chrétiennes à la fin du Ier siècle, et annonce les développements plus tardifs des grandes collections canoniques orientales telles que les Constitutions apostoliques et le Testament du Seigneur. Ainsi, la Tradition apostolique constitue un maillon essentiel dans la transmission de la discipline apostolique au sein de l’Église antique.

L’histoire de la transmission du texte montre cependant que son influence ne s’est pas limitée au milieu romain. La Tradition apostolique a connu une diffusion particulièrement importante dans les Églises d’Orient, et plus spécialement en Égypte. Le texte a été conservé dans plusieurs versions orientales — notamment en copte sahidique et bohaïrique, ainsi qu’en arabe et en guèze — ce qui témoigne de sa réception durable dans les milieux chrétiens d’Égypte et d’Éthiopie. Plus encore, il a été intégré dans la grande compilation canonique connue sous le nom d’Alexandrine Sinodos, collection de règles ecclésiastiques qui a exercé une influence considérable dans les traditions copte et éthiopienne.

Cette réception égyptienne n’est pas seulement un phénomène de transmission manuscrite : elle révèle l’importance que les Églises d’Alexandrie ont accordée à ce texte comme témoin de la discipline apostolique. Plusieurs documents canoniques d’origine égyptienne, notamment les Canons d’Hippolyte, reprennent et développent de manière explicite les dispositions de la Tradition apostolique. Ces textes montrent comment la tradition normative attribuée à Hippolyte a été reçue, adaptée et transmise dans le contexte de l’Église d’Alexandrie et de ses communautés.

Dans cette perspective, la Tradition apostolique apparaît comme un document situé au croisement de plusieurs traditions ecclésiales. Elle témoigne de la discipline ancienne telle qu’elle était comprise dans le christianisme du début du IIIᵉ siècle, tout en ayant exercé une influence durable dans les Églises d’Orient et particulièrement dans la tradition copte. Son importance tient précisément à cette double dimension : enracinée dans l’Église ancienne, elle a contribué à façonner la mémoire normative de nombreuses Églises, qui y ont reconnu l’expression d’une tradition remontant à l’enseignement apostolique lui-même.

Ainsi comprise, la Tradition apostolique ne doit pas être lue seulement comme un document historique, mais comme un témoin majeur de la manière dont l’Église primitive a cherché à transmettre fidèlement la règle de la foi et la discipline de la vie ecclésiale. Dans l’histoire du christianisme ancien, elle se situe au même rang que les autres grands textes disciplinaires de l’Antiquité chrétienne, dont elle partage l’intention fondamentale : préserver et transmettre la Tradition reçue des apôtres dans la vie concrète des communautés.

 

Texte traduit par les Sources Chrétiennes, première édition :

1. Prologue

La (partie) du discours qui concerne les charismes, nous l’avons exposée comme il fallait : tous (ces charismes) que Dieu, dès l’origine, accorda aux hommes selon sa volonté, ramenant à lui cette image (Gen. 2, 26-27) qui s’était éloignée.

Maintenant, mus par la charité envers tous les saints, nous sommes arrivés à l’essentiel de la tradition qui convient aux Églises, afin que ceux qui sont bien instruits gardent la tradition qui a subsisté jusqu’à présent, suivant l’exposition que nous en faisons, et que, en en prenant connaissance, ils soient affermis, à cause de la chute ou de l’erreur qui s’est produite récemment par ignorance, et à cause des ignorants. L’Esprit-Saint conférant à ceux qui ont une foi droite la grâce parfaite, afin qu’ils sachent comment doivent enseigner et garder toutes (ces) choses ceux qui sont à la tête de l’Église.

2. Des Évêques

Qu’on ordonne comme évêque celui qui a été choisi par tout le peuple, (qui est) irréprochable. Lorsqu’on aura prononcé son nom et qu’il aura été agréé, le peuple se rassemblera avec le presbyterium et les évêques qui sont présents, le jour du dimanche. Du consentement de tous, que ceux-ci lui imposent les mains, et que le presbyterium se tienne sans rien faire.

Que tous gardent le silence priant dans leur cœur pour la descente de l’Esprit. Après quoi, que l’un des évêques présents, à la demande de tous, en imposant la main à celui qui est fait évêque, prie en disant :

3. (Prière du sacre épiscopal)

Dieu et Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Père des miséricordes et Dieu de toute consolation (II Cor. 1, 3), qui habites au plus haut (des cieux) et regardes ce qui est humble (Ps. 112,5-6), qui connais toutes choses avant qu’elles soient (Dan. 13,42), toi qui as donné les règles de ton Église par la parole de ta grâce, qui as prédestiné dès l’origine la race des justes (descendants) d’Abraham, qui as institué des chefs et des prêtres,

et n’as pas laissé ton sanctuaire sans service ; (toi) à qui il a plu, dès la fondation du monde, d’être glorifié en ceux que tu as choisis, maintenant encore répands la puissance qui vient de toi, (celle) de l’Esprit souverain (Ps. 50, 14), que tu as donnée à ton Enfant bien-aimé Jésus-Christ, qu’il a accordée à tes saints apôtres qui ont fondé l’Église en tout lieu (comme) ton sanctuaire, pour la gloire et la louange incessante de ton nom.

Accorde, Père qui connais les cœurs, à ton serviteur que tu as choisi pour l’épiscopat, qu’il fasse paître ton saint troupeau et qu’il exerce à ton égard le souverain sacerdoce sans reproche, en te servant nuit et jour ; qu’il rende sans cesse ton visage propice et qu’il offre les dons de ta sainte Église ; qu’il ait, en vertu de l’esprit du souverain sacerdoce, le pouvoir de remettre les péchés suivant ton commandement (Jn 20, 23) ; qu’il distribue les charges suivant ton ordre et qu’il délie de tout lien en vertu du pouvoir que tu as donné aux apôtres (Matth. 18, 18) ; qu’il te plaise par sa douceur et son cœur pur, en t’offrant un parfum agréable, par ton Enfant Jésus-Christ, par qui à toi gloire, puissance, honneur, [Père et Fils] avec le Saint-Esprit dans la Sainte Église, maintenant et dans les siècles des siècles. Amen.

4. (De l’oblation)

Quand il a été fait évêque, que tous lui offrent le baiser de paix, le saluant parce qu’il est devenu digne.

Que les diacres lui présentent l’oblation et que lui, en imposant les mains sur elle avec tout le presbyterium, dise en rendant grâces : le Seigneur soit avec vous.

Et que tous disent :
Et avec ton esprit.

  • Élevez vos cœurs.

Nous les tenons vers le Seigneur.

  • Rendons grâces au Seigneur.

C’est digne et juste.
Et qu’il continue alors ainsi :

Nous te rendons grâces, ô Dieu, par ton Enfant bien-aimé Jésus-Christ, que tu nous as envoyé en ces derniers temps (comme) sauveur, rédempteur et messager de ton dessein, qui lui est ton Verbe inséparable par qui tu as tout créé et que, dans ton bon plaisir, tu as envoyé du ciel dans le sein d’une vierge et qui, ayant été conçu, s’est incarné et s’est manifesté comme ton Fils, né de l’Esprit-Saint et de la Vierge.

C’est lui qui, accomplissant ta volonté et t’acquérant un peuple saint, a étendu les mains tandis qu’il souffrait pour délivrer de la souffrance ceux qui ont confiance en toi.

Tandis qu’il se livrait à la souffrance volontaire, pour détruire la mort et rompre les chaînes du diable, fouler aux pieds l’enfer, amener les justes à la lumière, fixer la règle (de foi ?) et manifester la résurrection, prenant du pain, il te rendit grâces et dit : Prenez, mangez, ceci est mon corps qui est rompu pour vous.

De même le calice, en disant : Ceci est mon sang qui est répandu pour vous. Quand vous faites ceci, faites-le en mémoire de moi.

Nous souvenant donc de sa mort et de sa résurrection, nous t’offrons ce pain et ce calice, en te rendant grâces de ce que tu nous as jugés dignes de nous tenir devant toi et de te servir comme prêtres.

Et nous te demandons d’envoyer ton Esprit-Saint sur l’oblation de la sainte Église. En (les) rassemblant, donne à tous ceux qui participent à tes saints (mystères) (d’y participer) pour être remplis de l’Esprit-Saint, pour l’affermissement de (leur) foi dans la vérité, afin que nous te louions et glorifions par ton Enfant Jésus-Christ, par qui à toi gloire et honneur avec le Saint-Esprit dans la sainte Église, maintenant et dans les siècles des siècles. Amen.

5. (De l'offrande de l'huile)

Si quelqu'un offre de l'huile, qu'il (l'évêque) rende grâces de la même manière que pour l'oblation du pain et du vin - qu'il s'exprime non pas dans les mêmes termes, mais dans le même sens - en disant :

De même qu'en sanctifiant cette huile tu donnes, ô Dieu, la sainteté à ceux qui en sont oints et qui la reçoivent, (cette huile) dont tu as oint les rois, les prêtres et les prophètes, qu'ainsi elle procure le réconfort à ceux qui en goûtent et la santé à ceux qui en font usage.

6. (De l'offrande du fromage et des olives)

De même si on offre du fromage et des olives, qu'il (l'évêque) dise ainsi :

Sanctifie ce lait qui est coagulé, en nous coagulant à ta charité.

Fais qu'il ne s'éloigne pas non plus de ta douceur ce fruit de l'olivier qui est le symbole de ton abondance, que tu as fait couler de l'arbre pour (donner) la vie à ceux qui espèrent en toi.

En toute bénédiction qu'on dise : Gloire à toi, Père et Fils avec le Saint-Esprit dans la sainte Église, maintenant et toujours et dans tous les siècles des siècles. Amen.

7. Des prêtres

Quand on ordonne un prêtre, que l'évêque lui impose la main sur la tête, tandis que les prêtres le touchent également, et qu'il s'exprime ainsi qu'il a été dit plus haut, comme nous l'avons dit pour l'évêque, priant et disant :

Dieu et Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, regarde ton serviteur que voici et accorde-lui l'Esprit de grâce et de conseil du presbyterium, afin qu'il aide et gouverne ton peuple avec un coeur pur, de même que tu as regardé ton peuple choisi et que tu as ordonné à Moïse de choisir des anciens que tu as remplis de l'Esprit que tu as donné à ton serviteur.

8. Des diacres

Quand on institue un diacre, qu’on le choisisse ainsi qu’il a été dit plus haut, l’évêque seul imposant les mains, comme nous l’avons prescrit.

À l’ordination du diacre, que l’évêque seul impose les mains, parce que le diacre n’est pas ordonné au sacerdoce, mais au service de l’évêque pour faire ce que celui-ci lui indique.

En effet, il ne fait pas partie du conseil du clergé, mais il administre et il signale à l’évêque ce qui est nécessaire.
Il ne reçoit pas l’esprit commun du presbyterium auquel participent les prêtres, mais celui qui lui est confié sous le pouvoir de l’évêque.

C’est pourquoi l’évêque seul ordonne le diacre. 

Mais pour le prêtre, que les prêtres imposent également les mains, à cause de l’esprit commun et semblable de leur charge. Le prêtre, en effet, n’a que le pouvoir de recevoir, mais il n’a pas le pouvoir de donner. Aussi n’institue-t-il pas les clercs. Cependant, pour l’ordination du prêtre, il fait le geste, tandis que l’évêque ordonne.

Sur le diacre, qu’il dise ainsi :

Dieu, qui as tout créé et tout disposé par le Verbe, Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, que tu as envoyé pour servir selon ta volonté et nous manifester ton dessein, accorde l’Esprit de grâce et de zèle à ton serviteur que tu as choisi pour servir ton Église et pour présenter dans ton sanctuaire ce qui t’est offert par celui qui est établi comme ton grand-prêtre, à la gloire de ton nom.

Afin qu’en servant sans reproche et dans une vie pure il obtienne un degré supérieur et qu’il te loue et te glorifie par ton Enfant Jésus-Christ Notre-Seigneur, par qui à toi gloire, puissance et louange avec l’Esprit Saint, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.

9. Des confesseurs

Si un confesseur a été arrêté pour le nom du Seigneur, on ne lui imposera pas la main pour le diaconat ou pour la prêtrise, car il possède l’honneur de la prêtrise de par sa confession.

Mais si on l’institue évêque, on lui imposera la main.

Mais s’il y a un confesseur qui n’a pas été conduit devant l’autorité, qui n’a pas été frappé d’arrestation ni mis en prison ni condamné à une autre peine, mais qui a été tourné en dérision pour le nom de Notre-Seigneur et puni d’un châtiment domestique, s’il a confessé sa foi, qu’on lui impose la main pour tout ordre dont il est digne.

Que l’évêque rende grâces comme nous l’avons dit plus haut. Il n’est pas nécessaire qu’il prononce les mêmes mots que nous avons dits comme s’il s’efforçait de les dire par cœur en rendant grâces à Dieu, mais que chacun prie selon ses capacités. Si quelqu’un est capable de prier assez longuement et de dire une prière solennelle, c’est bien. Mais si quelqu’un, quand il prie, dit une prière mesurée, qu’on ne l’en empêche pas, pourvu qu’il dise une prière d’une saine orthodoxie.

10. Des veuves

Quand on institue une veuve, on ne l’ordonne pas, mais elle est désignée par ce titre.

Si son mari est mort depuis longtemps, qu’on l’institue. Mais si son mari est mort depuis peu, qu’on ne lui fasse pas confiance. Même si elle est âgée, qu’on l’éprouve pendant un certain temps. Car souvent les passions vieillissent avec celui qui leur fait place en lui-même.

Qu’on institue la veuve par la parole seulement et qu’elle se joigne aux autres veuves. Mais on ne lui imposera pas la main, parce qu’elle n’offre pas l’oblation et n’a pas de service liturgique.

L’ordination se fait pour les clercs en vue du service liturgique. La veuve, elle, est instituée pour la prière, qui est le rôle commun de tous.

11. Du lecteur

Le lecteur est institué quand l’évêque lui remet le livre, car il ne reçoit pas l’imposition des mains.

12. De la vierge

On n’imposera pas la main à une vierge, mais sa décision seule la fait vierge.

13. Du sous-diacre

On n’imposera pas la main au sous-diacre, mais on le nommera pour qu’il suive le diacre.

14. Des dons de guérison

Si quelqu’un dit : « J’ai reçu le don de guérison dans une révélation », on ne lui imposera pas la main. Les faits eux-mêmes montreront s’il a dit la vérité.

15. Des nouveaux venus à la foi

Ceux qui se présentent pour la première fois afin d’entendre la parole seront amenés tout d’abord devant les docteurs avant que tout le peuple n’arrive.

On leur demandera la raison pour laquelle ils viennent à la foi. Ceux qui les ont amenés témoigneront à leur sujet afin qu’on sache s’ils sont capables d’entendre la parole. On les interrogera sur leur état de vie.

Si quelqu’un est esclave d’un fidèle et si son maître le lui permet, il entendra la parole. Si son maître ne témoigne pas à son sujet qu’il est bon, on le renverra. Si son maître est païen, on lui apprendra à plaire à son maître pour qu’il n’y ait pas de calomnie. Si un homme a une femme ou si une femme a un mari, on leur apprendra à se contenter, le mari de sa femme et la femme de son mari. Si quelqu’un ne vit pas avec une femme, on lui apprendra à ne pas commettre la fornication, mais à prendre femme conformément à la loi ou bien à demeurer comme il est. Si quelqu’un est possédé du démon, il n’entendra pas la parole de l’enseignement jusqu’à ce qu’il soit purifié.

16. Des métiers et professions

On enquêtera pour savoir quels sont les métiers et professions de ceux qu’on amène pour les instruire.

Si quelqu’un est tenancier d’une maison de prostitution, il cessera ou sera renvoyé. Si quelqu’un est sculpteur ou peintre, on leur enseignera à ne pas fabriquer d’idoles ; ils cesseront ou seront renvoyés. Si quelqu’un est acteur ou donne des représentations au théâtre, il cessera ou sera renvoyé.

Celui qui donne l’enseignement aux enfants, il vaut mieux qu’il cesse ; s’il n’a pas d’autre métier, on lui permettra d’enseigner.

17. De la durée de l'instruction après (l'examen des) métiers et professions

Les catéchumènes entendront la parole pendant trois ans. Cependant si quelqu'un est zélé et s'applique bien à la chose, on ne jugera pas le temps, mais la conduite seule sera jugée.

18. De la prière de ceux qui reçoivent l'instruction 

Quand le docteur a cessé de faire la catéchèse, les catéchumènes prieront à part, séparés des fidèles.

Les femmes prieront dans un lieu à part à l’église, qu’il s’agisse des fidèles ou des catéchumènes. Quand ils auront fini de prier, ils ne se donneront pas le baiser de paix, car leur baiser n’est pas encore saint. Les fidèles se salueront mutuellement, les hommes avec les hommes et les femmes avec les femmes ; mais les hommes ne salueront pas les femmes.

Les femmes se couvriront toutes la tête d’un pallium ; mais pas seulement d’une étoffe de lin, car ce n’est pas un voile.

19. De l’imposition de la main sur les catéchumènes

Quand le docteur, après la prière, a imposé la main sur les catéchumènes, il priera et les renverra. Que celui qui enseigne soit clerc ou laïc, il fera ainsi.

Si un catéchumène est arrêté pour le nom du Seigneur, qu’il ne soit pas inquiet pour son témoignage. Car si on lui fait violence et s’il est tué alors que ses péchés n’ont pas encore été remis, il sera justifié, car il a reçu le baptême dans son sang.

20. De ceux qui vont recevoir le baptême

Quand sont choisis ceux qui doivent recevoir le baptême, on examinera leur vie : ont-ils vécu honnêtement pendant qu’ils étaient catéchumènes ? Ont-ils honoré les veuves ? Ont-ils visité les malades ? Ont-ils accompli toute sorte de bonnes œuvres ?

Quand ceux qui les ont amenés témoignent à leur sujet et disent qu’ils ont agi ainsi, ils entendront l’Évangile. À partir du moment où ils sont séparés (des autres), on leur impose les mains chaque jour pendant qu’on pratique sur eux les exorcismes.

Quand approche le jour où ils doivent être baptisés, l’évêque exorcisera chacun d’eux afin de savoir s’il est pur. Si quelqu’un n’est pas bon ou n’est pas pur, il sera écarté, parce qu’il n’a pas entendu la parole avec foi.

21. De la tradition du saint baptême

On priera d’abord sur l’eau. Que ce soit de l’eau qui coule dans une fontaine ou de l’eau qui coule d’en haut. On fera ainsi, à moins qu’il n’y ait nécessité. Mais s’il y a une nécessité urgente et permanente, on se servira de l’eau que l’on trouve.

Ils se déshabilleront, et l’on baptisera d’abord les enfants. Tous ceux qui peuvent parler pour eux-mêmes parleront. Quant à ceux qui ne le peuvent pas, leurs parents parleront pour eux ou quelqu’un de leur famille.

On baptisera ensuite les hommes et enfin les femmes, après qu’elles auront dénoué leurs cheveux et déposé les ornements d’or et d’argent qu’elles portent. Que personne ne descende dans l’eau avec un objet étranger.

Au moment fixé pour le baptême, l’évêque rendra grâce sur l’huile qu’il met dans un vase et il l’appellera huile d’action de grâce. Il prendra aussi une autre huile qu’il exorcisera et il l’appellera huile d’exorcisme.

Le diacre portera l’huile d’exorcisme et se tiendra à la gauche du prêtre ; un autre diacre portera l’huile d’action de grâce et se tiendra à la droite du prêtre.

Quand celui qui doit être baptisé descend dans l’eau, que celui qui baptise lui impose la main en disant : « Crois-tu en Dieu le Père tout-puissant ? »
Celui qui est baptisé dira : « Je crois », et aussitôt il sera baptisé une première fois.

Ensuite il dira : « Crois-tu au Christ Jésus, Fils de Dieu, qui est né par l’Esprit Saint de la Vierge Marie, qui a été crucifié sous Ponce Pilate, qui est mort, qui a été enseveli, qui est ressuscité le troisième jour d’entre les morts, qui est monté aux cieux, qui siège à la droite du Père et qui viendra juger les vivants et les morts ? »
Quand il dira : « Je crois », il sera baptisé une seconde fois.

Et il dira encore : « Crois-tu à l’Esprit Saint dans la sainte Église et à la résurrection de la chair ? »
Celui qui est baptisé dira : « Je crois », et il sera baptisé une troisième fois.

Après cela, quand il sera sorti de l’eau, le prêtre l’oindra avec l’huile d’action de grâce en disant : « Je t’oins avec l’huile sainte en Dieu le Père tout-puissant et dans le Christ Jésus et dans l’Esprit Saint. »

Ensuite, après s’être essuyés et vêtus, ils entreront dans l’église. L’évêque leur imposera les mains en priant et en disant : « Seigneur Dieu, qui les as rendus dignes d’obtenir la rémission des péchés par le bain de la régénération, rends-les dignes d’être remplis de ton Esprit Saint et envoie sur eux ta grâce, afin qu’ils te servent selon ta volonté ; car à toi est la gloire, au Père et au Fils avec le Saint-Esprit dans la sainte Église, maintenant et dans les siècles des siècles. Amen. »

Ensuite il répandra l’huile consacrée dans sa main, la posera sur la tête de chacun et dira : « Je t’oins d’huile sainte en Dieu le Père tout-puissant et dans le Christ Jésus et dans l’Esprit Saint. »

Après l’avoir marqué au front, il lui donnera le baiser et dira : « Le Seigneur soit avec toi. »

Celui qui a été marqué répondra : « Et avec ton esprit. »

Ainsi fera-t-il pour chacun.

Puis ils prieront avec tout le peuple ; mais auparavant ils ne prieront pas avec les fidèles avant d’avoir reçu tout cela.

Après la prière, ils se donneront le baiser de paix.

Alors les diacres apporteront l’oblation à l’évêque ; il rendra grâce sur le pain pour qu’il devienne l’image du corps du Christ, et sur la coupe mêlée de vin pour qu’elle devienne l’image du sang qui a été répandu pour tous ceux qui croient en lui.

On apportera aussi du lait et du miel mêlés, pour signifier l’accomplissement de la promesse faite aux pères, la terre où coulent le lait et le miel.

L’évêque distribuera le pain à chacun en disant : « Le pain du ciel dans le Christ Jésus. »

Celui qui reçoit dira : « Amen. »

S’il n’y a pas assez de prêtres, les diacres porteront aussi les coupes ; d’abord celle de l’eau, puis celle du lait et du miel, et enfin celle du vin.

Celui qui boit dira à chaque fois : « Amen. »

Après avoir reçu, chacun rendra grâce à Dieu.

22. De la communion

Le dimanche, si possible, l’évêque distribuera lui-même la communion à tout le peuple de sa main, pendant que les diacres font la fraction ; les prêtres rompront aussi le pain.

Quand le diacre apporte l’eucharistie au prêtre, il présentera le plateau et le prêtre prendra lui-même et distribuera au peuple de sa main.

Les autres jours, on communiera selon l’ordre donné par l’évêque.

23. Du jeûne

Que les veuves et les vierges jeûnent souvent et prient pour l’Église. Les prêtres aussi, s’ils le veulent, jeûneront. Mais que les laïcs jeûnent quand ils le peuvent.

24. Des dons aux malades

Si quelqu’un apporte de l’huile, que l’évêque rende grâce de la même manière que pour l’offrande du pain et du vin, non pas avec les mêmes paroles mais selon la même intention.

Qu’il dise en rendant grâce : « Comme en sanctifiant cette huile tu donnes, ô Dieu, la santé à ceux qui en sont oints et qui la reçoivent, qu’elle apporte le soulagement à ceux qui en goûtent, la santé à ceux qui en usent et qu’elle chasse toute douleur. »

25. De l’introduction de la lampe

Au moment où l’on allume la lampe du soir, le diacre la présentera à l’évêque.

Il rendra grâce en disant : « Nous te rendons grâce, Seigneur, par ton Fils Jésus-Christ notre Seigneur, par qui tu nous as éclairés en révélant la lumière incorruptible.

Puisque nous avons achevé le jour et que nous arrivons au commencement de la nuit, rassasiés de la lumière du jour que tu as créée pour notre satisfaction, et que maintenant, par ta grâce, la lumière du soir ne nous manque pas, nous te louons et te glorifions par ton Fils Jésus-Christ notre Seigneur, par qui à toi gloire et puissance avec l’Esprit Saint maintenant et dans les siècles des siècles. Amen. »

26. Du repas commun

Quand ils se réunissent pour manger, les fidèles recevront avec reconnaissance ce qui est donné. Mais les catéchumènes ne mangeront pas avec les fidèles.

27. Qu’il ne faut pas que les catéchumènes mangent avec les fidèles

Que les catéchumènes reçoivent leur pain séparément et qu’ils ne participent pas au repas des fidèles. Car ils ne sont pas encore unis à l’Église.

28. Qu’il faut manger avec discipline et en suffisance

Quand on mange, qu’on le fasse avec ordre et modestie. Que chacun prenne seulement ce qui lui suffit, afin que personne ne soit accusé de gourmandise et que tous puissent rendre grâce à Dieu.

29. Qu’il faut manger avec action de grâces

Quand ils mangent, qu’ils rendent grâce à Dieu. Que chacun bénisse Dieu pour la nourriture qu’il reçoit.

30. Du repas des veuves

Que les veuves soient invitées au repas en temps convenable. Mais qu’elles mangent avec sobriété et dignité, afin que tout se fasse pour l’édification et non pour la gourmandise.

31. Des fruits qu’il faut offrir à l’évêque

Que l’on offre en premier lieu à l’évêque les prémices des fruits de la saison : raisins, figues, grenades, olives, poires, pommes et tous les fruits que Dieu donne.

En les recevant, l’évêque rendra grâce et les bénira. Mais on n’offrira pas tous les fruits, car certains ne conviennent pas pour l’offrande.

32. Bénédiction des fruits

Quand les fruits sont offerts, l’évêque rendra grâce en disant en substance : « Nous te rendons grâce, ô Dieu, pour les fruits que tu nous donnes pour notre nourriture et notre joie, toi qui fais mûrir la terre et qui nourris les hommes par ta providence. »

Après la bénédiction, les fruits seront distribués.

33. Qu’il ne faut rien prendre à Pâques avant l’heure où l’on peut manger

Pendant le jeûne de Pâques, que personne ne mange avant l’heure fixée. Car ce jeûne est célébré en mémoire de la Passion du Seigneur.

34. Que les diacres doivent être assidus auprès de l’évêque

Les diacres doivent être attentifs et assidus auprès de l’évêque. Ils l’assisteront dans tout ce qui concerne le service de l’Église et veilleront à ce que tout se fasse avec ordre.

35. Du moment où il faut prier

Que les fidèles prient à des heures déterminées :

  • le matin au lever,

  • à la troisième heure,

  • à la sixième heure,

  • à la neuvième heure,

  • le soir,

  • et au milieu de la nuit.

Ces heures rappellent les moments de la Passion du Seigneur et sanctifient la journée du chrétien.

36. Qu’il faut recevoir l’eucharistie avant de prendre autre chose

Que les fidèles aient soin de recevoir l’eucharistie avant toute autre nourriture. Car ce pain est le corps du Christ.

37. Qu’il faut garder avec soin l’eucharistie

Que chacun veille avec grande attention à ne pas laisser tomber une parcelle de l’eucharistie. Car c’est le corps du Christ.

38. De la conduite des fidèles

Que les fidèles vivent dans la crainte de Dieu. Qu’ils soient sobres, fidèles dans la prière et attentifs aux commandements.

39. De la prière dans les maisons

Que les fidèles prient aussi dans leurs maisons. Qu’ils bénissent Dieu en se levant, avant de manger et avant de dormir.

40. De la prière pour les défunts

Quand un fidèle meurt, qu’on prie pour lui. Que l’Église rende grâce à Dieu pour sa vie et confie son âme à la miséricorde divine.

41. De la visite des malades

Que les fidèles visitent les malades et prient pour eux. Que l’évêque ou les prêtres prient sur eux et les oignent si nécessaire.

42. De la conduite des chrétiens

Que les chrétiens vivent dans la justice, la charité et la paix. Qu’ils fuient les querelles et les divisions.

43. Conclusion

Si quelque chose a été omis dans ces instructions, l’évêque l’enseignera à ceux qui ont reçu les mystères. Car ceux qui ont part aux sacrements peuvent comprendre ces choses. Mais les infidèles ne doivent pas en avoir connaissance avant d’avoir reçu l’enseignement et la foi.