TEXTE NON RÉVISÉ, NON VALIDÉ ET NON COMMANDÉ PAR L'ÉGLISE COPTE ORTHODOXE. TRADUCTION PRIVÉE PROPOSÉE AU LECTEUR.
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La Doctrine orthodoxe
réfutation des enseignements latins
LA DOCTRINE
ORTHODOXE
Recueil de conférences doctrinales
pour la réfutation des enseignements latins
conférences de
L’ARCHIDIACRE HABIB GUIRGUIS
directeur du Collège clérical copte, fondateur des écoles du dimanche
saint de l’Église copte orthodoxe
prononcées vers 1900 dans les églises de Haute-Égypte,
recueillies et présentées par l’higoumène Boulos Bassili
Traduit de l’arabe, présenté, annoté et commenté par
SAMUEL METIAS
sur la cinquième édition (Le Caire, 1985)
COPTIPEDIA
La présente traduction française est une initiative privée. Elle n’a été ni commandée, ni révisée, ni approuvée par l’Église copte orthodoxe ni par aucune de ses autorités, et elle ne saurait tenir lieu de texte de référence doctrinal ou catéchétique. Seuls font foi le texte arabe original et les publications approuvées par l’Église. Les termes polémiques conservés dans cette traduction appartiennent au vocabulaire de l’auteur et au contexte de controverse du début du XXe siècle ; ils ne constituent pas le vocabulaire recommandé aujourd’hui dans les relations entre l’Église copte orthodoxe et l’Église catholique. Le lecteur voudra bien signaler toute erreur qu’il y découvrirait.
Texte source : As-Sakhra al-urthūdhuksiyya (« Le Roc orthodoxe »), recueil de conférences doctrinales de l’archidiacre Habib Guirguis en réfutation des enseignements occidentaux, réuni et présenté par l’higoumène Boulos Bassili, cinquième édition, Le Caire, 1985 (première édition 1948).
Traduction établie sur le fac-similé de cette édition (138 pages).
Traduction, présentation, annotation et commentaire : Samuel Metias.
Éditeur : Coptipedia.
© 2026 Samuel Metias, pour la traduction française, la présentation, les notes, le commentaire et l’appareil éditorial.
Texte arabe original : Aṣ-Ṣaḫra al-urṯūḏuksiyya, conférences doctrinales de l’archidiacre Habib Guirguis, recueillies et présentées par l’higoumène Boulos Bassili, première édition 1948 ; cinquième édition, Le Caire, 1985.
Aucune partie de la traduction, des notes, de la présentation ou du commentaire ne peut être reproduite, sous quelque forme que ce soit, sans l’autorisation écrite de l’éditeur, hormis les courtes citations d’usage.
Première édition française — 2026.
Avertissement du traducteur
Le livre qu’on va lire n’appartient pas à l’âge des Pères, mais à la renaissance copte du vingtième siècle. Il rassemble des conférences que l’archidiacre Habib Guirguis[1] — le plus grand catéchète que l’Église copte ait connu à l’époque moderne — prononça vers 1900 dans les églises de la Haute-Égypte, et que l’higoumène Boulos Bassili[2] réunit, ordonna et publia sous le titre du Roc orthodoxe.
Ces conférences sont d’un genre nettement défini : la controverse doctrinale. Elles furent suscitées par un fait précis — le rétablissement, en 1895, d’un patriarcat copte-catholique uni à Rome, et la diffusion, parmi les Coptes, des thèses latines sur la primauté et l’infaillibilité du Pape. L’auteur y répond point par point, en défenseur de la foi de son Église, avec la vigueur d’un pasteur qui craint pour son troupeau. Le lecteur y trouvera donc le ton de la polémique de son temps ; le traducteur l’a rendu tel quel, sans l’atténuer ni le durcir.
La présente traduction est intégrale et littérale : elle suit le texte arabe clause par clause, sans résumer ni embellir. Les intertitres sont ceux du compilateur arabe ; les notes appelées « N.d.T. » sont du traducteur : elles éclairent le vocabulaire, les usages, les personnes et les sources, identifient les citations, et — là où il le faut — replacent la controverse d’hier dans le paysage du dialogue œcuménique d’aujourd’hui.
Un mot sur ce dernier point, car il commande la manière de lire ce livre. La polémique anti-latine de Habib Guirguis appartient à un climat aujourd’hui profondément renouvelé. Depuis lors, la déclaration commune du pape de Rome Paul VI et du pape d’Alexandrie Chenouda III (10 mai 1973), puis l’accord christologique entre l’Église catholique et l’Église copte orthodoxe (1988), ont confessé d’une même voix le Christ vrai Dieu et vrai homme ; et le dialogue entre les deux Églises se poursuit sur les questions qui les séparent encore — la primauté romaine au premier chef. Rendre ce texte aujourd’hui n’est donc pas rouvrir un procès, mais donner accès à un document : le témoignage d’un grand catéchète copte défendant, au tournant du vingtième siècle, la foi reçue de ses pères. Nos notes le rappelleront aux endroits voulus, sans jamais retrancher un mot de l’auteur.
C’est pourquoi, la traduction achevée, le lecteur trouvera à la fin du volume — après le Mot final de l’auteur et avant les annexes — un Commentaire du traducteur : il y reprend, une à une, les conférences de la première partie à la lumière des dialogues qui se sont tenus depuis, pèse ce qui relève du dogme et ce qui relève de la discipline, et se risque, là où l’accord n’est pas écrit, à esquisser une parole commune. Ce commentaire n’engage que son auteur, aux mêmes conditions que la présente traduction ; il est soumis d’avance au jugement de l’Église.
La terminologie retenue est celle des Églises orientales : nous disons hypostase (uqnūm), consubstantiel, oblation, Liturgie et non Messe ; les noms propres sont donnés sous leur forme française chaque fois qu’elle existe (Pierre, Paul, Jacques, Cyrille, Grégoire, Augustin…), la forme arabe étant notée à la première occurrence utile ; la translittération de l’arabe suit un système simplifié, à points souscrits pour les emphatiques (ṭ, ḥ, ṣ, ḍ), ʿayn (ʿ) et hamza (ʾ), voyelles longues ā, ī, ū.
Enfin, et surtout : ce travail est l’œuvre d’un fidèle, non de l’Église. Il n’a reçu ni mandat ni imprimatur, et ne prétend à d’autre autorité que celle du texte qu’il s’efforce de servir. Que le lecteur en use comme d’un instrument d’étude et de piété privée.
Sur le texte
Le présent volume est la traduction annotée d’un livre imprimé, non une édition critique. Le texte de base est le fac-similé de la cinquième édition du Roc orthodoxe (Le Caire, 1985) ; l’ouvrage avait d’abord paru en 1948, et connut ensuite quatre rééditions (1969, 1972, 1974, 1985). Il se présente comme un recueil : le compilateur, l’higoumène Boulos Bassili, a réuni des conférences que l’archidiacre Habib Guirguis avait prononcées vers 1900 dans des églises de la Haute-Égypte, les a ordonnées par matières, pourvues d’intertitres, et fait précéder d’une préface et d’un préambule de sa main.
La matière du livre est une réfutation suivie des doctrines de l’Église romaine — que le texte appelle « les enseignements catholiques » ou « latins », et dont il nomme les tenants « les papistes » (al-bābāwiyyūn). Elle procède par sujets : la primauté de Pierre, la primauté et l’infaillibilité du Pape, les indulgences, la procession du Saint-Esprit, les azymes, le purgatoire, l’Immaculée Conception, et le reste. Nous suivons l’ordre et le découpage de l’édition, et nous rendons chaque grande section par un chapitre.
Les citations bibliques sont données dans la traduction de la Bible de Jérusalem (à défaut, dans la Traduction œcuménique de la Bible) ; la numérotation des chapitres et des versets suit cette édition, qui diffère parfois de celle de la Bible arabe. Une seule adaptation constante : le nom divin, que la Bible de Jérusalem transcrit « Yahvé », est rendu « le Seigneur », conformément à l’usage liturgique orthodoxe et au texte arabe (ar-Rabb). Là où l’édition arabe cite l’Écriture en un sens sensiblement différent, une note le signale.
Les notes sont de deux ordres, distingués par leurs sigles : Comp. — notes du compilateur arabe (Boulos Bassili), traduites ; N.d.T. — notes propres du traducteur : identifications scripturaires et patristiques, vocabulaire, usages, histoire, et repères œcuméniques. Les références placées entre parenthèses dans le corps du texte sont, sauf mention contraire, celles de l’édition arabe ; leur vérification et leur mise en forme sont du traducteur.
Un parti de traduction demande un mot. L’arabe al-bābāwiyya désigne tantôt la papauté comme institution, tantôt l’Église romaine dans son ensemble ; al-bābāwiyyūn, littéralement « les papistes », en désigne les fidèles. Ce vocabulaire est polémique et daté ; nous le rendons littéralement, en signalant ici, une fois pour toutes, qu’il correspond à ce que l’on nomme aujourd’hui l’Église catholique romaine et les catholiques.
De même pour l’adjectif jāmiʿa. Lorsque le texte confesse la sainte Église « catholique » au sens du Credo — al-kanīsa al-jāmiʿa, l’Église répandue par toute la terre —, nous traduisons universelle, afin que le lecteur ne confonde pas cette note de l’Église avec la communion romaine ; le mot catholique est réservé, dans ce volume, à l’Église catholique de Rome et aux Églises orientales qui lui sont unies (« coptes-catholiques »). Ainsi « la sainte Église universelle et apostolique » traduit le Credo tel que l’auteur l’entend, et « les enseignements catholiques » désigne les doctrines romaines qu’il réfute.
Enfin, les annonces commerciales que l’édition insère çà et là dans le cours du volume — publications à paraître du compilateur — ne sont pas traduites ; leur présence est signalée ici une fois pour toutes. La numérotation des chapitres du présent volume est continue ; celle de l’édition arabe, qui laisse quelques sections hors numérotation, est rappelée dans la concordance en fin de volume.
Quatre voix se partagent ce volume, et le lecteur doit pouvoir les distinguer d’un coup d’œil : le texte de Habib Guirguis, qui occupe seul le corps des pages ; les notes du compilateur et de l’édition arabe, signalées « Note de l’auteur » ou « Note de l’éditeur (édition arabe) » ; les notes du traducteur, signalées « N.d.T. » ou « Comp. » ; et le Commentaire du traducteur, rejeté en fin de volume sous sa propre page de titre. Le Commentaire obéit à des règles propres qu’il faut dire ici. Les citations de l’Écriture y suivent la Bible de Jérusalem, comme dans tout le volume ; les autorités théologiques invoquées sont exclusivement les Pères et Docteurs de l’Église universelle morts avant l’an 451, reçus des deux traditions, à la méthode même de l’auteur ; les textes du dialogue œcuménique moderne — déclarations communes, documents des commissions, textes romains — y sont cités comme des faits, avec leur date, et leurs références sont réunies dans la bibliographie en fin de volume. Les affirmations d’ordre historique y sont appuyées, en note, sur les sources anciennes ou sur les documents qui les rapportent.
Prolégomènes
I. L’auteur des conférences
Habib Guirguis (1876-1951) est le père de la catéchèse copte moderne. Sa vie se confond avec le relèvement de l’enseignement dans l’Église copte au tournant du vingtième siècle. Il fut le premier élève inscrit au Collège clérical (le Séminaire) lors de sa refondation en 1893 ; il y fut nommé professeur dès 1898, premier maître de religion parmi ses diplômés ; et le pape Cyrille V l’en établit doyen et directeur en 1918. Il fonda le mouvement des écoles du dimanche, qui forma des générations de laïcs, de diacres, de prêtres et d’évêques ; il publia plus de trente ouvrages de catéchèse, de dogme et d’apologétique ; il fonda et rédigea, dix-sept ans durant, la revue al-Karma (« la Vigne »). Il mourut pauvre, ayant tout donné à l’Église et au Séminaire, le 22 août 1951. En 2013, l’Église copte orthodoxe l’a inscrit au catalogue de ses saints.
Les conférences réunies ici datent des débuts de son ministère, vers 1900, alors qu’il parcourait les églises de la Haute-Égypte. Elles portent la marque de leur origine orale : une adresse directe au peuple, une argumentation serrée mais accessible, un recours constant à l’Écriture, et cette chaleur pastorale qui fut le trait dominant de l’homme.
II. Le compilateur et la formation du livre
L’higoumène Boulos Bassili réunit ces conférences dispersées, les ordonna par matières et les publia en 1948 sous le titre du Roc orthodoxe. Sa préface — que l’on lira ci-après — et son préambule encadrent l’œuvre de l’auteur ; c’est à lui que l’on doit les intertitres et la disposition du volume. Sans son travail de collecte, ces textes de circonstance, liés à une controverse locale, se fussent sans doute perdus.
III. La controverse et son occasion
Le livre répond à un événement précis. Après des tentatives anciennes et vaines de rattacher les Coptes à Rome, le pape Léon XIII rétablit en 1895 un patriarcat copte-catholique uni au Siège romain ; son premier titulaire, Cyrille Makarios, publia une encyclique appelant le patriarche, les évêques et le peuple coptes à reconnaître la primauté du Pape. C’est à cette encyclique, et aux thèses latines qu’elle propageait — primauté et infaillibilité pontificales, filioque, purgatoire, azymes, Immaculée Conception —, que Habib Guirguis oppose, une à une, les objections de la tradition orthodoxe.
IV. La polémique d’hier, le dialogue d’aujourd’hui
Le lecteur du vingt-et-unième siècle aborde ces pages dans un paysage transformé. Sur la christologie, catholiques et orthodoxes orientaux ont reconnu, dans les accords de 1973 et de 1988, qu’ils confessent la même foi au Christ vrai Dieu et vrai homme, parfait en sa divinité et parfait en son humanité. Sur les autres points que ce livre débat — la primauté et l’infaillibilité romaines surtout —, le dialogue demeure ouvert et les positions distinctes. Faire lire Habib Guirguis aujourd’hui, ce n’est donc pas ranimer une querelle, mais rendre accessible une voix : celle d’un pasteur copte défendant, en son temps et pour son peuple, le dépôt qu’il avait reçu. Nos notes situeront, aux endroits voulus, l’état présent de ces questions, sans rien retrancher de la vigueur de l’auteur ; et le Commentaire du traducteur, en fin de volume, reprendra chaque conférence antilatine pour dire ce que le siècle des dialogues en a fait — ce qui est réglé, ce qui demeure, et ce qui pourrait un jour se dire d’une seule voix.
V. La présente édition
Notre traduction est faite sur la cinquième édition du Caire (1985). Le plan du présent volume suit celui de l’original : les pièces liminaires du compilateur — sa préface et son préambule —, puis le corps de la réfutation, matière par matière, dans l’ordre de la table de l’édition : la primauté de Pierre et celle du Pape de Rome, l’infaillibilité, les peines ecclésiastiques et les indulgences, la procession du Saint-Esprit, le baptême et le chrême, les azymes, le calice et la communion des enfants, les deux natures, les fins dernières et le purgatoire, le jeûne, la Mère de Dieu, les sacrements, les traditions apostoliques, l’intercession des saints, les icônes et les fêtes, le signe de la croix, la virginité et le monachisme ; puis le Commentaire du traducteur, qui relit la controverse avec Rome à la lumière du dialogue œcuménique moderne ; enfin les annexes du traducteur — table des matières, glossaire, table des noms, index et concordance — et le colophon, qui confie le livre, à la manière des anciens copistes, à la prière du lecteur.
Préface de l’éditeur
pièce liminaire de l’édition arabe
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, Un Seul Dieu.
Ce livre
Voici trente ans passés, ou davantage, que le maître de toute une génération, l’archidiacre Habib Guirguis, voulut bien m’autoriser à réunir ses précieuses conférences et ses utiles études sur les dogmes de l’Église, afin de les rassembler en un seul volume qui joignît l’exactitude de l’expression, l’aisance du style et la force de l’image.
Je me suis appliqué de longs mois à recueillir ces perles de grand prix, et j’ai entrepris, sous sa direction — que Dieu lui fasse large miséricorde —, de les ordonner et de les répartir, jusqu’à ce qu’en résultât un ouvrage rare et pleinement conforme au dessein.
Des milliers d’exemplaires s’en épuisèrent alors avec une rapidité surprenante, qui montrait l’empressement du peuple pour les écrits du grand écrivain ; et les vœux de ses fils et de ses disciples se succédèrent, nous pressant de réimprimer ce livre. Nous nous y sommes employés, pour perpétuer sa chère mémoire.
Qui est l’auteur ?
1. Il fut le premier sur qui se porta le choix, parmi les élèves de la grande école des Coptes, pour être étudiant au Séminaire clérical : c’était dès sa fondation, en l’an 1893.
2. Il fut nommé professeur au Séminaire en l’an 1898, et fut le premier maître de religion parmi ses éminents diplômés.
3. Et en l’an 1918, le pape Cyrille V — de bienheureuse mémoire[3] — donna l’ordre de le nommer recteur et directeur de l’établissement, qu’il administra excellemment.
4. Il lui voua sa vie dès l’aube de sa jeunesse ; il mit au service du Séminaire ses dons, ses talents, ses biens et tout ce qu’il possédait.
5. Il fonda les écoles du dimanche ; il en fut le premier pionnier et le premier guide de leurs serviteurs et de leurs fidèles, à tel point qu’ils firent de lui leur père et le maître de leur génération.
6. Par ses mains se formèrent des milliers de clercs : évêques, prêtres, diacres, serviteurs de l’Église et maîtres de religion.
7. Il devint un foyer de rayonnement pour toute une génération, une source de lumière pour l’Église entière, et une cause de bénédiction pour la société tout entière.
8. Il publia plus de trente ouvrages, tenus pour des références impérissables de la bibliothèque chrétienne.
9. Il ne cessa de faire paraître la revue « al-Karma »[4] — gloire de la presse copte — jusqu’à nos jours, quelque dix-sept ans durant : il y sacrifia ses biens et sa peine, dépensa pour elle tout ce qu’il avait, et mourut pauvre, après avoir donné sa personne et tout ce que sa main possédait à Dieu, à l’Église et au Séminaire.
10. Il s’endormit dans le Seigneur le jour de la fête de la Vierge, le 22 août 1951 (16 Misra 1667 des Martyrs[5]).
Ô notre bien-aimé « Habib »[6], maître des foules et bien-aimé du Christ :
Souviens-toi de nous devant le trône du Bien-aimé…
et sois assuré que nous te rappelons toujours : un pionnier… un maître… un saint du vingtième siècle.
Dans l’espérance de la résurrection des justes, nous offrons à ton âme ce livre, comme un bouquet parfumé pour le jour de la rencontre…
Ton fils et ton disciple, qui reconnaît ce qu’il te doit,
l’higoumène Boulos Bassili.
Préambule
pièce liminaire de l’édition arabe
« Souvenez-vous de vos chefs, eux qui vous ont fait entendre la parole de Dieu, et, considérant l’issue de leur carrière, imitez leur foi. Jésus-Christ est le même hier et aujourd’hui, il le sera à jamais. Ne vous laissez pas égarer par des doctrines diverses et étrangères. »
(He 13, 7-9)
L’histoire atteste que l’Église d’Égypte a enduré, des persécutions et des guerres — sanglantes et morales —, de quoi ébranler les cœurs ; et particulièrement les guerres que le diable souleva contre l’Église par la main des rois, qui la persécutèrent, tuèrent ses hommes, brûlèrent ses livres et détruisirent ses églises. Mais l’Église croissait, augmentait et prospérait au milieu de ces persécutions, jusqu’à ce que passât en proverbe cette parole : « le sang des martyrs est la semence de l’Église ».
Et l’Église triompha du paganisme et soumit tous les royaumes du monde à notre Seigneur et à son Christ ; les rois se soumirent et inclinèrent la tête devant le christianisme, et le Satan s’en retourna, abattu et terrassé. Mais il combattit le christianisme par les philosophes, les hérétiques et les savants qui s’égarèrent de la foi ; et dans cette guerre l’Église triompha de ces hérésies et de ces erreurs. Voici Paul l’Apôtre qui expose un peu de ce que le christianisme rencontra : « Nous nous recommandons en tout comme des ministres de Dieu : par une grande constance dans les tribulations, dans les détresses, dans les angoisses, sous les coups, dans les prisons, dans les désordres, dans les fatigues, dans les veilles, dans les jeûnes… tenus pour imposteurs et pourtant véridiques ; pour gens obscurs, nous pourtant si connus ; pour gens qui vont mourir, et nous voilà vivants ; pour gens qu’on châtie, mais sans les mettre à mort ; pour tristes, nous qui sommes toujours joyeux ; pour pauvres, nous qui faisons tant de riches ; pour gens qui n’ont rien, nous qui possédons tout » (2 Co 6, 4-10)[7]. « Jusqu’à l’heure présente, nous avons faim, nous avons soif, nous sommes nus, maltraités et errants ; nous nous épuisons à travailler de nos mains. On nous insulte et nous bénissons ; on nous persécute et nous l’endurons ; on nous calomnie et nous consolons… » (1 Co 4, 11-13). Et l’Apôtre a décrit les héros de la foi disant :
« D’autres subirent l’épreuve des dérisions et des fouets, et même celle des chaînes et de la prison. Ils ont été lapidés, sciés, ils ont péri par le glaive, ils sont allés çà et là, sous des peaux de moutons et des toisons de chèvres, dénués, opprimés, maltraités… » (He 11, 36-37). Et combien de sang fut versé pour la foi qui nous est parvenue !
Les apôtres et les martyrs transmirent intact le dépôt de la foi ; nos pères et nos aïeux le reçurent et le gardèrent, versant leur sang par souci de nous le faire parvenir sans tache, sans diminution ni surcroît, acceptant le supplice et même la mort par amour de nous le transmettre. Et la foi demeura un dépôt pur et précieux. Que d’hérétiques et de faux docteurs se levèrent ! nul âge ne fut exempt de savants qui déviaient de la foi pour en falsifier les vérités et inventer des doctrines étranges et diverses. Paul l’Apôtre, par l’esprit de prophétie, exhorta les croyants à s’attacher au dépôt de la foi sans se laisser conduire par les étrangers : « Ne vous laissez pas égarer par des doctrines diverses et étrangères » ; bien plus, il dit aux Galates : « si nous-même, si un ange venu du ciel vous annonçait un évangile différent de celui que nous avons prêché, qu’il soit anathème ! » (Ga 1, 8).
L’Église copte s’est illustrée par l’extrême rigueur de sa fidélité aux règles de sa foi et de ses traditions, reçues des purs apôtres : elle n’y a admis aucun ajout, ni n’en a rien retranché. Les Coptes furent connus dès l’antiquité pour la force de leur foi, au point que leur constance passa en proverbe, et qu’on dit d’eux : « Il est plus aisé de déplacer le mont Muqattam de sa place que de faire dévier un Copte de sa foi et de sa doctrine »[8]. Et combien ils ont chanté cette parole du Sauveur : « Je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent… Elles ne suivront pas un étranger ; elles le fuiront au contraire, parce qu’elles ne connaissent pas la voix des étrangers » (Jn 10, 14.5).
Et certes, le combat de l’Église copte pour la foi est manifeste et connu dans l’histoire. Elle fut, aux premiers siècles, le phare du monde chrétien par son école, ce Séminaire où s’instruisirent et où puisèrent leur lumière les plus grands docteurs de l’Église, et d’où sortirent ses plus grands évêques et patriarches. Elle fut connue pour la rigueur de sa fidélité à la foi et à l’unité de l’Église, attachée aux enseignements de l’Évangile et aux paroles des purs apôtres. Aux premiers siècles, l’Église jouissait d’une même unité, suivant en cela la voix de son Rédempteur et du chef de sa foi, Jésus-Christ, qui disait dans sa prière au Père : « Je ne prie pas pour eux seulement, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi, afin que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17, 20-21).
Et pour cette foi, et pour la garde de ce dépôt sacré, elle se tint seule, portant les douleurs du supplice durant tous ces siècles. Les schismes survenus aux premiers siècles vinrent de doctrines étranges, nées de ceux qui aimèrent la primauté ; et ceux-là furent plus acharnés à persécuter que les ennemis mêmes de la foi. Saint Jean Chrysostome a dit : « Celui qui renie la foi ne perd qu’une seule âme, la sienne ; mais celui qui déchire l’Église en perd un grand nombre : c’est pourquoi son péché est plus grave que celui de l’incroyant. » Et il a dit : « Rien ne peut déchirer l’Église comme l’amour de la primauté ; et rien n’irrite Dieu autant que le schisme de l’Église, dont la cause est l’amour de la prééminence. »
Notre Église d’Égypte jouissait de son unité, son peuple tout entier attaché à sa foi unique, sans que nul différât d’un autre en doctrine, en opinion ni en principe ; et c’était là la cause de la force de l’Église et de sa vie. Mais l’ennemi du bien, le semeur de l’ivraie, ne laissa point notre Église en sa quiétude : après qu’elle se fut reposée de ses persécutions extérieures, des doctrines étranges y pénétrèrent, qui en détachèrent quelques-uns de ses fils. L’Église romaine du dehors inventa des doctrines étranges et diverses, aima la primauté et la prééminence, et déploya de grands efforts, durant les siècles du moyen âge, pour soumettre notre Église à reconnaître sa prééminence et à recevoir ces doctrines qu’elle avait forgées. Mais notre Église n’y consentit point, et Rome ne put gagner un seul homme, ni par promesse ni par menace.
Mais, hélas ! au siècle dernier, par l’entremise des Français et de leurs agents, on voulut s’ingérer pour rattacher l’Église copte à l’Église de Rome. Le chef des Coptes d’alors, feu le maître Ghali[9], leur fit comprendre que la chose était impossible ; et il voulut racheter son Église en acceptant, pour lui et sa famille, de s’agréger à l’Église de Rome, à condition qu’on les laissât libres dans leurs usages et leurs rites coptes d’origine tels quels — cela par crainte des troubles, des intrigues et du tort qui en résulterait pour les Coptes. Ils demeurèrent unis à notre clergé, faisant baptiser leurs enfants dans notre Église ; leur adhésion au rite romain ne fut qu’apparente, et leur retour au sein de leur mère l’Église copte eût été possible si la mort ne l’eût empêché. Mais hélas, ils se sont mis, ces jours-ci, à afficher de l’hostilité, alors qu’ils sont de notre sang et de notre chair ; on leur a mis dans l’esprit qu’ils sont l’Église originelle, et la nôtre schismatique — quoiqu’il n’y ait pas un demi-siècle qu’ils sont sortis de leur Église. L’Église de Rome a réussi à gagner quelques-uns d’entre eux, les a accueillis et instruits à Rome ; elle en a établi des évêques et des prêtres, acceptant la condition première — que leurs rites et leurs usages fussent conformes à ceux de leur Église d’origine —, dans le dessein d’attirer le reste de leurs frères.
Et en l’an 1895, le pape de Rome ordonna évêques, pour leur Église en Égypte, le prêtre Girgis Makar — l’un des moines coptes-catholiques — et deux moines avec lui[10] ; et le premier d’entre eux, qui se nomma Cyrille II, commença par publier une encyclique où il appelait notre patriarche, nos évêques et notre peuple à s’agréger à l’Église de Rome, et à accepter sa primauté et sa prééminence. Et, dans l’orgueil de la jeunesse, il se mit à nous dire dans son encyclique : « La religion chrétienne repose sur deux principes fondamentaux : le Christ Emmanuel, et le Pape son vicaire » — enseignement étrange que n’a proféré aucun hérétique ni novateur des premiers siècles. Qui donc est ce Pape que Cyrille Makar fait règle de foi à l’égal du Christ Emmanuel, notre Dieu, notre Sauveur et l’unique chef divin de l’Église ? ! Mais ils sont excusables, ayant puisé ces enseignements à une source étrangère, avec ce qu’on leur a inculqué des doctrines occidentales.
Quant à vous, ô Coptes qui êtes demeurés fermes en votre foi et avez enduré pour la garde de la foi droite : tenez ferme à ce que vous êtes, attachez-vous à votre foi, et ne vous laissez pas égarer par des doctrines diverses et étrangères. Permettez-moi maintenant de vous exposer quelque chose de la chaîne de leurs enseignements occidentaux et de leurs innovations récentes, qui contredisent l’esprit de la Sainte Écriture et l’enseignement des purs apôtres. Je le veux :
1. afin que vous connaissiez la justesse de vos enseignements et la véracité de votre foi, et ce que sont les enseignements étranges qu’ils répandent, pour vous en garder ;
2. et pour que vous teniez ferme dans la rectitude de votre voie et la justesse de votre foi, reçue des purs apôtres sans y ajouter ni en retrancher un seul mot — afin que la lumière paraisse hors des ténèbres ; alors le vrai se distinguera du faux, et vous apparaîtra la foi de la sainte Église universelle et apostolique, l’Église du Christ qu’ont prêchée les apôtres, l’Église des Pères et des martyrs.
Les enseignements catholiques romains
réfutation, matière par matière
I
La primauté de saint Pierre
réfutation
La Sainte Écriture nous enseigne que le Seigneur Christ — à lui la gloire — appela douze disciples d’entre les gens du commun, leur donna à tous une puissance égale pour prêcher en son nom, et les arma du pouvoir d’opérer des miracles : guérir les malades, ressusciter les morts, purifier les lépreux et chasser les démons (Mt 10, 1-15). Et notre Sauveur s’abaissa, dans l’excès de son humilité, jusqu’à les appeler ses frères, ses bien-aimés et ses amis (Jn 15, 14). Mais l’Église de Rome et tous les partisans du Pape[11] calomnient et s’enhardissent contre la personne de saint Pierre l’Apôtre, prétendant qu’il fut établi par le Seigneur Christ comme son vicaire et son successeur sur la terre, chef des purs apôtres, et source des droits que les autres apôtres emprunteraient à lui comme à une source unique ; et que le Seigneur — à lui la gloire — aurait bâti son Église sur Pierre l’Apôtre.
Or cet enseignement est étrange et contraire à l’esprit du saint Livre de Dieu, qui nous apprend que le Sauveur — à lui la gloire — a conféré à ses disciples des droits égaux, et n’a pas mis de différence entre Pierre et eux. Jamais nous n’avons vu les purs apôtres traiter leur associé Pierre comme un chef établi sur eux ; et Pierre lui-même n’a jamais élevé la prétention que les messieurs les papistes lui imputent aujourd’hui faussement. Bien au contraire, nous le voyons doux et humble, appelant les prêtres et les anciens ses compagnons et non ses subordonnés : « Les anciens qui sont parmi vous, je les exhorte, moi, ancien comme eux » (1 P 5, 1). Cet enseignement n’est donc qu’une innovation qu’ils ont forgée et introduite dans les enseignements de Dieu.
La fausseté de cette prétention
Elle apparaît par ce qui suit :
1. Il ne se trouve dans le saint Évangile pas la moindre allusion à ce que Pierre l’Apôtre eût obtenu la primauté sur ses frères.
2. Nous voyons dans l’Évangile que, lorsque la mère des fils de Zébédée s’approcha du Sauveur, demandant pour ses deux fils que l’un s’assît à sa droite et l’autre à sa gauche, notre Sauveur éloigna d’eux, et du reste de ses disciples, l’amour de la primauté, disant : « Vous savez que les chefs des nations dominent sur elles en maîtres et que les grands leur font sentir leur pouvoir. Il n’en doit pas être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur, et celui qui voudra être le premier d’entre vous, sera votre esclave » (Mt 20, 25-27). Où est donc la primauté de Pierre qu’ils lui imputent faussement ?
3. Lorsqu’ils disputèrent en chemin pour savoir qui était le plus grand, Jésus les appela et leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. » Puis il prit un enfant, le plaça au milieu d’eux, l’embrassa et leur dit : « si vous ne retournez à l’état des enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux ; qui donc se fera petit comme ce petit enfant-là, celui-là est le plus grand dans le Royaume des Cieux » (Mc 9, 35 ; Mt 18, 3-4). Où est ici la primauté de Pierre, puisque le Sauveur non seulement la leur refuse, mais les menace d’être privés du Royaume des Cieux s’ils n’ôtent de leurs cœurs ces pensées ?
4. Nous lisons aux Actes que, lorsque les apôtres apprirent que la Samarie avait accueilli la parole de Dieu, ils y envoyèrent Pierre et Jean, qui, étant descendus, prièrent pour eux afin qu’ils reçussent le Saint-Esprit (Ac 8, 14). Or, si Pierre eût été un chef, il n’eût pas été permis à ses subordonnés de l’envoyer accomplir cette mission.
5. Lorsque se tint le concile des apôtres à Jérusalem, au sujet de ceux qui troublaient les frères touchant l’observance de la circoncision, nous voyons Pierre parler dans ce concile et y agir comme un membre parmi les apôtres, non comme un chef ; et celui qui trancha en cette affaire fut saint Jacques l’Apôtre (voir Ac 15).
6. Nous voyons Paul l’Apôtre résister à son associé Pierre en face, le réprimander et le reprendre : « quand Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu’il s’était donné tort. En effet, avant l’arrivée de certaines gens de l’entourage de Jacques, il prenait ses repas avec les païens ; mais quand ces gens arrivèrent, on le vit se dérober… je dis à Céphas devant tout le monde : Si toi qui es Juif, tu vis comme les païens, et non à la juive, comment peux-tu contraindre les païens à judaïser ? » (Ga 2, 11-14). Jugez donc, ô gens d’équité et d’esprit sain : est-il permis à Paul de réprimander Pierre et de lui résister en face, si celui-ci était — au dire des papistes — le chef des apôtres, celui à qui seul fut donné tout pouvoir ? ! Que ne renoncent-ils à leur orgueil, et n’écoutent-ils la parole de Paul aux Corinthiens : « vous êtes encore charnels. Du moment qu’il y a parmi vous jalousie et dispute, n’êtes-vous pas charnels et votre conduite n’est-elle pas tout humaine ? Lorsque vous dites, l’un : Moi, je suis à Paul, et l’autre : Moi, à Apollos… Qu’est-ce donc qu’Apollos ? Et qu’est-ce que Paul ? Des serviteurs par qui vous avez embrassé la foi… Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé ; mais c’est Dieu qui donnait la croissance » (1 Co 3, 3-6), et : « chacun de vous dit : Moi, je suis à Paul — Et moi, à Apollos — Et moi, à Céphas — Et moi, au Christ. Le Christ est-il divisé ? Serait-ce Paul qui a été crucifié pour vous ? Ou bien serait-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ? » (1 Co 1, 12-13). Ce peu suffit à réfuter cette innovation et à en renverser les fondements. Gardez-vous donc de vous laisser égarer par des doctrines diverses et étrangères.
Les arguments des papistes pour établir la primauté pétrinienne
Les preuves qui précèdent montrent clairement que le Seigneur — à lui la gloire — n’a accordé à saint Pierre ni de le représenter, ni la primauté sur les apôtres, ni le pouvoir sur l’Église à l’exclusion de ses frères. Mais les papistes, pour étayer leurs prétentions, allèguent quelques textes de l’Évangile, pris en des sens divers, étrangers à l’objet de leur thèse. Les plus importants sont les suivants :
Premier argument. — Ils disent que les évangélistes, énumérant les noms des apôtres, mentionnèrent Pierre comme « le premier » de la liste (Mt 10, 2-4), prétendant que le nommer ainsi prouve sa préséance dans la primauté et le pouvoir.
Réponse. — Le mot « premier » est de ces termes à plusieurs sens, et non d’un sens unique. Il s’emploie tantôt pour l’antériorité dans le temps, comme lorsque nous disons « avant-hier » ; tantôt pour le commencement dans l’ordre du nombre, comme dans cette parole : « C’est en l’an six-cent-un de la vie de Noé, au premier mois, le premier du mois, que les eaux séchèrent sur la terre » (Gn 8, 13) ; ou : « Pendant sept jours, vous mangerez des azymes ; dès le premier jour vous ferez disparaître le levain de vos maisons » (Ex 12, 15 ; voir Mt 26, 17 ; Mc 14, 12). On comprend de là que le mot « premier » ne sert de rien aux papistes en matière de primauté. Car le Seigneur Christ, appelant tous ses disciples, les choisit d’un même rang ; il en institua douze « pour être ses compagnons et pour les envoyer prêcher » (Mc 3, 13-14). Et les apôtres eux-mêmes, dans leurs épîtres, n’appellent Pierre que par ses noms connus (Céphas, Pierre, Simon), sans jamais le qualifier de primauté ni d’aucun autre rang.
Ajoute à cela que les chrétiens confessent que le Père est la première hypostase, le Fils la deuxième, le Saint-Esprit la troisième, selon ce que nous avons reçu du Sauveur. Or, si l’on énonce la Trinité en cet ordre, nous n’avons vu aucune Église — parmi toutes, malgré leurs divergences — prétendre que le Père ait la primauté et le pouvoir sur les hypostases du Fils et de l’Esprit ; toutes, au contraire, confessent que les hypostases sont égales en essence, et que l’antériorité dans l’énonciation n’emporte pas d’antériorité dans le rang. C’est pourquoi le Seigneur Christ a dit : « Moi et le Père nous sommes un » (Jn 10, 30) ; et Paul, dans la bénédiction apostolique : « La grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous ! » (2 Co 13, 13). Nous voyons aussi l’Apôtre placer, en un endroit, le nom de Jacques avant celui de Pierre : « Jacques, Céphas et Jean, ces notables, ces colonnes, nous tendirent la main, à moi et à Barnabé, en signe de communion » (Ga 2, 9). Ce rang confère-t-il donc, à Jacques aussi, la primauté ? ou quoi donc ?
Deuxième argument. — Ils disent que, lorsque le Seigneur Jésus était à Césarée de Philippe et interrogea ses disciples sur ce qu’on pensait de lui, Pierre confessa qu’il était le Christ, le Fils du Dieu vivant ; le Seigneur le proclama bienheureux : « Tu es heureux, Simon fils de Jonas, car cette révélation t’est venue, non de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux. Eh bien ! moi je te dis : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux : quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour délié » (Mt 16, 17-19). De la confession par Pierre de la divinité du Christ, ils tirent trois points :
1. la proclamation de Pierre bienheureux, à cause de sa confession ;
2. sa dénomination comme celui sur qui il bâtira son Église — sur la pierre, c’est-à-dire sur cette foi ;
3. la promesse de lui donner les clefs du Royaume des cieux.
Réponse au premier point. — La proclamation de Pierre bienheureux, il la mérita par sa confession et sa foi ; et cette béatitude ne se restreint pas à sa seule personne : tous les disciples la méritèrent, lorsque le Seigneur leur dit : « heureux vos yeux parce qu’ils voient ; heureuses vos oreilles parce qu’elles entendent » (Mt 13, 16). Écoute encore ce qu’il dit à Thomas : « Parce que tu me vois, tu crois ; heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru » (Jn 20, 29). Et cette grande inspiration, il en gratifia pareillement tous ses autres disciples : « à vous il a été donné de connaître les mystères du Royaume des Cieux, tandis qu’à ces gens-là cela n’a pas été donné » (Mt 13, 11).
Réponse au deuxième point. — Quant à la dénomination de Pierre comme « pierre », il est évident que le Seigneur de gloire n’a pas entendu, par la pierre sur laquelle il bâtit son Église, la personne de Pierre. Le texte grec distingue le nom de l’apôtre, Pétros, de la pierre, pétra[12] : la pierre sur laquelle l’Église est bâtie est la pierre de la foi que Pierre a confessée, non la personne de Pierre elle-même. Car à Dieu ne plaise qu’il bâtît son Église sur un homme exposé à l’erreur et sujet à la chute !
Ne vois-tu pas qu’après sa confession, Pierre manifesta peu après une faute honteuse, qui fit que le Seigneur le tança : « Passe derrière moi, Satan ! » ? Pierre était-il donc un Satan au sens propre, ou au sens figuré ? Nul doute que le Seigneur n’entendait pas que la personne de Pierre fût le Satan, mais que la parole prononcée par Pierre — « Dieu t’en préserve, Seigneur ! Non, cela ne t’arrivera point » — était une pensée satanique. Sans compter ce qu’a dit le prophète David : « Le Seigneur est mon roc et ma forteresse, et mon libérateur, c’est mon Dieu. Je m’abrite en lui, mon rocher, mon bouclier et ma corne de salut » (2 S 22, 2-3 ; cf. Ps 18, 3). Et Pierre lui-même a dit : « C’est lui la pierre que vous, les bâtisseurs, avez dédaignée, et qui est devenue la pierre d’angle » (Ac 4, 11 ; cf. 1 P 2, 7). Et Paul : « Voici que je pose en Sion une pierre d’achoppement et un rocher qui fait tomber ; mais qui croit en lui ne sera pas confondu » (Rm 9, 33). Le fondement premier, la véritable pierre et la pierre d’angle, c’est le Seigneur Christ lui-même ; et les apôtres ont bâti sur ce fondement, comme dit Paul : « que chacun prenne garde à la manière dont il y bâtit. De fondement, en effet, nul n’en peut poser d’autre que celui qui s’y trouve, c’est-à-dire Jésus-Christ » (1 Co 3, 10-11). Et les Pères de l’Église s’accordent unanimement à entendre le Seigneur Christ par cette « pierre ».
Réponse au troisième point. — Quant à la promesse des clefs du Royaume et du pouvoir de lier et de délier, le Sauveur a conféré ce même pouvoir également au reste des disciples : « En vérité je vous le dis : tout ce que vous lierez sur la terre sera tenu au ciel pour lié, et tout ce que vous délierez sur la terre sera tenu au ciel pour délié » (Mt 18, 18).
Troisième argument. — La parole du Seigneur à Pierre avant sa passion : « Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous cribler comme froment ; mais moi j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères » (Lc 22, 31-32). Ils prétendent que le Sauveur a distingué Pierre par cette parole, et que cela indique sa primauté sur l’Église, qu’il est le centre de la foi et l’unique vicaire du Christ.
Réponse. — Cette parole n’est qu’un avertissement du Christ à Pierre ; nulle allusion à l’établissement d’une primauté ou d’un privilège. Car il lui dit « Simon, Simon » — et il y a là une allusion au fait que Pierre, qui se croyait le plus courageux et le plus aimant, montra sa faiblesse en reniant la personne du Seigneur. Et « j’ai prié pour toi » n’est pas une preuve d’une bénédiction particulière : sachant d’avance que Pierre le renierait, et voyant sa faiblesse et l’ébranlement de sa foi, il jugea Pierre plus que tout autre en besoin qu’on priât pour lui, afin qu’il ne se détournât pas définitivement de la foi, comme Judas.
Et « afin que ta foi ne défaille pas » ne contient aucune allusion à l’infaillibilité que les papistes revendiquent pour Pierre et pour le Pape ; on entend seulement que Pierre ne perdît pas sa foi — et si le Sauveur ne l’avait accompagné d’un regard, il eût péri. Et « quand tu seras revenu, affermis tes frères » signifie que Pierre, par sa chute et son relèvement, devint un modèle de repentir et une espérance pour les pécheurs, afin que nul ne désespérât plus de la miséricorde de Dieu. Pierre ne renia pas par apostasie et trahison, comme Judas, mais par faiblesse humaine ; et ce qui le prouve, c’est qu’il s’était dit prêt à aller avec lui en prison et à la mort. En somme, il y a dans cette parole une leçon et un avertissement.
Quatrième argument. — La parole de l’ange aux femmes porteuses d’aromates : « allez dire à ses disciples et à Pierre, qu’il vous précède en Galilée » (Mc 16, 7). Ils prétendent que le mentionner à part des disciples marque sa distinction par la primauté.
Réponse. — Ce texte dit exactement le contraire : il contient une allusion au précédent de la chute de Pierre et de son reniement du Seigneur. Qui médite ce texte y verra que le nom des disciples est placé avant celui de Pierre, comme si l’inspiration divine avait voulu ne pas conférer l’honneur du discipulat à la personne de Pierre le renieur : elle l’a dépouillé du vêtement du discipulat et mis hors du bercail, appelant les autres « disciples du Seigneur », mais Pierre — parce qu’il l’avait renié — par son seul nom, dépouillé du rang élevé du discipulat.
Cinquième argument. — La parole du Sauveur à Simon : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ?… Pais mes brebis » (Jn 21, 15-17), répétée trois fois.
Réponse. — C’est la répétition, par le Seigneur, de « Pais mes brebis » trois fois, pour lui rappeler ce qu’il avait prétendu auparavant — que « même s’il devait mourir avec lui, il ne le renierait pas » — et comment il ne tint pas parole, mais le renia trois fois avant le chant du coq. Et Pierre ne comprit pas de cette répétition qu’elle fût une décoration lui décernant la primauté ou la prééminence ; au contraire, il y vit une réprimande, comme le prouvent son émotion, sa tristesse et ses pleurs.
Si le Seigneur avait voulu lui donner alors la primauté, il le lui aurait déclaré expressément, et lui aurait manifesté des signes de joie et d’allégresse, non des marques de chagrin et d’abattement. Quant à « Pais mes brebis », on n’en peut tirer le degré de la primauté, mais seulement la charge pastorale, accordée à Pierre exactement comme au reste des disciples. On ne peut l’entendre au sens de primauté ; sinon, il faudrait interpréter de même la parole de Paul aux pasteurs d’Éphèse : « Soyez attentifs à vous-mêmes, et à tout le troupeau dont l’Esprit Saint vous a établis gardiens pour paître l’Église de Dieu, qu’il s’est acquise par le sang de son propre Fils » (Ac 20, 28), et celle de Pierre : « Paissez le troupeau de Dieu qui vous est confié, veillant sur lui » (1 P 5, 2). Nous concluons par la parole de saint Cyrille le Grand : « Par la triple confession de Pierre fut effacé le triple péché de son reniement. » Et par les paroles du Seigneur — « Pais mes brebis », trois fois —, il le réintégra dans son rang apostolique, qu’il avait perdu par son reniement. C’est aussi l’avis des saints Grégoire le Théologien, Ambroise, Jean Chrysostome et Augustin.
II
La primauté du Pape de Rome
réfutation
Parce qu’ils prétendent faussement que saint Pierre l’Apôtre fut établi chef des apôtres et de l’Église — ce qui est faux, comme on l’a montré —, on les voit s’enhardir et étendre la main sur le pouvoir du Seigneur Christ, pour lui dérober son pouvoir éternel et le donner au Pape, qu’ils regardent, à les entendre, comme la Tête de l’Église. Ils ne savent pas que Dieu est jaloux de sa gloire, lui qui dit par la bouche du prophète Isaïe : « Je suis le Seigneur, tel est mon nom ! Ma gloire, je ne la donnerai pas à un autre » (Is 42, 8), et : « Je ne donnerai pas ma gloire à un autre » (Is 48, 11).
Il semble qu’ils oublient, ou feignent d’oublier, les paroles de l’Écriture qui enseignent que l’Église n’a qu’une seule Tête, Jésus-Christ, à qui appartient tout pouvoir au ciel et sur la terre. Que disent-ils de cette parole de Paul l’Apôtre : « le Christ est chef de l’Église, lui le sauveur du Corps » (Ep 5, 23) ? Comment interprètent-ils sa parole selon laquelle Dieu, « le ressuscitant d’entre les morts, l’a fait siéger à sa droite, dans les cieux, bien au-dessus de toute Principauté, Puissance, Vertu, Seigneurie, et de tout autre nom qui se pourra nommer, non seulement dans ce siècle-ci, mais encore dans le siècle à venir ; il a tout mis sous ses pieds, et l’a constitué, au sommet de tout, Tête pour l’Église, laquelle est son Corps, la Plénitude de Celui qui est rempli, tout en tout » (Ep 1, 20-23) ? Comment glosent-ils sa parole : « De fondement, nul n’en peut poser d’autre que celui qui s’y trouve, c’est-à-dire Jésus-Christ » (1 Co 3, 11) ? Et où fuiront-ils devant sa parole expresse : « vous n’êtes plus des étrangers ni des hôtes ; vous êtes concitoyens des saints, vous êtes de la maison de Dieu. Car la construction que vous êtes a pour fondations les apôtres et prophètes, et pour pierre d’angle le Christ Jésus lui-même ; en lui toute construction s’ajuste et grandit en un temple saint, dans le Seigneur ; en lui, vous aussi, vous êtes intégrés à la construction pour devenir une demeure de Dieu, dans l’Esprit » (Ep 2, 19-22) ? Ce n’est donc ni Pierre l’Apôtre ni le Pape qui sont la Tête de l’Église et son fondement, mais les apôtres et les prophètes ; et sa Tête est Jésus-Christ.
Quant à leur raisonnement, ils disent que le Seigneur Christ est la Tête de l’Église invisible, et que le Pape est la tête de l’Église visible[13]. Ils ne s’aperçoivent pas que, par cette philosophie vaine, ils attribuent au Seigneur — à lui la gloire — impuissance et faiblesse, comme s’il ne pouvait gouverner les deux Églises ; c’est pourquoi ils ne lui reconnaissent sur elles ni pouvoir ni primauté, se contentant de mettre l’une seulement sous sa primauté, tandis qu’ils lui arrachent l’autre pour la donner au Pape — si tant est que l’on puisse diviser les deux Églises et les séparer l’une de l’autre, alors qu’il n’est pas possible de séparer l’Église visible de Dieu de son Église invisible. Nous leur accorderions deux têtes différentes s’il existait deux Églises séparées et distinctes l’une de l’autre ; or l’Église est une seule, et cette division n’est qu’apparente. Car l’assemblée des justes et des saints qui triomphent à présent, jouissant de la gloire au ciel — ceux qu’ils appellent l’Église invisible —, ne se compose que de l’assemblée des combattants qui luttent sans relâche contre les ennemis de leur salut, ceux que nous appelons l’Église visible. S’il en est ainsi, il n’existe qu’une seule Église, et elle ne peut avoir qu’une seule Tête. Qui donc ? Est-ce Jésus-Christ, qui l’a sanctifiée et rachetée par son sang ? ou le Pape, qu’elle n’a pas connu et dont elle n’a pas entendu la voix ? Sur ma vie, quand tous les papes se rassembleraient et verseraient leur sang, ils ne pourraient racheter ni sauver un seul de ses membres.
La gravité de cette croyance
Cette croyance en une primauté imaginaire entraîne sur ses tenants des errements dont ils ne peuvent s’échapper :
1. Le Sauveur — à lui la gloire —, avant l’Incarnation, avait le pouvoir et la primauté sur tout ce qui est au ciel et sur la terre ; or, en s’incarnant, il aurait perdu son pouvoir sur la terre, puisque le Pape le lui enlève, et il ne lui resterait que le pouvoir et la primauté sur le ciel seulement. Nous n’admettons pas pour les messieurs les papistes une telle impiété.
2. Le Sauveur — à lui la gloire —, lorsqu’il était sur la terre, y avait pouvoir ; mais après son Ascension, il aurait perdu ce pouvoir, abandonné sa primauté sur elle, et il n’y aurait plus de lien entre elle et lui. Voilà encore un égarement affreux, qu’ils n’agréeraient pas, je pense.
3. Quel dommage immense et quelle perte suprême fondent sur l’Église du fait de la primauté du Pape ! car elle y perd la primauté du Vivant tout-puissant et omniscient, qui veille sur elle sans cesse et l’assiste de sa providence divine, dès lors qu’on lui impose une tête sujette à la mort et à la corruption, tombant sous l’erreur et les accidents humains — savoir le Pape.
4. La tête de l’Église doit être vivante et vivifiante à jamais ; or le Pape, qu’ils prétendent tête de l’Église, ne l’est pas : en tant qu’homme, il est mortel, et l’Église resterait donc mortelle avec lui, puisqu’en ce cas elle se trouverait privée de la tête qui vivifie le reste de ses membres.
5. Que les messieurs les papistes nous éclairent et nous expliquent leur sentiment lorsque le Juge décrète la mort du Pape : qui donc préside alors l’Église, durant l’intervalle qui va de sa mort à l’avènement d’un autre Pape ? Demeure-t-elle — hélas ! — morte et privée de tête ? (voir la liste des papes).
Et plût à Dieu qu’ils s’arrêtassent là ! Mais ils vont plus loin encore, et s’enhardissent jusqu’à proclamer que ne pas croire au Pape équivaut à ne pas croire au Christ ; pour eux, celui qui ne croit pas en se soumettant au Pape est pire que l’incroyant. Ils osent même dire : « La religion chrétienne repose sur deux principes fondamentaux : le Christ Emmanuel, et le Pape son vicaire » (première épître de Cyrille Makar, p. 4). Qu’elle est amère, cette prédication nouvelle, et combien impie ! combien nuisible à l’Église de Dieu, qui associe le Pape à la gloire du Christ ! Est-ce donc au nom du Pape qu’ils ont été baptisés ? est-ce en lui qu’est l’espérance de leur salut ? Il n’est pas d’audace ni de calomnie contre le Christ plus grave que celle-là. Jean-Baptiste, dont le Seigneur Christ a attesté qu’il n’en a pas surgi de plus grand parmi les enfants des femmes, prêchait et disait du Sauveur : « Vient derrière moi celui qui est plus fort que moi, dont je ne suis pas digne, en me courbant, de délier la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau, mais lui vous baptisera avec l’Esprit Saint » (Mc 1, 7-8) ; et ces philosophes, eux, proclament l’égalité entre le Pape et le Seigneur Christ, et font de cet homme périssable un principe fixe où placer notre foi[14] (voir la Trompette évangélique, p. 115).
Mais vous, ô orthodoxes, qu’elle est belle, votre foi ! vous qui ne reconnaissez d’autre Dieu et Sauveur que Jésus, le Dieu vivant, qui vous assiste et vous soutient en toutes vos affaires. Ne prêtez donc l’oreille à nul autre avis, et ne vous laissez pas égarer par des doctrines diverses et étrangères.
Et plût à Dieu que Sa Béatitude le Pape renonçât à ces enseignements, qui ne procèdent que de l’orgueil et de l’arrogance ! car il sait que c’est là un vice qui prive l’âme de son bien, corrompt le cœur, l’éloigne de Dieu Très-Haut, et le fait choir du rang le plus élevé au plus bas degré. Que ne se souvient-il de cette parole d’un de leurs savants, le docte Bernard[15] : « L’orgueil n’est qu’une félicité trompeuse, un poison caché, une peste sournoise ; l’artisan de la trahison, le père de l’envie et de la discorde, la teigne de la sainteté et l’aveuglement du cœur ; il change le remède en mal et le traitement en maladie. »
III
La prétention à la primauté romaine
réfutation d’ensemble
La prétention de l’Église papale — savoir, que l’évêque de Rome détiendrait la primauté universelle sur l’Église visible — est une prétention vaine, et sa fausseté apparaît par ce qui suit[16] :
Premièrement. — Nous avons montré qu’il n’a point existé, dans l’Église apostolique, d’esprit de primauté, et que cet esprit est contraire aux enseignements de l’Écriture sainte ; nous avons exposé que tous les apôtres sont égaux en droits, qu’il n’y a parmi eux ni chef ni subordonné, mais que tous sont frères ; et nous avons établi la réfutation de la prétendue primauté pétrinienne — celle dont le Pape tire sa prétention à la primauté sur l’Église universelle, en se disant successeur de Pierre.
Deuxièmement. — Le titulaire du siège de Rome, de quelque titre qu’il se nomme — patriarche, grand prêtre, pape ou pontife suprême —, ne sort pas de sa condition d’évêque, pareil aux autres évêques ; il n’a droit à aucun des privilèges des apôtres — Pierre, Paul, Jacques ou le reste des disciples —, qui seuls possèdent le rang apostolique. Le titulaire du siège de Rome est un pasteur particulier, qui ne dépasse pas les limites de sa juridiction et de son diocèse ; et à supposer même qu’il fût le premier évêque romain établi par Pierre, la succession apostolique ne lui reviendrait que du chef de l’imposition des mains seulement : car Pierre l’Apôtre ne l’a pas établi pasteur universel, mais particulier, c’est-à-dire pour Rome seulement — l’établissement des apôtres étant le droit du seul Sauveur, qui a dit à ses disciples : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jn 20, 21).
Troisièmement. — La prédication de Pierre l’Apôtre ne s’est pas enfermée dans Rome : elle s’exerça aussi à Antioche et ailleurs. Pourquoi donc cette succession serait-elle circonscrite à la personne de l’évêque de Rome, à l’exclusion de l’évêque d’Antioche ? Bien plus : saint Marc, comme nous l’apprend l’inspiration, était son fils particulier (1 P 5, 13)[17]. Si donc nous admettions, par hypothèse de discussion, l’existence d’une primauté de Pierre, et que cette primauté passât à ses successeurs, elle reviendrait plutôt à Mār Marc — lui qui mérita d’être compté parmi les quatre évangélistes —, ou encore, par exemple, à l’évêque d’Antioche.
Quatrièmement. — L’apôtre dont il est attesté qu’il prêcha à Rome et y exerça une œuvre pastorale, là comme ailleurs, c’est Paul l’Apôtre, comme en témoigne le livre des Actes : « La nuit suivante, le Seigneur vint le trouver et lui dit : Courage ! De même que tu as rendu témoignage de moi à Jérusalem, ainsi faut-il encore que tu témoignes à Rome » (Ac 23, 11). Et durant sa traversée, Paul dit à ses compagnons de voyage : « Cette nuit m’est apparu un ange du Dieu auquel j’appartiens et que je sers, et il m’a dit : Sois sans crainte, Paul. Il faut que tu comparaisses devant César, et voici que Dieu t’accorde la vie de tous ceux qui naviguent avec toi » (Ac 27, 23-24). À supposer donc que Pierre l’Apôtre fût venu à Rome, pourquoi la primauté de cette Église serait-elle rapportée à lui seul, et non à Paul, que le Dieu vivant envoya vers elle ?
Les preuves que Pierre n’est pas le fondateur de l’Église de Rome
1. La parole de Luc l’évangéliste au livre des Actes, montrant que Pierre était à Jérusalem l’année du concile (Ac 15, 4.7).
2. Pierre était à Antioche vers l’an 55, et il y rencontra Paul, comme il est dit dans l’épître aux Galates : « quand Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu’il s’était donné tort » (Ga 2, 11).
3. Il fut à Babylone d’Égypte, où il écrivit sa première épître, comme il appert de son cinquième chapitre ; c’était en l’an 60 de notre ère.
4. La devise que Paul s’était donnée pour toute sa vie est cette parole : il tenait à honneur de ne prêcher l’Évangile que là où le nom du Christ n’avait pas été invoqué, « pour ne point bâtir sur des fondations posées par autrui » (Rm 15, 20). Cela signifie que si Pierre l’eût devancé à Rome, Paul n’eût point consenti à s’y rendre, par fidélité à cette devise. Or il fit voile vers Rome, comme nous l’avons montré plus haut : d’où il ressort qu’il fut nécessairement le premier à y venir.
5. Paul écrivit son épître aux Romains vers l’an 58 ; il y salue vingt-huit personnes, hommes et femmes, mais ne mentionne point parmi elles le nom de Pierre. Comment l’apôtre Paul eût-il omis le nom de Pierre ? N’est-ce pas la preuve que Pierre ne se trouvait pas là en ce temps ?
6. L’auteur du livre des Actes rapporte : « c’est ainsi que nous arrivâmes à Rome. Les frères de cette ville, informés de notre arrivée, vinrent à notre rencontre jusqu’au Forum d’Appius et aux Trois-Tavernes. En les voyant, Paul rendit grâces à Dieu et reprit courage » (Ac 28, 14-15). Dans ce récit, l’écrivain ne fait aucune allusion à la présence de Pierre parmi ceux qui vinrent à sa rencontre. Que si l’on dit qu’étant chef, il ne lui convenait pas de sortir au-devant de lui comme le commun du troupeau, nous répondons que cet esprit-là ne fut jamais l’esprit des disciples du Seigneur Christ. Nous voyons tout le contraire : Pierre lui-même donne à Paul le titre de « notre cher frère » (2 P 3, 15). Se conçoit-il que Pierre ne sortît pas à la rencontre de son cher frère, arrivant à Rome chargé de fers comme un prisonnier ? N’était-il pas de son devoir, ou du moins des convenances, de lui envoyer au moins une lettre par ceux qui allaient l’accueillir ? Bien plus : n’eût-il pas été du devoir de Paul d’aller vers Pierre, lui présenter l’hommage de sa fidélité et de son obéissance, comme au chef de l’Église visible — ainsi que le prétendent ces prétendants ?
7. Saint Paul, étant à Rome, écrivit son épître aux Colossiens, où on lit : « Aristarque, mon compagnon de captivité, vous salue, ainsi que Marc, le cousin de Barnabé, au sujet duquel vous avez reçu des instructions : s’il vient chez vous, faites-lui bon accueil. Jésus surnommé Justus vous salue également. De ceux qui nous sont venus de la Circoncision, ce sont les seuls qui travaillent avec moi pour le Royaume de Dieu ; ils m’ont été une consolation » (Col 4, 10-11). Si Pierre s’était trouvé là en ce temps, il eût été nommé avant ces ouvriers.
8. À l’arrivée de Paul l’Apôtre à Rome pour la première fois, il apparut que les Juifs de cette ville ne connaissaient rien de cette religion, sinon qu’elle rencontrait partout de la contradiction. Comment cela se pourrait-il, si Pierre l’Apôtre avait réellement fondé l’Église de Rome avant Paul ? ! Après la visite de Paul, au contraire, les croyants s’y multiplièrent grandement, au point que l’Apôtre leur écrivit en se glorifiant de leur foi : « on publie votre foi dans le monde entier » (Rm 1, 8). N’y a-t-il pas là de quoi conclure que c’est Paul qui eut la part la plus large dans la fondation de l’Église de Rome ?
Cinquièmement. — La prétention que l’Église de Rome précéderait les autres Églises à cause du martyre que saint Pierre y subit est une prétention vaine. Si le martyre en une ville la rendait plus grande que les autres, ce serait plutôt à Jérusalem d’être la plus grande : elle est la ville du Saint-Sépulcre, le lieu où descendit la révélation, la ville d’où partit la prédication du Christ et où fut répandu le sang de Jésus. Et ce serait plutôt encore au titulaire du siège d’Égypte de revendiquer cette primauté : car l’Égypte est la terre qui fut honorée et sanctifiée par la venue du Seigneur de gloire, et qu’il bénit en disant : « Béni mon peuple l’Égypte » (Is 19, 25), et : « d’Égypte j’ai appelé mon fils » (Os 11, 1 ; cité en Mt 2, 15). Et malgré tout cela, nous n’avons vu ni Jacques, titulaire du siège de Jérusalem, ni Marc, titulaire du siège d’Égypte, ni leurs successeurs — nous ne les avons pas vus revendiquer la primauté, ni s’attribuer des actes qui les distinguassent des autres, ou qui distinguassent leurs Églises des autres Églises.
Sixièmement. — L’histoire témoigne contre cette primauté prétendue. Saint Cyprien, dans ses lettres, dit à ce propos, au sujet d’Étienne, l’évêque de Rome : « Quel entêtement est-ce là, et quelle audace, de placer la tradition humaine au-dessus du commandement divin, sans voir que Dieu tance et se courrouce chaque fois que la tradition humaine brise les commandements divins ! » ; et il dit : « Laissons là ce qu’a fait Étienne, de peur qu’en rappelant son insolence et sa sottise nous n’ajoutions à la douleur que nous causent ses mauvaises œuvres. »[18]
Septièmement. — Le Seigneur Christ est la Tête de l’Église et son chef ; il est son Sauveur ; il est jaloux de sa gloire, et « sa gloire, il ne la donne pas à un autre » (Is 42, 8). Mais les papistes disent que ne pas croire au Pape, c’est ne pas croire au Seigneur Christ lui-même ; et à leurs yeux, celui qui ne croit pas au Pape est pire que l’incroyant. C’est là, en vérité, un égarement manifeste, puisqu’ils associent le Pape à la gloire de notre Seigneur Jésus-Christ. Qui donc est le Pape, pour être une seconde règle de la foi ?
Huitièmement. — Ils disent que le Christ est la tête de l’Église invisible, et le Pape la tête de l’Église visible. Notre Seigneur — à lui la gloire — serait-il donc devenu trop faible pour être le chef des deux Églises ? Leur philosophie inscrit sur lui l’impuissance et la faiblesse. La vérité est que l’Église est une, et qu’il faut que son chef soit un.
Neuvièmement. — Cet enseignement entraîne sur ses tenants des égarements nombreux, dont ceux-ci :
1. Le Sauveur, avant l’Incarnation, avait la primauté sur tout ce qui est au ciel et sur la terre ; en s’incarnant, il aurait perdu son pouvoir sur la terre — le Pape le lui ayant pris —, et il ne lui serait resté que le pouvoir sur le ciel. Ce sont là des égarements que n’agréeraient pas ceux-là mêmes qui prêchent la primauté imaginaire du Pape, et que nous ne leur prêtons pas davantage.
2. La perte immense que fait l’Église par la primauté du Pape : le Dieu tout-puissant, qui veille sur elle sans cesse et la gouverne par sa providence — qu’il soit exalté —, en abandonnerait la conduite et le gouvernement à une tête sujette à la mort, à la faiblesse, à la maladie, à la vieillesse et à la corruption.
3. La tête de l’Église doit être vivante et vivifiante à jamais ; or le Pape, qu’ils prétendent tête de l’Église, ne l’est point, puisque, étant homme, il doit nécessairement mourir ; et en ce cas la pauvre Église demeure privée de tête…
4. Et durant l’intervalle qui s’écoule entre la mort d’un Pape et l’avènement d’un autre ? Si tu consultes la liste des papes de Rome, tu trouveras qu’il s’écoulait parfois un long temps entre la mort d’un pape et l’élévation de son successeur. Qui donc, je le demande, présidait l’Église pendant cet intervalle ?
En somme, l’enseignement de la primauté universelle du Pape sur les Églises est un enseignement que réfutent les Livres divins, que dément l’histoire, et que rejettent la raison et la logique.
IV
L’infaillibilité du Pape
la corruption de cet enseignement
La Sainte Écriture nous enseigne qu’il n’est pas de juste, pas un seul ; que tous sont sujets à l’erreur, et que nul n’est préservé du faux — ni dans l’intelligence, ni dans la parole, ni dans la pensée : tous sont exposés aux périls du diable et à ses filets. Ce qui incombe à l’homme, c’est de lutter et de se maîtriser, avec l’aide de la grâce de Dieu, pour ne pas tomber dans l’erreur. Mais les messieurs les papistes proclament ouvertement l’infaillibilité de leurs papes, les disant préservés de l’erreur et du faux pas : tout ce qu’ils disent ou décrètent serait la vérité même, d’une manière exempte d’erreur[19]. Or cet enseignement, contraire à l’esprit de l’Écriture et opposé aux lois de la raison, n’a pas besoin qu’on produise des preuves de sa corruption et de sa vanité ; je ne vous fatiguerai donc pas à entendre les démonstrations qui la font voir. Mais permettez-moi de citer quelques versets du saint Livre, source de nos enseignements, qui montrent expressément que nul n’est préservé du faux pas, et qu’« il n’y a aucun homme qui ne pèche » (1 R 8, 46).
Le prophète David a dit : « Corrompues, abominables leurs actions ; non, plus d’honnête homme. Des cieux le Seigneur se penche vers les fils d’Adam, pour voir s’il en est un de sensé, un qui cherche Dieu. Tous ils sont dévoyés, ensemble pervertis. Non, il n’est plus d’honnête homme, non, plus un seul » (Ps 14, 1-3). Job le juste a dit : « l’homme pourrait-il se justifier devant Dieu ? À celui qui se plaît à discuter avec lui, il ne répond même pas une fois sur mille » (Jb 9, 2-3) ; et il a dit encore : « Comment l’homme serait-il pur, resterait-il juste, l’enfant de la femme ? À ses saints mêmes Dieu ne fait pas confiance, et les Cieux ne sont pas purs à ses yeux. Combien moins cet être abominable et corrompu, l’homme, qui boit l’iniquité comme l’eau ! » (Jb 15, 14-16).
Salomon le sage a dit : « Qui peut dire : J’ai purifié mon cœur, de mon péché je suis net ? » (Pr 20, 9) ; et, au livre de l’Ecclésiaste : « Il n’est pas d’homme assez juste sur la terre pour faire le bien sans jamais pécher » (Qo 7, 20). Jacques l’Apôtre a dit : « Ne soyez pas nombreux, mes frères, à devenir docteurs. Vous le savez, nous n’en recevrons qu’un jugement plus sévère, car à maintes reprises nous commettons des écarts, tous sans exception » (Jc 3, 1-2). Et Jean l’Apôtre a dit : « Si nous disons : Nous n’avons pas de péché, nous nous abusons, la vérité n’est pas en nous… Si nous confessons nos péchés, lui, fidèle et juste, pardonnera nos péchés et nous purifiera de toute iniquité. Si nous disons : Nous n’avons pas péché, nous faisons de lui un menteur, et sa parole n’est pas en nous » (1 Jn 1, 8-10).
V
Les peines ecclésiastiques
remèdes spirituels, non satisfactions
La sainte Église universelle et apostolique a toujours enseigné, et enseigne encore, conformément à l’esprit de l’Écriture et à la tradition apostolique, que le pécheur qui s’approche du sacrement de la pénitence n’obtient l’absolution de ses péchés qu’à des conditions, dont les principales sont : le sentiment du poids du péché, la contrition du cœur, la componction intérieure et le repentir véhément, avec la résolution de quitter le péché et de le haïr d’une haine parfaite. Et l’Église a coutume, depuis le commencement, d’imposer au pénitent certaines peines de discipline, dont le but est la correction du pécheur, le redressement de son état et l’amendement de sa conduite[20], selon la parole de l’apôtre Paul : « celui qu’aime le Seigneur, il le corrige, et il châtie tout fils qu’il agrée… C’est en fils que Dieu vous traite ; et quel est le fils que ne corrige son père ? » (He 12, 6-7), et selon sa parole : « par ses jugements le Seigneur nous corrige, pour que nous ne soyons point condamnés avec le monde » (1 Co 11, 32). Ces pénitences ne sont donc rien d’autre que des remèdes spirituels, une médecine qui traite les maladies de l’âme.
Mais l’Église papale a contredit l’Écriture sainte et les enseignements de la sainte Église apostolique, en regardant ces pénitences comme des peines satisfactoires, destinées à acquitter la justice de Dieu — qu’il soit exalté —, offensée par le pécheur du fait de ses péchés énormes et sans mesure[21]. Or cet enseignement est contraire aux paroles de l’Écriture sainte, et étranger aux enseignements des Pères et des saints conciles.
De cet enseignement peuvent naître des égarements affreux, insupportables, dont ceux-ci :
Premièrement. — Il abolit l’expiation par le sang de Jésus-Christ, qui versa son sang en expiation de nos péchés pour satisfaire la justice divine et nous réconcilier avec Dieu son Père ; il ôte toute vertu au sacrifice que notre Sauveur offrit sur la Croix. Car l’Écriture nous enseigne que notre Sauveur s’est offert lui-même en sacrifice pour nos péchés, et que, sans cette expiation, il ne nous est pas possible de nous approcher du Père. Voici quelques versets de l’Écriture qui nous l’exposent : « Or ce sont nos souffrances qu’il portait et nos douleurs dont il était chargé… il a été transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes. Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui, et dans ses blessures nous trouvons la guérison. Tous, comme des moutons, nous étions errants, chacun suivant son propre chemin, et le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à tous » (Is 53, 4-6). Et la parole de Paul l’Apôtre : il n’est pas, lui, « dans la nécessité, comme les grands prêtres, d’offrir des victimes d’abord pour ses propres péchés, ensuite pour ceux du peuple ; car ceci, il l’a fait une fois pour toutes en s’offrant lui-même » (He 7, 27) ; et sa parole : « En lui nous trouvons la rédemption, par son sang, la rémission des fautes, selon la richesse de sa grâce » (Ep 1, 7) ; et sa parole : « il a dû devenir en tout semblable à ses frères, afin de devenir, dans leurs rapports avec Dieu, un grand prêtre miséricordieux et fidèle, pour expier les péchés du peuple » (He 2, 17). Et la parole de Jean l’Apôtre : « si quelqu’un vient à pécher, nous avons comme avocat auprès du Père Jésus-Christ, le Juste. C’est lui qui est victime de propitiation pour nos péchés, non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier » (1 Jn 2, 1-2). Comment donc ces pénitences pourraient-elles être des peines acquittant la justice de Dieu, que nos péchés auraient rendue exigible ?
Deuxièmement. — On sait que Dieu — qu’il soit exalté — est illimité en ses attributs ; tout péché commis contre le Dieu illimité exige donc un châtiment illimité, puisqu’il offense le Dieu illimité. Qui donc nous sauvera, et acquittera pour nous la justice divine ? Ces pénitences-là ? Quelque grandes qu’elles fussent, elles ne sauraient acquitter la moindre parcelle de la justice de Dieu.
Troisièmement. — Cette croyance funeste rapetisse le crime du péché, puisqu’elle tient l’homme pour capable d’acquitter lui-même les droits qu’exige la justice de Dieu.
Quatrièmement. — Elle rend le péché léger à ceux qui le commettent : l’homme s’obstine dans le mal et multiplie les iniquités, puis il vient à la fin accomplir quelques pénitences qui lui sont proposées, et s’en retourne justifié et quitte de cette dette. Ce sont là autant d’égarements affreux, nés de ce funeste enseignement, qui contredit l’esprit de la religion chrétienne, et que l’Église apostolique rejette et réprouve. Pour vous, tenez ferme à vos enseignements et à votre belle foi, et ne vous laissez pas égarer par des doctrines diverses et étrangères.
VI
Les indulgences
les billets de pardon
Et plût à Dieu qu’ils s’en fussent tenus là ! Mais ils se sont portés à une extrémité énorme : ils ont fait du pardon un moyen de rapine et de pillage, et il s’est ouvert devant eux une grande porte de négoce — et quel négoce florissant que celui-là, qui se fait sans capital ! Ils émettent en effet, hélas ! des actes papaux appelés billets d’indulgences, qui se vendent et s’achètent comme des marchandises ; et plût à Dieu que ces billets ne continssent que le pardon et la rémission des péchés passés — ils couvrent encore les péchés à venir[22]. Qui parcourt ces billets s’afflige d’une affliction extrême devant l’ignorance qui procède d’un peuple prétendant que son Église est la mère des Églises, et que ses papes ont reçu le pouvoir universel sur toutes les Églises. Qui peut se figurer qu’un homme dispose du pouvoir dont [ Dieu seul dispose ] ? et qui donc, d’entre les hommes, peut remettre les péchés ? Encore ne prétendent-ils pas que le pouvoir du Pape et ses indulgences valent pour les seuls vivants : elles s’étendent aussi, à les entendre, aux âmes des défunts, qu’ils s’imaginent retenues dans leur purgatoire imaginaire. Qui peut entendre ou lire ces billets, où l’on trouve que la récitation d’une petite prière à Mār Joseph vaut une indulgence de trois cents jours, et que la récitation du rosaire papal vaut une indulgence de cent ans, accordée d’avance ? Qui ne s’affligerait de tels enseignements, et quel cœur ne prendrait en pitié ce peuple, qui suit de pareilles doctrines étrangères et s’en va en proie à la duperie ? Or ce funeste enseignement peut engendrer des égarements divers :
Premièrement. — Il contredit l’expiation du sang de Jésus, qu’il versa pour notre salut, et sans lequel il ne nous est pas possible d’obtenir la rémission de nos péchés.
Deuxièmement. — Il attribue aux hommes un pouvoir égal à celui de Dieu — qu’il soit exalté —, puisqu’ils s’arrogent la rémission des péchés, dont Dieu seul est capable.
Troisièmement. — Il pousse les riches à mettre leur confiance en leurs richesses, puisque c’est par elles qu’ils achètent les billets d’indulgence pour les péchés qu’ils ont commis.
Quatrièmement. — Il ouvre une porte aux vices, et fournit aux gens d’argent l’occasion de commettre autant d’iniquités qu’il leur plaît, dans l’espérance d’acheter, pour une quantité de leurs deniers, un billet de pardon qui absoudra leurs péchés passés et leur rendra licites les péchés à venir. Qui donc peut entendre de tels enseignements ? !
C’est en justice et en vérité que je le dis : cet enseignement n’a pas besoin qu’on dresse des preuves de sa vanité et de sa corruption — il prête de lui-même à rire et à moquerie.
VII
La procession du Saint-Esprit
contre l’addition au symbole de la foi
La sainte Église apostolique a reçu, dès son commencement, conformément aux enseignements de l’Évangile, que le Saint-Esprit procède du Père, comme le Seigneur Christ nous l’a enseigné expressément par sa parole : « Lorsque viendra le Paraclet, que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité, qui vient du Père, il me rendra témoignage » (Jn 15, 26). Les Pères du premier concile œcuménique, réuni à Nicée, et les Pères du deuxième concile, réuni à Constantinople, établirent le symbole de la foi, et frappèrent d’anathème quiconque y ajouterait ou en retrancherait quelque chose. Le symbole y arrête cette vérité selon l’enseignement de l’Écriture : « Nous croyons au Saint-Esprit, Seigneur vivifiant, qui procède du Père ; adoré avec le Père et le Fils ; qui a parlé par les prophètes. » Mais l’Église de Rome entreprit, au moyen âge, de falsifier le symbole de la foi : elle y ajouta le mot « et du Fils » à l’article « qui procède du Père » — « qui procède du Père et du Fils » —, et se mit à répandre d’autorité que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils.
L’origine de cette addition fut un novateur nommé Lucius, qui commença d’enseigner, contre l’enseignement de l’Église, que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils ; n’ayant pas réussi à semer son ivraie en Orient, il s’en alla en France et à Rome, et gagna le cœur du roi Charles le Grand. Quant au pape Léon III, évêque de Rome, il rejeta cette addition, et manda à l’évêque de Jérusalem de lui envoyer des hommes d’expérience ; celui-ci lui dépêcha quatre savants, qui se rendirent à Constantinople, où le roi se saisit d’eux et les jeta en prison. La délégation tardant à revenir, le Pape réunit un concile et anathématisa cette addition ; il fit graver le symbole de la foi sur deux tables d’argent, en langue grecque et latine, ordonna de les suspendre dans l’église de Rome, et y fit inscrire ce titre : « Moi, Léon, j’ai placé ces tables par amour et par garde de la foi orthodoxe. » Et le pape Benoît III écrivit, en l’an 856, aux patriarches d’Orient « que les chefs de l’Église de Rome n’admettent à leur communion personne qui ne garde le symbole de la foi intact, tel que l’ont transmis les conciles œcuméniques », et il définit cette garde en ce que le Saint-Esprit procède du Père seulement, et non du Fils, comme l’enseignaient les fils de la corruption — jusqu’à ce que se levât le pape Sylvestre, en l’an 919, qui professa publiquement cette innovation et l’introduisit dans son Église comme règle de foi[23]. Qui donc sont les schismatiques ? Nous, qui avons gardé les enseignements tels qu’ils nous furent transmis ? ou ceux qui ont osé introduire cette addition dans le symbole de la foi, sans égard aux anathèmes et aux malédictions portés contre quiconque y ajouterait quelque chose ? ! Le pape Célestin a dit : « En est-il un qui ait ajouté quelque chose à la foi, ou en ait retranché quelque chose, et qui n’ait été jugé passible de l’anathème ? »[24]
Et ne pensez pas que l’addition de ce mot soit peu de chose : elle conduit à porter atteinte au respect dû à la très sainte Trinité, et singulièrement à l’hypostase du Saint-Esprit. Car elle aboutit :
1. À nier l’égalité du Saint-Esprit avec l’hypostase du Père et l’hypostase du Fils : puisque, à leur compte, le Saint-Esprit aurait deux principes, c’est-à-dire deux sources — l’une du Père et l’autre du Fils (il procéderait du Père, puis procéderait du Fils) —, comme si sa procession du Père n’était pas parfaite, et devait s’achever par sa procession du Fils encore. Dieu nous garde d’une telle impiété !
2. À jeter le trouble et le désordre dans la très sainte doctrine de Dieu : car si le Fils fait procéder le Saint-Esprit parce qu’il est égal au Père en toutes choses, alors, à ce compte, le Saint-Esprit devrait lui aussi engendrer le Fils et faire procéder de lui-même son esprit, puisqu’il est égal au Père et au Fils en toutes choses ; et le Fils et le Saint-Esprit devraient produire le Père ; et alors s’introduiraient dans la divinité le bouleversement et la confusion, chaque hypostase devenant principe des deux autres. C’est là un pur égarement, que réprouvent les principes de la théologie, laquelle enseigne que la divinité a un principe unique : le Père, qui engendre le Fils et fait procéder le Saint-Esprit.
3. Les Pères de l’Église, d’une seule voix, ont arrêté que le Saint-Esprit procède du Père seulement. Saint Basile a dit : « De même que l’Esprit n’a l’engendrement en aucune manière, ainsi le Fils n’a la procession en aucune manière ; et de même que le Fils n’est pas de l’Esprit, ainsi l’Esprit n’est pas du Fils ; et de même que le Fils est engendré du Père seul, ainsi le Saint-Esprit procède du Père seul » (dans sa réfutation d’Eunome). Et Jean Damascène a dit : « Le Saint-Esprit est du Père, car c’est de lui qu’il procède, encore qu’il soit appelé aussi Esprit du Fils, en tant que par lui il est manifesté et donné, non qu’il tienne de lui son existence » ; et il dit encore : « Le Saint-Esprit est Esprit du Père en tant qu’il procède du Père ; et il est Esprit du Fils, non en tant qu’il serait de lui, mais en tant qu’il est du Père par lui — car le Père seul est cause. »[25]
Bien plus : voici la parole du pape Damase, l’un des meilleurs papes de Rome : « Quiconque ne dit pas que le Saint-Esprit est du Père en vérité, qu’il soit anathème »[26]. Et plût à Dieu que les messieurs les papistes quittassent cette innovation, rejetassent cette addition, et revinssent à la croyance droite — la croyance de l’Église une, sainte, universelle et apostolique, qui a gardé et garde encore les enseignements tels qu’elle les a reçus, attachée à la parole de l’apôtre Paul à son disciple Timothée : « garde le dépôt. Évite les discours creux et impies, les objections d’une pseudo-science : pour l’avoir professée, certains se sont écartés de la foi » (1 Tm 6, 20-21), et à sa parole : « Prends pour norme les saines paroles que tu as entendues de moi, dans la foi et l’amour du Christ Jésus. Garde le bon dépôt avec l’aide de l’Esprit Saint qui habite en nous » (2 Tm 1, 13-14).
VIII
Le baptême par aspersion et par effusion
contre l’abandon de la triple immersion
L’Église une, sainte, universelle et apostolique accomplit depuis l’antiquité le sacrement du baptême par trois immersions, conformément à l’enseignement du Seigneur et à la tradition apostolique. Mais l’Église papale a inventé une invention nouvelle, en substituant à l’immersion l’aspersion et l’effusion — alors qu’elle avait elle-même coutume d’accomplir le sacrement du baptême par immersion jusqu’au treizième siècle, et que les cuves baptismales, encore debout dans les plus anciens sanctuaires d’Italie, sont des témoins qui proclament hautement cette vérité[27]. Mais ils n’ont eu de cesse de contredire les enseignements divins et les traditions apostoliques que l’Église a reçues — savoir, l’accomplissement de ce saint sacrement par l’immersion, et non par l’effusion ni l’aspersion. C’est ce qui ressort de ce qui suit :
Premièrement. — Le Seigneur Christ — à lui la gloire —, chef de notre foi et son consommateur, qui fut baptisé, non qu’il eût besoin du baptême, mais pour nous instruire et nous tracer la voie, afin que nous suivions son exemple et marchions sur ses traces, reçut son baptême par immersion, comme dit l’Écriture : « Ayant été baptisé, Jésus aussitôt remonta de l’eau » (Mt 3, 16). C’est la preuve que le Seigneur était immergé, entré dans l’eau, avant d’en remonter.
Deuxièmement. — Les purs apôtres, qui nous ont transmis le dépôt de la foi, l’ont accompli de même par immersion, comme nous le voyons au baptême de l’eunuque par Philippe : « Ils descendirent tous deux dans l’eau, Philippe avec l’eunuque, et il le baptisa. Mais, quand ils furent remontés de l’eau… » (Ac 8, 38-39).
Troisièmement. — Parce que le baptême est appelé, dans la Sainte Écriture, ensevelissement et bain. Ainsi parle Paul l’Apôtre : « ensevelis avec lui lors du baptême, vous en êtes aussi ressuscités avec lui » (Col 2, 12) ; et : « Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ » (Ga 3, 27) ; et : « Ou bien ignorez-vous que, baptisés dans le Christ Jésus, c’est dans sa mort que tous nous avons été baptisés ? Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême dans la mort » (Rm 6, 3-4) ; et : « il ne s’est pas occupé des œuvres de justice que nous avions pu accomplir, mais, poussé par sa seule miséricorde, il nous a sauvés par le bain de la régénération et de la rénovation en l’Esprit Saint » (Tt 3, 5). Or on sait que l’ensevelissement ne se fait ni par aspersion ni par effusion, mais par l’immersion totale au cœur de la cuve baptismale.
Quatrièmement. — Saint Pierre l’Apôtre le compare au déluge, disant : « Ce qui y correspond, c’est le baptême qui vous sauve à présent et qui n’est pas l’enlèvement d’une souillure charnelle, mais l’engagement à Dieu d’une bonne conscience par la résurrection de Jésus-Christ » (1 P 3, 21). Et s’il est la figure du déluge, il ne s’accomplit que par la submersion dans l’eau, non par l’effusion ni l’aspersion.
Cinquièmement. — Le mot « baptême » signifie, au sens propre de la langue, teinture[28] ; or on ne teint pas une chose par aspersion ni par effusion, mais en l’immergeant, en la plongeant dans le liquide et en l’y pressant fortement, jusqu’à ce qu’elle prenne la couleur qu’on veut lui donner.
Et qu’elle est belle, la parole de saint Cyrille de Jérusalem à ce sujet : « De même que celui qui entre dans l’eau et y est baptisé est enveloppé par les eaux de toutes parts, ainsi ont-ils été baptisés entièrement par l’Esprit ; mais l’eau submerge le baptisé au-dehors, tandis que l’Esprit baptise l’âme au-dedans, sans rien laisser hors de son atteinte »[29].
De tout ce qui précède, il vous apparaît que l’aspersion de l’eau et son effusion, dont use l’Église étrangère, ne sont qu’une innovation et un enseignement étranger, que les enseignements de l’Évangile rejettent, et que les canons et les traditions apostoliques renient et réprouvent. Demeurez donc fermes dans votre antique croyance, et ne vous laissez pas égarer par des doctrines diverses et étrangères.
IX
Le retard du saint chrême
la confirmation différée
L’Église sainte, universelle et apostolique a coutume, depuis l’antiquité, selon les enseignements divins et conformément à la tradition apostolique, de conférer le sacrement du saint chrême[30] aux baptisés aussitôt après leur sortie du bain baptismal. Car par le sacrement du baptême nous obtenons la seconde naissance, et il nous est donné la puissance divine pour tout ce qui regarde la vie et la piété, et nous entrons dans le royaume de la grâce ; mais par le sacrement du saint chrême nous sont conférés le don du Saint-Esprit et la grâce de l’affermissement, qui nous garde cette puissance, selon la parole de l’apôtre Paul : « Celui qui nous affermit avec vous dans le Christ et qui nous a donné l’onction, c’est Dieu, Lui qui nous a aussi marqués d’un sceau et a mis dans nos cœurs les arrhes de l’Esprit » (2 Co 1, 21-22). Il faut donc qu’il soit accompli aussitôt après le baptême, selon ce qu’ont enseigné et pratiqué les purs apôtres et les excellents Pères de l’Église. Mais l’Église romaine a contredit l’enseignement divin et la tradition apostolique touchant le sacrement du chrême : elle ne le confère pas aussitôt aux enfants baptisés, mais le diffère jusqu’à ce qu’ils aient passé l’âge de l’enfance, prétendant qu’il faut participer à ce sacrement avec une intelligence, une connaissance et un discernement suffisants. Mais la parole de Dieu et les enseignements qui nous ont été transmis rejettent et réprouvent cette invention nouvelle, parue vers le treizième siècle.
Premièrement. — Le Seigneur Christ — à lui la gloire —, lorsqu’il remonta de l’eau en son très saint baptême, « voici que les cieux s’ouvrirent : il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui » (Mt 3, 16). Nous apprenons de là que le Saint-Esprit descend sur nous, par le sacrement du chrême, aussitôt après le baptême.
Deuxièmement. — Les purs apôtres, qui nous ont transmis intact le dépôt de la foi, accomplissaient ce saint sacrement par l’imposition des mains aussitôt après le baptême. Tu le vois dans ce que fit Paul l’Apôtre avec les disciples d’Éphèse : « Avez-vous reçu l’Esprit Saint quand vous avez embrassé la foi ? Ils lui répondirent : Mais nous n’avons même pas entendu dire qu’il y a un Esprit Saint… À ces mots, ils se firent baptiser au nom du Seigneur Jésus ; et quand Paul leur eut imposé les mains, l’Esprit Saint vint sur eux » (Ac 19, 2-6). Et nous le contemplons encore lorsque les apôtres qui étaient à Jérusalem, apprenant que la Samarie avait accueilli la parole de Dieu, leur envoyèrent Pierre et Jean, qui, étant descendus, « prièrent pour eux, afin que l’Esprit Saint leur fût donné. Car il n’était encore tombé sur aucun d’eux : ils avaient seulement été baptisés au nom du Seigneur Jésus. Alors Pierre et Jean se mirent à leur imposer les mains, et ils recevaient l’Esprit Saint » (Ac 8, 15-17). Il ressort de là que les apôtres l’accomplissaient aussitôt après le baptême.
Troisièmement. — Les Pères de l’Église, aux premières générations, l’accomplissaient selon l’enseignement apostolique. Voici le témoignage du docte Tertullien, qui vécut au deuxième siècle : « Au sortir du bain baptismal, nous sommes oints d’une huile sainte, suivant l’antique discipline, comme jadis on oignait de l’huile de la corne pour recevoir le sacerdoce… L’onction s’accomplit sur nous corporellement, mais nous en recueillons des fruits spirituels, comme au baptême, où nous sommes plongés corporellement dans l’eau et en recueillons des fruits spirituels, étant purifiés de nos péchés ; après quoi la main est imposée, avec la bénédiction, pour appeler le Saint-Esprit et le faire descendre »[31]. Ce témoignage dispense de rapporter les nombreuses paroles des Pères qui exposent cette même vérité.
Quatrièmement. — Par cette pratique contraire, ils privent les enfants de cette grâce, qui leur conférerait le don du Saint-Esprit et la puissance d’affermissement — alors qu’ils ont le droit d’y participer comme ils participent aux autres sacrements. Sinon, il leur faudrait différer aussi le sacrement du baptême jusqu’à ce qu’ils eussent atteint l’âge suffisant ; or nous les voyons faire tout le contraire, puisqu’ils leur confèrent le sacrement du baptême sur la foi de leurs parents et de leurs parrains. Et la Sainte Écriture atteste que Jean-Baptiste fut rempli du Saint-Esprit alors qu’il était encore dans le sein de sa mère (Lc 1, 15). Pourquoi donc ne suivent-ils pas la même règle pour le sacrement du chrême ? !
Cinquièmement. — L’Église ne garantit pas que la vie des enfants se prolonge au-delà de l’âge de l’enfance : la mort peut les surprendre avant qu’ils l’atteignent, comme il arrive souvent ; et l’Église les aurait alors privés du meilleur des dons et du plus excellent des biens et des bénédictions. Et qu’est-ce qui empêcherait la descente du Saint-Esprit, quand Jean-Baptiste en fut rempli dès le sein de sa mère ?
Ô fils de l’Église orthodoxe, aimez donc votre Église compatissante et bien-aimée, qui ne vous a point refusé ses biens ni ne vous a privés des dons du Saint-Esprit ; demeurez fermes dans son enseignement, et ne vous laissez ni conduire ni égarer par des doctrines diverses et étrangères.
X
Les azymes
le pain levé de l’Eucharistie
L’Église sainte, universelle et apostolique a reçu du Seigneur Christ — à lui la gloire — et des seigneurs apôtres purs d’accomplir le sacrement de l’action de grâces divine[32] avec du pain levé, à l’exemple de ce que fit notre Sauveur ; elle a rejeté et réprouvé l’usage de l’azyme, et elle n’a cessé de l’accomplir de la sorte jusqu’à maintenant. Mais l’Église papale a introduit, vers le onzième siècle, une innovation nouvelle dans le sacrement de l’action de grâces, en l’accomplissant avec l’azyme et non avec le pain levé — quoique cela contredise l’enseignement du Sauveur et la tradition apostolique. Car nous voyons :
Premièrement. — Que le Sauveur — à lui la gloire —, la nuit de sa passion, lorsqu’il transmit le sacrement de son corps, le leur transmit avec du pain levé, comme il ressort de sa parole — à lui la gloire — sur Judas : « celui à qui je donnerai la bouchée que je vais tremper » (Jn 13, 26) ; or on sait que l’azyme ne se trempe point.
Deuxièmement. — Parce qu’il fit sa Pâque avant la Pâque des Juifs, quand l’usage de l’azyme n’était pas encore de mise, comme il ressort de la parole de Jean l’évangéliste : « Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde… se lève de table, dépose ses vêtements, et prenant un linge, il s’en ceignit… et il commença à laver les pieds des disciples » (Jn 13, 1-20). Il est ici déclaré en toute clarté que le lavement des pieds des disciples, qui précéda la transmission du sacrement de l’action de grâces, eut lieu avant la fête de la Pâque. Et de la parole de l’Évangile : « Alors ils mènent Jésus de chez Caïphe au prétoire. C’était le matin. Eux-mêmes n’entrèrent pas dans le prétoire, pour ne pas se souiller, mais pour pouvoir manger la Pâque » (Jn 18, 28), il est manifeste que les Juifs n’avaient pas encore mangé la Pâque au matin du vendredi (voir Mt 27, 62 ; Mc 15, 42 ; Jn 19, 13-14). Par là tombe la prétention des papistes, qui soutiennent que le Sauveur, lorsqu’il fit le sacrement de l’action de grâces, était déjà entré dans la fête de la Pâque.[33]
Troisièmement. — Que les apôtres, qui nous ont transmis ce sacrement, l’ont accompli avec du pain, non avec de l’azyme, comme nous le voyons rapporté aux Actes des Apôtres : « Ils se montraient assidus à l’enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » (Ac 2, 42) ; et Paul l’Apôtre le nomme en toutes lettres « le pain que nous rompons » — et non l’azyme (voir Ac 2, 46 ; 20, 7 ; 1 Co 10, 16 ; 11, 26).
Quatrièmement. — Cette vérité, beaucoup de catholiques amis du vrai l’ont confessée, et même un grand nombre de papes romains. Et — chose étrange — les papistes conviennent qu’il est permis, chez eux, d’accomplir le sacrement de l’action de grâces avec du pain levé ou avec de l’azyme ; mais ils ne l’accomplissent jamais qu’avec l’azyme seul. À quoi servent les paroles que n’accompagnent point les actes, et de quel profit sont les théories qui ne passent pas aux œuvres ? Pour vous, demeurez fermes en ce que vous avez appris, et ne vous laissez pas égarer par des doctrines diverses et étrangères.
XI
La privation du saint calice
la communion sous les deux espèces
L’Église sainte, universelle et apostolique fait communier tous les fidèles, depuis l’antiquité, au sacrement de l’action de grâces divine sous les deux espèces — le pain et le calice —, obéissant en cela au commandement du Seigneur, qui dit : « Prenez, mangez… », et : « Prenez cette coupe, et buvez-en tous ». Mais l’Église papale a introduit une innovation par laquelle elle a privé le peuple de la coupe salutaire du Seigneur, contrairement à l’enseignement de notre Sauveur et à son saint commandement, et en violation de la tradition apostolique que l’Église a reçue et suivant laquelle elle a marché[34]. La corruption et la vanité de cette innovation apparaissent par ce qui suit :
Premièrement. — De la parole du Sauveur — à lui la gloire — lorsqu’il promit le sacrement de l’action de grâces, dont la réception sous les deux espèces conditionne l’obtention de la vie éternelle ; car il dit — à lui la gloire — en termes exprès : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour » (Jn 6, 53-54).
Deuxièmement. — De la parole du Sauveur lors de l’institution du très saint sacrement : car — à lui la gloire —, en transmettant son corps et son sang très saints, il dit à ses disciples : « Prenez, mangez, ceci est mon corps » ; puis il prit la coupe, rendit grâces et la leur donna en disant : « Prenez, buvez-en tous » (Mt 26, 26-27). Que s’ils disent que cette parole s’adresse aux apôtres, nous leur répondons : sa parole « Prenez, mangez » s’adresse tout autant aux apôtres, puisqu’ils furent seuls à recevoir le sacrement ; il s’ensuivrait donc, sur leur analogie vaine, qu’il faudrait priver le peuple du corps aussi — car, dans les deux cas, la parole s’adresse aux personnes des purs apôtres.
Troisièmement. — De la parole de Paul l’Apôtre, qui s’adresse ainsi aux Corinthiens : « Chaque fois en effet que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne » ; et de l’avertissement qu’il donne à ceux qui s’approchent de ce sacrement : « quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement aura à répondre du corps et du sang du Seigneur. Que chacun donc s’éprouve soi-même, et qu’ainsi il mange de ce pain et boive de cette coupe » (1 Co 11, 26-28). Il n’est rien de plus clair ni de plus exprès que cette parole pour réfuter cet égarement.
Quatrièmement. — C’est ainsi, sous les deux espèces susdites, que la sainte Église faisait communier le peuple. Voici le témoignage de saint Justin le Martyr, au deuxième siècle, qui dit dans son Apologie : « Après que le ministre a accompli le sacrement de l’action de grâces et que le peuple a répondu Amen, les diacres et tous les assistants communient au pain, au vin et à l’eau, et l’on garde une part de l’oblation pour les absents. » Et voici le témoignage de saint Cyprien, où il dit : « Nous les exhortons et les encourageons au combat, et nous ne les laissons point sans armes : nous les munissons de l’armure parfaite, qui est le corps et le sang du Christ ; car comment leur apprendrions-nous, comment les appellerions-nous à confesser son nom et à verser leur sang, si nous ne donnons pas le sang du Christ à ceux qui combattent pour lui ? »[35] Cela dispense de rapporter les nombreux témoignages des paroles des Pères : les papistes eux-mêmes confessent que cet enseignement fut rejeté par plusieurs de leurs papes, et que cette innovation ne s’introduisit chez eux que vers le douzième siècle. Mais voici l’une de leurs preuves dérisoires et risibles : ils disent que le corps contient le sang ! ! Nous leur répondons : oui — et le Sauveur le savait, et ne l’ignorait pas ; pourquoi donc ne nous a-t-il pas donné son corps très saint seulement, en disant que son sang pur y est contenu ? Ou bien seraient-ils parvenus, eux, à la philosophie suprême au-delà de laquelle il n’est plus de terme ? Qu’ils laissent donc cette philosophie imaginaire, et qu’ils s’avancent aux pieds de Jésus pour apprendre de lui la sagesse véritable — car il est la source et la fontaine de la sagesse, bien plus : il est la Sagesse même —, afin de rejeter par elle les doctrines diverses et étrangères.
XII
La privation des enfants de la communion
L’Église sainte, universelle et apostolique a coutume, depuis l’antiquité, selon l’enseignement apostolique, de même qu’elle baptise les enfants sur la foi de leurs parents ou de leurs parrains, de leur donner pareillement la communion du corps et du sang très saints du Seigneur — nourriture spirituelle pour l’obtention de la vie éternelle, selon le commandement du Seigneur. Mais l’Église papale, qui a dénié aux enfants le sacrement du saint chrême et les en a privés, a pareillement innové et enseigné le contraire de l’enseignement de l’Église une, sainte, universelle et apostolique : depuis le début du douzième siècle jusqu’à maintenant, elle prive les enfants de la communion du corps et du sang du Seigneur, sous prétexte qu’ils ne le comprennent pas…[36] Prétexte vain : car ils ne comprennent pas davantage le sacrement du baptême, qu’ils reçoivent pourtant ; et ce que j’ai dit en réfutant l’égarement qui prive les enfants du sacrement du chrême tranche aussi cet égarement-ci. D’autant que le Sauveur — à lui la gloire — dit : « Laissez les petits enfants venir à moi ; ne les empêchez pas, car c’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume » (Mc 10, 14). Quel péché donc, et quel crime, ont commis ces pauvres petits, pour qu’on les prive de tous ces dons célestes et de ces précieuses bénédictions ?
Saint Augustin a dit : « Qui osera dire que cette sentence ne concerne pas les enfants, et qu’ils peuvent avoir la vie en eux sans la participation du corps et du sang ? » Et le pape Innocent Ier a dit : « Il est hors de propos d’honorer les enfants des oblations de la vie éternelle avant qu’ils aient reçu la grâce du baptême ; car s’ils ne reçoivent son sang, ils n’ont point la vie en eux. » Et voici le canon qu’établit l’Église de Rome au neuvième siècle : « On veillera à ce que les enfants ne goûtent aucune nourriture et ne soient point allaités, après le baptême, avant d’avoir participé au sacrement du corps du Christ, sauf en cas d’extrême nécessité. » Pourquoi donc contredisent-ils les enseignements de l’Écriture et les traditions apostoliques — bien plus, pourquoi contreviennent-ils aux enseignements et aux ordres de leurs propres canons et de leurs propres papes, eux qui croient à leur infaillibilité en tous leurs enseignements ? Mais laissons-les à leur affaire : ils ont aimé se laisser duper par les innovations sans nombre. Pour vous, ô orthodoxes, demeurez fermes en ce que vous avez appris, et ne vous laissez ni conduire ni égarer par des doctrines diverses et étrangères.
XIII
Les deux natures et les deux volontés
la confession de l’unique nature du Verbe incarné
L’Église sainte, universelle et apostolique enseigne, conformément à l’enseignement divin et à la confession des Pères, que le mystère de l’union glorieuse — l’union de la divinité et de l’humanité dans la personne de l’unique Rédempteur — est une union naturelle et essentielle, sans mixtion ni mélange, exempte de séparation, de changement et d’altération ; et qu’après l’union il n’est point permis de dire du Sauveur qu’il est deux fils ou deux christs, ni qu’il est deux natures, deux volontés et deux opérations, mais un seul Fils, un seul Seigneur, un seul Christ, une seule nature de deux natures, une seule volonté de deux volontés — cela en vertu de l’union naturelle et essentielle de la divinité et de l’humanité[37]. Car le sens de l’union, c’est que deux choses ou davantage se sont réunies et sont devenues une. Et cette union, dans la personne de notre Sauveur, ne s’est pas faite par voie de mélange ou de mixtion — comme se mêle l’eau au vin, ou comme se mêle le froment à l’orge —, mais comme l’union du feu et du fer, où le fer ne devient pas feu ni le feu fer ; et comme l’union de l’âme raisonnable au corps humain : de même que l’âme est subtile et intelligente, et le corps épais et terrestre, mais que par leur union, sans mélange ni mixtion, ils deviennent une seule personne et une seule nature, ainsi, par l’union de la divinité simple et de l’humanité — la part épaisse, avec l’âme raisonnable —, sans mixtion ni mélange, le Christ est devenu un seul être, une seule essence, une seule nature et une seule volonté. Et l’Église rejette, réprouve et retranche quiconque ose diviser le Christ en deux après l’union, comme il est porté au troisième des anathématismes de saint Cyrille, le pape d’Alexandrie : « Si quelqu’un, après l’union, divise le Christ unique en deux hypostases, et ne les joint que d’une conjonction d’association, de dignité, de puissance ou d’autorité, au lieu de les unir d’une union naturelle, qu’il soit anathème. »
Mais l’Église de Rome a contredit ce saint enseignement et n’a pas écouté la voix de ces anathèmes : elle a divisé et partagé celui qui ne se divise point, en divisant l’unité du Seigneur Christ après l’union, et en professant la dualité après avoir confessé l’unité — enseignant l’existence de deux natures et de deux volontés dans la personne du glorieux Rédempteur, quoique cela soit contraire aux principes de la raison, aux enseignements divins et à la voix des excellents Pères de l’Église :
Premièrement. — Puisqu’ils reconnaissent et confessent que l’union fut naturelle et essentielle, sans division ni séparation, il leur faut demeurer dans cette droite confession et ne point diviser : car il n’est pas permis, en bonne raison, d’affirmer la séparation des deux natures après qu’on a confessé l’union naturelle — la dualité étant le contraire de l’unité. Dès lors qu’ils ont dit que les deux sont devenues une, il ne leur est plus loisible de revenir en arrière et de proclamer qu’elles sont deux : la conclusion est vraie de la vérité de ses prémisses ; et puisqu’ils ont confessé la prémisse, qu’ils confessent donc aussi sa conclusion ! Mais, hélas, leur confession est de mots seulement, non de sens.
Deuxièmement. — Si, comme ils le prétendent, il existait deux natures après l’union — l’une divine, opérant les miracles, l’autre humaine, livrée aux outrages et aux humiliations —, cela aurait paru au moment de la naissance, et les sceaux de la virginité se seraient rompus, puisque, à leur avis, la naissance appartient à l’humanité ; or ils n’en conviennent pas. Et il en va de même de son entrée auprès de ses disciples, les portes étant closes, et de sa sortie du tombeau encore scellé.
Troisièmement. — La Sainte Écriture atteste cette union, et ne distingue pas entre les deux natures unies d’une union essentielle. Dieu le Père a rendu témoignage à son Fils en disant : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé » (Mt 3, 17) : le Fils à qui le témoignage est rendu — le Fils visible, temporel — n’est autre que le Fils éternel. Jean pareillement lui rend témoignage : « C’est de lui que j’ai dit : Celui qui vient derrière moi, le voilà passé devant moi, parce qu’avant moi il était » (Jn 1, 15) ; et la parole du Seigneur : « avant qu’Abraham existât, Je Suis » (Jn 8, 58) ; et la parole de Paul l’Apôtre : « un seul Seigneur, Jésus-Christ, par qui tout existe et par qui nous sommes » (1 Co 8, 6) ; et la parole de Jean l’Apôtre : « le Verbe s’est fait chair » (Jn 1, 14), et : « Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché » (1 Jn 1, 1). Ainsi des textes sacrés : nous n’y voyons nulle mention d’une séparation des deux natures ; ils en parlent selon leur union, et leur devenir-un seulement.
Quatrièmement. — Dès lors que nous confessons l’union des deux natures, nous confessons nécessairement l’union des deux volontés et leur devenir-une : car l’union des opérations et des volontés est plus proche et plus aisée que l’union des êtres ; et puisque nous confessons l’union des êtres, confessons celle des volontés — d’autant que nous voyons la Sainte Écriture n’attribuer au Fils-Verbe qu’une seule volonté. Telle sa parole : « En vérité, en vérité, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de lui-même, qu’il ne le voie faire au Père » (Jn 5, 19) ; et : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et de mener son œuvre à bonne fin » (Jn 4, 34) ; et : « Je ne puis rien faire de moi-même » (Jn 5, 30) — et quantité d’autres paroles, d’où il ressort que ce que fit notre Sauveur ne se fit que par une seule volonté, non par deux. Car il faut que l’inférieur se soumette au supérieur : l’humanité était soumise à la divinité et unie à elle ; et de cette soumission et de cette union ne procèdent pas deux opérations et deux volontés, mais une seule opération et une seule volonté.
Cinquièmement. — Cet enseignement est la croyance de la sainte Église depuis l’antiquité, et la droite confession des Pères. Saint Athanase l’Apostolique, le pape d’Alexandrie, a dit : « Celui-là, unique, est Dieu : il est Fils de Dieu selon l’Esprit et fils de l’homme selon la chair. Et nous ne disons pas de ce Fils unique qu’il est deux natures — l’une que nous adorons et l’autre que nous n’adorons pas —, mais une seule nature de Dieu le Verbe incarné, que nous adorons avec sa chair d’une seule adoration ; et nous ne disons pas deux — l’un Fils de Dieu véritable, que nous adorons, et l’autre, homme né de Marie, que nous n’adorons pas… » Et saint Jules, le pape romain, a dit dans sa lettre à saint Denys, vers le milieu du quatrième siècle : « Ceux qui ne confessent pas que le Dieu descendu du ciel s’est incarné de la Vierge, et qu’il est un avec sa chair, se tourmentent vainement eux-mêmes, et s’en vont au dire des hypocrites qui prétendent, à ce qui m’est parvenu, qu’il est deux natures… » Considère cette confession sortie d’un pape romain ![38]
De même confessa le pape romain Honorius — qui passa chez eux pour hérétique parce qu’il s’accorda à la croyance droite —, disant : « Je confesse, en notre Seigneur Jésus-Christ, une seule volonté. » Ou bien donc qu’ils reçoivent son sentiment, ou bien qu’ils renoncent à l’infaillibilité prétendue de leurs papes[39].
Il y a mieux. L’évêque romain, auteur du livre de la Foi droite touchant le Seigneur Christ — écrit pour nous presser d’embrasser le catholicisme —, nous a gratifiés d’un beau témoignage (Dieu l’en récompense pour nous !) : il dit de son Église « qu’elle frappe d’anathème quiconque ne croit pas que le Christ est une seule nature du Verbe incarné », et il rapporte que cet anathème se trouve au concile du Latran, réuni sur l’ordre du pape Martin en l’an 649, dont le cinquième canon porte : « Quiconque ne confesse pas, suivant le sentiment des saints Pères, qu’il y a proprement et en vérité une seule nature incarnée de Dieu le Verbe dans le Christ — ce qui signifie que le Christ Dieu a pris notre substance tout entière et parfaite, hormis le péché —, qu’il soit anathème » (la Foi droite, chap. 8, p. 142)[40].
Nous avons des témoignages en grand nombre, de saints Pères d’Orient et d’Occident et de papes romains, qui attestent et proclament la confession de l’unique nature et de l’unique volonté après l’union[41]. Pour vous, ô orthodoxes, demeurez fermes dans les enseignements véritables que vous avez reçus, et ne vous laissez pas égarer par des doctrines diverses et étrangères.
XIV
L’entrée des âmes au ciel avant le jour du Jugement
la corruption de cet enseignement
L’Église sainte, universelle et apostolique — l’Église des conciles et des saints Pères — a enseigné et enseigne encore, conformément à la voix de la révélation divine et aux enseignements apostoliques, que les âmes des justes, à leur départ, sont heureuses des arrhes de la gloire jusqu’au jour de la résurrection, et que les âmes des méchants sont châtiées des arrhes de l’ignominie, gardées pour la sentence du grand Jour ; et qu’il n’est prononcé de béatitude éternelle pour les justes, ni de tourment éternel pour les méchants, qu’au grand jour du Jugement, où Dieu jugera le monde avec justice — lorsque les âmes revêtiront leurs corps et revivront, soit pour la gloire, soit pour l’ignominie : alors la justice de Dieu paraîtra dans sa plénitude, tous les secrets seront dévoilés, et il sera prononcé sur chaque homme selon ses œuvres. Mais l’Église papale a inventé une innovation nouvelle, contraire à l’enseignement de la révélation et opposée en droite ligne aux textes de l’Écriture : à savoir que les âmes des justes reçoivent la récompense complète et entrent au ciel, et que les âmes des méchants sont châtiées par leur descente immédiate en enfer, aussitôt après la mort. Ce n’est là qu’une innovation qui contredit la justice de Dieu — qu’il soit exalté —, contredit sa juste sentence du jour du Jugement, et s’oppose aux enseignements proclamés par le Saint-Esprit :[42]
Premièrement. — Elle contredit la justice divine : car il ne convient pas à la justice parfaite de Dieu — qu’il soit exalté —, le Juge juste, de rétribuer l’âme seule sans le corps, ni le corps sans l’âme ; mais puisque l’un et l’autre ont pris part ensemble au champ de la patience et à l’endurance des épreuves, il faut qu’ils soient rétribués ensemble. Et l’on ne saurait concevoir que sa justice — qu’il soit exalté — condamne au tourment les âmes des méchants sans leurs corps, qui se sont si longtemps vautrés dans le bourbier des crimes et des vices.
Deuxièmement. — Elle contredit le grand décret de Dieu touchant le juste jour du Jugement, qu’il a fixé et où il doit juger le monde avec justice. Car s’il était vrai que les âmes reçoivent la rétribution complète dans la demeure des délices, ou la misère au fond de l’enfer, le besoin du Jugement s’évanouirait : il n’y aurait ni profit ni besoin à ce que les âmes sortent des délices ou de l’enfer pour qu’on prononce sur elles au jour du Jugement — et qu’on les condamne à retourner aux lieux mêmes où elles étaient ! Ce n’est là que confusion et jonglerie, dont la corruption n’a pas besoin qu’on en dresse la preuve.
Troisièmement. — Cet enseignement est contraire à l’esprit de l’enseignement de la révélation divine. Le Sauveur a dit : « elle vient, l’heure où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront sa voix et sortiront : ceux qui auront fait le bien, pour une résurrection de vie, ceux qui auront fait le mal, pour une résurrection de jugement » (Jn 5, 28-29) ; et : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire… devant lui seront rassemblées toutes les nations, et il séparera les gens les uns des autres, tout comme le berger sépare les brebis des boucs. Il placera les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche. Alors le Roi dira à ceux de droite : Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde » ; puis il dira à ceux de gauche : « Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges » (Mt 25, 31-46). Et la parole de Paul l’Apôtre : « Par ton endurcissement et l’impénitence de ton cœur, tu amasses contre toi un trésor de colère, au jour de la colère où se révélera le juste jugement de Dieu, qui rendra à chacun selon ses œuvres » (Rm 2, 5-6) ; et : « il faut que tous nous soyons mis à découvert devant le tribunal du Christ, pour que chacun recouvre ce qu’il aura fait pendant qu’il était dans son corps, soit en bien, soit en mal » (2 Co 5, 10) ; et : « tous ceux-là, bien qu’ils aient reçu un bon témoignage à cause de leur foi, ne bénéficièrent pas de la promesse : c’est que Dieu prévoyait pour nous un sort meilleur, et ils ne devaient pas parvenir sans nous à la perfection » (He 11, 39-40) ; et : « J’ai combattu jusqu’au bout le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi. Et maintenant, voici qu’est préparée pour moi la couronne de justice, qu’en retour le Seigneur me donnera en ce Jour-là, lui, le juste Juge — et non seulement à moi, mais à tous ceux qui auront attendu avec amour son Apparition » (2 Tm 4, 7-8) ; et : « ne portez pas de jugement prématuré. Laissez venir le Seigneur : c’est lui qui éclairera les secrets des ténèbres et rendra manifestes les desseins des cœurs ; et alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui revient » (1 Co 4, 5). Et la parole de Jude l’Apôtre : « Voici : le Seigneur est venu avec ses saintes myriades, afin d’exercer le jugement contre tous et de confondre tous les impies pour toutes les œuvres d’impiété qu’ils ont commises, pour toutes les paroles dures qu’ont proférées contre lui les pécheurs impies » (Jude 14-15) ; et la parole de Pierre l’Apôtre : « quand paraîtra le Chef des pasteurs, vous recevrez la couronne de gloire qui ne se flétrit pas » (1 P 5, 4) ; et la parole de Jean l’Apôtre au livre de l’Apocalypse : « la mer rendit les morts qu’elle gardait, la Mort et l’Hadès rendirent les morts qu’ils gardaient, et chacun fut jugé selon ses œuvres » (Ap 20, 13) ; et encore : « je vis sous l’autel les âmes de ceux qui furent égorgés pour la Parole de Dieu et le témoignage qu’ils avaient rendu. Ils crièrent d’une voix puissante : Jusques à quand, Maître saint et vrai, tarderas-tu à faire justice, à tirer vengeance de notre sang sur les habitants de la terre ? Alors on leur donna à chacun une robe blanche, en leur disant de patienter encore un peu, le temps que fussent au complet leurs compagnons de service et leurs frères qui doivent être mis à mort comme eux » (Ap 6, 9-11).
De ces textes sacrés, et d’autres encore, il apparaît avec évidence qu’il n’est prononcé sur les âmes — pour l’entrée au ciel ou la descente en enfer — qu’après la résurrection et la sentence du Juge juste. Aussi l’enseignement qu’ils proclament n’est-il que pure innovation, rejetée et reniée par les enseignements de l’Écriture, et réprouvée devant le Dieu juste.
XV
Le purgatoire
la réfutation de cette innovation
L’Église sainte, universelle et apostolique croit et enseigne, conformément à l’enseignement de Dieu dans son livre très pur, qu’il n’existe après la mort que deux lieux, sans troisième : le délice éternel, où sont récompensés les justes et les bons, et la géhenne, où sont châtiés les méchants et les mauvais. Mais l’Église papale a contredit les enseignements de Dieu et n’a point regardé vers son sang très saint, qu’il versa pour nous purifier de nos souillures : elle a inventé, vers le douzième siècle, une innovation étrange, forgeant de son imagination un troisième lieu qu’elle a nommé le purgatoire, où les âmes se purifieraient de leurs péchés après la mort ; et, à leur avis, nul homme n’échappe au châtiment de ce feu purgatoire, mais il faut que le traversent même tous les justes, les prophètes et les saints apôtres. Or cet enseignement, outre qu’il est étranger et contraire aux principes de l’Écriture et à l’enseignement des apôtres, conduit à des égarements divers dont on ne peut se garder ni se délivrer ; et sa fausseté et sa vanité paraissent de ce qui suit[43] :
Premièrement. — C’est un enseignement purement païen, dont la religion chrétienne se démarque. Ils l’ont emprunté aux païens qui croyaient à un feu purificateur des âmes après la mort, comme il est porté dans les enseignements d’Aristote, et surtout de Platon, qui enseignait que l’âme, après sa descente aux enfers, est délivrée au bout d’un temps, à la suite de peines et de tourments sévères.[44]
Deuxièmement. — La Sainte Écriture, dans ses enseignements, n’a jamais fait la moindre allusion à l’existence de ce qu’on appelle le purgatoire, et nous n’y trouvons pas le plus léger indice de ce feu ni de ces tourments purgatoires — ni dans les enseignements des prophètes, ni dans ceux des apôtres. Car si ce purgatoire était un article de foi et une réalité, on en aurait dit quelque chose, ou du moins un simple indice y aurait paru — surtout qu’il opère, à les en croire, toute cette purification du péché.
Troisièmement. — Il contredit aussi la justice divine ; car supposer son existence, c’est attribuer à Dieu l’injustice. Puisque l’homme est composé d’une âme et d’un corps unis, la justice divine requerrait qu’elle châtiât et purifiât l’un et l’autre ensemble dans ce feu purgatoire — à les en croire ; or ils attribuent ce tourment et cette purification à l’âme seule, sans le corps, lui qui a joui des délices et des convoitises, et qui aurait plus besoin de purification que l’âme.
Quatrièmement. — Y croire fait outrage au sang du Rédempteur, par lequel seul nous sommes justifiés de nos péchés, et hors duquel il n’est point de salut. Car le livre divin nous enseigne qu’il n’est de voie pour le salut de l’âme, sa purification et sa sanctification, que le sang du Rédempteur Jésus-Christ, qu’il a versé pour notre salut. Jean l’Apôtre a dit : « le sang de Jésus, son Fils, nous purifie de tout péché » (1 Jn 1, 7) — le sang de Jésus, non le feu purgatoire imaginaire ! Et les âmes des rachetés, qui ont reçu les arrhes de la gloire de la vie éternelle, n’ont jamais eu à l’esprit rien qui s’appelât purgatoire ; bien plutôt elles louent et rendent grâce au Rédempteur unique, et chantent un cantique nouveau, en disant : « Tu es digne de prendre le livre et d’en ouvrir les sceaux, car tu fus égorgé et tu rachetas pour Dieu, au prix de ton sang, des hommes de toute race, langue, peuple et nation ; et tu as fait d’eux pour notre Dieu une Royauté de Prêtres » (Ap 5, 9-10).
Cinquièmement. — Il ruine le sacrement de la pénitence. Car, à leur avis, même les âmes qui se sont repenties et ont reçu les saints mystères doivent nécessairement franchir et traverser ce feu purgatoire pour y être tourmentées. Or, si l’âme est repentie, il n’y a ni lieu ni besoin du purgatoire, qui n’est plus qu’un surcroît superflu ; et s’ils disent qu’il est aussi nécessaire aux âmes repenties pour les purifier, il s’ensuit que la pénitence n’a par elle-même aucune force. Voilà un enseignement étrange, que renient l’Écriture sainte et la doctrine apostolique, et que réprouvent et rejettent l’Église, les conciles et les Pères.
Sixièmement. — Nous n’avons lu ni entendu qu’aucun des défunts y soit allé ; bien plutôt nous avons lu, touchant le riche et Lazare, que le riche s’en alla dans la géhenne pour y être tourmenté, tandis que Lazare, les anges le portèrent au sein d’Abraham pour y être consolé, et qu’un grand abîme est fixé entre eux, en sorte que nul ne passe de l’un à l’autre (Lc 16, 19-31). Et nous avons lu que le Sauveur, à qui est la gloire, dit au larron : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis » (Lc 23, 43) — aujourd’hui, et non après avoir traversé un fleuve de feu ; dans le Paradis, et non dans le purgatoire inventé. Paul l’Apôtre a dit : « Nous sommes pleins de hardiesse et préférons quitter ce corps pour aller demeurer auprès du Seigneur » (2 Co 5, 8), et encore : « j’ai le désir de m’en aller et d’être avec le Christ » (Ph 1, 23) : or, s’il y avait un purgatoire, il n’y aurait point de place pour ce désir ardent, puisque l’âme s’en irait à un tourment cuisant. Et Jean l’Apôtre a dit au livre de l’Apocalypse : « j’entendis une voix me dire, du ciel : Écris : Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur ; dès maintenant — oui, dit l’Esprit — qu’ils se reposent de leurs fatigues, car leurs œuvres les accompagnent » (Ap 14, 13) : ils se reposent de leurs fatigues — ils ne sont pas tourmentés dans un purgatoire.
Septièmement. — Y croire nuit gravement à ses tenants : car cela rend facile à l’homme de commettre les péchés et les crimes sans trouble, s’imaginant qu’il sera enfin purifié de ce péché dans le purgatoire ; cela détourne les esprits et les pensées de ceux qui y croient du sang de Jésus le Sauveur, pour les attacher au purgatoire et à la délivrance qu’on en espère ; et, au lieu de s’appuyer sur la personne du Rédempteur, l’Agneau qui ôte les péchés du monde, ils se figurent que leur salut ne s’obtient que par le purgatoire, et que leurs péchés s’effacent par le séjour qu’ils y font.
Huitièmement. — Ce feu du purgatoire, à supposer même son existence, ne peut être que matériel ou immatériel. S’il est matériel, il n’a aucun pouvoir de tourmenter l’âme, car l’âme est spirituelle et non matérielle, et le matériel n’a d’effet que sur le matériel. Et s’il est immatériel, il faut alors que ce soit un feu des feux de la géhenne, dont on ne peut sortir — sinon en sortirait aussi le riche qui y fut jeté, et il se purifierait de ses péchés ; et s’ils ne le concèdent pas et prétendent qu’on en peut sortir, il s’ensuit que Satan aussi en sortirait, et l’on ramène ainsi l’hérésie de la limitation du châtiment, reniée et rejetée de tous.[45]
De tout ce qui précède, il apparaît que leur purgatoire n’est qu’une invention humaine, contraire aux enseignements de la révélation et aux principes de la droite raison. Pour vous, demeurez fermes dans ce que vous avez appris, sachant qu’il n’est pour vous de purification que par le sang pur, le sang du Rédempteur Jésus notre Sauveur ; et ne vous laissez pas entraîner par des doctrines diverses et étrangères.
XVI
Le mépris du jeûne
la défense de l’institution du jeûne
L’Église sainte, universelle et apostolique nous enseigne l’obligation du jeûne, suivant en cela le pouvoir du Seigneur Jésus et son très saint enseignement, et tissant sur les enseignements des apôtres, les décrets des conciles et l’approbation des Pères ; et cela n’est que pour l’éducation de ses enfants et leur croissance dans la vertu, pour les armer de force afin de mater les révoltes de la chair, pour l’illumination de l’intelligence et le secours contre l’assaut des tentations. Mais, parmi les étrangetés de l’Église papale, c’est qu’elle a fini par mépriser les jeûnes sacrés et les tenir pour rien : peu s’en faut que ses jeûnes ne s’évanouissent — bien plutôt ils se sont évanouis. En cela elle contredit et combat les enseignements sacrés proclamés par le Saint-Esprit, et foule aux pieds les canons des conciles et les paroles des Pères ; car elle a permis à ses fidèles de manger le poisson, le fromage et les œufs, et de boire le vin, les mercredis et vendredis du saint jeûne — bien plus, ils rompent le jeûne et mangent la viande toute l’année, sans respecter en cela la sainteté des saints canons, alors que les protestants mêmes, qui ont nié l’obligation du jeûne, le respectent et tiennent ses fruits en haute estime. Mais la chose n’est pas étrange de la part de l’Église de Rome, car peut-être viendra-t-il un jour où ils rejetteront tous les enseignements de l’Écriture et les canons des conciles, et forgeront de leur imagination des croyances et des lois nouvelles. La vanité et la corruption de leur avis touchant le relâchement du jeûne paraissent de ce qui suit[46] :
Premièrement. — Le Seigneur Christ, modèle de nos actions, bien plus le chef de notre salut, dont nous suivons la trace en toute chose, a jeûné quarante jours et quarante nuits, quoiqu’il n’eût nul besoin du jeûne ; il ne fait par là que nous enseigner à jeûner pour vaincre les tentations de l’ennemi — lui qui a dit que « Cette espèce-là ne peut sortir que par la prière » (Mc 9, 29)[47].
Deuxièmement. — Le Sauveur, à qui est la gloire, et les saints apôtres ont commandé le jeûne d’une obligation nécessaire. Le Seigneur Christ a dit : « Quand vous jeûnez, ne vous donnez pas un air sombre comme font les hypocrites : ils prennent une mine défaite, pour que les hommes voient bien qu’ils jeûnent. En vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense. Pour toi, quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, pour que ton jeûne soit connu, non des hommes, mais de ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra » (Mt 6, 16-18). Ici, notre Sauveur ne s’est pas contenté de prescrire le jeûne : il l’a confirmé et a décrit les qualités du jeûneur. Et Paul l’Apôtre a dit, parlant des devoirs des époux l’un envers l’autre : « pour vaquer à la prière » (1 Co 7, 5)[48]. Il est d’ailleurs attesté que les apôtres jeûnaient constamment (voir Jl 2, 12.15 ; Za 7, 5 ; 8, 19 ; Ps 69, 11 ; Mc 2, 18-22 ; Ac 13, 2-3 ; 14, 23 ; 27, 9).
Troisièmement. — Les canons apostoliques et conciliaires réprouvent et rejettent leur nouvel enseignement. Les canons apostoliques ont décrété l’obligation du jeûne et fixé ses temps propres, de même que les saints conciles œcuméniques et locaux ; il nous suffit de rappeler le soixante-neuvième canon des Apôtres, qui prescrit le jeûne du mercredi et du vendredi à tous les évêques, aux prêtres, aux diacres, à tout le clergé et au reste des laïcs. Saint Pierre, le pape d’Alexandrie, interprète ce canon en disant : « Nous avons reçu par tradition de jeûner le mercredi et le vendredi : le mercredi, à cause du conseil que tinrent les Juifs pour livrer le Seigneur ; et le vendredi, parce que c’est le jour où il souffrit pour nous. » Saint Épiphane, l’archevêque de Chypre, a dit chose semblable dans son livre l’Histoire des hérésies, ajoutant : « On doit prendre le pain, le sel et l’eau, jusqu’au soir. » Et il est porté, au soixante-sixième canon des mêmes Apôtres, que soit anathème quiconque changerait ce jeûne pour un jeûne le dimanche ou le samedi, hormis le seul samedi qui suit la sainte Quarantaine ; mais les papistes rejettent cela et se permettent de jeûner le samedi. Que nous importe leur conduite ? Ce n’est là qu’une des nombreuses inventions qu’ils ont forgées. Pour vous, ô orthodoxes, vous qui voyez votre fidélité à l’enseignement de l’Écriture et aux traditions apostoliques, demeurez fermes en votre sentiment et votre croyance, et ne vous laissez pas entraîner par des enseignements divers et étrangers.[49]
XVII
L’Immaculée Conception
l’innovation de la conception de la Vierge sans souillure
L’Église sainte, universelle et apostolique croit et enseigne, conformément à l’enseignement de la révélation, touchant le mystère de la glorieuse Incarnation — l’incarnation du Fils-Verbe de Dieu, du Saint-Esprit et de la sainte toujours-vierge Marie —, que lui seul fut pur, immaculé et sans tache, et innocent du péché originel. Mais l’Église papale a forgé, il n’y a pas plus de cent ans, une innovation étrangère à l’enseignement de la révélation : la conception sans souillure de la toujours-vierge Marie, la Mère de Dieu. C’est qu’en l’année 1849 fut affichée sur les murs des églises de Dublin une annonce portant qu’il se ferait un examen théologique touchant la conception de la Vierge sans souillure, et demandant à tous les fidèles d’offrir leurs prières dans l’union, afin que l’affaire aboutît à un heureux résultat[50].
Or cet enseignement est étranger à l’Église : elle ne l’a jamais connu ; bien plutôt, nombre des papistes eux-mêmes l’ont longtemps combattu[51]. Ils se sont jetés dans ce nouvel enseignement par prétexte de dévotion et sous les dehors d’une piété d’apparence. Et cet enseignement n’a pas besoin qu’on dresse les preuves de sa corruption : car il démolit le plus grand des piliers des enseignements chrétiens, celui sur lequel se bâtit la doctrine du sublime mystère de l’Incarnation — puisqu’il nie la propagation du péché d’Adam dans l’ensemble de sa descendance et son imputation à sa postérité, que nul n’osa jamais nier.
Il suffit, pour réfuter cet enseignement corrompu, de la parole de l’Apôtre : « par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et ainsi la mort a passé en tous les hommes, du fait que tous ont péché » (Rm 5, 12) ; et de sa parole : « par la faute d’un seul, la multitude est morte » (Rm 5, 15) ; et : « la faute d’un seul a entraîné sur tous les hommes une condamnation », « par la désobéissance d’un seul homme la multitude a été constituée pécheresse » (Rm 5, 18-19) ; et : « tous meurent en Adam » (1 Co 15, 22) ; et de la parole du Psalmiste : « Vois : mauvais je suis né, pécheur ma mère m’a conçu » (Ps 51, 7) ; et de celle du livre de Job : « Comment l’homme serait-il pur, resterait-il juste, l’enfant de la femme ? » (Jb 15, 14).
Qu’est donc cet enseignement, sinon un pur égarement, issu de la doctrine de Pélage le novateur et des païens qui nièrent la propagation de la faute d’Adam dans sa descendance ? Certes, nous tenons les papistes quittes de cette impiété affreuse — mais qu’ont-ils donc à y croire, eux qui anathématisent quiconque nie le passage du péché d’Adam et sa propagation en tous ? Voici ce qu’a décrété le concile de Trente, en sa cinquième session, au deuxième canon : « Si quelqu’un affirme que la prévarication d’Adam n’a nui qu’à lui seul et non à sa descendance, et que la sainteté et la justice qu’il avait reçues de Dieu et qu’il perdit, il les a perdues pour lui seul et non pour nous aussi en lui ; ou que la souillure de sa désobéissance n’a valu à tout le genre humain que la mort et les peines du corps, sans leur transmettre le péché, qui est la mort de l’âme : qu’il soit anathème. » Et il est dit au troisième canon : « Si quelqu’un prétend que le péché d’Adam — un en son origine, et passé en nous par propagation, non par imitation — qui s’est répandu en tous et appartient en propre à chacun, puisse être effacé autrement que par le mérite de Jésus-Christ : qu’il soit anathème »[52] [53].
Aussi, tout en croyant, avec notre Église, à la pureté et à l’innocence de la toute-sainte Vierge Marie — elle qui, par la salutation que lui adressa l’ange : « comblée de grâce, le Seigneur est avec toi » (Lc 1, 28), devint purifiée de toute tache et de toute souillure —, tout en révérant son rang et en considérant sa sainteté et l’éminence de sa pureté, nous renions cette innovation infâme que les papistes ont inventée par prétexte de dévotion et par surcroît d’honneur, et qui les a menés à cet égarement que la révélation rejette et que réprouvent l’Église et tous les vénérables Pères[54].
XVIII
La manducation de l’étouffé et du sang
la fidélité à l’interdit du concile de Jérusalem
L’Église sainte, universelle et apostolique, depuis qu’elle a reçu les commandements divins et les enseignements apostoliques, a défendu de manger les victimes offertes aux idoles, et prescrit de s’éloigner de la manducation de l’étouffé et du sang. Mais l’Église de Rome a pris le contre-pied de cet enseignement, en permettant de manger l’étouffé et le sang ; et l’on ne saurait dissimuler l’outrage ainsi fait aux commandements de Dieu qui défendent cet acte[55].
Dieu — qu’il soit exalté — l’a défendu dans son commandement à Noé, en disant : « toute bête vivante vous servira de nourriture… seulement, vous ne mangerez pas la chair avec son âme, c’est-à-dire le sang » (Gn 9, 4) ; et il a dit au livre du Lévitique : « C’est pour tous vos descendants une loi perpétuelle, en quelque lieu que vous demeuriez : vous ne mangerez ni graisse ni sang » (Lv 3, 17) ; et au Deutéronome : « Cependant vous ne mangerez pas le sang, mais tu le répandras à terre comme de l’eau » (Dt 12, 16) ; et encore : « Garde-toi seulement de manger le sang, car le sang, c’est l’âme, et tu ne dois pas manger l’âme avec la chair » (Dt 12, 23).
Leur fait est contraire aussi au commandement apostolique que Jacques l’Apôtre prononça en termes exprès au concile apostolique de Jérusalem : « je juge, moi, qu’il ne faut pas tracasser ceux des païens qui se convertissent à Dieu : qu’on leur mande seulement de s’abstenir de ce qui a été souillé par les idoles, des unions illégitimes, des chairs étouffées et du sang » (Ac 15, 19-20). Et par cet enseignement, ils se sont fait tomber eux-mêmes sous la sentence du canon soixante-troisième des canons des Apôtres, qui porte : « Si un évêque, un prêtre, un diacre, ou quiconque du rang sacerdotal, mange absolument de la chair avec le sang de sa vie, ou une bête déchirée par le fauve, ou une bête crevée, qu’il soit déposé ; et si c’est un laïc, qu’il soit retranché »[56].
Pour vous, ô orthodoxes, qu’elle est belle, votre croyance, et votre attachement à la rectitude de vos enseignements ! — vous qui gardez les enseignements divins et les traditions apostoliques telles que vous les avez reçues. Demeurez donc fermes dans votre foi, et ne vous laissez ni conduire ni entraîner par des enseignements divers et étrangers.
XIX
Le refus du divorce pour cause d’adultère
la défense de la clause de l’adultère
L’Église sainte, universelle et apostolique a toujours entouré, et entoure encore, le sacrement du mariage d’un respect sacré, puisqu’il est l’un des sept sacrements de l’Église ; et elle croit que cette union possède une propriété singulière, qui est de ne souffrir ni rupture ni séparation — suivant en cela la loi divine qu’établit le Créateur, qu’il soit glorifié et exalté, et que le Sauveur, à qui est la gloire, expliqua en répondant à la question des pharisiens : est-il permis à l’homme de répudier sa femme pour n’importe quel motif ? Il leur répondit : « N’avez-vous pas lu que le Créateur, dès l’origine, les fit homme et femme, et qu’il a dit : Ainsi donc l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux ne feront qu’une seule chair ? Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Eh bien ! ce que Dieu a uni, l’homme ne doit point le séparer » (Mt 19, 3-6 ; voir Mc 10, 11-12 ; Lc 16, 18 ; 1 Co 7, 10-11 ; Rm 7, 2-3). Il n’existe toutefois qu’une seule cause pour laquelle l’Église prononce la dissolution du lien conjugal : la cause d’adultère — et cela sur l’ordre du Seigneur Christ, qui l’a déclaré expressément pour le cas où cette cause existe, en disant : « je vous le dis : quiconque répudie sa femme — pas pour “prostitution” — et en épouse une autre, commet un adultère » (Mt 19, 9)[57]. L’Église a suivi cet enseignement depuis les temps anciens, et les canons apostoliques et conciliaires l’ont expressément consacré pour cette cause.
Mais l’Église papale — quel dommage ! — a contredit ces enseignements, et jusqu’à ce commandement divin : elle ne permet en aucune façon le divorce ni la dissolution du mariage pour cette cause, fût-elle établie de la façon la plus évidente ; elle prononce au contraire contre les deux époux une sentence inique, hors du cercle de la justice et de la droiture, qu’elle nomme « la séparation perpétuelle », et condamne l’époux innocent de toute faute à être privé absolument du mariage. Qu’a-t-il donc commis comme péché, pour encourir toute cette amère rétribution et cette sentence inique ?[58] Outre que cet enseignement contredit les principes des textes divins formels, il ouvre une large porte à la corruption et aux conséquences funestes que la sainteté de la religion chrétienne ne saurait supporter.
Leur Église peut-elle bien prêter la main à cette corruption, et leur permettre de commettre l’adultère sous un jour caché et inavoué ? Car, par cette sentence, elle donne à l’épouse tombée dans ce péché l’occasion de persévérer dans ses méchancetés et de s’abandonner à ses passions ; et par elle aussi, elle expose l’époux au danger de tomber et de se vautrer à son tour dans le bourbier de ce péché. Et qui donc se soumettrait à de pareilles sentences iniques, qui ne s’accordent point avec les enseignements de l’Écriture ?
XX
L’interdiction du mariage des prêtres
la légitimité du sacerdoce marié
L’Église une, sainte, universelle et apostolique, depuis sa naissance, choisit ses évêques et ses prêtres parmi les vierges et les mariés également — suivant en cela le Seigneur Christ, à qui est la gloire, et ses purs apôtres. Pour les vierges, d’après sa parole : « il y a des eunuques qui sont nés ainsi du sein de leur mère, il y a des eunuques qui le sont devenus par l’action des hommes, et il y a des eunuques qui se sont eux-mêmes rendus tels à cause du Royaume des Cieux. Qui peut comprendre, qu’il comprenne ! » (Mt 19, 12). Et pour les mariés, d’après la parole de Paul l’Apôtre : « il faut que l’épiscope soit irréprochable, mari d’une seule femme, qu’il soit sobre, pondéré, courtois… sachant bien gouverner sa propre maison… tenir ses enfants dans la soumission d’une manière parfaitement digne. Car celui qui ne sait pas gouverner sa propre maison, comment pourrait-il prendre soin de l’Église de Dieu ? » (1 Tm 3, 2-5) ; et sa parole à son disciple Tite : « Si je t’ai laissé en Crète, c’est pour y achever l’organisation et pour établir dans chaque ville des presbytres, conformément à mes instructions : chaque candidat doit être irréprochable, mari d’une seule femme, avoir des enfants croyants, qui ne puissent être accusés d’inconduite et ne soient pas insoumis » (Tt 1, 5-6). Car le mariage est un sacrement saint, honorable et pur.
Or il advint, au concile de Nicée, que fut proposée la virginité de tous les hommes du clergé ; mais saint Paphnuce, l’un des évêques de la Haute-Égypte, à qui l’on rendait témoignage de justice, de piété et de foi, s’opposa à ce principe, et persuada le concile de se contenter d’élire les évêques parmi les vierges : quant aux prêtres pasteurs, qui paissent le peuple et que leurs charges appellent aux nombreuses visites pastorales, à la sollicitude du peuple et à la réception de ses confessions, il ne convient pas de leur imposer ce joug. Et tous les conciles œcuméniques et locaux qui suivirent ce concile marchèrent sur cette voie et décrétèrent semblable décision[59]
Ils jugèrent que celui des prêtres qui quitte sa femme sous prétexte de piété déchoit de son degré sacerdotal. Ainsi est-il porté que tout prêtre, diacre, ou membre du rang sacerdotal en général, qui s’abstient du mariage et des viandes non par dessein d’ascèse, mais parce qu’il s’en dégoûte comme de choses souillées et méprisables — oubliant qu’il est dit que toutes choses sont très bonnes (1 Tm 4, 4), et que Dieu créa l’homme mâle et femelle (Mt 19, 4) —, calomnie et blasphème la création : ou bien il se repentira, ou bien il sera retranché et rejeté de l’Église ; et il en va de même du laïc (canon 51 des canons des Apôtres, qui sont au nombre de 85). Et il est porté au quatrième canon du concile de Gangres : « Si quelqu’un fait le difficile, doutant d’un prêtre marié, comme s’il ne fallait pas recevoir l’oblation de sa main lorsqu’il célèbre, qu’il soit anathème. » Et il est porté, dans l’un des canons de l’évêque de Rome reçus dans notre Église : « Si la femme d’un prêtre enfante, il n’en est pas empêché » ; et le quatrième canon du concile de Carthage porte que les prêtres s’abstiendront de leurs femmes le jour seulement de leur service, eux, les diacres, et tous ceux qui servent l’autel[60].
Et le premier concile œcuménique, à Nicée, refusa le célibat du clergé, et se contenta d’interdire aux clercs, devenus veufs, de réitérer le mariage.
Mais l’Église de Rome, au Moyen Âge, prononça une sentence inique contre tous les hommes du clergé : l’obligation de demeurer sans mariage — malgré ce que l’histoire a établi de la corruption de cet enseignement et de son dommage, et des désordres advenus par l’effet de ce principe funeste, que renient les enseignements de l’Évangile, les saints conciles, les Pères de l’Église et la tradition apostolique[61].
Quant à notre sainte Église, l’Église d’Alexandrie à la doctrine droite, elle a gardé les principes sains : elle élit les évêques parmi ceux à qui l’on rend témoignage de pureté, de justice et de virginité, afin qu’ils se consacrent tout entiers aux affaires de leur charge sublime ; et elle élit ses pasteurs et ses prêtres parmi les mariés, pour les prémunir du bouclier de la justice, de la foi et de la pureté, et ne point les exposer au mal. Ne vous laissez donc pas entraîner par des enseignements divers et étrangers.
XXI
L’interdiction de lire la Sainte Écriture
le droit du peuple à la parole de Dieu
L’Église sainte, universelle et apostolique, dans tous ses âges, prend soin de la parole de Dieu vivante, et presse le peuple de la lire pour s’abreuver à ses sources. Elle a établi que le culte et la liturgie ne commencent qu’après la lecture des sections des épîtres de Paul l’Apôtre, puis des autres apôtres, puis du livre des Actes, puis de l’Évangile ; et elle fait lire au peuple la plus grande part des livres divins. Car « vivante, en effet, est la parole de Dieu, efficace et plus incisive qu’aucun glaive à deux tranchants, elle pénètre jusqu’au point de division de l’âme et de l’esprit, des articulations et des moelles, elle peut juger les sentiments et les pensées du cœur » (He 4, 12) ; et : « De même que la pluie et la neige descendent des cieux et n’y retournent pas sans avoir arrosé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer pour fournir la semence au semeur et le pain à manger, ainsi en est-il de la parole qui sort de ma bouche, elle ne revient pas vers moi sans effet, sans avoir accompli ce que j’ai voulu et réalisé l’objet de sa mission » (Is 55, 10-11). C’est pourquoi Dieu a dit par la bouche de Jérémie : « Ma parole n’est-elle pas comme un feu ? — oracle du Seigneur — N’est-elle pas comme un marteau qui fracasse le roc ? » (Jr 23, 29). Moïse le prophète a dit : « Que ma doctrine ruisselle comme la pluie, que ma parole tombe comme la rosée, comme les ondées sur l’herbe verdoyante, comme les averses sur le gazon ! » (Dt 32, 2) ; et le Psalmiste : « Une lampe sur mes pas, ta parole, une lumière sur ma route » (Ps 119, 105). Pierre l’Apôtre dit : « nous tenons plus ferme la parole prophétique : vous faites bien de la regarder, comme une lampe qui brille dans un lieu obscur, jusqu’à ce que le jour commence à poindre et que l’astre du matin se lève dans vos cœurs » (2 P 1, 19). Et encore : « La loi du Seigneur est parfaite, réconfort pour l’âme ; le témoignage du Seigneur est véridique, sagesse du simple. Les préceptes du Seigneur sont droits, joie pour le cœur ; le commandement du Seigneur est limpide, lumière des yeux. La crainte du Seigneur est pure, immuable à jamais ; les jugements du Seigneur sont vérité, équitables toujours, désirables plus que l’or, que l’or le plus fin ; ses paroles sont douces plus que le miel, que le suc des rayons » (Ps 19, 8-11). Dieu a dit à son peuple Israël : « Que ces paroles que je te dicte aujourd’hui restent dans ton cœur ! Tu les répéteras à tes fils, tu les leur diras aussi bien assis dans ta maison que marchant sur la route, couché aussi bien que debout ; tu les attacheras à ta main comme un signe, sur ton front comme un bandeau ; tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes » (Dt 6, 6-9). Et il suffit de la parole de notre Sauveur, à qui est la gloire : « Vous scrutez les Écritures, parce que vous pensez avoir en elles la vie éternelle, et ce sont elles qui me rendent témoignage » (Jn 5, 39), et de la parole de Paul l’Apôtre : « Toute Écriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, réfuter, redresser, former à la justice : ainsi l’homme de Dieu se trouve-t-il accompli, équipé pour toute œuvre bonne » (2 Tm 3, 16-17). C’est pourquoi Jérémie le prophète a dit : « Quand tes paroles se présentaient, je les dévorais : ta parole était mon ravissement et l’allégresse de mon cœur » (Jr 15, 16) ; et David : « Que j’aime ta loi ! tout le jour, je la médite » (Ps 119, 97). Et ainsi Dieu nous a-t-il commandé : « Que le livre de cette Loi soit toujours sur tes lèvres : médite-le jour et nuit afin de veiller à agir selon tout ce qui y est écrit. C’est alors que tu seras heureux dans tes entreprises et réussiras » (Jos 1, 8).
De ces textes sacrés, et d’autres encore qui remplissent les pages de la Sainte Écriture, nous apprenons qu’interdire la lecture de la parole de Dieu est un crime immense, et une privation infligée au peuple, qu’on empêche de s’abreuver à la source du salut[62].
Pour vous, ô orthodoxes à la doctrine droite, demeurez fermes dans votre foi, et ne vous laissez pas entraîner par des enseignements divers et étrangers.
Et que dirons-nous encore de leur infraction à la tradition de l’Église, quand ils placent des statues et des sculptures dans les lieux du culte — contrairement à la règle que l’Église a suivie depuis sa naissance, de placer des icônes (des images), pour qu’elles tiennent lieu de maître au commun du peuple ? De leur infraction aux canons apostoliques, à l’enseignement des Pères et à la tradition apostolique touchant la construction des sanctuaires vers l’orient ? De leur infraction aux canons des Apôtres et à ce qu’ils ont fixé pour la célébration de la Pâque — puisqu’ils la célèbrent tantôt avec les Juifs, tantôt avant eux ? Et de leur infraction à l’usage de l’Église et à ses canons, quand ils offrent le saint sacrifice plusieurs fois le même jour, sur un même autel et par un même prêtre, contrairement à la tradition apostolique ?[63]
Conclusion
la fermeté dans la croyance droite
Voilà, ô orthodoxes à la doctrine droite, vingt innovations nouvelles que les papistes ont inventées contrairement à l’enseignement de la Sainte Écriture, aux traditions apostoliques et aux définitions conciliaires[64]. Et cependant ils les oublient, ils en détournent le regard, et ils se rengorgent : leur Église serait la seule à avoir gardé l’enseignement véritable, et hors d’elle point de salut ! Puissent-ils fouler aux pieds cette superbe et permettre à leurs esprits de chercher la vérité, pour ensevelir ces innovations nouvelles qu’ils ont forgées : alors ils connaîtraient et vérifieraient quelle est la véritable Église, une, sainte, universelle et apostolique. Est-ce nous, qui avons gardé l’enseignement tel que nous l’avons reçu des seigneurs apôtres très purs, sans addition ni retranchement — ou bien eux, qui ont contredit et combattu les enseignements apostoliques, et qui, de leur propre fonds, y ont encore ajouté des inventions nouvelles, jusqu’à les faire entrer parmi les articles de la foi ? Jugez donc avec équité et justice, d’un regard exempt de parti pris : qui sont les schismatiques ? Est-ce nous, qui maintenons le rang des purs apôtres qui nous ont enfantés dans la foi — ou bien eux, qui ont amoindri leurs degrés, dépouillé les apôtres des prérogatives que leur Maître leur avait conférées, pour les attribuer au seul saint apôtre Pierre ? Est-ce nous, qui ne connaissons d’autre tête et d’autre sauveur que le Rédempteur Jésus — ou bien eux, qui ont dérobé les droits du Sauveur pour les donner à Sa Béatitude le Pape infiniment vénérable ? Est-ce nous, qui reconnaissons et confessons que nul n’est exempt d’erreur hormis le Fils de Dieu, le Verbe fait homme — ou bien eux, qui élèvent Sa Béatitude le Pape jusqu’au degré de la divinité, et lui reconnaissent l’exemption de l’erreur et du faux pas ?
Laquelle est donc l’Église, la véritable Église du Christ ? Est-ce la nôtre, qui enseigne que le salut du pécheur repentant et le pardon de ses péchés ne tiennent qu’aux mérites du sang du Rédempteur — ou la leur, qui les suspend à ces peines satisfactoires qu’elle impose ? La nôtre, qui confesse et reconnaît, jusqu’au dernier souffle, que le pardon n’a été donné qu’à Dieu seul — ou la leur, qui s’appuie sur ces indulgences émises par leurs papes pour le pardon de leurs péchés ? Notre Église n’a-t-elle pas gardé sain le symbole de la foi, tel qu’elle l’a reçu des saints conciles et des Pères — quand eux ont porté la main sur lui, pour l’altérer et y ajouter ? Est-ce nous qui suivons l’enseignement de Dieu et des purs apôtres en accomplissant le sacrement du baptême par immersion, comme nous l’avons reçu des seigneurs apôtres — ou eux, qui se contentent de l’aspersion ? Ne sont-ce pas eux qui retardent le sacrement du saint chrême pour les petits enfants, contrairement à l’enseignement de Dieu et à la tradition apostolique ? Ne sont-ce pas eux qui ont introduit l’accomplissement du sacrement de l’Eucharistie avec de l’azyme, comme fit Apollinaire l’impie, l’ennemi de l’Église ? Laquelle est donc l’Église contrevenante ? Est-ce nous, qui suivons l’enseignement du Sauveur et communions le peuple aux sacrements du salut sous les deux espèces — ou eux, qui privent leur pauvre peuple du sang très pur ? Ne privent-ils pas les enfants innocents de la communion aux sacrements divins, où est la vie éternelle ? Ne sont-ce pas eux qui ont divisé le Christ unique, après l’union, en deux natures et deux volontés, abolissant par là l’union sublime de la divinité et de l’humanité ? Ne sont-ce pas eux qui ont inventé la rétribution complète de l’âme aussitôt après la mort, oubliant le grand jour de la résurrection et le jugement redoutable ? N’est-ce pas leur imagination qui a inventé une chose appelée purgatoire, où leurs âmes se purifieraient après la mort, délaissant la sanctification et la purification par le sang très pur du Christ, versé pour notre purification ? Oui, ce sont eux qui contredisent l’enseignement de l’Écriture sur la transmission du péché d’Adam, par leur croyance à l’Immaculée Conception de la sainte Vierge Marie. N’est-ce pas leur Église qui a méprisé l’obligation du jeûne, laissant le champ libre à la chair et à l’assaut des tentations ? Leur Église n’a-t-elle pas contredit l’enseignement de l’Écriture en permettant de manger l’étouffé et le sang ? N’a-t-elle pas ouvert la carrière aux fautes, en condamnant les époux à la séparation et en les privant du saint mariage ?
Laquelle est donc l’Église schismatique et contraire aux enseignements de l’Écriture ? Je laisse le jugement et l’équité à la justice de vos intelligences.
Mais mon cœur s’afflige en vérité — et avec lui souffre le cœur de tout orthodoxe pieux et zélé — sur ce pauvre peuple, acquis par le sang de Jésus-Christ le Sauveur, qui se laisse conduire en aveugle par ces pasteurs qui dérobent les droits de leurs enfants et les détournent du chemin de Jésus vers un autre chemin que celui qu’il a tracé et marqué — et hors duquel nous ne pouvons parvenir jusqu’à lui. Hélas sur eux ! car ils ont abandonné la source de la vie et se sont creusé des citernes, des citernes crevassées qui ne tiennent pas l’eau[65]. Ils ont fait peu de cas du Saint d’Israël, source du salut et de la vie éternelle, et ils ont regardé vers le Pape comme vers le refuge de leur vie et la forteresse de leur salut — à ce qu’ils croient. Et mon regret redouble, et mes chagrins se multiplient, sur nos frères coptes, qui sont une part de notre chair et de notre sang — ceux qui ont déserté l’Église de Dieu orthodoxe, à la doctrine droite, colonne de la vérité et fondement de la rectitude, et s’en sont allés derrière ces vanités, menés comme on mène le bétail dans un désert aride et sans eau. L’Église, leur tendre mère, les a élevés, a peiné pour eux, a supporté à cause d’eux toutes les sortes d’épreuves et les assauts des persécutions violentes, pour trouver en eux un soutien dans son combat contre les ennemis — et les voilà devenus, quel malheur ! plus âpres que les ennemis à la combattre. Elle les a élevés, elle a soutenu ses martyrs dans les tourments, par amour, pour les consoler et leur transmettre la foi intacte — et ils viennent à la fin combattre la foi, et lever contre elle une guerre plus acérée que les lances des ennemis. Aussi l’Église aujourd’hui les pleure : elle gémit sur leur ingratitude, s’afflige de leur séparation, et demande sans cesse, avec une ardeur brûlante, dans le désir de leur retour — le retour du rameau à sa souche, pour que le membre arraché se rattache à son corps sain —, suppliant le Dieu de la paix de répandre d’auprès de lui, sur leurs âmes, ses grâces abondantes, qui les ramènent et les fassent revenir à son bercail très saint.
Et maintenant, ô orthodoxes à la doctrine droite, membres vivants de l’Église de Dieu une, sainte, universelle et apostolique : permettez-moi, avec la hardiesse de l’amour et sa confiance — car je suis membre avec vous de ce corps unique, le corps de l’Église orthodoxe bien-aimée, je ressens ce que vous ressentez et vous me ressemblez —, de vous dire que je n’ai point parlé comme si vous ignoriez ces choses ; car je crois que, par la grâce de Jésus le Sauveur, nul ne peut vous ébranler ni vous détourner des croyances de vos pères : lui, l’Exalté, a bâti son Église sur le roc vivant, et les Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle[66] ; mais c’est pour vous rappeler votre sainte garde face à ces enseignements divers et étrangers, afin que vous soyez sur vos gardes si se lèvent le diable, Lucifer, Satanaël et toutes les puissances de l’enfer pour vous ébranler. Vous avez la grâce du Saint-Esprit : par elle vous foulez aux pieds tout enseignement étranger. Car vous êtes le pur froment du Christ, et le diable veut vous cribler au crible des tentations ; vous êtes un froment pur dans le champ de Dieu, et l’ivraie des enseignements divers et étrangers vous encercle pour vous étouffer ; vous êtes une rose splendide au parfum d’aromates, et les épines l’entourent ; vous êtes un plant pur et une vigne sans tache, et les loups accourent vers vous pour vous ravir, avec les renards dévastateurs. Devant vous les bêtes sauvages du désert, au-dessus de vous les aigles et les oiseaux de proie qui tournoient, s’efforçant de fondre sur vous. Souvenez-vous donc de la parole du Sage : « Attrapez-nous les renards, les petits renards ravageurs de vignes » (Ct 2, 15).
Rejetez loin de vous l’ivraie des enseignements étrangers ; secouez la poussière des innovations diverses ; tenez-vous fortement à votre foi, et demeurez d’une fermeté inébranlable dans les traditions que vous avez reçues des purs apôtres ; gardez le dépôt de la foi véritable des scories des inventions. Vous avez la Sainte Écriture ; voici les livres divins ; vous possédez les enseignements apostoliques ; entre vos mains sont les définitions des saints conciles : regardez vers elles, attachez-vous à leurs enseignements pour marcher droit. Souvenez-vous de la parole de Paul l’Apôtre : « Souvenez-vous de vos chefs, eux qui vous ont fait entendre la parole de Dieu, et, considérant l’issue de leur carrière, imitez leur foi. Jésus Christ est le même hier et aujourd’hui, il le sera à jamais » (He 13, 7-8). Ne vous laissez pas entraîner par des enseignements divers et étrangers ; ne prêtez pas l’oreille à des enseignements étrangers que vous ne connaissez pas, quand même ils sortiraient de bouches suaves, en paroles fardées, sous les dehors d’un zèle hypocrite — vous souvenant de la parole de Paul l’Apôtre : « si nous-même, si un ange venu du ciel vous annonçait un évangile différent de celui que nous avons prêché, qu’il soit anathème ! » (Ga 1, 8).
Et n’oubliez pas sa parole : « Je vous en prie, frères, gardez-vous de ces fauteurs de dissensions et de scandales contre l’enseignement que vous avez reçu ; évitez-les. Car ces sortes de gens ne servent pas notre Seigneur le Christ, mais leur ventre, et par des discours doucereux et flatteurs séduisent les cœurs simples. En effet, le renom de votre obéissance s’est répandu partout et vous faites ma joie ; mais je veux que vous soyez avisés pour le bien et malhabiles pour le mal. Le Dieu de la paix écrasera bien vite Satan sous vos pieds » (Rm 16, 17-20). Gravez sur vos poitrines sa parole : « Si quelqu’un enseigne autre chose et ne reste pas attaché à de saines paroles, celles de notre Seigneur Jésus Christ, et à la doctrine conforme à la piété, c’est un être aveuglé par l’orgueil, un ignorant en mal de questions oiseuses et de querelles de mots ; de là viennent l’envie, la discorde, les outrages, les soupçons malveillants, les disputes interminables de gens à l’esprit corrompu, privés de la vérité, aux yeux de qui la piété est une source de profits » (1 Tm 6, 3-5). Et que le Dieu de la grâce, qui nous a appelés à sa gloire éternelle dans son Fils Jésus-Christ, garde votre foi entière et vous affermisse, fondés sur le roc de la foi — lui « qui peut vous garder de la chute et vous présenter devant sa gloire, sans reproche, dans l’allégresse, l’unique Dieu, notre Sauveur par Jésus Christ notre Seigneur, à qui gloire, majesté, force et puissance avant tout temps, maintenant et dans tous les temps ! Amen » (Jude 24-25).
SECONDE PARTIE
la réfutation des innovations protestantes
Prologue
des faux docteurs — aperçu historique
« Bien-aimés, ne vous fiez pas à tout esprit, mais éprouvez les esprits pour voir s’ils viennent de Dieu, car beaucoup de faux prophètes sont venus dans le monde » (1 Jn 4, 1). L’apôtre Pierre a dit : « Il y a eu de faux prophètes dans le peuple, comme il y aura aussi parmi vous de faux docteurs, qui introduiront des sectes pernicieuses » (2 P 2, 1). Et Paul l’Apôtre nous a avertis en disant : « Je sais, moi, qu’après mon départ il s’introduira parmi vous des loups redoutables qui ne ménageront pas le troupeau, et que du milieu même de vous se lèveront des hommes tenant des discours pervers dans le but d’entraîner les disciples à leur suite » (Ac 20, 29-30) ; et encore : « Je m’étonne que si vite vous abandonniez Celui qui vous a appelés par la grâce du Christ, pour passer à un second évangile — non qu’il y en ait deux ; il y a seulement des gens en train de jeter le trouble parmi vous et qui veulent bouleverser l’Évangile du Christ. Eh bien ! si nous-même, si un ange venu du ciel vous annonçait un évangile différent de celui que nous avons prêché, qu’il soit anathème ! Nous l’avons déjà dit, et aujourd’hui je le répète : si quelqu’un vous annonce un évangile différent de celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème ! » (Ga 1, 6-9).
Depuis l’âge des apôtres jusqu’à maintenant, aucune génération n’a été exempte de la levée d’une foule d’hérétiques et de faux docteurs, qui rejettent et combattent les enseignements véritables et saints qui nous ont été transmis des purs apôtres ; et l’Église est demeurée sauve dans tous les âges, depuis sa naissance jusqu’à maintenant : elle ensevelit un ennemi et en affronte un autre, qu’elle combat des armes de la vérité jusqu’à le faire rejoindre son devancier dans la déroute. L’âge même des apôtres n’a pas été exempt de tels faux docteurs, qui se levèrent pour défigurer l’image de l’enseignement véritable : Paul écrivit aux Galates pour les mettre en garde contre ceux qui annonçaient un autre évangile — « Je m’étonne que si vite vous abandonniez… », etc. — et il prononça l’anathème contre quiconque oserait enseigner autre chose que la bonne nouvelle que nous avons reçue ; bien plus, dans l’ardeur de son zèle brûlant, il s’enveloppa lui-même, avec les anges, dans cette sentence formidable, au cas — s’il se pouvait — où lui-même enseignerait contre cet enseignement.
Si donc nous voyons messieurs les papistes avoir ajouté, surenchéri et inventé des enseignements nombreux, divers et étrangers, et les avoir comptés parmi les enseignements véritables, nous voyons de l’autre côté messieurs les protestants avoir juré de ne rien recevoir des enseignements apostoliques qui ne soit écrit en toutes lettres dans la Sainte Écriture : ils ont délaissé et retranché la plupart des saines traditions, pour ne pas dire toutes, sans autre cause que la violence de leur haine contre l’Église romaine, dont ils étaient sortis à cause de l’excès de sa tyrannie. Il eût été plus digne d’eux de s’attacher aux règles de la foi véritable et de rejeter les seules croyances que les papistes avaient inventées — au lieu de jeter au feu, ensemble, le froment et la paille. Et permettez-moi maintenant de dérouler devant vous un fragment de l’histoire du mouvement protestant, qui prétend s’être levé pour réformer l’Église — comme si Dieu, l’Exalté, avait négligé son Église durant tous ces siècles, jusqu’à ce que se levassent ceux-là pour la réformer ![67]
Aperçu historique
Martin Luther, le chef de la prétendue Réforme, naquit en l’année 1483 dans une ville du pays de Saxe ; son père était ouvrier des mines. Quand Martin eut grandi, il le fit entrer à l’école « française » de Magdebourg[68], à cause de son vif penchant pour les sciences ; puis il passa à une école latine ; et enfin il entra en religion au couvent des Augustins, sans l’agrément de ses parents, et fut nommé professeur de philosophie et de théologie à l’école de Wittenberg.
Il était marqué des traits de l’opiniâtreté, de l’orgueil, de l’envie, de la colère et de l’humeur emportée. Il a dit de lui-même, dans ses mémoires : « J’ai trois chiens méchants : l’ingratitude, l’orgueil et l’envie ; celui qu’ils mordent est bien mordu ; mon humeur se nourrit de colère, mon esprit aiguise sa vanité à la ruse, et ma verve abonde quand je suis en fureur » (Histoire de la Réforme, du jésuite Van Ham, page 4). Et Mélanchthon, l’un de ses partisans, dit de lui sur le tard : « Plût au ciel que Luther se tût — son silence garderait son honneur ! J’espérais que l’avance en âge éteindrait en lui les feux de l’emportement ; notre espoir a été déçu : nous le voyons croître en violence avec les jours. Si Dieu, l’Exalté, n’étend le bras de son secours, les paroles de Luther auront, à coup sûr, de funestes conséquences » (livre de Mélanchthon, chapitre 6 ; Histoire de la Réforme, page 188). Ses contemporains ont dit qu’ils voyaient paraître sur lui les signes de la folie, dans sa querelle perpétuelle avec les démons : des crises nerveuses violentes, toutes semblables à la démence, le prenaient la plupart du temps, au point qu’il s’imaginait que Satan le poursuivait pour faire échouer ses œuvres — et une fois, s’étant figuré Satan debout devant lui sur le mur, il lui lança l’encrier.
En ces jours-là, le pape Léon X avait besoin d’argent pour achever l’église Saint-Pierre et pour quelques autres fins ; il fit donc publier la distribution et la vente des billets d’indulgences, afin de recueillir les fonds nécessaires à l’accomplissement de ce dessein. Le commissaire chargé d’exécuter ces bulles pontificales était Jean Tetzel — qui déshonora le saint nom de Dieu par des œuvres contraires à l’esprit de l’enseignement chrétien : il passait par les rues et les chemins, portant la bulle du Pape, invitant tout le monde à saisir l’occasion d’acheter les billets d’indulgences pour le pardon de leurs péchés passés, et même à venir ; et le pauvre peuple, l’esprit possédé par ces vaines erreurs, courait arracher ces indulgences de la main dudit Tetzel et payer l’argent exigé[69]. Luther se dressa contre lui et composa quatre-vingt-quinze thèses contre les indulgences. Quand la chose parvint au Pape, celui-ci le retrancha de l’Église ; et se rangèrent au parti de Luther Frédéric, prince de Saxe, le professeur Carlostadt, Philippe Mélanchthon, professeur de langue grecque, et d’autres encore ; et il se fortifia du prince de Hesse, à qui Luther permit d’épouser une seconde femme du vivant de la sienne. Sur ces entrefaites, Luther jeta le froc et épousa Catherine, l’une des religieuses qui avaient fait vœu de virginité.
Le cœur se brise au souvenir de ces guerres sanglantes où le sang coula en fleuves sous les épées du fanatisme de Luther et des siens : il fut tué en ce temps-là plus de cent mille âmes, des couvents furent dévastés, et huit cents églises brûlées.
Et il ne s’arrêta pas à sa limite : il versa dans un extrémisme énorme, renia la plupart des enseignements et inventa des enseignements nouveaux, contraires à l’esprit de la Sainte Écriture. Sa main s’enhardit jusqu’à retrancher l’épître de Paul l’Apôtre aux Hébreux, l’épître de l’apôtre Jude, l’épître de Jacques et le livre de l’Apocalypse. Ses partisans et ses disciples le contredirent à leur tour et inventèrent des enseignements contraires aux siens : les sectes qui se levèrent de son vivant, d’entre ses partisans, atteignirent le nombre de trente-quatre, et elles ont fini par dépasser les trois cents. Et quelle ineptie que les enseignements qu’il professait, lui et ses disciples !
Écoute ce que dit Mélanchthon, l’un des partisans de Luther, contre le prophète Moïse et contre les prophètes — il a dit, sans pudeur ni vergogne : « Pour Moïse, ne t’y fie point, mais garde-toi de ses paroles : il est tout proche des hérétiques ; il est réprouvé et retranché ; il est l’ennemi de nos pères, et Satan lui-même, l’ennemi du Christ, le Seigneur Dieu » (ses œuvres imprimées ; Histoire de la Réforme, page 415). Malheur à ce misérable qui profère de telles paroles contre les saints prophètes de Dieu — surtout contre le prophète Moïse, l’interlocuteur de Dieu, l’Exalté !
Zwingli, le célèbre imam des protestants, a dit dans son explication de la vie éternelle, adressant la parole au roi François Ier — et cet écrit a chez lui valeur de symbole de foi : « Tu dois espérer, ô roi, voir là-haut tous les excellents d’entre les hommes qui ont précédé, les saints, les héros et les croyants vertueux depuis la fondation du monde : tu y verras Abel, Hénoch, Noé… » — jusqu’à dire : « et tu y verras Hercule, Thésée, Socrate, Aristide, Antigone, Numa, Camille, Caton et Scipion ; tu y contempleras tes prédécesseurs et tous tes aïeux » (dans l’Exposition de la foi chrétienne, page 24). Luther s’emporta contre lui quand il apprit de lui cet enseignement, qui faisait entrer au ciel les païens incrédules — et Scipion l’adonné aux plaisirs, et Numa, le porte-parole de Satan, qui établit l’idolâtrie chez les Romains !
Quant à Jean Calvin, l’un des partisans de Luther, il se réjouissait et se délectait des torrents de sang que faisaient couler ses enseignements ; car c’était un homme au cœur plus dur que Luther, au point qu’il était haï des gens de Genève pour l’excès de sa dureté, et qu’ils disaient ce proverbe fameux : « Mieux vaut pour l’homme être dans la géhenne avec les démons qu’au ciel avec Calvin » (al-Hadiyya as-saniyya, septième année, page 76).
Après tout cela, Luther se glorifie lui-même d’être celui qui a réformé l’Église ! Il a dit : « Je le dis sans vanité : depuis mille ans, l’Écriture n’a pas été mieux nettoyée, ni mieux comprise, qu’elle ne l’a été par mon nettoyage, mon explication et mon intelligence » (Œuvres de Luther, tome 2, page 18 ; Histoire de la Réforme, page 50). Et le temps me manquerait si je vous lisais quelques-unes de leurs paroles patentes, dans leurs livres, qui ne contredisent pas seulement l’esprit de l’Écriture, mais l’esprit des bonnes mœurs aussi. Vous connaîtrez dans ce qui suit ces enseignements infâmes qu’ils proclament en s’imaginant qu’ils sont la vérité toute pure — et qui ne sont que d’anciennes hérésies, que l’Église a fait mourir depuis des générations nombreuses, et qu’ils se sont levés aujourd’hui pour ranimer et ramener des tombeaux, après qu’elles étaient mortes et ensevelies dans les sépulcres de l’enfer.
Mais ce qui fend les cœurs et fait saigner les yeux de regret et de chagrin, c’est l’élan de quelques-uns de nos frères vers ces enseignements et leur attachement à eux : c’est que — quel dommage ! — on a trouvé des cœurs vides et dénués de la connaissance de leurs croyances orthodoxes et de leurs enseignements véritables ; ces doctrines leur furent présentées sous les dehors de la vérité, et, rencontrant des cœurs vides des principes sains, elles s’y logèrent — tromperie, duperie, vanité et fard. « Pendant que les gens dormaient, l’ennemi est venu et a semé l’ivraie »[70]. Permettez-moi donc d’exposer devant vous une petite part des enseignements qu’ils ont inventés, par lesquels ils ont contredit l’enseignement patent de l’Écriture en les croyant des vérités ; et j’opposerai à chacune de leurs innovations les preuves qui établissent la corruption de cet enseignement.
XXII
La foi sans les œuvres
la foi vivante opérant par la charité
L’Église sainte, une, universelle et apostolique croit et enseigne, conformément aux textes de la Sainte Écriture, le salut par le Christ et sa condition : à savoir que le chrétien n’est sauvé que par la foi vivante, unie aux œuvres bonnes, fruits de sa foi. Cet enseignement, la raison le reçoit, les versets de l’Écriture l’établissent, et les Pères l’ont professé. Mais Luther et ses partisans ont combattu ce saint enseignement et ont forgé une innovation étrange, disant que l’homme n’est justifié que par la foi seule, sans les œuvres — et ils ont l’audace de dire que les œuvres n’y servent de rien, fussent-elles bonnes. Et ne croyez pas que ce propos soit une calomnie contre eux — à Dieu ne plaise ! Notre âme s’afflige pour eux, et nous ne calomnions ni eux ni personne : voici plutôt quelques-unes de leurs paroles, tirées de leurs propres livres[71] :
Luther a dit, dans la troisième thèse du tome de ses œuvres : « La foi ne justifie pas — bien plus, elle n’est pas une foi — tant qu’elle n’est pas sans les œuvres, si minimes soient-elles. » Il a dit dans son livre de la Captivité de Babylone : « Ainsi tu vois combien est riche l’homme chrétien : il ne peut perdre le salut par aucun péché, quel qu’il soit, sinon par le refus de croire ; car nul péché ne peut le perdre, sinon l’incrédulité. » Et il a dit dans sa lettre à Mélanchthon : « Sois pécheur, et commets de grands péchés, mais crois d’une foi forte, et réjouis-toi dans le Christ, vainqueur du péché, de la mort et du monde. Il nous faut pécher tant que nous sommes en cette vie : cette vie n’est pas la demeure de la justice, mais nous attendons, comme dit Pierre, de nouveaux cieux et une nouvelle terre où la justice habitera ; il nous suffit de connaître l’Agneau de Dieu qui porte le péché du monde, et le péché ne peut nous arracher à lui, commettrions-nous mille fois le jour la fornication ou le meurtre. Crois-tu donc de si petit prix la rançon donnée pour nos péchés par ce grand Agneau ? » Calvin a dit, au livre troisième de ses Institutions, chapitre douze, section quatre : « Ceux qui cherchent quelle figure ils font devant Dieu, d’après la vraie règle de la justice, savent sans aucun doute que toutes les œuvres des hommes ne sont que souillures et ordures, à les considérer en elles-mêmes ; ce que le commun des hommes tient pour justice n’est devant Dieu qu’immondice, ce qu’ils croient perfection n’est qu’abomination, et ce qu’on nomme gloire n’est que honte et opprobre. » Et Jean Agricola, l’un des disciples de Luther, a dit : « Sois fornicateur, larron et voleur, etc., mais crois, et tu seras sauvé » (Histoire des hérésies, page 50).
Luther osa même retrancher de la Sainte Écriture l’épître de l’apôtre Jacques, avec l’ensemble des livres qu’il retrancha — parce qu’elle déclare expressément l’obligation des œuvres bonnes, et que l’homme est justifié par elles avec la foi, non par la foi seule ; et il dit d’elle, avec impudence et blasphème : « c’est une épître de paille ». Et — chose digne de mémoire — lorsqu’il lut la parole de l’Apôtre : « l’homme est justifié par la foi sans la pratique de la Loi » (Rm 3, 28), il ajouta de son cru le mot seule, en sorte que le verset devînt : « l’homme est justifié par la foi seule ». Et comme un homme qui parlait avec lui de la part des catholiques lui reprochait ce procédé et cette addition, il répondit : « Si le Pape veut chicaner sur le mot seule, dis-lui : le docteur Luther veut qu’il en soit ainsi. Ainsi j’ordonne, ainsi je veux : que ma volonté tienne lieu de preuve » (Histoire des hérésies, page 456)[72].
Telles sont donc les doctrines de Luther et de ses partisans ; leur seul énoncé suffit à vous montrer combien elles contredisent les commandements de Dieu, l’Exalté, et sa sainte loi. Car cet enseignement, outre sa corruption évidente, engendre des égarements divers dont ils ne peuvent s’échapper :
Premièrement. — Il méprise les commandements de Dieu et fait injure à sa sainte loi : car si l’homme est justifié par la foi seule, sans les œuvres, et si les plus grands péchés ne lui font pas perdre le salut, à quoi bon désormais l’existence de la loi ? Elle n’est plus, en ce cas, que lettre vaine.
Deuxièmement. — Il contredit la perfection de Dieu, l’Exalté, qui commande la perfection et la conduite selon la vie droite. Comment Dieu serait-il parfait et saint, lui qui, selon leur vaine prétention, les sauverait par la seule foi, sans regarder à leurs œuvres, bonnes ou mauvaises ?
Troisièmement. — Il contredit la justice de Dieu, l’Exalté, qui a déclaré que nous serions rétribués selon nos œuvres et jusqu’à nos pensées, et non selon notre foi seulement — lui qui a dit par la bouche de Paul : « il faut que tous nous soyons mis à découvert devant le tribunal du Christ, pour que chacun recouvre ce qu’il aura fait pendant qu’il était dans son corps, soit en bien, soit en mal » (2 Co 5, 10).
Quatrièmement. — Il impute l’injustice à Dieu, l’Exalté : car, dans leur imagination, Dieu — que son nom soit magnifié — oublierait, à suivre ces opinions, nos labeurs, ne récompenserait pas notre combat et le compterait pour péché — alors que Néhémie prie Dieu en disant : « souviens-toi de moi, mon Dieu : n’efface pas les actes de piété que j’ai accomplis pour le Temple de mon Dieu et ses observances » (Ne 13, 14) ; que l’Apôtre dit : « Dieu n’est point injuste, pour oublier ce que vous avez fait et la charité que vous avez montrée pour son nom, vous qui avez servi et qui servez les saints » (He 6, 10) ; et que Pierre l’Apôtre dit que la parure de l’homme est « à l’intérieur de votre cœur, dans l’incorruptibilité d’une âme douce et calme : voilà ce qui est précieux devant Dieu » (1 P 3, 4).
Cinquièmement. — Il contredit en droite ligne l’esprit de la Sainte Écriture. Jacques l’Apôtre a dit, en termes exprès, réfutant un égarement de son temps qui aboutissait à justifier l’homme sans les œuvres : « À quoi cela sert-il, mes frères, que quelqu’un dise : “J’ai la foi”, s’il n’a pas les œuvres ? La foi peut-elle le sauver ?… Toi, tu crois qu’il y a un seul Dieu ? Tu fais bien. Les démons le croient aussi, et ils tremblent… Veux-tu savoir, homme insensé, que la foi sans les œuvres est stérile ? Abraham, notre père, ne fut-il pas justifié par les œuvres quand il offrit Isaac, son fils, sur l’autel ?… Vous le voyez : c’est par les œuvres que l’homme est justifié et non par la foi seule » (Jc 2, 14-24) — et il n’est rien de plus ferme ni de plus clair que cette parole. Paul l’Apôtre a dit : « ce ne sont pas les auditeurs de la Loi qui sont justes devant Dieu, mais les observateurs de la Loi qui seront justifiés » (Rm 2, 13) ; et : « Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je ne suis plus qu’airain qui sonne ou cymbale qui retentit… quand j’aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter des montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien » (1 Co 13, 1-2) ; et : « dans le Christ Jésus ni circoncision ni incirconcision ne comptent, mais seulement la foi opérant par la charité » (Ga 5, 6). Pierre l’Apôtre a dit : « Ayez donc d’autant plus de zèle, frères, pour affermir votre vocation et votre élection » (2 P 1, 10)[73] ; et Jean l’Apôtre : « Celui qui pratique la justice est juste comme celui-là est juste » (1 Jn 3, 7). Et voici la parole du Sauveur, qui fend cet égarement et tranche à la racine cet enseignement corrompu : « Ce n’est pas en me disant : Seigneur, Seigneur, qu’on entrera dans le Royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est dans les cieux » (Mt 7, 21).
De là il vous apparaît que cet enseignement n’est que honte et opprobre, dont rougit tout chrétien qui a le sentiment de la piété et du zèle pour les enseignements de Dieu ; et tout ami de la rectitude et des œuvres bonnes l’a désavoué. Un savant protestant, le nommé Hugo Grotius, a dit en son commentaire de l’épître de saint Jacques : « Il s’est renouvelé, en ce siècle malheureux, cette opinion… que doit combattre quiconque aime la piété et le salut du prochain ; car la foi ne sert absolument de rien à personne, vide des œuvres. » Et Georgius Boas, dans sa conciliation des paroles de l’Apôtre touchant cet enseignement, a dit ce dont voici la traduction : « Cet enseignement fait honte, depuis bien des années, à l’Église des réformés ; et il n’est pas d’enseignement qu’ils devraient — et les orthodoxes les premiers — désavouer ou poursuivre avec plus de sévérité : car, au jugement droit, c’est un égarement qui n’est pas léger, une erreur funeste et une séduction »[74]. Qu’ils reviennent donc de ces paroles, qu’ils rejettent ces enseignements et s’en purifient : il n’y a point de honte à ce que l’homme revienne de ses opinions, dès lors qu’elles sont contraires au vrai.
XXIII
La virginité perpétuelle de la Vierge
la toujours-vierge avant, pendant et après l’enfantement
L’Église sainte, universelle et apostolique, depuis le commencement jusqu’à maintenant, croit et enseigne, conformément aux enseignements divins, que la sainte Vierge Marie, la toute-pure, est demeurée vierge avant l’enfantement, pendant l’enfantement et après l’enfantement. Or se leva un hérétique nommé Helvidius — c’était un homme de la campagne, pauvre et ignorant —, qui se mit, en l’année 383, à prêcher ce blasphème : la sainte toujours-vierge aurait enfanté des fils après le Seigneur Christ. L’Église le frappa d’hérésie et d’anathème, et maudit son innovation infâme, après que les saints Ambroise, Épiphane et Jérôme l’eurent réfuté de leurs arguments pressants ; et, depuis les temps anciens, l’Église a coutume de donner à la Dame, la Vierge, le titre de toujours-vierge. Mais voici que, par malheur, messieurs les protestants se sont levés pour ranimer cette vieille innovation morte, la reprenant d’Helvidius le novateur : ils s’appuient sur ces vains et ineptes arguments, prétendant que la sainte qui fut sanctifiée et honorée par l’enfantement du Fils-Verbe n’aurait pas gardé sa virginité, mais aurait mis au monde des enfants après la naissance du Sauveur. Il n’est pas de calomnie plus infâme contre la pureté de la toujours-vierge ; et la fausseté en paraît de ce qui suit[75] :
Premièrement. — Celle qui fut sanctifiée et honorée par l’enfantement du Fils de Dieu, il ne se peut qu’elle devînt femme d’un autre homme : car le Sauveur, comme il est Fils unique de son Père, doit être aussi fils unique de sa mère — d’autant que cette innovation fait injure à l’Esprit-Saint, à qui le sein de Marie était consacré comme un sanctuaire, et en qui fut formé le corps très pur du Seigneur Jésus.
Deuxièmement. — De sa parole à l’ange, quand il lui porta l’annonce : « Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais pas d’homme ? » (Lc 1, 34) : d’où il ressort qu’elle était résolue à garder sa virginité avant même d’être sanctifiée par l’enfantement du Sauveur ; comment donc serait-elle revenue de sa résolution après être devenue plus pure que les cieux ?
Troisièmement. — De la parole du Sauveur à sa mère, sur la croix, au sujet de Jean : « Femme, voici ton fils », et de sa parole à Jean au sujet de sa mère : « Voici ta mère » (Jn 19, 26-27) : si la Dame, la Vierge, avait eu d’autres enfants, le Christ, à qui est la gloire, l’aurait à plus forte raison confiée à eux, et non à Jean.
Quatrièmement. — Isaïe le prophète a prophétisé d’elle qu’elle concevrait et enfanterait, et qu’avec cela elle serait appelée vierge : « Voici que la vierge concevra et enfantera un fils, et on l’appellera du nom d’Emmanuel, ce qui se traduit : Dieu avec nous » (Mt 1, 23) ; et telle est aussi la voix prophétique d’Ézéchiel le prophète : « le Seigneur me dit : Ce porche sera fermé. On ne l’ouvrira pas, on n’y passera pas, car le Seigneur, le Dieu d’Israël, y est passé. Aussi sera-t-il fermé » (Ez 44, 2).
De là il vous apparaît que l’enseignement de ces prétendus réformateurs n’est qu’hérésies et innovations que l’Église renie et que la Sainte Écriture condamne. Et on les voit pourtant, quel dommage ! s’accrocher aux objections d’Helvidius pour établir leur dessein, et prendre quelques versets de l’Écriture à contresens de leur vrai sens :
Première objection. — Ils objectent la parole de l’évangéliste : « avant qu’ils eussent mené vie commune, elle se trouva enceinte » (Mt 1, 18), et ils s’imaginent qu’ils auraient mené vie commune après l’enfantement. Il suffit, pour repousser cette illusion, du mot de saint Jérôme contre Helvidius : « … Si nous disions qu’Helvidius est mort avant de s’être repenti — s’ensuivrait-il qu’il s’est repenti après sa mort ? ! »[76]
Deuxième objection. — La parole de Matthieu l’évangéliste : « et il ne la connut pas jusqu’au jour où elle enfanta un fils » (Mt 1, 25) — comme si, après qu’elle eut enfanté son fils, Joseph l’avait connue, et comme si l’appellation de premier-né prouvait des frères venus après lui. Nous leur répondons que le mot jusqu’à ne signifie pas, dans l’Écriture, que ce qui suit le terme renverse ce qui précède : ainsi la parole : « Siège à ma droite, tant que j’aie fait de tes ennemis l’escabeau de tes pieds » (Ps 110, 1) ; et : « je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20) ; et : « Mikal, fille de Saül, n’eut pas d’enfant jusqu’au jour de sa mort » (2 S 6, 23) ; et le corbeau, « qui alla et vint en attendant que les eaux aient séché sur la terre » (Gn 8, 7). Ces versets, et d’autres, montrent que le mot jusqu’à n’emporte pas ce qu’ils prétendent : le siège du Fils à la droite du Père cesserait-il après que ses ennemis auront été mis sous ses pieds ? Le Christ ne serait-il plus avec nous après la fin du monde ? Mikal enfanta-t-elle après sa mort ? Et le corbeau revint-il après que les eaux eurent séché ? Quant à leur dire que premier-né prouve des frères venus après lui, l’usage de la Sainte Écriture dément leur prétention : elle appelle premier-né tout enfant né le premier, qu’il soit suivi de frères ou non — c’est le sens de la parole : « Consacre-moi tout premier-né, prémices du sein maternel » (Ex 13, 2) ; si leur dire était vrai, les prêtres eussent été tenus de ne consacrer le premier-né qu’après avoir attendu qu’il lui naquît des frères ![77]
Troisième objection. — L’Écriture mentionne des frères de Jésus. Nous leur répondons que l’Écriture applique le nom de frère à la parenté, comme au compatriote, et à d’autres encore : la preuve en est qu’Abraham appelle Lot son frère, alors qu’il est le fils de son frère (Gn 13, 8 ; voir Gn 12, 13 ; 27, 29 ; 31, 27). Ces frères-là ne sont donc frères du Sauveur que selon la parenté charnelle, rien de plus.[78]
XXIV
La Vierge Marie, Mère de Dieu
la défense du titre de Théotokos
L’Église sainte, universelle et apostolique croit et enseigne, conformément à l’Écriture et à l’enseignement apostolique, que la sainte Vierge toujours-vierge est appelée, depuis le commencement de l’Église, Mère de Dieu — puisque celui qui est né d’elle est le Seigneur Christ, le Fils de Dieu fait homme. Mais Luther et ses partisans protestants ont contredit cet enseignement, et professé qu’il n’est pas permis d’appeler la Vierge Mère de Dieu : elle serait seulement mère du Christ et mère de Jésus. Ils ont ranimé par là cette vieille hérésie que forgea Nestorius le misérable, qui fut patriarche de Constantinople au cinquième siècle — cet insolent qui s’enhardit contre le Fils-Verbe de Dieu et dit qu’il était un pur homme, comme avaient blasphémé avant lui Ébion et Paul de Samosate. Il commença par avancer sous le voile de l’équivoque, de l’hypocrisie et de la fraude, prétendant qu’il ne fallait pas appeler la Dame, la Vierge, Mère de Dieu, mais seulement mère du Christ et mère de Jésus ; et par cette opinion funeste il séparait le Christ de Dieu, comme si Jésus n’était pas Dieu, mais un pur homme. L’Église le combattit et l’anathématisa — au premier rang saint Cyrille, le pape d’Alexandrie, qui sortit comme un lion de son antre pour déchirer ce loup ravisseur et mettre en pièces les enseignements de ce misérable : il composa des livres pour réfuter cette hérésie, et dit à la fin au sujet de Nestorius : « Avec cela, sache en toute certitude que je suis prêt à endurer tout mal, les tourments de la prison et la mort, pour la foi de Jésus-Christ. » Telle était la vaillance des hommes de l’Église sur le siège d’Alexandrie ! Et il se tint à Éphèse un concile composé de deux cents évêques, présidé par ce saint plein de zèle ; après lecture des enseignements de Nestorius et leur réfutation, et après qu’il fut établi que sainte Marie est en vérité Mère de Dieu, ils s’écrièrent : « Anathème à ces égarements impies, et anathème à qui s’y attache : car ils contredisent les saintes Écritures et la tradition des Pères ! »[79]Comment donc a-t-il été permis aux protestants — eux qui s’imaginent être les maîtres de la réforme — de revenir ranimer ces vieilles hérésies que l’Église a reniées depuis tant de siècles ?
Ce que l’Église a répondu à cette hérésie
Premièrement. — Le Seigneur Jésus-Christ, que la sainte Vierge Marie a enfanté, est Dieu véritable ; c’est donc en toute justice et en toute droiture que la Vierge doit être appelée Mère de Dieu : car si le Christ est Dieu, comment celle qui l’a enfanté ne serait-elle pas mère de Dieu ? C’est là un raisonnement qu’on ne peut nier : Marie est la mère de Jésus, et Jésus est Dieu ; donc Marie est Mère de Dieu — si les prémisses sont vraies, la conclusion est vraie.
Deuxièmement. — Si sainte Marie n’était pas, comme ils le prétendent, mère de Dieu, alors le Fils ne serait pas Dieu — et c’est là une impiété affreuse, que nous ne saurions accepter de messieurs les protestants.
Troisièmement. — La Sainte Écriture lui attribue ce titre glorieux, en déclarant que celui qui est né d’elle est Dieu. Isaïe le prophète a dit : « Voici, la jeune femme est enceinte, elle va enfanter un fils et elle lui donnera le nom d’Emmanuel » (Is 7, 14) — c’est-à-dire : Dieu avec nous[80]. Paul l’Apôtre a dit : « quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme » (Ga 4, 4) ; et encore : « l’Évangile de Dieu, que d’avance il avait promis par ses prophètes dans les saintes Écritures, concernant son Fils, issu de la lignée de David selon la chair » (Rm 1, 1-3). Et voici la parole de l’ange à la Dame, la Vierge : « tu concevras dans ton sein et enfanteras un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus. Il sera grand, et sera appelé Fils du Très-Haut » (Lc 1, 31-32) ; et sa parole : « l’être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu » (Lc 1, 35). Et voici Élisabeth qui donne à la Dame, la Vierge, ce titre glorieux : « Et comment m’est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur ? » (Lc 1, 43). Point n’est besoin d’autres textes après ces paroles saintes et formelles.
La plus grande objection des protestants d’aujourd’hui est de dire : Marie n’a pas enfanté la divinité, donc elle ne doit pas être appelée mère de Dieu. Nous leur répondons qu’il faut comprendre que celui que sainte Marie a enfanté est Dieu fait homme — c’est-à-dire réunissant la divinité et l’humanité. De même qu’on dit de celle qui a enfanté Pierre qu’elle est la mère de Pierre, bien qu’elle n’ait pas enfanté son âme, que Dieu a créée — de même c’est en toute justice et droiture que sainte Marie est appelée Mère de Dieu : non qu’elle ait enfanté la divinité insaisissable, mais parce qu’elle a enfanté celui qui est Dieu fait homme. Et par là s’écroulent toutes leurs vaines prétentions contre cette vérité sainte.
Et voici la parole de saint Cyrille d’Alexandrie, en son livre contre Nestorius : « Je m’étonne qu’on puisse mettre en doute que la sainte Vierge doive être appelée Mère de Dieu. Car si notre Seigneur Jésus-Christ est Dieu, et si la Vierge est sa mère, elle est donc Mère de Dieu ; c’est là la foi que nous ont enseignée les apôtres, et c’est l’enseignement de nos pères. On n’entend pas par là que la nature du Verbe, ou la divinité, ait pris son commencement en Marie la Vierge ; mais c’est en elle que fut formé le corps sacré, animé d’une âme raisonnable, auquel le Verbe s’est uni d’une union hypostatique — et c’est pourquoi l’on dit que le Verbe est né selon la chair. Ainsi en va-t-il dans l’ordre de la nature : bien que les mères n’aient aucune part à la création de l’âme, on ne laisse pas de dire qu’elles sont mères de l’homme tout entier, et non de son corps seulement »[81].
Plût au ciel que messieurs les réformateurs prissent garde aux hérésies et aux innovations qu’ils ont ranimées, pour en revenir et s’attacher à la foi droite que l’Église a reçue des purs apôtres et des saints Pères ! Pour vous, ô orthodoxes à la bonne croyance, demeurez fermes dans vos enseignements droits, tenez votre foi droite, et ne vous laissez pas mener vers une bonne nouvelle contraire à celle que vous avez reçue — vous souvenant de la parole de Paul l’Apôtre : « si quelqu’un vous annonce un évangile différent de celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème ! » (Ga 1, 9).
XXV
La procession du Saint-Esprit du Père
le retour du symbole à sa pureté première
L’Église croit et enseigne, touchant la procession de l’Esprit tout de sainteté, qu’il procède du Père, comme l’a enseigné le Sauveur Jésus-Christ lui-même en disant : « l’Esprit de vérité, qui vient du Père » (Jn 15, 26). Cette règle de foi a été consacrée par le symbole de la foi composé par le saint concile assemblé à Nicée, formé de trois cent dix-huit évêques, en l’année 325, et par le concile réuni à Constantinople, formé de cent cinquante évêques ; et nous y confessons en disant : « Et nous croyons en l’Esprit-Saint, Seigneur vivifiant, qui procède du Père ; qui est adoré et glorifié avec le Père et le Fils ; qui a parlé par les prophètes. » Et les conciles ont anathématisé quiconque y ajouterait ou en retrancherait quoi que ce soit. Mais les papistes ont porté la main sur lui et, d’une hardiesse extrême, y ont ajouté le mot Filioque — « et du Fils » —, pour établir l’innovation qu’ils avaient forgée : la procession du Saint-Esprit du Père et du Fils[82]. Et messieurs les protestants, lors de leur schisme d’avec les papistes, au lieu de revenir au symbole originel, exempt de l’addition, ont reçu cet enseignement comme chose entendue — eux qui se réclament de la réforme !
Or, malgré leur attachement à ce principe dénué de droiture, on voit les plus grands de leurs théologiens pencher fortement vers la croyance de la procession du Saint-Esprit du Père seul, selon la croyance du symbole de Nicée. Voici la parole du pasteur James Anes, en son livre du Système de l’enseignement en théologie droite : « Quelques théologiens de notre temps présent, de l’Église épiscopale d’Angleterre et d’Amérique, inclinent à ne point grossir cette question (celle de la procession) et à en diminuer l’importance, comme sujet de discorde entre Orientaux et Occidentaux — ainsi qu’il a paru dans la résolution de la conférence de Bonn, l’année 1874, composée des vieux-catholiques, de l’Église grecque et de quelques évêques et pasteurs de l’Église épiscopale d’Angleterre et d’Amérique. » Et voici le texte de la résolution prise : « Nous convenons que l’insertion du mot Filioque dans le symbole de Nicée s’est faite d’une manière non canonique, et qu’il convient, en vue de la paix et de l’unité à venir, que toutes les Églises examinent cette question, afin de juger s’il est possible de ramener le symbole de Nicée à sa forme originelle » — c’est-à-dire en abandonnant le mot Filioque (tome premier, page 111)[83].
XXVI
La nature et la volonté
l’unique nature de l’Incarné après l’union
L’Église apostolique du Christ proclame et enseigne depuis les temps anciens, selon les textes de la Sainte Écriture, que l’union de la divinité et de l’humanité, dans le mystère de la glorieuse Incarnation, est une union essentielle et naturelle, sans mixtion ni mélange ; il n’est donc pas permis de parler de deux natures et de deux volontés, mais d’une seule nature, d’une seule volonté et d’une seule opération du Dieu fait homme. Mais messieurs les protestants ont reçu, d’une soumission aveugle, l’égarement de l’Église papale en cet enseignement, et ils ont professé deux natures et deux volontés dans le Seigneur Christ après l’union essentielle[84][85].
XXVII
Le refus des sept sacrements
les sept sources du salut attestées par l’Écriture et les Pères
L’Église sainte, une, universelle et apostolique a reçu depuis les temps anciens, des seigneurs apôtres très purs, l’enseignement des sept sacrements sacrés, qui se répandent sur les fidèles comme des sources de salut, des bénédictions et des dons divins : le baptême, la sainte onction du chrême, l’Eucharistie, la pénitence — ou confession —, l’onction des malades, le mariage et le sacerdoce. Mais les protestants ont nié et rejeté cet enseignement, et porté la main pour démolir cinq de ces sacrements. Ils prétendent que cela s’appuie sur ce que l’Écriture ne mentionne pas sept sacrements ; à ce compte, il leur faudrait nier aussi les deux qu’ils gardent, car l’Écriture ne dit pas davantage « deux sacrements seulement ». Leur nombre est établi chez nous par le témoignage de la vénérable tradition, gardée dans l’Église depuis les purs apôtres jusqu’à maintenant, et confirmé par les paroles de la Sainte Écriture, qui prouve chacun d’eux[86].
Une autre preuve que leur nombre est sept, c’est l’accord de toutes les Églises d’Orient et d’Occident sur ce nombre — ni plus, ni moins —, malgré les différends qui séparent ces Églises : ce qui montre que cet enseignement n’a été ni emprunté par une Église à une autre, ni établi par une connivence générale — puisque chaque Église diffère de l’autre en ses principes — mais qu’il est une tradition apostolique, que l’Église entière a reçue des saints. Le docteur Tertullien a dit : « Tout ce qui se trouve un chez tous ne vient ni d’illusion ni d’erreur, mais de tradition. » Saint Augustin a dit : « Ce que tient l’Église entière, sans qu’aucun concile l’ait institué, et qui a toujours été gardé en toute droiture, nous croyons à bon droit que cela n’a été transmis aux hommes que par le témoignage des apôtres. » Et saint Basile le Grand : « L’Église, outre ses croyances et ses enseignements écrits, possède ce que nous avons reçu sans aucune écriture, de cet enseignement mystérieux et non divulgué, que nos pères ont gardé dans un silence exempt de curiosité et d’indiscrétion — instruits qu’ils étaient à protéger par le silence la sainteté vénérable des mystères »[87].
Ajoutez que les protestants se sont contredits les uns les autres sur le nombre des sacrements. Luther tantôt enseigne qu’il y a deux sacrements, tantôt en concède trois — le baptême, le pain et la pénitence — ; et il dit, dans son livre de la Captivité de Babylone, qu’il ne nie pas les sept sacrements, mais qu’il nie qu’on puisse les établir par la Sainte Écriture. De même ceux qui l’ont suivi : les uns en reçoivent deux, d’autres trois. Zwingli dit, en son livre de la Religion, qu’il existe deux sacrements — le baptême et la cène du Seigneur — puis, parlant du mariage, il reconnaît que c’est un sacrement : les voilà chez lui au nombre de trois. Et Luther dit, au livre de ses Institutions, que les sacrements sont trois : le baptême, la cène du Seigneur et le sacerdoce. Il résulte donc de leurs propres paroles qu’ils ont confessé, à eux tous, le baptême, la cène du Seigneur, le sacerdoce, la pénitence et le mariage — soit cinq sacrements. Bien plus : leurs savants, assemblés à Leipzig en l’année 1548, ont reconnu que les sacrements sont sept ; et c’est pourquoi l’un de leurs docteurs, le nommé Mānyā, se plaint, en son livre de l’Exhortation à la constance, de cette divergence et de cet embarras des siens — qui ne sont qu’une preuve de la vérité et de la justesse de l’enseignement des sept sacrements[88]. Et la place me manque pour vous démontrer et établir maintenant chaque sacrement à part — cela ne peut tenir en un seul discours, mais en nombre de discours, et il y faudrait un gros volume[89]. Je me bornerai donc, sur ce point, à vous produire un peu des versets de l’Écriture et des témoignages des Pères, qui montrent que ces sacrements étaient pratiqués aux temps apostoliques et dans les premières générations.
a) Le sacrement du baptême
Le Sauveur l’a institué en disant : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit » (Mt 28, 18-19) ; et : « Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné » (Mc 16, 16) ; et : « à moins de naître d’eau et d’Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu » (Jn 3, 5). Et Paul l’Apôtre a dit de lui : « ensevelis avec lui (c’est-à-dire avec le Christ) lors du baptême, vous en êtes aussi ressuscités avec lui, parce que vous avez cru en la force de Dieu qui l’a ressuscité des morts » (Col 2, 12).
b) Le sacrement du chrême
Le sacrement du chrême, ou de la sainte onction, le Seigneur Christ l’a institué par sa parole : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive… De son sein couleront des fleuves d’eau vive. Il parlait de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en lui ; car il n’y avait pas encore d’Esprit » (Jn 7, 37-39). Paul l’Apôtre en parle en disant : « Celui qui nous affermit avec vous dans le Christ et qui nous a donné l’onction, c’est Dieu, Lui qui nous a aussi marqués d’un sceau et a mis dans nos cœurs les arrhes de l’Esprit » (2 Co 1, 21-22). Et Jean l’Apôtre en a parlé en termes exprès : « vous avez reçu l’onction venant du Saint, et tous vous possédez la science » (1 Jn 2, 20) ; et : « l’onction que vous avez reçue de lui demeure en vous, et vous n’avez pas besoin qu’on vous enseigne. Mais puisque son onction vous instruit de tout, qu’elle est véridique, non mensongère » (1 Jn 2, 27). De ces versets on infère que l’onction est le don de la venue du Saint-Esprit, qui nous enseigne toutes choses et nous rappelle toutes choses, comme l’a annoncé le Sauveur — car l’Écriture appelle la venue du Saint-Esprit une onction, selon la parole prophétique : « le Seigneur m’a donné l’onction ; il m’a envoyé porter la nouvelle aux pauvres, panser les cœurs meurtris » (Is 61, 1) ; et : « Dieu, ton Dieu, t’a donné l’onction d’une huile d’allégresse comme à nul de tes rivaux » (Ps 45, 8 ; voir Ex 30).
Les purs apôtres accomplissaient ce sacrement sacré par l’imposition de la main, comme il est dit au livre des Actes : « Apprenant que la Samarie avait accueilli la parole de Dieu, les apôtres qui étaient à Jérusalem y envoyèrent Pierre et Jean. Ceux-ci descendirent donc chez les Samaritains et prièrent pour eux, afin que l’Esprit-Saint leur fût donné. Car il n’était encore tombé sur aucun d’eux : ils avaient seulement été baptisés au nom du Seigneur Jésus. Alors Pierre et Jean se mirent à leur imposer les mains, et ils recevaient l’Esprit-Saint » (Ac 8, 14-17 ; voir Ac 19, 1-6). L’usage de ce sacrement dans les premières générations apostoliques, saint Denys l’Aréopagite, disciple de Paul l’Apôtre, l’atteste en disant : « L’onction d’achèvement, par le saint chrême, donne à qui a été jugé digne du sacrement tout saint de la seconde naissance la venue de l’Esprit de majesté divine » ; et, parlant du sacrement de la communion : « mais c’est l’onction du chrême qui donne l’achèvement » (De la hiérarchie ecclésiastique). Le docteur Tertullien, qui vécut au début du deuxième siècle, a dit : « Au sortir du bain du baptême, nous sommes oints d’une huile sainte, suivant l’ancienne règle, comme on oignait jadis pour le sacerdoce avec l’huile de la corne » ; l’onction s’accomplit sur nous corporellement, mais nous en recueillons des fruits spirituels — comme dans le baptême, où nous sommes plongés corporellement dans l’eau et en recueillons des fruits spirituels, étant purifiés de nos péchés ; « après quoi est imposée la main, qui, par la bénédiction, appelle le Saint-Esprit et le fait descendre » (Du baptême, 7-8). Et l’historien Mosheim en a témoigné, disant : « Après que l’évêque avait [ baptisé ] le catéchumène, il l’oignait aussi et le recommandait à Dieu par la prière et l’imposition des mains »[90].
c) Le sacrement de l’Eucharistie
C’est le sacrement de l’action de grâces ; le Sauveur l’a institué la nuit de sa Passion : « Or, tandis qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain, le bénit, le rompit et le donna aux disciples en disant : Prenez, mangez, ceci est mon corps. Puis, prenant une coupe, il rendit grâces et la leur donna en disant : Buvez-en tous ; car ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui va être répandu pour une multitude en rémission des péchés » (Mt 26, 26-28).
d) Le sacrement de la pénitence
C’est le sacrement de la confession ; le Sauveur, à qui est la gloire, l’a institué par sa parole à ses disciples : « Recevez l’Esprit-Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus » (Jn 20, 22-23) ; et par sa parole : « tout ce que vous lierez sur la terre sera tenu au ciel pour lié, et tout ce que vous délierez sur la terre sera tenu au ciel pour délié » (Mt 18, 18). Jacques l’Apôtre l’a prescrit en disant : « Confessez donc vos péchés les uns aux autres et priez les uns pour les autres, afin que vous soyez guéris » (Jc 5, 16) ; et il était en usage au temps des apôtres, comme on le voit au livre des Actes : « Beaucoup de ceux qui étaient devenus croyants venaient faire leurs aveux et dévoiler leurs pratiques » (Ac 19, 18). Le docteur Tertullien y fait allusion dans les premières générations : « Le pécheur se relève par la confession, que le Seigneur a instituée » (De la pénitence) ; et le docteur Origène, au troisième siècle, dit : « Il est encore une autre rémission des péchés, laborieuse et difficile : celle qu’on obtient par la pénitence, quand le pécheur trempe sa couche de ses larmes, quand ses larmes deviennent son pain jour et nuit — et quand il dit, après le péché : j’ai connu mon péché et je n’ai pas caché ma faute ; j’ai dit : je confesserai au Seigneur mon iniquité »[91]. Saint Basile le Grand, dans ses règles, répondant à une question, dit : « La confession des péchés à ceux à qui est confiée l’économie des mystères de Dieu est nécessaire ; car ceux qui faisaient pénitence anciennement, on voit qu’ils la faisaient devant les saints : l’Évangile rapporte qu’ils confessaient leurs péchés à Jean le Baptiste, et les Actes des apôtres, qu’ils les confessaient aux apôtres, de qui ils étaient baptisés. » Et Mosheim en a également témoigné.
e) Le sacrement de l’onction des malades
Les purs apôtres ont pratiqué ce sacrement, en prenant le principe du Seigneur Christ, à qui est la gloire, comme il ressort de l’Évangile : quand les apôtres parcoururent le pays en prêchant, ils « faisaient des onctions d’huile à de nombreux infirmes et les guérissaient » (Mc 6, 13). Jacques l’Apôtre l’a établi par sa parole : « Quelqu’un parmi vous est-il malade ? Qu’il appelle les presbytres de l’Église et qu’ils prient sur lui après l’avoir oint d’huile au nom du Seigneur. La prière de la foi sauvera le patient et le Seigneur le relèvera. S’il a commis des péchés, ils lui seront remis » (Jc 5, 14-15). Saint Cyrille de Jérusalem y renvoie le fidèle souffrant, l’exhortant à recourir à l’huile sainte et aux invocations que le livre divin attribue à Dieu, de préférence aux amulettes des païens ; et l’historien Mosheim a témoigné que ce sacrement était en usage dans les premières générations : « Les premiers chrétiens, quand ils tombaient gravement malades, appelaient les anciens de l’Église, suivant la parole de l’apôtre Jacques ; et après la confession, les anciens les recommandaient à Dieu par des supplications ferventes et les oignaient d’huile. »
f) Le sacrement du mariage
Le sacrement du mariage, c’est le Créateur, l’Exalté, qui l’a institué dès le commencement, comme il est manifeste par la parole du Sauveur, à qui est la gloire : « N’avez-vous pas lu que le Créateur, dès l’origine, les fit homme et femme, et qu’il a dit : Ainsi donc l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux ne feront qu’une seule chair ? Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Eh bien ! ce que Dieu a uni, l’homme ne doit point le séparer » (Mt 19, 4-6). Paul l’Apôtre le nomme un grand mystère, et le compare à l’union du Christ et de l’Église : « Voici donc que l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux ne feront qu’une seule chair : ce mystère est de grande portée ; je veux dire qu’il s’applique au Christ et à l’Église » (Ep 5, 31-32).
Saint Ignace, au début du deuxième siècle, a dit : « Il convient aux époux et aux épouses de contracter leur union avec l’avis de l’évêque, afin que le mariage se fasse selon la volonté de Dieu, et non selon la convoitise » (lettre à Polycarpe, 5). Le docteur Tertullien dit : « Comment pourrions-nous exprimer le bonheur de ce mariage que ménage l’Église, que l’oblation confirme et que la bénédiction scelle ? » (À son épouse, II, 8) — le comptant expressément parmi les sacrements ; et ailleurs : « Satan, parce qu’il cherche à contrefaire les choses de Dieu, imite les sacrements divins eux-mêmes chez les nations : il baptise une partie de ses sectateurs en leur promettant que le baptême remet leurs péchés, il marque ses soldats au front, il célèbre l’oblation du pain — et il appelle un prêtre pour bénir le mariage » (De la prescription contre les hérétiques, 40). Et saint Augustin a dit : « La sainteté du sacrement a, dans notre mariage, plus de valeur que la fécondité elle-même » (Du bien du mariage, 18, 21 et 24, 32).
g) Le sacrement du sacerdoce
Ce sacrement, le Seigneur Christ, à qui est la gloire, l’a institué en élisant des apôtres et des pasteurs pour paître l’Église ; il leur a dit : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais c’est moi qui vous ai choisis » (Jn 15, 16), et il leur a donné, à eux seuls et à nul autre, les droits et les prérogatives propres d’enseigner les peuples, d’évangéliser les nations et d’accomplir les sacrements. À eux seuls il a donné le droit de baptiser ; à eux il a remis le sacrement de son corps et de son sang très saints ; à eux seuls le droit de l’imposition des mains et tous les ministères spirituels de l’Église ; enfin il leur a dit : « voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). Les apôtres, à leur tour, ordonnèrent des ministres et des prêtres en chaque Église : « Ils leur désignèrent des anciens dans chaque Église » (Ac 14, 23). Paul l’Apôtre dit de ce sacrement, dans sa parole à Timothée : « Ne néglige pas le don spirituel qui est en toi, qui t’a été conféré par une intervention prophétique accompagnée de l’imposition des mains du collège des presbytres » (1 Tm 4, 14) ; et encore : « je t’invite à raviver le don spirituel que Dieu a déposé en toi par l’imposition de mes mains » (2 Tm 1, 6) ; et il lui recommande : « Ne te hâte pas d’imposer les mains à qui que ce soit. Ne te fais pas complice des péchés d’autrui » (1 Tm 5, 22) ; et à Tite : « établir dans chaque ville des presbytres, conformément à mes instructions » (Tt 1, 5). Et surtout cette voix prophétique, qui dit du Seigneur Christ : « Le Seigneur l’a juré, il ne s’en dédira point : Tu es prêtre à jamais selon l’ordre de Melchisédech » (Ps 110, 4). Les degrés du sacerdoce sont trois, manifestes dans la Sainte Écriture avec leurs devoirs : l’évêque (1 Tm 3, 1-7), le prêtre (Ac 14, 23 ; 1 Tm 5, 17) et le diacre (1 Tm 3, 8-10).
Saint Irénée, disciple de saint Polycarpe, disciple de Jean [ l’Évangéliste ], a dit : « Il faut obéir aux prêtres qui sont dans l’Église, qui tiennent la succession des apôtres, et qui, avec la succession de l’épiscopat, ont reçu le charisme assuré de la vérité selon le bon plaisir du Père » (Contre les hérésies, IV, 26). Saint Ignace a dit : « Les évêques établis jusqu’aux extrémités de la terre sont selon la volonté de Jésus-Christ » (lettre aux Éphésiens, 3) ; et encore : « Suivez tous l’évêque, comme Jésus-Christ [ suit ] le Père, et le collège des prêtres comme les apôtres ; et les diacres, honorez-les comme le commandement de Dieu » (lettre aux Smyrniotes, 8) ; et encore : « Je vous supplie de tout faire sous la présidence de l’évêque, qui tient la place de Dieu même, des prêtres, qui tiennent la place [ du sénat des apôtres ], et des diacres, qui me sont très chers, à qui est confié le service de Jésus-Christ » (lettre aux Magnésiens, 6).
Voilà, ô bien-aimés, quelques versets de la Sainte Écriture et un peu des paroles des Pères qui vécurent dans les premiers siècles chrétiens : vous en conclurez que la croyance aux sept sacrements de l’Église est apostolique, et que l’Église sainte, universelle et apostolique n’a cessé de tenir leur droite croyance, conformément aux enseignements divins et aux traditions apostoliques. Demeurez donc fermes dans votre foi, rejetez les enseignements étrangers qui contredisent les paroles de notre Seigneur Jésus-Christ, et ne recevez pas une autre bonne nouvelle que celle que vous avez reçue — vous souvenant de la parole de Paul l’Apôtre : « si nous-même, si un ange venu du ciel vous annonçait un évangile différent de celui que nous avons prêché, qu’il soit anathème ! » (Ga 1, 8).
XXVIII
Le refus de la nécessité du baptême pour le salut
le bain de la seconde naissance
J’ai dit plus haut que les protestants n’ont finalement retenu que deux sacrements — le baptême et la cène du Seigneur — mais d’une manière purement extérieure, qui ne va pas au-delà : car ils croient que les sacrements ne sont que des figures et des signes extérieurs des promesses divines, destinés à réveiller la foi en Jésus-Christ, sans opération intérieure dans les fidèles ; en sorte qu’ils sont chez eux sans profit ni effet, qu’on les accomplisse ou non — et les voilà, dès lors, négateurs des sacrements en général et absolument. Le baptême n’est plus chez eux qu’une marque extérieure qui distingue le chrétien du non-chrétien. Or cet enseignement est étranger, renié par la Sainte Écriture et par l’enseignement apostolique ; sa vanité et sa corruption paraissent de ce qui suit :
Premièrement. — De la parole de Jean le Baptiste sur le baptême du Christ : « Pour moi, je vous baptise dans de l’eau en vue du repentir ; mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi… lui vous baptisera dans l’Esprit-Saint et le feu » (Mt 3, 11).
Deuxièmement. — De la parole du Sauveur, à qui est la gloire : « à moins de naître d’eau et d’Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu » (Jn 3, 5) ; et de sa parole : « Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné » (Mc 16, 16). Il est donc manifeste que celui qui n’est pas baptisé est condamné, et n’est pas digne d’entrer au Royaume de Dieu.
Troisièmement. — Des paroles des purs apôtres. Paul l’Apôtre a dit : « il ne s’est pas occupé des œuvres de justice que nous avions pu accomplir, mais, poussé par sa seule miséricorde, il nous a sauvés par le bain de la régénération et de la rénovation en l’Esprit-Saint » (Tt 3, 5) ; et : « le Christ a aimé l’Église : il s’est livré pour elle, afin de la sanctifier en la purifiant par le bain d’eau qu’une parole accompagne ; car il voulait se la présenter à lui-même toute resplendissante, sans tache ni ride ni rien de tel, mais sainte et immaculée » (Ep 5, 25-27) ; et : « vous vous êtes lavés, vous avez été sanctifiés, vous avez été justifiés par le nom du Seigneur Jésus-Christ et par l’Esprit de notre Dieu » (1 Co 6, 11) ; et : « Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ » (Ga 3, 27). Et Pierre l’Apôtre a dit : « Repentez-vous, et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus-Christ pour la rémission de ses péchés, et vous recevrez alors le don du Saint-Esprit » (Ac 2, 38) ; et : « c’est le baptême qui vous sauve à présent, et qui n’est pas l’enlèvement d’une souillure charnelle, mais l’engagement à Dieu d’une bonne conscience par la résurrection de Jésus-Christ » (1 P 3, 21). Ces versets, et d’autres encore, proclament que le baptême est nécessaire au salut, et que par lui s’obtient le pardon des péchés — tout le contraire de ce qu’ils prétendent.
Quatrièmement. — Une preuve de la corruption de leur enseignement, c’est qu’ils confessent, comme je l’ai dit, que le baptême est une marque qui distingue le chrétien de tout autre — ce qui est vain : car le baptême ne laisse pas de trace apparente sur le corps, il n’imprime nulle marque au visage ni ailleurs, à quoi l’on reconnaîtrait le chrétien ; son opération est au-dedans, par l’action de l’Esprit très saint de Dieu, lorsque nous ressuscitons avec le Christ après avoir été ensevelis avec lui (Col 2, 12).
Cinquièmement. — Tel est l’enseignement des Pères des premiers âges. Saint Justin, le martyr philosophe, qui fut le défenseur de la religion, a dit : « Il nous faut songer par quelle voie nous pouvons obtenir le pardon des péchés et posséder l’espérance de l’héritage promis : il n’est pour cela qu’une seule voie — confesser [ le Christ ] et recevoir le bain » (Dialogue avec Tryphon, 44). Saint Cyrille de Jérusalem a dit : « Le baptême est rachat pour les captifs, pardon des offenses, mort du péché, seconde naissance de l’âme, vêtement de lumière, sceau saint qui ne se rompt pas, char qui monte au ciel, délices du paradis, gage du Royaume et grâce de l’adoption filiale » (Catéchèse préparatoire, 16). Grégoire a dit : « Le baptême est donc purification des péchés, remise des fautes, cause de renouvellement et de seconde naissance » (Sur le baptême du Christ). Saint Augustin a dit : « Par notre naissance de l’eau et de l’Esprit, nous sommes purifiés de tout péché — soit de celui d’Adam, en qui tous ont péché, soit de ceux que nous avons commis nous-mêmes — : ils sont lavés dans le baptême. » Et Mosheim, l’historien protestant, a dit : « Le Christ n’a institué que deux rites, qu’il n’est permis ni de changer ni d’abolir : la cène du Seigneur et le baptême ; et ces deux rites ne doivent pas être tenus pour de simples cérémonies, ni pour porteurs d’un sens figuratif seulement — ils avaient une efficacité sanctifiante »[92].
Si tel est l’enseignement du Seigneur Christ, des apôtres et des saints qui ont gardé le dépôt de la foi — d’où ont-ils donc tiré ce nouvel enseignement, sinon de leurs esprits trop courts pour saisir les mystères divins et les paroles du Seigneur ?
XXIX
Le refus du corps et du sang très saints du Christ
la présence véritable dans le sacrement de l’action de grâces
Pour ce qui est du sacrement de l’Eucharistie, ou de l’action de grâces divine, l’Église a reçu du Sauveur, à qui est la gloire, et des purs apôtres, que le pain et le vin, après la consécration, ne sont plus un pain et un vin simples, mais le corps et le sang de notre Sauveur Jésus-Christ ; ce sacrement est le plus sublime des sacrements de l’Église, et c’est en toute justice qu’il est appelé le sacrement des sacrements. Nul n’a nié ce sacrement très saint, sinon quelques hérétiques novateurs que l’Église a anathématisés et dont elle a renié l’innovation : le plus fameux est Jean Scot, l’hérétique du neuvième siècle, venu de Scotie, qui blasphéma en forgeant que ce sacrement ne contient pas en vérité le corps et le sang du Christ, et que l’Eucharistie n’est qu’une figure de Jésus-Christ ; puis Bérenger, au onzième siècle, qui prit cette hérésie de son devancier ; puis les pétrobrusiens et les partisans d’Henri au douzième siècle, et les albigeois au treizième : tous hérétiques, qui enseignèrent contre l’Écriture et l’Église en ce sacrement — l’Église les retrancha de son sein et ensevelit ces hérésies, dont la trace s’éteignit après eux. Mais hélas ! messieurs les protestants, déjà si empressés à ramener l’hérésie d’Helvidius et celle de Nestorius, comme on l’a vu, se sont encore employés à ramener de son tombeau cette infâme innovation : ils nient [ la parole ] expresse — « ceci est mon corps, ceci est mon sang » — qui ne souffre pas d’échappatoire, et disent que ce n’est là qu’image, symbole, métaphore et figure du corps et du sang du Christ. Il n’est pourtant aucun sacrement de l’Église qui paraisse dans la Sainte Écriture avec autant d’éclat que celui-ci ; mais le Sauveur, à qui est la gloire, l’avait prédit : « Leur infidélité va-t-elle annuler la fidélité de Dieu ? Certes non ! Il faut que Dieu soit véridique et tout homme menteur » (Rm 3, 3-4). La corruption et la vanité de leur enseignement paraissent de ce qui suit[93] :
Premièrement. — Le Sauveur, à qui est la gloire, quand il parla de la promesse de ce sacrement, parla en termes exprès et publics, d’un langage qui ne souffre ni interprétation ni métaphore, aux Juifs qui disputaient contre lui, ne comprenant pas sa parole et disant : comment celui-ci peut-il nous donner sa chair [ à manger ] ? — comme disent aujourd’hui les protestants ! Il leur répondit par des paroles qui ne sont qu’affermissement et confirmation : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous » ; « Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour » ; « Car ma chair est vraiment une nourriture et mon sang vraiment une boisson » ; « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui » (Jn 6, 53-56). Il n’est point de parole plus expresse.
Deuxièmement. — Il institua ce sacrement la nuit de sa Passion, par sa parole à ses disciples, après avoir pris le pain : « Prenez, mangez, ceci est mon corps » ; puis, prenant la coupe : « Buvez-en tous ; car ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui va être répandu pour une multitude en rémission des péchés » (Mt 26, 26-28) : parole expresse, où il n’y a nulle trace de métaphore ni de symbole.
Troisièmement. — Saint Paul l’Apôtre — qui a dit : j’ai reçu du Seigneur ce que je vous ai transmis — emploie ces mêmes paroles : « jugez vous-mêmes de ce que je dis. La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas communion au corps du Christ ? » (1 Co 10, 15-16) ; et il dit encore : « quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement aura à répondre du corps et du sang du Seigneur… car celui qui mange et boit, mange et boit sa propre condamnation, s’il ne discerne le Corps. Voilà pourquoi il y a parmi vous beaucoup de malades et d’infirmes, et que bon nombre sont morts » (1 Co 11, 27-30). Ces avertissements redoutables montrent que le pain et le vin ne sont plus deux éléments simples, comme ils l’étaient d’abord, mais le corps et le sang du Seigneur, par le changement essentiel et mystérieux que les sens ne saisissent pas, après la consécration ; autrement, comment l’homme, mangeant un pain simple et buvant un vin simple, aurait-il à répondre du corps et du sang du Seigneur ? Le Seigneur nous donnerait-il du pain, pour nous demander compte d’une substance — nous donnerait-il un pain simple, pour nous juger comme sur le corps du Seigneur ?
Quatrièmement. — Les circonstances où le Seigneur Christ prononça l’institution de ce sacrement attestent la vérité de la parole et excluent la métaphore et le symbole. Car, à lui la gloire : premièrement, il adressa cette parole à ses disciples intimes, à qui il avait dit : vous êtes mes amis, et encore : à vous il a été donné de connaître le Royaume de Dieu — et le Sauveur n’usait pas avec eux de métaphore ni de symbole ; deuxièmement, c’était une heure où il ne pouvait leur parler qu’à découvert et clairement, sans énigmes, paraboles, métaphores ni symboles, puisque c’était la dernière heure de sa vie — et en un tel moment nul homme n’use d’énigmes ni de figures : le Sauveur serait-il venu, en ces circonstances suprêmes, leur parler par paraboles, métaphores et symboles ? — troisièmement, ses disciples n’étaient pas alors capables de saisir le sens d’une métaphore ou d’un symbole : ils comprirent sa parole à la lettre, selon son sens apparent et évident pour eux — on le voit à l’opposition [ des auditeurs de Capharnaüm ] et au départ de plusieurs. Si la parole du Sauveur avait été figurée, il n’y aurait eu lieu ni à cette dispute ni à cet abandon ; et si le Seigneur Christ avait voulu la métaphore et le symbole, il le leur eût dit expressément, et n’eût pas laissé ces disciples s’en retourner loin de lui — lui qui veut que tous soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité.
Cinquièmement. — Cet enseignement est la foi des saints Pères dans tous les premiers âges, et il demeure jusqu’à maintenant la croyance de toutes les Églises chrétiennes, en Orient et en Occident, si divisées qu’elles soient sur certains principes ; nul n’y a contredit, hormis les seuls protestants. Voici les témoignages de Pères qui vécurent au deuxième siècle chrétien. Saint Ignace dit, dans sa lettre aux gens de Smyrne, au sujet des hérétiques : « Ils se tiennent à l’écart de l’Eucharistie et de la prière, parce qu’ils ne confessent pas que l’Eucharistie est la chair de notre Sauveur Jésus-Christ, qui a souffert pour nous, et que le Père a ressuscitée dans sa bonté » ; et dans sa lettre aux Romains : « Je ne me plais point à la nourriture corruptible ni aux délices de cette vie : je veux le pain de Dieu, qui est la chair de Jésus-Christ, né de la race de David, et pour breuvage je veux son sang très pur. » Saint Justin le Martyr dit, dans ses apologies : « Nous ne les prenons point comme un pain ordinaire ni comme un breuvage ordinaire ; mais, de même que par la Parole de Dieu Jésus-Christ notre Sauveur s’est incarné et a pris, pour notre salut, chair et sang — de même nous avons appris que l’aliment sur lequel a été prononcée l’action de grâces de sa parole, et dont, par assimilation, se nourrissent notre sang et nos chairs, est la chair et le sang de ce Jésus incarné » (Première apologie, 66). Et saint Irénée, au quatrième livre contre les hérésies : « Comment comprendraient-ils que le pain sur lequel s’est accomplie l’action de grâces est le corps de leur Seigneur, et cette coupe son sang, s’ils ne confessent qu’il est le Fils du Créateur du monde ? »
Sixièmement. — Luther lui-même, le chef des protestants, ne put nier ce sacrement très saint : il s’y trouva réduit à une gêne extrême. Tantôt il croyait et enseignait que le corps du Christ est dans le pain comme l’eau dans le vase — c’est sa parole : « le corps du Christ est dans le pain, avec le pain, sous le pain », le pain et le vin demeurant simples en leur état ; tantôt il crut que c’est pleinement le corps du Christ. Voici sa parole, écrite de sa main lorsque disputaient contre lui des chefs de la Réforme qui s’étaient levés avec lui puis l’avaient contredit en bien des choses — et il la répétait souvent : « Je diffère de mes intimes touchant la cène du Seigneur, et j’en différerai toujours. Le Christ a dit : ceci est mon corps ; qu’ils me montrent donc que le corps n’est pas son corps ! Je rejette la raison, le sens commun, les arguments charnels et les preuves mathématiques : la parole de Dieu est au-dessus des géométries ; nous avons la parole de Dieu, et il nous faut nous y soumettre et la révérer » (Histoire de la Réforme, du savant protestant Merle [ d’Aubigné ], tome second)[94].
Et nous avons quantité d’autres témoignages de saints Pères, en chaque génération, pour établir ce sacrement très saint et les autres sacrements sacrés. Vous voyez donc, par tout ce qui précède, que les protestants ont nié absolument l’ensemble des sacrements sacrés, et que leur confession de deux sacrements n’est qu’un dire tout extérieur. Pour vous, demeurez fermes dans ce que vous avez appris, et ne vous tournez pas vers ces enseignements nouveaux, qui n’ont d’autre but que de démolir les colonnes des croyances véritables et d’étayer les hérésies anciennes — vous souvenant de la parole de Paul l’Apôtre : « si nous-même, si un ange venu du ciel vous annonçait un évangile différent de celui que nous avons prêché, qu’il soit anathème ! »
XXX
Le refus de l’obligation du jeûne
les témoins protestants de l’ancienneté du jeûne
L’Église sainte et apostolique, depuis les temps anciens, révère l’enseignement divin et la tradition apostolique touchant l’obligation du jeûne, et prescrit à ses enfants la pratique de ce devoir sacré, pour qu’ils s’en arment contre les tentations, contre les passions de la chair et ses révoltes, pour l’exercice de l’esprit et la culture de l’intelligence. Les preuves de l’Écriture sur ce point sont trop connues pour qu’on les rappelle[95] ; on voit les purs apôtres et les saints Pères modèles dans l’accomplissement et la pratique de ce devoir — bien plus, le Seigneur Jésus-Christ, chef de notre salut et notre parfait modèle, s’est fait lui-même exemple vivant et parfait, pour que nous suivions sa trace et marchions sur ses pas : il jeûna quarante jours et quarante nuits, lui, le Seigneur Dieu, qui reçoit les prières et les jeûnes des fidèles.
Et qu’avons-nous besoin de dresser la preuve de son obligation, quand eux-mêmes la confessent dans leurs livres — en théorie sinon en pratique, en parole sinon en acte ? Voici ce qu’atteste le savant Mosheim, l’historien protestant : « Les chrétiens, dans les premières générations, jeûnaient le jeûne de la sainte Quarantaine, ainsi que les deux jours du mercredi et du vendredi » — et pareil témoignage se lit dans l’Histoire de l’Église des protestants, imprimée à Malte. De même, le livre du Parfum des âmes, du pasteur protestant Benjamin Kinder, rapporte que « Justin le Martyr, qui vivait au milieu du deuxième siècle, parle du jeûne joint au baptême ; à Éphèse, aux jours d’Irénée, au début du troisième siècle, l’usage courait en certains lieux de jeûner avant la Pâque ; et Clément d’Alexandrie mentionne des jeûnes hebdomadaires » (chapitre deuxième). Et qu’il est beau, ce qui se lit dans leur livre du Dévoilement des ténèbres, sur la vérité de la prière et du jeûne, quand il parle du jeûne : « Son usage est au nombre des moyens de vaincre le péché et de croître dans la grâce et la sainteté. Et si beaucoup de gens usent du jeûne à contresens de sa vérité, nous déplorons que beaucoup de chrétiens véritables le négligent tout à fait : par là, non seulement ils en perdent les profits, mais ils donnent prise au reproche des adversaires de la vraie foi — celui de suivre une religion qui leur accorde une large licence de jouir de ce que convoitent leurs corps. » Et après avoir blâmé ceux qui l’abandonnent, il dit : « L’homme qui lit les Saintes Écritures d’un esprit exempt de parti pris ne peut nier l’obligation du jeûne ; nous voyons le Sauveur en parler à ses disciples comme de l’un des devoirs religieux, à l’égal de la prière et de l’aumône » (page 118). Puis, ayant établi son obligation par la pratique qu’en firent le Seigneur, ses disciples et les prophètes de Dieu dans l’Ancien Testament, et ayant parlé de ses profits, il conclut : « Son unique fin est d’aider l’âme à brider les convoitises corporelles et à les soumettre à la volonté de Dieu et à ses commandements. À cette fin, il nous est profitable de nous abstenir parfois, pour un temps, des jouissances habituelles du corps — les viandes et ce qui les suit, et la nourriture qui fait sa force —, afin qu’il apprenne un moment l’obéissance et se soumette plus aisément à l’empire de la raison et de l’âme, et que nous ne tombions pas dans les œuvres qui irritent Dieu et nous perdent pour l’éternité. Aussi la grande fin qu’on se propose dans le jeûne est-elle d’affaiblir la force des convoitises corporelles et des penchants terrestres, pour que prévalent sur eux les aspirations et les affections spirituelles, et que l’âme, affranchie, monte sur les ailes de la foi et de l’amour vers Dieu, source unique de sa vie et de ses joies pures »[96].
Après de telles paroles, écrites dans leurs propres livres, leur sied-il de nous faire grief de suivre l’enseignement divin, la tradition apostolique et la belle piété sincère, en accomplissant et pratiquant les devoirs du jeûne ? Qu’ils cessent donc de séduire les enfants de notre sainte Église et de les pousser à abandonner le jeûne et à s’écarter de ses enseignements conformes à la doctrine droite ! Et plût au ciel qu’ils se souvinssent de la parole de l’Apôtre : « il y a des gens qui jettent le trouble parmi vous et qui veulent bouleverser l’Évangile du Christ. Eh bien ! si nous-même, si un ange venu du ciel vous annonçait un évangile différent de celui que nous avons prêché, qu’il soit anathème ! » (Ga 1, 7-8).
XXXI
Le refus des traditions apostoliques
le dépôt gardé, écrit et non écrit
L’Église sainte, universelle et apostolique a reçu les saintes traditions de la main des purs apôtres ; elle les a gardées comme un dépôt sacré et les a tenues pour un trésor de grand prix. On entend par tradition tout enseignement parvenu jusqu’à nous, écrit ou non écrit — et, au sens le plus propre, les enseignements qui nous sont parvenus sans être renfermés dans les livres divins : les enseignements des purs apôtres et leurs saintes transmissions, qu’ils n’ont pas déposés dans leurs épîtres. Toutes les Églises chrétiennes les ont gardées ; nul ne les a reniées, hormis messieurs les protestants — et il leur fallait bien les renier, puisqu’ils se sont détachés de l’Église apostolique et se sont mis à inventer des croyances accommodées à leur état : les voilà donc devenus fort étrangers à ces traditions et transmissions apostoliques. Et pour que cet enseignement ne demeure pas sans preuve :
Premièrement. — L’Église de Dieu, depuis les jours qui précédèrent Moïse, marchait selon la tradition, l’enseignement divin et la belle piété que les prophètes se transmettaient des pères — et cela quelque deux mille ans avant la mise par écrit de la loi de Moïse. Nous voyons aussi Job et ses enfants garder cet enseignement et marcher dans la voie de la piété selon la tradition, en un temps où rien des paroles de Dieu n’était encore écrit. Et la nation d’Israël elle-même considérait et révérait la tradition qui lui était parvenue, alors qu’elle jouissait des paroles de la révélation, comme il ressort des paroles de l’Écriture : « Ce jour-là, tu parleras ainsi à ton fils : c’est à cause de ce que le Seigneur a fait pour moi lors de ma sortie d’Égypte » (Ex 13, 8) ; « Interroge ton père, qu’il te l’apprenne ; tes anciens, qu’ils te le disent » (Dt 32, 7) ; « Interroge la génération passée, médite sur l’expérience acquise par ses pères » (Jb 8, 8) ; « il établit un témoignage en Jacob, il mit une loi en Israël ; il avait commandé à nos pères de le faire connaître à leurs enfants » (Ps 78, 5).
Deuxièmement. — L’Église du Christ demeura nombre d’années sans enseignements écrits, marchant selon l’enseignement oral et la tradition apostolique non écrite. Le premier livre écrit après l’ascension du Sauveur est l’évangile de Matthieu, qu’on pense avoir été écrit la quatrième ou la septième année après l’Ascension ; l’évangile de Marc ne fut écrit que vers l’an 12, celui de Luc vers l’an 20 ou 25, celui de Jean vers l’an 66, et les épîtres de saint Paul l’Apôtre furent écrites environ de l’an 20 à l’an 33. Bien plus : quantité de peuples marchaient dans la voie de la piété droite par le moyen de la tradition, avant que rien des enseignements de la révélation ne leur fût parvenu — preuve éclatante de la vérité, de la sûreté et de la constance de la tradition, et de sa garde dans l’Église chrétienne dès ce temps-là.
Troisièmement. — La Sainte Écriture établit la tradition et lui rend un juste témoignage, en nous avertissant de l’obligation de la garder. Parmi ces paroles, celles de Paul l’Apôtre : « frères, tenez bon, gardez fermement les traditions que vous avez apprises de nous, de vive voix ou par lettre » (2 Th 2, 15) ; « Je vous félicite de ce qu’en toutes choses vous vous souvenez de moi et gardez les traditions comme je vous les ai transmises » (1 Co 11, 2) ; « tenez-vous à distance de tout frère qui mène une vie désordonnée et ne se conforme pas à la tradition que vous avez reçue de nous » (2 Th 3, 6) ; et sa parole à son disciple : « Ô Timothée, garde le dépôt » (1 Tm 6, 20) ; et encore : « Ce que tu as appris de moi sur l’attestation de nombreux témoins, confie-le à des hommes sûrs, capables à leur tour d’en instruire d’autres » (2 Tm 2, 2) ; et aux Corinthiens : « Quant au reste, je le réglerai lors de ma venue » (1 Co 11, 34) ; et aux Philippiens : « Ce que vous avez appris, reçu, entendu de moi et constaté en moi, voilà ce que vous devez pratiquer. Alors le Dieu de la paix sera avec vous » (Ph 4, 9). Et la parole de Jean l’Apôtre : « Ayant beaucoup de choses à vous écrire, j’ai préféré ne pas le faire avec du papier et de l’encre. Mais j’espère vous rejoindre et vous parler de vive voix, afin que notre joie soit parfaite » (2 Jn 12) ; et encore, à Gaïus : « J’aurais beaucoup de choses à te dire. Mais je ne veux pas le faire avec de l’encre et un calame. J’espère en effet te voir sous peu, et nous nous entretiendrons de vive voix » (3 Jn 13-14). Ces textes divins montrent en termes exprès que les purs apôtres n’ont pas consigné tous les enseignements et toutes les transmissions qu’ils ont livrés aux fidèles, mais qu’ils en réglèrent eux-mêmes une part sans l’écrire dans leurs épîtres. Et cela se confirme plus clairement encore par de nombreux textes du saint Évangile, d’où il ressort que les purs apôtres n’ont pas consigné tous les enseignements du Sauveur : ainsi la parole de Matthieu l’évangéliste : « Il parcourait toute la Galilée, enseignant dans leurs synagogues, proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume » (Mt 4, 23) — et rien de cet enseignement n’est rapporté ; et la parole de Luc l’évangéliste sur le Sauveur apparaissant, après sa résurrection, aux deux disciples d’Emmaüs : « commençant par Moïse et parcourant tous les Prophètes, il leur interpréta dans toutes les Écritures ce qui le concernait » (Lc 24, 27) — et rien de ces paroles n’est rapporté ; et il est dit au livre des Actes que le Sauveur apparut à ses disciples « pendant quarante jours » et « les avait entretenus du Royaume de Dieu » (Ac 1, 3) — et rien de ces entretiens n’a été consigné par l’écrivain inspiré ; et surtout la parole de Jean : « Il y a encore bien d’autres choses qu’a faites Jésus. Si on les mettait par écrit une à une, je pense que le monde lui-même ne suffirait pas à contenir les livres qu’on en écrirait » (Jn 21, 25).
Quatrièmement. — La tradition est tout à fait nécessaire pour établir que les Livres saints sont des livres canoniques, inspirés de Dieu : car nous ne pouvons croire que tel livre est divin que par la tradition. D’où saurais-je que les évangiles de Matthieu et de Marc sont canoniques, et que les évangiles de Thomas et de Barthélemy sont forgés, sinon par la noble tradition de l’Église, qui nous l’a montré ? C’est pourquoi vous trouverez les protestants eux-mêmes remplir leurs livres de preuves tirées de la tradition pour établir la canonicité des livres divins — comme on le voit clairement dans leur ouvrage des Preuves éclatantes de la vérité des fondements de la religion chrétienne. Le docteur Origène a dit : « C’est de la tradition que j’ai connu les quatre évangiles, et su qu’ils sont ceux-là seuls » ; et fameuse est la parole de saint Augustin : « Je ne croirais pas à l’Évangile, si la voix de l’Église universelle ne m’y déterminait. »
Cinquièmement. — Les protestants eux-mêmes, qui renient la tradition, ne peuvent nullement s’en passer. D’où ont-ils appris le baptême des petits enfants, sinon de la tradition ? — car l’Écriture n’en donne pas le moindre indice. D’où ont-ils tiré l’obligation d’observer le dimanche et non le sabbat, quand l’Écriture ne contient aucun ordre exprès de substituer le dimanche au sabbat ? L’ordre de leurs prières, leurs règlements, leurs rites du baptême et de la cène, qu’ils se transmettent les uns aux autres, ne sont-ils pas une espèce de tradition ? — c’est chez eux tradition pure et simple. Pourquoi donc nous dénient-ils la tradition plus noble et plus grande que la leur, qui nous est parvenue par transmission continue des purs apôtres, et qui s’est gardée dans l’Église universelle et apostolique jusqu’à maintenant ?
Sixièmement. — Les chefs et meneurs des protestants n’ont pu nier la tradition : ils ont confessé son existence et sa nécessité. Luther a dit, dans une de ses lettres : « C’est chose grave et redoutable d’entendre ou de croire quoi que ce soit contre la foi et l’enseignement unanime de la sainte Église universelle, qu’elle garde depuis le commencement, voilà mille cinq cents ans et plus. » Et il dit, dans ses œuvres imprimées : « … d’autant que j’ai enseigné contre ce qu’ont enseigné les Pères de l’Église — hommes illustres, esprits pénétrants, savants consommés, l’élite du monde, et parmi eux tant de saints vénérables, tels saint Ambroise, saint Augustin et saint Jérôme, qui ont écrit et enseigné ceci et cela… sans parler de ces peuples qui crient à pleine voix : l’Église ! l’Église ! Et ce qui accroît mon chagrin et mon trouble, c’est qu’il est malaisé à l’homme de dompter sa conscience en ces matières, et de s’éloigner, téméraire, de gens qui ont acquis la plus haute considération et sur la parole desquels on s’appuyait — de s’éloigner ainsi de l’Église même et de ne plus tenir compte de son enseignement. » Et il dit encore : « Malheur à moi ! Que fais-je donc, moi qui ai enseigné contre eux comme l’écolier enseigne contre son maître ? Telles sont les pensées qui ont fondu sur moi, et j’ai connu mon égarement et me suis convaincu de ma faute — hélas ! Plût au ciel que je n’eusse pas entrepris pareille entreprise, ni enseigné un seul mot ! Car qui donc peut s’élever contre cette Église, dont nous disons dans le symbole de la foi : nous croyons en la sainte Église ? » (Œuvres de Luther, édition de Walch, page 474.) Mélanchthon a dit, dans une lettre au médecin Cranon : « Je vois que l’accord des anciens sert grandement à affermir les esprits ; et il nous est permis de prendre Irénée, Tertullien et Augustin — qui ont laissé tant de choses à ceux qui sont venus après — pour de bons maîtres et d’habiles guides ; de ces monuments, chacun peut connaître qu’ils suivaient d’abord la règle de la foi, à laquelle ils joignaient les opinions des hommes pieux et des docteurs, et le consentement des Églises apostoliques, dont l’origine paraissait remonter aux apôtres ou aux hommes apostoliques. » Et Gerhard Molanus, exposant son opinion et celle des siens touchant la tradition : « Les protestants les mieux formés reconnaissent que, sans la tradition, nous ne connaîtrions ni la Sainte Écriture elle-même, ni son sens véritable et originel dans les questions fondamentales ; je laisse à Calixte, à Horneius et à Chemnitz les choses qu’ils ont rapportées et qu’on ne connaît que par la tradition »[97].
Nous avons de leurs savants bien d’autres témoignages, mais nous nous contentons de ce qui précède : la matière est éclaircie et paraît au grand jour. Pourquoi donc protestent-ils sans cesse, et nous font-ils grief de notre attachement aux traditions apostoliques — quand ils se voient eux-mêmes dans un si pressant besoin d’elles ?[98]
XXXII
Le refus de l’intercession des saints
les amis de Dieu, vivants et intercesseurs
L’Église sainte, universelle et apostolique a reçu, depuis son commencement et suivant les enseignements divins, d’honorer l’armée des martyrs et des saints, et de leur rendre l’honneur qui leur sied comme aux bien-aimés de Dieu, qui ont combattu pour son saint nom ; c’est pourquoi les fidèles demandent, dans leurs prières, les prières et les intercessions des saints à l’abondante justice. Mais messieurs les protestants ont pris le contre-pied de cet enseignement et l’ont combattu ; ils en dénient la légitimité aux orthodoxes, prétendant qu’il contredit les enseignements de l’Écriture — prétention vaine et sans preuve, quand les versets du livre divin proclament l’obligation d’honorer les saints et la légitimité de leur intercession. En voici quelques preuves scripturaires :
Premièrement. — Quand Abimélek, roi de Gérar, eut pris Sara, femme d’Abraham, Dieu lui dit : « rends la femme de cet homme : il est prophète et il intercédera pour toi afin que tu vives »… et Abraham pria Dieu, et Dieu guérit Abimélek, sa femme et ses servantes (Gn 20). Jacob-Israël pria Dieu en disant : « que l’Ange qui m’a sauvé de tout mal bénisse ces enfants » (Gn 48, 16). Éliphaz de Témân, venu consoler Job dans ses malheurs, lui dit au fil de l’entretien : « Appelle maintenant ! Est-ce qu’on te répondra ? Auquel des saints t’adresseras-tu ? » (Jb 5, 1). Et le Seigneur dit à Éliphaz de Témân : « Ma colère s’est enflammée contre toi et tes deux amis, car vous n’avez pas parlé de moi avec droiture comme l’a fait mon serviteur Job. Et maintenant, procurez-vous sept taureaux et sept béliers, puis allez vers mon serviteur Job. Vous offrirez pour vous un holocauste, tandis que mon serviteur Job priera pour vous. J’aurai égard à lui et ne vous infligerai pas ma disgrâce » (Jb 42, 7-8). Et Jean l’Apôtre rapporte, dans sa vision, à l’ouverture du septième sceau, qu’un ange se tint près de l’autel avec un encensoir d’or : « On lui donna beaucoup de parfums pour qu’il les offrît, avec les prières de tous les saints, sur l’autel d’or placé devant le trône. Et, de la main de l’Ange, la fumée des parfums s’éleva devant Dieu, avec les prières des saints » (Ap 8, 3-4 ; voir Ex 32 ; Jc 5, 14-18 ; 1 Jn 5, 16). De ces textes sacrés et formels, vous voyez clairement que Dieu agrée les prières des saints pour les autres — bien plus, qu’il les ordonne : elles sont donc en tout conformes à l’enseignement de la révélation divine.
Deuxièmement. — Et pour qu’ils n’objectent pas contre l’intercession des saints justes qui ont quitté ce monde, nous leur répondons que ceux-ci sont vivants — car Dieu est le Dieu des vivants et non des morts. Voici les preuves de l’Écriture qui nous y conduisent : le Seigneur a béni Isaac à cause d’Abraham, et lui a dit : « je serai avec toi et je te bénirai… Je rendrai ta postérité nombreuse comme les étoiles du ciel… en retour de l’obéissance d’Abraham » (Gn 26, 3-5) — après qu’Abraham eut quitté ce monde. Moïse le prophète, dans sa prière et son intercession pour les fils d’Israël, intercéda par Abraham, Isaac et Jacob (Ex 32, 13). Dieu — qu’il soit loué et exalté — ne déchira pas le royaume d’Israël aux jours de Salomon, par égard pour David son père : « Seulement je ne ferai pas cela durant ta vie, en considération de ton père David ; c’est de la main de ton fils que je l’arracherai » (1 R 11, 12-13). Et nous voyons que Dieu n’accepta pas l’intercession de Jérémie le prophète pour les fils d’Israël, quand leurs péchés se furent multipliés à l’excès, et qu’il dit : « Même si Moïse et Samuel se tenaient devant moi, je n’aurais pas pitié de ce peuple-là ! » (Jr 15, 1) — ce qui n’est qu’une preuve de la grandeur de l’honneur et de l’intercession de Moïse et de Samuel, les deux grands prophètes. Ainsi l’intercession est-elle légitime, agréée et reçue auprès du Seigneur : pourquoi donc messieurs les protestants ne l’agréent-ils pas ?
Troisièmement. — Et si l’on demande : comment les saints qui ont quitté ce monde connaissent-ils nos états sur la terre ? — nous répondons qu’ils les connaissent d’une connaissance certaine, non d’eux-mêmes ni par la force de leur nature, mais par révélation de Dieu. Voici quelques textes de la Sainte Écriture qui nous le montrent. Samuel le prophète connut les secrets que portait Saül, quand les ânesses de son père s’étaient égarées : il lui apprit que les ânesses égarées étaient retrouvées, que le Seigneur l’établirait roi, et lui dit : « je t’expliquerai tout ce qui occupe ton cœur » (1 S 9, 19-20). Et quand le roi Saül fut dans l’angoisse, après la mort de Samuel le prophète — le Seigneur l’ayant abandonné —, et qu’il appela le prophète Samuel après sa mort, celui-ci lui dit : « Pourquoi me consulter, quand le Seigneur s’est détourné de toi et est devenu ton adversaire ? » — et il prophétisa que le Seigneur le livrerait, lui et Israël, aux mains des Philistins : tout cela après la mort de Samuel, qui connut toutes les pensées du roi Saül (1 S 28, 15-19). Élie le prophète, après son enlèvement hors de ce monde, connut la voie de Joram, [ fils de ] Josaphat, et qu’il ne marchait pas dans la voie du Seigneur : il lui envoya un écrit où il lui rappelait la chose, et prophétisa que le Seigneur le frapperait d’un grand coup, lui et son peuple (2 Ch 21, 12-15) ; et les secrets mêmes du roi d’Aram furent tous connus [ du prophète ] (2 R 6, 8-12). Daniel le prophète connut le songe du roi Nabuchodonosor et le lui interpréta (Dn 2) ; Pierre l’Apôtre sut ce qu’avaient fait Ananie et Saphire sa femme (Ac 5, 1-11) ; Abraham, l’ami de Dieu, connut toute la vie du riche et l’état du pauvre Lazare, et dit au riche, au sujet de ses frères, qu’ils avaient Moïse et les prophètes — entendant par là les livres divins —, bien qu’il eût quitté ce monde longtemps avant la venue de Moïse et des prophètes (Lc 16). Et les anges, dans le ciel, connaissent ce qui advient sur la terre, à preuve la parole du Sauveur : il y aura une grande joie dans le ciel « pour un seul pécheur qui se repent » (Lc 15, 7) — il faut bien qu’ils connaissent la repentance du pénitent avant de s’en réjouir. De tout ce qui précède, il vous apparaît clairement que les prières et les intercessions des saints pour nous, et notre recours à eux, s’accordent en tout avec l’esprit de la Sainte Écriture ; et que nous honorons et révérons le rang des saints et des martyrs victorieux en honneur et en gloire de Dieu, l’Exalté, pour le nom duquel ils ont combattu et souffert.[99]
XXXIII
Les icônes, ou images des saints
l’honneur rendu à l’image remonte au modèle
L’Église sainte et apostolique, depuis les temps anciens, par respect et honneur pour ses saints et ses grands martyrs, considère et honore leurs images et leurs icônes comme un moyen profitable à ses enfants : elles tiennent lieu de leçon, représentant à l’esprit l’histoire et la vie de ces héros — et d’abord l’image du Fils-Verbe de Dieu et de sa Mère toujours-vierge. Mais messieurs les protestants ne supportent pas la vue d’une icône d’un martyr, ni d’une image du Sauveur Jésus-Christ : on les dirait engagés sur la trace de l’hérésie des iconoclastes — les combattants des icônes —, qui parurent en l’année 717 sous la conduite de leur grand chef, le roi Léon. Celui-ci entreprit de faire la guerre aux icônes et de persécuter ceux qui les honorent, outrageant l’image du Sauveur et des saints d’un outrage dont il répondra devant le Juge ; bien plus, il tourmenta les fidèles à la belle piété plus que ne l’avaient fait les rois païens : ce roi inique alluma contre eux une guerre dont l’horreur faisait blanchir les enfants — crevant les yeux de ceux qui honoraient les icônes, coupant les nez, déchirant les chairs à coups de fouet, jetant les corps à la mer, et mille tourments amers et écrasants ; et ses suivants lui contaient les récits de cette sauvagerie affreuse pendant qu’il était à table, et il s’en délectait plus que des plaisirs de la table. Il fit tomber sur les fidèles d’amères atrocités et de violentes persécutions. Et il est triste de voir aujourd’hui les protestants marcher sur sa trace et suivre ses pas dans leur haine des icônes des saints. Plût au ciel qu’ils connussent le dessein de l’Église et son enseignement véritable : ils cesseraient ces calomnies dont ils nous chargent pour l’honneur que nous rendons à ces icônes[100].
Premièrement. — Sachez que l’âme ne connaît ni ne comprend rien que ne lui présentent les sens extérieurs, qui sont comme les portes par où entrent les connaissances pour parvenir à l’âme : là, l’imagination les dessine et la mémoire les grave sur les tablettes de l’esprit. Vous le constatez dans toutes les affaires de la vie : ce que mes oreilles n’ont pas entendu ni mes yeux contemplé, mon âme ne peut se le figurer — par où cela lui viendrait-il ? Qui a vu, par exemple, un palais de belle construction et de belle ordonnance, le garde figuré et dessiné dans son esprit, et s’en souvient toujours. C’est pourquoi les écoles ne peuvent transmettre solidement la plupart des vérités de la science que par l’image — voyez la géographie : c’est en dessinant l’emplacement des pays sur la carte qu’elle rend présents à l’esprit de l’élève ces pays et leurs sites ; et la chimie, par les préparations exécutées et combinées devant l’élève ; et dites-en autant des autres sciences. L’oreille et l’œil étant les plus nobles et les plus grandes portes des sens vers l’esprit, l’Église — l’école de la vérité, qui élève ses enfants de la droite éducation — les emploie : par l’oreille, elle leur lit et leur fait entendre la parole de Dieu vivifiante, qui passe par le chemin des oreilles jusqu’à l’esprit ; et par l’œil, elle leur figure et leur peint les images des héros-martyrs et de leur combat, pour toucher leurs esprits et qu’ils suivent leur trace. Quel homme ne sent pas son cœur s’émouvoir et s’allumer en lui la vaillance des saints, quand il voit un héros d’entre les martyrs serrant dans sa main le glaive du salut, et en perçant un ennemi de son salut ? Qui ne se réjouit et ne sent la vertu, en contemplant un saint, ou une sainte tenant en main le rameau d’olivier, signe de la victoire, la beauté de la vertu et de la perfection rayonnant sur le visage de son image ? Et surtout : quel cœur si dur ne s’attendrit et ne fond, à lever les yeux vers l’image de Jésus-Christ, le Fils de Dieu, suspendu au bois entre deux larrons comme un malfaiteur, le soldat infernal lui perçant le cœur avec une dure cruauté, et le sang coulant sous les pointes de la couronne d’épines ? En vérité, nul discours ne touche le cœur plus que ce spectacle saisissant. Voilà pourquoi l’Église place les icônes du Sauveur et de ses martyrs devant les fidèles : pour vivifier dans leurs cœurs cette émotion.
Deuxièmement. — L’Église n’a adopté cette pratique profitable qu’après avoir vu sa conformité aux textes de l’enseignement divin : on ne trouve dans l’Écriture aucun texte qui la contredise, et l’on y trouve nombre de versets qui s’y accordent. Vous y lisez la parole de Dieu, l’Exalté, à Moïse le prophète : « Tu feras deux chérubins d’or repoussé, tu les feras aux deux extrémités du propitiatoire… Les chérubins auront les ailes déployées vers le haut et protégeront le propitiatoire de leurs ailes en se faisant face » (Ex 25, 18-20). Ne voyez-vous pas que Dieu employa les images et les figures quand il commanda à Moïse le prophète de faire la tente du témoignage, disant : « Fais-moi un sanctuaire, que je puisse résider parmi eux. Tu feras tout selon le modèle de la Demeure et le modèle de son mobilier que je vais te montrer » (Ex 25, 8-9) ? Et Salomon le sage, roi d’Israël, quand il bâtit la maison du Seigneur, la remplit de figures de ce qui est dans les cieux — chérubins et autels (1 R 6 ; 2 Ch 3). Et Abraham contempla le jour du Seigneur Jésus, et sa croix, sur la montagne de Moriyya (Gn 22 ; Jn 8, 56). Que d’exemples semblables dans la Sainte Écriture, d’où paraît l’accord de cette pratique avec l’enseignement de Dieu ! Quant à l’objection qu’ils nous opposent sans cesse — la parole de Dieu : « Tu ne te feras aucune image sculptée, rien qui ressemble à ce qui est dans les cieux, là-haut, ou sur la terre, ici-bas, ou dans les eaux, au-dessous de la terre. Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux et tu ne les serviras pas, car moi le Seigneur, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux » (Ex 20, 4-5) —, ils seraient fondés à nous l’opposer s’ils nous voyaient rendre à ces icônes ce qui n’appartient qu’à Dieu, l’Exalté. Mais, par la grâce de Dieu, nous ne connaissons et ne connaîtrons jamais d’autre Dieu que Dieu, avec Jésus son Fils et son Esprit très saint, et nous n’adressons l’adoration et la prière qu’à cet Être très saint. Cette parole n’était qu’une mise en garde adressée aux fils d’Israël contre le culte des idoles et des statues, ouvrage des mains des hommes — eux qui vivaient au milieu de l’Égypte adonnée à ce culte idolâtre, et qu’en garde la crainte de la prosternation devant les idoles sculptées des hommes ; aussi Dieu précise-t-il : « tu ne les serviras pas ». Quelle distance entre ce culte-là et ce qu’a établi l’Église en plaçant les icônes, pour qu’elles soient une histoire et un mémorial perpétuels des vérités et des événements qui frappent l’esprit ! L’honneur présenté aux icônes n’est qu’un honneur rendu à celui qui y est dépeint — non au bois, ni à la peinture qui le couvre. Qui honore les icônes honore les traits et les figures qui y sont tracés ; qui les méprise, méprise celui pour qui elles furent peintes. Qui donc oserait outrager et mépriser l’image du roi, sous les yeux des foules ? Pourquoi alors mépriserait-on les images de Jésus-Christ, les icônes de la toujours-vierge Marie et des autres saints et saintes ? Il y avait, près de Nicomédie, un supérieur de moines nommé Étienne. Le roi Léon, le combattant des icônes, le fit venir pour disputer avec lui de cette affaire, lui disant : Comment ne vois-tu pas, homme ignorant, que l’homme peut fouler du pied l’image de Jésus sans que Jésus-Christ lui-même s’en irrite ? Alors Étienne prit un denier où était gravée l’image du roi, et dit : M’est-il donc permis de fouler cette image, sans manquer à l’honneur dû à un roi ? Il dit, jeta le denier à terre et le foula de ses pieds. Une troupe des gens du roi se rua sur lui pour lui faire outrage ; et lui, poussant un profond soupir : Oui certes — si celui qui méprise l’image d’un roi de la terre commet un grand crime qui mérite le châtiment, quel crime n’est-ce pas de jeter à terre l’image du Roi du ciel ! Ils ne purent lui répondre — mais ils le tuèrent peu après[101].
Troisièmement. — Messieurs les protestants, qui nous interdisent et nous dénient les images des saints, les voici d’autre part qui remplissent leurs maisons et chargent leurs salons des portraits de leurs amis et de leurs frères, les gardant précieusement comme un cher souvenir entre leurs mains — que dis-je ? leurs pays et leurs royaumes sont pleins des statues et des images des héros, des grands hommes et des célébrités. S’il en est ainsi, combien plus les images des saints et des martyrs, héros de l’Église et armée victorieuse, qui a mené ensemble les guerres spirituelles et en est sortie triomphante des ennemis du salut !
XXXIV
Les fêtes
les mémoriaux des bienfaits de Dieu et de ses saints
L’Église de Dieu, sainte, universelle et apostolique, tient depuis les temps anciens des célébrations particulières, où elle fête le mémorial des bienfaits de Dieu et de ses miséricordes : elle célèbre les fêtes des grâces du Sauveur — la fête de son heureuse Nativité, la fête de sa glorieuse Résurrection, la fête de la descente [ du Saint-Esprit ] — par lesquelles s’éveillent, en ces jours, le sentiment du cœur et la vie de l’esprit, et qui représentent avec clarté aux fidèles les bénédictions du Sauveur et ses dons divins. Or, si messieurs les protestants nous dénient ces fêtes, nous les voyons pourtant célébrer la fête de la Nativité avec une pompe haute et éclatante ! Ils nous dénient également les fêtes que nous célébrons pour honorer et commémorer les saints de Dieu et ses martyrs — alors que l’Église, depuis le commencement, tient ces mémoriaux des martyrs pour le bien de ses enfants dans la vie spirituelle : elle dessine leurs histoires devant nos yeux comme un miroir éclatant placé en face de notre négligence, et nous nous efforçons de les imiter, nous conformant à leur courage et à leur zèle à garder le dépôt de la foi. Comme l’a dit saint Basile : « Les saints n’ont pas besoin que nous fassions mémoire d’eux ni que nous leur adressions des éloges ; c’est nous qui avons grand besoin du récit de leurs actions, pour qu’il nous soit donné de les imiter : car, comme la lumière sort de la lumière, et la bonne senteur du parfum exquis, ainsi du souvenir des actions des saints sortent la lumière de la bonne conduite et le parfum de la piété. » Les martyrs, morts depuis si longtemps, vivent toujours : immortels dans la vie éternelle, et, en cette vie d’ici-bas, par leur mémoire embaumée ; leur exemple vivant ne cessera d’être gravé sur les pages de l’existence. Et quel esprit concevrait que l’honneur des martyrs et leur célébration diminuent la gloire de Dieu, l’Exalté, comme le prétendent les protestants ? Quelle perte atteint la gloire de Dieu, quand nous honorons ses amis et ses saints, qui ont versé leur sang pour son amour ? Fait-on injure aux rois, et amoindrit-on leur splendeur, quand on honore leurs aides et leurs serviteurs ? Par une telle prétention, ils osent imputer à Dieu l’envie — Dieu est trop haut, infiniment, au-dessus de cela !
Et pour peu qu’on y réfléchisse, on trouve que la célébration des fêtes des saints s’accorde en tout avec les règles de la saine raison, et se conforme aux textes et à l’enseignement du livre divin, comme il paraît de ce qui suit :
Premièrement. — Le principe rationnel nous guide — bien plus, il nous impose — de rendre à tout homme l’honneur qui lui sied et que réclame son rang ; aussi Paul l’Apôtre a-t-il dit : « Rendez à chacun ce qui lui est dû… à qui l’honneur, l’honneur » (Rm 13, 7). Sur ce principe a marché tout le genre humain, en tout temps et en tout lieu : les hommes des générations passées qui se sont illustrés dans les sciences, la finesse de l’esprit et la sagesse humaine — tels Aristote, Platon et Cicéron —, et ceux qui se sont signalés par la bravoure et le courage dans les guerres et les batailles — tels Cyrus, Alexandre et Napoléon —, leur renom ne s’est pas effacé ni leur mémoire abolie : elle demeure de génération en génération ; on cite en proverbe leur habileté et leur courage, et l’on prononce leur nom joint à la gloire et à l’orgueil. Que sont-ils pourtant, comparés aux vaillants martyrs et aux excellents saints ? Et si l’homme — exposé aux dangers et aux épreuves, portant en lui le corps du péché tant qu’il demeure sur la terre — a droit à notre honneur dès lors qu’il est du nombre des vertueux et des saints, combien plus nous faut-il honorer l’armée victorieuse des martyrs et célébrer les saints, qui ont offert leur propre personne en sacrifice agréable à Dieu, ont prodigué leur chère vie pour l’amour de la foi, et ont reçu enfin la couronne de justice qui ne se flétrit pas, ne se souille pas et ne se fane pas !
Deuxièmement. — Dieu, l’Exalté, qui récompense l’homme selon sa justice, honore ses élus, les saints, selon sa parole : « Ne touchez pas à qui m’est consacré ; à mes prophètes ne faites pas de mal » (Ps 105, 15) ; et sa parole : « j’honore ceux qui m’honorent, et ceux qui me méprisent sont traités comme rien » (1 S 2, 30) ; et : « Qui vous touche, touche à la prunelle de mon œil » (Za 2, 12) ; et : « Qui vous écoute m’écoute, qui vous rejette me rejette, et qui me rejette rejette Celui qui m’a envoyé » (Lc 10, 16) ; puis il a dit : « Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera » (Jn 12, 26). Qui es-tu donc, homme périssable, pour ne pas honorer les saints et les amis de Dieu, que Dieu honore et qui tiennent auprès de lui un si grand rang ?
Troisièmement. — La Sainte Écriture nous enseigne l’obligation d’honorer les saints et de célébrer leur mémoire avec gloire. Dieu a dit à l’ange — au ministre — de l’Église de Philadelphie : « Voici, je forcerai ceux de la Synagogue de Satan — ils usurpent la qualité de Juifs, les menteurs —, oui, je les forcerai à venir se prosterner devant tes pieds, à reconnaître que je t’ai aimé » (Ap 3, 9). Et voici que le roi Saül se prosterne devant Samuel le prophète après sa mort (1 S 28, 14) ; Abdias le prophète se prosterne devant Élie (1 R 18, 7) ; les fils des prophètes se prosternent devant Élisée (2 R 2, 15) ; et surtout la Dame toujours-vierge prophétise en disant : « désormais toutes les générations me diront bienheureuse, car le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses. Saint est son nom » (Lc 1, 48-49). L’Écriture déclare : « en mémoire éternelle sera le juste » (Ps 112, 6) ; « La mémoire du juste est en bénédiction » (Pr 10, 7) ; et le Sauveur, à qui est la gloire, dit de la femme qui avait oint ses pieds de parfum : « partout où sera proclamé l’Évangile, au monde entier, on redira aussi, à sa mémoire, ce qu’elle vient de faire » (Mc 14, 9). Et Dieu a institué pour les fils d’Israël quantité de fêtes, dont le dessein était de vivifier la force de la religion dans les cœurs des enfants et de renouveler la mémoire de la tendresse du Seigneur et de ses bénédictions : la fête de la Pâque, la fête de la Pentecôte, la fête des Tentes, la fête de l’Expiation, la fête du Jubilé (voir le Guide des étudiants, page 44)[102].
Quatrièmement. — L’auteur protestant du livre du Parfum des âmes en a témoigné : « Les premiers chrétiens célébraient la fête de Pâques avec une grande solennité, parce que l’enseignement de Paul l’Apôtre en fait comme la pierre d’angle de la sainte religion chrétienne : leur foi et leur espérance étaient fondées sur la vérité de cet événement, par lequel le Christ a paru vainqueur de la mort, de l’enfer, de Satan et de toutes les armées des ténèbres, et par lequel s’est accomplie l’œuvre de la grande Rédemption ; aussi tenaient-ils ce jour en telle estime que Grégoire de Nazianze le nomme le roi des fêtes, et Bouche-d’Or la couronne des fêtes, la plus grande assemblée des fêtes, le grand jour du Seigneur et le plus grand des jours » (pages 50-51). Et il dit encore, des fêtes des martyrs, ce qui suit : « Comme les martyrs étaient fort honorés pour leur constance dans la foi et pour avoir donné leur vie pour le Christ et son Évangile, nous trouvons d’anciennes mentions de jours consacrés au mémorial de leur martyre ; le plus ancien fut le mémorial de Polycarpe, mort martyr, et peut-être garda-t-on le jour anniversaire de sa mort dès ce temps-là ; puis on garda les fêtes d’autres martyrs, dans son Église de sa ville d’Asie Mineure, à Antioche, à Césarée et ailleurs… Ces jours se gardaient autour des tombeaux des martyrs : on y lisait leurs histoires, on prononçait leurs éloges, on y accomplissait les offices du culte, on y célébrait le sacrement de l’Eucharistie, et les riches donnaient des banquets. Les plus fameuses homélies que prêchèrent Bouche-d’Or, Basile le Grand, Grégoire de Nazianze, celui de Nysse, Ambroise et d’autres, furent prononcées en ces fêtes ; leur dessein était de soulever les vivants à imiter les vertus des morts pieux » (pages 54-55).
Cinquièmement. — Un savant protestant, ayant examiné, scruté et jugé droites les doctrines orthodoxes entre toutes, écrivit une ample dissertation à ce sujet dans une des grandes revues anglaises — L’Union de l’Église — en date du 5 février ; il y dit, en mentionnant la salutation de l’ange Gabriel à la toujours-vierge : « Est-il permis à ces gens, qui désirent de cœur et veulent en pureté d’intention recevoir la révélation divine dans toute sa plénitude et sa pureté, telle qu’elle est déclarée dans la Sainte Écriture, de s’aviser, en ces temps nouveaux, de rejeter la mémoire et l’honneur de Marie, la Vierge toute sainte, et de ne plus la révérer comme l’ont honorée et révérée les chrétiens des premiers âges ? Ces gens — ceux qui rejettent son honneur et sa vénération — tranchent, sans discernement, un anneau d’or attaché à une très grande chaîne d’or qui lie les terrestres aux célestes ; et par cet acte, dévié de la ligne du discernement, ils se privent eux-mêmes, en propre, de cette grande bénédiction qui coule de sa source et parvient par cette voie aux vrais croyants — depuis la parole que dit l’archange en salutation, à la minute même où s’accomplissait l’union mystérieuse de Dieu avec l’homme, l’incarnation de Jésus-Christ, Fils de Dieu et son Verbe éternel : Réjouis-toi, Marie ! Et le Saint lui-même, né de la Vierge — la jeune fille façonnée par lui, elle seule et sans pareille — l’appela sa mère en ce monde ; et à la minute où il mourait pour la vie de ce monde, il la confia à son disciple bien-aimé et fidèle, qui se tenait avec elle au pied de la croix. Si le Seigneur fait mémoire de ses saints d’une mémoire perpétuelle, sa sainte volonté peut-elle agréer que l’homme vraiment croyant oublie les saints du Seigneur ? » (Revue al-Hadiyya [ as-saniyya ], septième année, page 151, d’après la revue ecclésiastique russe imprimée par ordre du Saint-Synode, n° 10, mars 1866, d’après la revue anglaise susdite.)
De ce qui précède paraît l’obligation d’honorer les saints et de célébrer leur mémoire avec gloire : ils sont les trésors de l’Église et ses joyaux, dont les noms scintillent au firmament de l’Église comme des soleils resplendissants, et rayonnent de gloire pour Dieu et pour son Église. Oui — ils sont l’armée victorieuse et puissante des martyrs, et le chœur des docteurs à l’abondante sagesse et sainteté, qui vécurent comme les anges du ciel et penchèrent enfin la tête sous les glaives tranchants, pour garder la foi et la pureté. Ils ne sont rien de moins que l’armée forte que rien ne vainc, contre laquelle ne prévalent ni les portes de l’enfer ni ses puissances : l’école de la vraie sagesse, la parure du ciel, l’orgueil du genre humain et le modèle des pécheurs.
XXXV
Le signe de la croix
l’étendard du salut tracé sur toutes choses
L’Église chrétienne, sainte, universelle et apostolique a reçu des purs apôtres, depuis son commencement, que les fidèles tracent sur eux-mêmes le signe de la croix au commencement et à la fin de la prière, au repas, au matin, au coucher, en sortant de la maison et en y entrant — bref, dans toutes leurs actions. Et cela pour ce qui suit :
Premièrement. — Parce qu’elle est le signe de notre Sauveur, à qui est la gloire, comme il paraît de sa parole : « alors apparaîtra dans le ciel le signe du Fils de l’homme » (Mt 24, 30) — et ce signe n’est autre, de l’accord unanime des interprètes, que le signe de la croix. Aussi le tenons-nous pour une décoration glorieuse, que nous portons en l’honneur de celui pour qui nous combattons, et pour montrer que nous sommes de la suite du Crucifié, les rachetés de son sang précieux. Paul l’Apôtre a dit : « Le langage de la croix est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, pour nous, il est puissance de Dieu » (1 Co 1, 18) ; et encore : « Pour moi, que jamais je ne me glorifie sinon dans la croix de notre Seigneur Jésus-Christ » (Ga 6, 14).
Deuxièmement. — Le tracé de ce signe nous rappelle sans cesse les souffrances écrasantes de notre Rédempteur, qu’il endura sur la croix par amour, pour notre rachat et notre délivrance de la captivité du péché, afin de nous arracher à la perdition et à l’affreuse sentence de la mort éternelle. Mais messieurs les protestants ont pris le contre-pied de cette tradition apostolique, que l’Église a reçue depuis les temps anciens.
Le docteur Tertullien, qui vécut au deuxième siècle, a dit : « Le vrai chrétien trace toujours sur lui-même le signe de la croix : en sortant de la maison et en y entrant, au coucher et au réveil, en s’habillant, en prenant son repas, en s’asseyant — absolument dans toutes ses actions » ; puis il dit : « Si quelqu’un vous demande d’où cela vient, dites : la tradition l’a institué, la coutume l’a confirmé, la foi l’observe »[103]. Saint Cyrille de Jérusalem dit, s’adressant au chrétien : « N’aie pas honte de confesser notre Seigneur Jésus-Christ crucifié : trace avec courage sur ton front le signe de la croix, et sur toute chose — sur le manger et le boire ; trace ce signe en sortant de la maison et en y entrant. » Et saint Jean Damascène : « Cette croix nous a été donnée comme signe sur le front, comme la circoncision l’était aux fils d’Israël : car par elle, nous les fidèles, nous nous reconnaissons et nous nous distinguons des autres. »
Et l’auteur du Parfum des âmes, le protestant, a dit : « Quant à l’origine de l’usage de la croix, elle fut celle-ci : l’Église tenait en très haute estime le grand enseignement contenu dans l’Évangile — que le salut, en somme, est par le sang du Christ versé sur la croix ; cet enseignement étant toujours devant leurs yeux, et cherchant un symbole propre à rappeler l’ensemble des bénédictions répandues sur nous par la mort du Christ, ils prirent le signe de la croix pour symbole simple de cette fin ; et ils employaient ce signe très fréquemment, dans toutes leurs actions ordinaires : au coucher et au lever, au repas, à l’habillement, en allumant les lampes, dans la prière — en somme, à chaque mouvement —, voulant montrer par là que la religion de l’Évangile doit entrer dans toutes les actions de la vie » (page 57). Si telle est donc leur propre parole, et leur aveu que cet usage remonte aux temps anciens — pourquoi ne s’accoutument-ils pas à pratiquer cette coutume louable ? Et s’ils ne le veulent pas, pourquoi la combattent-ils, tout en confessant son profit ? Voudraient-ils rejeter les traditions apostoliques et s’attacher aux inventions récentes, au gré des penchants de l’homme ? Pour vous, ô orthodoxes, vous faites bien de garder les saintes transmissions apostoliques, que la Sainte Écriture confirme — celles que vous avez reçues de la main des purs apôtres. Prenez donc garde que nul ne vous séduise par de vaines illusions, pour vous faire tomber de votre fermeté et vous entraîner vers des enseignements divers et étrangers.
XXXVI
La virginité et le monachisme
la voie parfaite, louée par l’Écriture
L’Église sainte, universelle et apostolique enseigne, conformément à la voix de la révélation divine, que le mariage est honorable et pur (He 13, 4), et que celui qui ne se marie pas, mais veut la virginité et a la force d’en porter le poids, a choisi la voie la plus parfaite et la sainteté la plus haute : telle est la voix de l’enseignement de la Sainte Écriture. Mais messieurs les protestants nous dénient cette chose — bien plus, ils haïssent la virginité de la haine la plus violente, et ils sont ses plus grands ennemis. Et il le leur faut bien : leur maître et chef a rejeté son vœu et délié sa virginité, a séduit une moniale vouée à la chasteté et l’a épousée ! Et plût au ciel qu’ils s’en tinssent là — mais ils vont plus loin et nous chargent de calomnies sans mesure, osant dire que « la virginité est une espèce des espèces de Satan et un enseignement des démons ». Ce n’est là qu’outrage et calomnie contre le peuple de Dieu, qu’il s’est acquis par son sang et qui suit constamment la foi et l’enseignement de Jésus le Sauveur ; et par cette calomnie, c’est l’enseignement de la révélation même qu’ils calomnient — lui qui la déclare expressément, et bien plus, la loue hautement. Voici la parole du Sauveur, à qui est la gloire, qui montre et confirme la justesse de notre croyance et la vérité de notre enseignement. Il dit, la gloire soit à lui, à ses disciples, quand ils lui dirent : « Si telle est la condition de l’homme envers la femme, il n’est pas expédient de se marier » — « Tous ne comprennent pas ce langage, mais ceux-là à qui c’est donné. Il y a des eunuques qui sont nés ainsi du sein de leur mère, il y a des eunuques qui le sont devenus par l’action des hommes, et il y a des eunuques qui se sont eux-mêmes rendus tels à cause du Royaume des Cieux. Qui peut comprendre, qu’il comprenne ! » (Mt 19, 10-12). Il n’est rien de plus exprès que cette parole, qui appelle quiconque peut comprendre à recevoir [ cet état ]. Les deux premières sortes — ceux qui sont nés eunuques et ceux que les hommes ont faits tels — tout le monde les connaît ; mais ceux qui se sont faits eunuques eux-mêmes — au sens figuré —, comment les protestants, qui prétendent marcher selon l’Évangile, l’expliquent-ils ?
Et voici la parole de Dieu, l’Exalté, et son bon plaisir envers ces eunuques qui ont gardé leur virginité : « Que l’eunuque ne dise pas : Voici, je suis un arbre sec. Car ainsi parle le Seigneur aux eunuques qui observent mes sabbats et choisissent de faire ce qui m’est agréable, fermement attachés à mon alliance : Je leur donnerai dans ma maison et dans mes remparts un monument et un nom meilleurs que des fils et des filles ; je leur donnerai un nom éternel qui jamais ne sera effacé » (Is 56, 3-5). Et voici la parole de Paul l’Apôtre, qui vécut vierge : « Es-tu lié à une femme ? Ne cherche pas à rompre. N’es-tu pas lié à une femme ? Ne cherche pas de femme… Je voudrais vous voir exempts de soucis. L’homme qui n’est pas marié a souci des affaires du Seigneur, des moyens de plaire au Seigneur ; celui qui s’est marié a souci des affaires du monde, des moyens de plaire à sa femme. Entre la femme mariée et la vierge il y a une différence : la femme sans mari, comme la jeune fille, a souci des affaires du Seigneur ; elle cherche à être sainte de corps et d’esprit ; celle qui s’est mariée a souci des affaires du monde, des moyens de plaire à son mari… Mais celui qui a pris dans son cœur une ferme résolution, en dehors de toute contrainte, en gardant le plein contrôle de sa volonté, et a ainsi décidé en lui-même de respecter sa vierge, celui-là fait bien : celui qui se marie fait bien, mais celui qui ne se marie pas fait mieux encore » (1 Co 7, 27-38). Après ces paroles divines et sacrées, sied-il aux protestants d’oser attribuer aux enseignements des démons l’enseignement sorti des purs livres célestes ? « Quel rapport entre la justice et l’impiété ? Quelle union entre la lumière et les ténèbres ? » (2 Co 6, 14).
D’autant que l’Église anathématise et retranche quiconque ose dire que le mariage est impur, ou s’en abstient sous prétexte qu’il serait une souillure — comme il est porté au canon [ 51 ] : « Quiconque, du rang sacerdotal, s’abstient du mariage et des viandes non par dessein d’ascèse, mais parce qu’il s’en dégoûte comme de choses souillées et méprisables — oubliant qu’il est dit que toutes choses sont très bonnes (1 Tm 4, 4) et que Dieu créa l’homme mâle et femelle (Mt 19, 4) — calomnie et blasphème la création : ou bien il se corrigera, ou bien il sera retranché de l’Église ; et de même pour le laïc. » Et cela contre les hérésies réprouvées des simoniens, des nicolaïtes et des ébionites, qui interdisaient le mariage et la manducation des viandes sous prétexte qu’ils seraient la créature du dieu du mal, selon leurs hérésies : l’Église les anathématisa et les tint pour impies et novateurs. C’est à eux que Paul l’Apôtre fait allusion en disant : « dans les derniers temps, certains renieront la foi pour s’attacher à des esprits trompeurs et à des doctrines diaboliques… ces gens-là interdisent le mariage et l’usage d’aliments que Dieu a créés pour être pris avec action de grâces par les croyants et ceux qui ont la connaissance de la vérité » (1 Tm 4, 1-3)[104].
Conclusion
les aveux des réformateurs et l’appel aux fils de l’Église
Voilà, ô orthodoxes à la doctrine droite, quelques-unes d’entre les nombreuses croyances qu’ils ont délaissées et détournées de leur véritable transmission apostolique, contrairement à l’enseignement de l’Écriture et à la croyance droite que l’Église a gardée génération après génération — jusqu’à ce que se levât Luther, suivi de ses partisans et de ses disciples, pour démolir les colonnes des enseignements véritables fondés sur le roc de la Sainte Écriture ; et ils ne surent pas qu’ils revenaient en arrière, vers ces vieilles hérésies, pour les ranimer — et tout cela en prétendant s’être levés pour réformer l’Église ! Plût au ciel qu’ils relussent les paroles de leur maître Luther, son chagrin sans mesure et sa lamentation poignante sur l’état où il était tombé, lui et les siens, pour avoir changé et altéré les vérités de l’Écriture et la transmission apostolique. Écoutez ce qu’il dit, après avoir tourné les yeux vers les églises qu’il avait ruinées, les sanctuaires qu’il avait abolis et le sang répandu à cause de lui : « Les hommes se détournent avec dégoût à la vue de ceci : depuis qu’on a prêché [ notre doctrine ], le monde était en repos et en paix partout — et voici maintenant les contrées remplies de sectes et de troubles ; c’est une abomination à fendre le cœur de chagrin… Je suis obligé de confesser que mes enseignements ont causé des doutes sans nombre, et je ne puis le nier ; souvent ces pensées m’ont tourmenté, surtout quand ma conscience me poignait d’avoir déchiré l’état antérieur de l’Église, qui reposait dans le calme et la paix sous le régime de la papauté. Les hommes, cependant, ont reculé et empiré de jour en jour : les voilà plus âpres à la vengeance, plus avares, dépouillés des œuvres de la miséricorde, sans pudeur ni retenue, sans amendement — en somme bien pires qu’ils n’étaient sous la papauté. Et c’est chose étrange et stupéfiante, qui a engendré un doute affreux : depuis que l’enseignement pur de l’Évangile a brillé, nous voyons le monde empirer de jour en jour… Grands et petits, nobles et serviteurs, se sont mis à vivre au gré de leurs croyances… Ce ne sont que des pourceaux, et ils ne resteront que des pourceaux : ils croient d’une foi de pourceaux et meurent d’une mort de pourceaux. Pardonne, ô Dieu, à de telles mœurs !… Et nous, prédicateurs, nous voilà tombés dans une grande paresse, une négligence énorme, un zèle moindre que celui que nous avions naguère, sous les ténèbres de l’ignorance papale : c’est, sur ma vie, une chose à pleurer et à gémir » (Œuvres de Luther, imprimées à Wittenberg, tome 2, pages 517 et 247 ; Histoire de la Réforme du jésuite Van Ham, pages 15-16). Et Mélanchthon, l’adjoint de Luther, a dit : « Sur ma vie ! le fleuve de l’Elbe, avec toutes ses vagues, ne fournirait pas assez d’eau pour pleurer tout notre soûl les malheurs de la Réforme divisée : le doute est tombé sur les questions les plus graves — c’est un mal incurable » (Œuvres de Mélanchthon, Lettres, livre 4 ; Histoire de la Réforme, page 110)[105].
Et les larmes coulent, et les yeux saignent de chagrin et de douleur, sur ces Coptes qui ont quitté et délaissé la vérité de leur croyance pour s’attacher à ces enseignements nouveaux et étrangers, entrés chez eux sans qu’ils en connaissent l’origine et la source ; ils s’y sont rendus, quand il leur fallait au contraire scruter la Sainte Écriture pour y trouver la vie de leurs âmes — et pour y voir les enseignements orthodoxes affermis, établis, appuyés, inébranlables sur le roc des textes du livre de Dieu. Et voici l’Église qui, chaque jour, supplie et intercède pour eux, afin qu’ils reviennent au sein de leur véritable Église — celle qui les a élevés, et qui fut persécutée à cause d’eux jusqu’à leur transmettre le dépôt de la foi, aux jours où les tempêtes de la vengeance et de la colère s’abattaient sur les têtes des chrétiens innocents, qui n’avaient d’autre crime que de garder leur foi et de s’y tenir jusqu’à la mort. Est-ce donc le devoir des fils, de venir oublier leur tendre mère — leur Église orthodoxe — au temps du repos et de la prospérité ?
Pour vous, ô orthodoxes, qui demeurez et demeurerez, par la grâce du Saint-Esprit, fermes dans votre foi et gardiens de votre bonne croyance : soyez vigilants, et que grandisse votre attachement à ce pur dépôt — le dépôt de la foi, exempt de tout enseignement étranger. Souvenez-vous de vos pères et de vos aïeux, qui endurèrent la morsure des épreuves et des douleurs par fermeté dans la belle croyance, et acceptèrent le tourment et la mort par zèle pour vous. Rappelez-vous la gloire de votre Église d’Égypte ; levez les yeux avec ardeur vers ce que fut votre grand siège d’Alexandrie, d’où sortaient les docteurs de l’Église, formés à son école théologique universelle — oui, c’est à elle que toutes les Églises ont puisé. Rappelez-vous la vaillance et le zèle d’Athanase, de Cyrille, de Dioscore : leurs âmes en repos et les reliques de leurs os vous crient de tisser sur leur modèle la fermeté dans la foi. Que le Seigneur nous donne leur zèle et leur vaillance, pour que les cœurs des pères reviennent aux fils et que la bravoure des aïeux revienne aux descendants ! N’abandonnez pas une seule lettre des enseignements de votre foi droite, bâtie sur la Sainte Écriture : car votre piété, votre fermeté et votre constance se sont fait connaître de tous, et votre Église a gardé de toute garde ce qu’elle a reçu des Pères, sans y ajouter ni en retrancher une lettre.
Écoutez ce qu’a écrit madame Butcher, l’Anglaise, dans l’introduction de son histoire : « J’ai séjourné vingt années dans le pays d’Égypte, où j’ai pu parcourir en voyageuse la plupart des villages et des hameaux ; j’y ai vu les chrétiens coptes demeurés à leur premier état, attachés aux croyances et aux traditions transmises des Pères. » Et ce qu’elle écrit encore, en comparant l’Église de Carthage et l’Église d’Égypte : « L’Église de Carthage, dont tu viens de lire la description, a disparu : il n’en reste ni trace ni vestige ; mais l’Église d’Égypte demeure jusqu’à ce jour, et ne diffère en rien de l’Église originelle — elle est le tracé de sa substance et l’image de sa gloire. » Et l’un des savants de notre temps, monsieur Butler, l’Anglais fameux par son penchant pour l’Église copte et son amour pour elle, l’a décrite en disant : « L’ordre de cette Église se distingue de celui des autres Églises par une noblesse et une élévation dégagées de tout ce qui avilit et abaisse : c’est la plus haute des Églises, encore qu’elle soit tombée aujourd’hui à un degré de faiblesse dont s’affligent ceux qui l’aiment. Ce qui élève l’Église copte aux yeux des sages, c’est qu’elle a souffert des persécutions effroyables, à dissoudre des royaumes, et supporté des tourments et des peines tels qu’aucune autre Église au monde n’en a subi — et elle est encore vivante et croissante. Ce qui l’a aidée à cette longue vie, c’est cet esprit d’espérance et d’attente né avec elle, et sa confiance inébranlable en son Sauveur et Rédempteur. Va, parcours les églises d’Égypte, entre dans la plus pauvre et la plus humble des églises coptes : tu verras les signes de l’espérance apparaître sur ses murailles. Rarement tu y verras une image montrant l’enfer ou le châtiment à venir ; rarement tu y trouveras la statue d’un crâne blafard ou un squelette évoquant douleurs et maladies : mais tu y vois ses martyrs, dont les images peintes sur les murs sourient, comme si les tourments et les persécutions qu’ils endurèrent n’étaient rien qui mérite mémoire — chose passée et oubliée ; et tu y contemples les saints héros, peints de telle sorte qu’on voit qu’ils ont tué un dragon, ou l’un des princes de ce monde mauvais, sans trouver à le tuer de peine qui vaille d’être dite. De leurs douleurs et de leurs souffrances, nulle trace dans cette peinture ; et tu n’y trouves pas d’image figurant le pécheur après sa mort, de ces images dont l’âme se soulève et se rétracte d’horreur. C’est que ces hommes pieux et justes, qui fondèrent l’Église copte de leur sang, se jetaient entre les mains de Dieu joyeux et contents — et ils imploraient la miséricorde pour ceux-là mêmes qui les persécutaient et leur faisaient boire l’humiliation et l’injustice »[106].
Une Église dont telles sont les croyances et telle est l’histoire, il faut s’attacher à elle et sacrifier sa propre vie pour elle. Et j’admire l’attachement des Abyssins à l’Église d’Alexandrie, et leur mot reçu, dans lequel ils sont nés et ont grandi : « Saint Marc est son père, et l’Église d’Alexandrie est sa mère. » C’est donc la plus grande des trahisons — la trahison suprême — que l’homme abandonne son Église, qui l’a allaité et élevé, et néglige son devoir envers elle[107].
Mot final
l’amour de l’Église d’Alexandrie
La voici, votre Église copte orthodoxe — l’Église d’Alexandrie, qui tint le rang le plus haut et le plus grand entre les Églises du monde, et qui était la référence dans les croyances de l’Église ; et sans Athanase l’Apostolique, son grand patriarche, et Cyrille, colonne de la religion, après lui, et leur défense de la foi orthodoxe, la foi eût été défigurée par les hérésies d’Arius et de Nestorius. Mais grâces soient rendues à Dieu, l’Exalté : votre Église a gardé le dépôt de la foi, et il vous est parvenu intact et sain, au terme de combats amers et de violentes douleurs. Et il m’est doux de déclarer que j’aime mon Église, et que je suis prêt à la racheter, elle et ses croyances, de la dernière goutte de mon sang :
Premièrement. — Parce qu’elle est ma mère, qui m’a enfanté et allaité — et la mère a des droits sacrés, et les fils ont envers elle des devoirs.
Deuxièmement. — Parce qu’elle a été, et demeure, fidèle à garder le dépôt — le dépôt de la foi reçu du Sauveur et de ses purs apôtres : elle n’a pas ajouté un mot à la foi qu’elle a reçue, ni n’en a retranché une seule lettre.
Troisièmement. — Parce qu’elle est l’image de l’Église apostolique de Dieu des premiers siècles ; et tout homme équitable, parmi les chercheurs et les savants, atteste qu’elle est la seule Église que Dieu ait préservée de l’écart : elle n’a pas ajouté un seul mot aux règles de la foi, comme a fait l’Église romaine, et elle n’a pas retranché ni altéré ses enseignements, comme ont fait les Églises protestantes. Elle est orthodoxe — c’est-à-dire à la doctrine droite ; et qui consulte l’histoire et les paroles des Pères apostoliques des âges les plus anciens peut vérifier que notre Église est l’image et la substance de la première Église chrétienne, et le roc [ opposé ] à toutes les innovations et aux enseignements étrangers.
Quatrièmement. — Parce qu’elle est la plus ancienne Église, fondée au temps des apôtres ; et la plus grande preuve en est que toutes les Églises nommées dans l’Évangile — les plus fameuses étant Alexandrie, Athènes, Corinthe, Salonique, Antioche, Philippes, Jérusalem, Chypre et la Crète — reçurent la foi orthodoxe, et demeurent ce qu’elles étaient : orthodoxes, à la doctrine droite, dans leur foi, leurs enseignements, leurs rites et leurs traditions ; et la chaîne des successeurs des apôtres ne s’y est rompue à aucune génération.
Cette Église, qui endura les pires douleurs et les plus amers tourments, et dont l’histoire est comblée de gloires, attend de ses fils qu’ils sacrifient leur vie pour elle. Le devoir des missionnaires venus d’Occident — des Églises papistes comme des protestantes — était de lui prêter main-forte et de l’aider, non de la déchirer, d’affaiblir sa foi et de travailler à sa ruine : les voilà donc prêchant leurs principes et non les principes du Christ, glorifiant leur propre personne et ne cherchant pas la gloire de Dieu. C’est là le scandale — l’unique scandale — sur le chemin de la propagation du christianisme : au lieu que le christianisme fût une seule Église, il est devenu des Églises sans nombre, chacune différant de l’autre ; sans ces divisions, le christianisme aurait couvert le monde entier, le Christ serait glorifié, et tous les royaumes de la terre seraient à notre Seigneur et à son Christ. Mais hélas — « pendant que les gens dormaient », l’ennemi est venu semer dans le champ de l’Église l’ivraie et les scandales.
Pour vous : aimez votre Église, élevez son rang, cherchez sa gloire, gardez sa foi, tenez ferme à ses croyances et à ses rites ; contemplez ses palais, pour en faire le récit à la génération qui vient ; et dites avec le Psalmiste : « que reposent tes tentes ! Advienne la paix dans tes murs, le repos en tes palais ! Pour l’amour de mes frères, de mes amis, laisse-moi dire : paix sur toi ! Pour l’amour de la maison du Seigneur notre Dieu, je prie pour ton bonheur ! » (Ps 122, 6-9) ; « Si je t’oublie, Jérusalem, que ma droite se dessèche ! Que ma langue s’attache à mon palais si je perds ton souvenir, si je ne mets Jérusalem au plus haut de ma joie ! » (Ps 137, 5-6).
Et Dieu, qui l’a gardée et préservée durant tous ces siècles et toutes ces générations, la gardera et l’affermira à jamais — à lui la gloire dans tous les siècles des siècles. Amen.
Fin des conférences de l’archidiacre Habib Guirguis.
COMMENTAIRE DU TRADUCTEUR
la controverse avec Rome à la lumière du dialogue œcuménique moderne — par Samuel Metias
Commentaire contemporain du traducteur — il n’engage que son auteur.
Introduction — l’esprit de ce commentaire
Le volume qu’on vient de lire appartient à son temps ; la foi qu’il défend n’appartient qu’à Dieu. Entre l’un et l’autre, le traducteur a cru devoir au lecteur un compte rendu loyal de ce qui s’est passé, entre Rome et Alexandrie, depuis que le jeune maître du Collège clérical montait en chaire dans les églises de Haute-Égypte pour la garde du dépôt de la foi. Car il s’est passé beaucoup — plus, peut-être, qu’en aucun des quinze siècles qui séparent le concile de Chalcédoine des conférences du Saint.
Que le lecteur sache d’abord qui lui parle, et au nom de qui. Celui qui écrit ces pages est le traducteur du présent volume : un fidèle de l’Église copte orthodoxe qui a passé de longues veilles dans le texte du Saint, à le peser mot à mot, à en vérifier les sources et à en éclairer les marges — et qui a appris, à cette école, combien la controverse la plus ferme peut être portée par l’amour le plus vrai. Il n’est ni évêque, ni prêtre, ni docteur ; il n’a reçu mandat d’aucun synode, et son avis n’engage que lui. Ce commentaire n’est donc pas un acte du magistère de l’Église copte : c’est l’offrande d’un serviteur des textes, soumise d’avance au jugement de ses pères dans la foi ; et si quelque chose s’y trouvait qui contredît l’enseignement de l’Église, que cela soit tenu pour non écrit.
Pourquoi l’écrire, alors ? Parce que le traducteur tient pour certain que l’unité des chrétiens est dans le vœu même du Christ, qui a prié, la veille de sa Passion : « afin que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17, 21) ; qui a promis : « il y aura un seul troupeau, un seul pasteur » (Jn 10, 16) ; et dont l’Apôtre nous presse : « appliquez-vous à conserver l’unité de l’Esprit par ce lien qu’est la paix » (Ep 4, 3). L’unité n’est pas une politesse entre institutions : elle est une obéissance rendue à Celui qui l’a demandée à son Père.
Mais cette unité ne se fera ni par l’ignorance, ni par l’à-peu-près, ni par l’oubli commandé des questions qui fâchent. Elle ne pourra se faire que dans la bonne compréhension, par les chrétiens des différentes traditions, des arguments et des convictions propres à chacun. C’est pourquoi il fallait d’abord traduire le Saint tout entier, sans rien en adoucir : on ne réconcilie pas des ombres ; on réconcilie des convictions. Et c’est ce que les dialogues du siècle passé ont montré : quand deux Églises acceptent de s’écouter jusqu’au bout, il arrive qu’elles se comprennent mieux ; il arrive, mieux encore, qu’elles trouvent une formulation commune de la même foi qui les anime — les mots diffèrent, et la foi se reconnaît.
Or voici, en peu de mots, ce qui s’est passé. Au mois de mai 1973 — pour la première fois depuis le concile de Chalcédoine —, le pape de Rome, Paul VI, et le pape d’Alexandrie, Chenouda III, se sont rencontrés, se sont donné le baiser de paix et ont confessé ensemble, dans une déclaration commune, le Christ « Dieu parfait pour ce qui est de sa divinité, et homme parfait pour ce qui est de son humanité » — l’union de sa divinité et de son humanité « réelle, parfaite, sans mélange, sans commixtion, sans confusion, sans altération, sans division, sans séparation ». Une commission mixte de théologiens travaille depuis lors, et elle a publié des accords sur l’Église (2009), sur la communion des premiers siècles (2015), sur les sept sacrements (2023). En avril 2017, François et Tawadros II ont déclaré ensemble, au Caire, que leurs Églises chercheraient sincèrement à ne plus répéter le baptême administré dans l’une ou dans l’autre. Et en mai 2023, les vingt et un martyrs coptes égorgés sur le rivage de Libye pour le nom du Christ ont été inscrits, avec le consentement du pape d’Alexandrie, au martyrologe de l’Église romaine : le sang des fils de l’Église copte est désormais fêté par Rome comme celui de ses propres martyrs. Qui eût osé l’écrire, du vivant du Saint[108] ?
Tout n’est pas réglé pour autant, il s’en faut. On verra, chapitre après chapitre, que des différences demeurent : quelques-unes touchent au dogme, et il faudra les regarder en face ; beaucoup d’autres relèvent de la discipline propre à chaque tradition, et les Pères ont toujours su que la diversité des coutumes n’a jamais rompu l’unité de la foi. Le présent commentaire s’essaiera à les peser les unes et les autres, sans en grossir ni en dissimuler aucune.
La démarche sera partout la même, et le lecteur la reconnaîtra sans qu’il soit besoin de l’appesantir. Reprendre les arguments du Saint, un à un, tels que le volume vient de les donner ; rappeler les éclaircissements que les annotations y ont déjà apportés ; dire loyalement ce que les dialogues et les évolutions de l’Église latine en ont fait — ce qui est tombé, ce qui s’est précisé, ce qui demeure ; distinguer en chaque matière le dogme de la discipline ; peser ce qui devrait être réglé avant la pleine communion et ce qui pourrait y subsister comme une diversité légitime ; enfin, là où la parole commune n’est pas encore écrite, se risquer, en toute humilité, à en proposer une — qui ne contredira jamais ni le Saint ni la foi copte, mais qui pourrait aider nos frères catholiques à se rapprocher de la foi orthodoxe. Et parce que rien, en ces matières, ne doit venir du commentateur, chaque proposition s’appuiera sur les Saintes Écritures et sur les Pères et Docteurs de l’Église universelle morts avant l’an 451 — ceux que Rome et Alexandrie vénèrent d’une même vénération —, à la méthode même de saint Habib Guirguis, qui ne voulait pas d’autres armes que celles-là.
Cette espérance n’est pas une témérité neuve : elle a son précédent dans l’âge d’or des Pères. En l’an 433, deux ans après le concile d’Éphèse, saint Cyrille d’Alexandrie et Jean d’Antioche, que la querelle avait dressés l’un contre l’autre jusqu’à l’anathème, se reconnurent la même foi dans la formule d’union ; et Cyrille ouvrit sa lettre par le chant du psaume : « Que les cieux se réjouissent ». Ce que les Pères ont su faire, leurs fils n’ont pas le droit de désespérer de le refaire.
Que le lecteur copte n’ait donc aucune crainte : rien, dans ces pages, ne retranche un iota de la foi de ses pères, et le commentateur tient — avec le Saint — que cette foi est la foi droite, gardée sans altération depuis saint Marc. Que le lecteur catholique, de son côté, lise le Saint sans irritation : il découvrira, sous la rudesse des polémiques d’un autre âge, l’amour jaloux d’un homme pour l’Épouse du Christ — et il reconnaîtra peut-être, dans plus d’une page, la foi de ses propres Pères. Et que l’un et l’autre se souviennent que ce ne sont pas les commentaires qui font l’unité : c’est la prière du Christ, à laquelle il nous est seulement demandé de ne pas résister.
Sur le chapitre premier — La primauté de saint Pierre
Le Saint ouvre sa série de conférences par la racine de tout l’édifice qu’il entend examiner : la primauté que l’Église de Rome attribue à saint Pierre. Sa thèse est simple et scripturaire — le Seigneur a conféré à ses douze disciples des droits égaux (Mt 10, 1), et nulle page de l’Évangile n’établit Pierre chef de ses frères ni source unique de leurs pouvoirs. Il réfute ensuite, une à une, les cinq preuves alléguées par ceux qu’il nomme « les papistes » : la place de Pierre en tête des listes apostoliques, la parole de Césarée de Philippe (Mt 16, 17-19), la prière du Seigneur pour sa foi (Lc 22, 31-32), la mention de son nom par l’ange de la Résurrection (Mc 16, 7) et le triple « Pais mes brebis » (Jn 21, 15-17).
Premier argument : l’égalité des apôtres. — Le Saint accumule les témoignages : le Seigneur refuse aux fils de Zébédée et à tous la « primauté » des chefs des nations, faisant du premier le serviteur de tous (Mt 20, 25-27 ; Mc 9, 35) ; Pierre est envoyé par les apôtres en Samarie (Ac 8, 14), ce qu’un chef ne souffrirait pas de ses subordonnés ; au concile de Jérusalem, il parle en membre et c’est Jacques qui tranche (Ac 15) ; Paul lui résiste en face à Antioche (Ga 2, 11-14) ; Pierre lui-même s’appelle « ancien comme eux » (1 P 5, 1). Quant au mot « premier » (Mt 10, 2), il n’emporte pas de rang : l’ordre d’énonciation des hypostases divines ne crée aucune primauté du Père sur le Fils et l’Esprit, et Paul nomme Jacques avant Céphas (Ga 2, 9).
Deuxième argument : la pierre de Mt 16, 18. — Le grec distingue Pétros, le nom de l’apôtre, de pétra, le roc — la note du traducteur (fol. 14) a déjà éclairé ce point. La pierre sur laquelle l’Église est bâtie est la foi que Pierre a confessée, et le fondement véritable est le Christ lui-même, comme le confessent David (2 S 22, 2-3), Pierre en personne (Ac 4, 11 ; 1 P 2, 7) et Paul : nul ne peut poser d’autre fondement que Jésus-Christ (1 Co 3, 11). Le « Passe derrière moi, Satan ! », survenu peu après, montre assez que le Seigneur ne bâtissait pas son Église sur un homme sujet à la chute ; et les clefs du lier et du délier furent données à tous (Mt 18, 18).
Troisième argument : la réhabilitation, non le sacre. — La prière du Seigneur pour la foi de Simon annonce le reniement et prévient le désespoir ; la triple question du lac de Tibériade répond au triple reniement — Pierre y vit une réprimande, non une investiture, comme le prouvent sa tristesse et ses pleurs. Le Saint conclut par saint Cyrille le Grand : « Par la triple confession de Pierre fut effacé le triple péché de son reniement », et invoque le même sens chez Grégoire le Théologien, Ambroise, Jean Chrysostome et Augustin. La charge pastorale, elle, est commune (Ac 20, 28 ; 1 P 5, 2).
Ce qu’il faut reconnaître à Pierre. — Mais le commentaire serait déloyal s’il ne disait que ce que Pierre ne fut pas ; il faut dire aussi, avec l’Écriture et les Pères, ce qu’il fut — et il fut grand. Sa fougue d’abord, qui est dans toutes les pages de l’Évangile : c’est lui qui se jette à l’eau pour marcher vers le Seigneur (Mt 14, 28-29), lui qui tire l’épée au jardin (Jn 18, 10), lui qui, au matin de Pâques, arrive second au tombeau mais y entre le premier, quand Jean, arrivé avant lui, attend encore dehors (Jn 20, 3-8) ; lui qui se lève le premier à la Pentecôte pour prêcher le Ressuscité (Ac 2, 14). Il ose ; il entraîne ; nul ne peut lui refuser d’avoir été, parmi les Douze, celui qui marche devant — et le premier de tous à déclarer la foi qui fonde l’Église : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16, 16). Sa chute même le grandit : lui qui fut, par son reniement, comme le dernier des apôtres, devint le premier par son repentir et ses larmes — en lui s’accomplit à la lettre la parole du Maître : « Voilà comment les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers » (Mt 20, 16) ; et c’est au revenant de la chute que fut dite la parole : « affermis tes frères » (Lc 22, 32) — primauté selon l’Évangile, qui passe par la miséricorde et non par le trône. Il fut réellement le pasteur de Rome et y mourut martyr : saint Clément de Rome, dès l’an 96, le compte avec Paul parmi les athlètes qui « ont lutté jusqu’à la mort » dans la génération romaine (Lettre aux Corinthiens, 5) ; saint Ignace écrit aux Romains : « Je ne vous commande pas comme Pierre et Paul » (Lettre aux Romains, 4, 3) — preuve que les deux apôtres avaient enseigné cette Église ; et le prêtre romain Gaïus, vers l’an 200, montrait encore leurs « trophées » au Vatican et sur la voie d’Ostie (chez Eusèbe, Histoire ecclésiastique, II, 25). Quand Paul arriva dans la Ville, enchaîné, gardé par un soldat bien qu’avec quelque liberté (Ac 28, 16.20), Rome avait déjà entendu l’Évangile ; Pierre en fut le pasteur avant d’en être le martyr. Et voici ce qui touche l’Église copte au plus près : Pierre fut le maître et le père de saint Marc — « Marc, mon fils », écrit-il lui-même (1 P 5, 13). Papias, avant l’an 130, l’atteste : « Marc, devenu l’interprète de Pierre, écrivit avec exactitude tout ce dont il se souvenait » (chez Eusèbe, Histoire ecclésiastique, III, 39) ; et saint Irénée : après le départ de Pierre et de Paul, « Marc, le disciple et l’interprète de Pierre, nous a transmis lui aussi par écrit ce que Pierre prêchait » (Contre les hérésies, III, 1, 1). L’évangile de Marc est donc le témoignage de Pierre mis par écrit ; et l’Église d’Alexandrie, fondée par Marc, a reçu par son fondateur la prédication même de Pierre. Les fils de saint Marc ne peuvent parler de Pierre qu’avec une piété filiale : en contestant la juridiction, le Saint n’a jamais contesté le père.
Ce qui s’est passé depuis. — La liberté d’exégèse que revendique le Saint a pour elle le plus grand docteur de l’Église latine. Augustin, relisant son œuvre au soir de sa vie, constate qu’il a entendu la pétra tantôt de Pierre, tantôt du Christ que Pierre a confessé, et conclut : « que le lecteur choisisse celle de ces deux opinions qui est la plus vraisemblable » (Retractationes, I, 21, 1) — l’exégèse de Mt 16, 18 est donc laissée ouverte au cœur même de la tradition romaine. Saint Cyprien, dès 251, tenait ensemble les deux vérités : « le primat est donné à Pierre » pour manifester l’unité de l’Église, mais « les autres apôtres étaient certes ce qu’était Pierre, dotés d’une égale participation à l’honneur et au pouvoir » (De l’unité de l’Église catholique, 4). Et le dialogue moderne a précisément cessé de faire de cette exégèse un champ de bataille : le document de Ravenne (2007, § 41), signé par les théologiens catholiques avec les orthodoxes byzantins, reconnaît que Rome, selon le mot de saint Ignace d’Antioche, « préside dans la charité » et que son évêque était le premier — le protos, disent les Grecs — parmi les patriarches — tout en consignant que le désaccord porte sur les prérogatives de ce premier, non sur l’existence d’un premier.
Dogme ou discipline ? — La ligne de partage est désormais nette. Une primauté de Pierre au sens où l’entendaient les premiers conciles — un premier dans l’ordre et l’honneur, un porte-parole de la foi commune, un commencement visible de l’unité — est reconnue par les canons que les coptes reçoivent (Nicée, canon 6, cite Rome en parallèle d’Alexandrie) et ne souffre guère de contestation chez eux : c’est ce que le dialogue nomme la primauté du premier. Mais rien, dans l’Écriture ni dans les trois conciles communs, n’en fait une autorité juridictionnelle : Pierre ne préside pas le concile de Jérusalem — il y témoigne, et Jacques conclut (Ac 15) ; il ne vient pas à Antioche donner des ordres à Paul — il y vient en égal, et reçoit la réprimande en frère (Ga 2, 11) ; il donne à Paul et Barnabé « la main d’association » (Ga 2, 9), non l’investiture. Primauté d’honneur, non de juridiction : telle est la foi des Pères, et — chose remarquable — les papes de notre temps, par leur ouverture à la synodalité, par leurs gestes envers les patriarches, par le document même de 2024, ne disent pas autre chose dans leurs actes ; ils ne le disent pas encore dans leurs dogmes, et c’est tout l’objet des trois chapitres suivants.
Vers une parole commune. — Qu’il soit permis au traducteur de soumettre à de plus doctes que lui cette formulation, qui ne contredit ni le Saint ni la foi de nos Pères : Pierre a reçu le premier, au nom de tous, ce que tous ont reçu — la foi révélée par le Père (Mt 16, 17), les clefs du Royaume (Mt 18, 18), la charge de paître (1 P 5, 2) ; dernier par sa chute, premier par son repentir, il a reçu d’affermir ses frères en homme pardonné ; et son primat, selon Cyprien, ne fut pas un pouvoir sur ses frères mais le signe que « le commencement part de l’unité ». Une primauté ainsi entendue — première dans la confession, servante dans l’exercice, selon la parole du Seigneur : celui qui veut être le premier sera l’esclave de tous (Mt 20, 27) — les enfants de saint Marc, fils du fils de Pierre, n’ont jamais eu à la nier.
Sur le chapitre II — La primauté du Pape de Rome
Du fondement contesté, le Saint passe à l’édifice : si Pierre ne fut pas établi chef des apôtres, le Pape ne saurait être « la Tête de l’Église ». Le chapitre est tout entier une confession christologique : l’Église n’a qu’une seule Tête, Jésus-Christ, que Dieu a constitué « au sommet de tout, Tête pour l’Église, laquelle est son Corps » (Ep 1, 20-23 ; 5, 23), et Dieu ne donne pas sa gloire à un autre (Is 42, 8).
Premier argument : le Christ seule Tête du Corps. — Le Saint fait défiler les textes pauliniens — Ep 1, 20-23 ; Ep 2, 19-22 ; 1 Co 3, 11 — et conclut que le fondement de l’Église est les apôtres et les prophètes, sa pierre d’angle et sa Tête le Christ Jésus, non Pierre ni le Pape.
Deuxième argument : une seule Église, une seule tête. — À la distinction latine entre Église visible et Église invisible — que la note du traducteur (fol. 19) a explicitée —, le Saint répond que l’Église triomphante et l’Église militante ne font qu’une, et qu’attribuer au Christ la seule Église invisible, c’est lui prêter l’impuissance à gouverner l’autre. Suivent les conséquences qu’il juge insoutenables : une tête mortelle laisse l’Église morte avec elle, et durant la vacance du siège romain, qui donc préside l’Église ?
Troisième argument : la gravité pastorale de la prédication papale. — Le Saint cite des formules missionnaires qui circulaient alors en Égypte — « la religion chrétienne repose sur deux principes fondamentaux : le Christ Emmanuel, et le Pape son vicaire » — et y voit une association du Pape à la gloire du Christ. Avec une ironie qu’il faut lire comme un procédé d’école, il retourne contre Rome ses propres docteurs, citant saint Bernard sur l’orgueil (voir la note, fol. 21) : c’est à la méthode du Saint que le présent commentaire voudrait rester fidèle.
Ce qui s’est passé depuis. — Il faut d’abord rendre justice à nos frères catholiques : leur foi confesse, elle aussi, que le Christ est l’unique Tête du Corps ; les formules que fustige le Saint relevaient d’une apologétique missionnaire outrée plus que du dogme. Mais sur le fond — la nature de la primauté romaine —, le premier millénaire, que les deux traditions reçoivent, parle le langage du Saint. Le concile de Nicée, reçu de tous, fonde les primautés sur la coutume et les fonde en parallèle : « Que soient maintenues les anciennes coutumes en usage en Égypte, en Libye et dans la Pentapole, à savoir que l’évêque d’Alexandrie garde autorité sur toutes ces provinces, puisque telle est aussi la coutume pour l’évêque de Rome » (canon 6, 325). Le concile d’Éphèse, troisième concile de l’Église copte, interdit à tout évêque de s’emparer d’une province étrangère, « de peur que, sous le couvert d’une fonction sacrée, ne s’introduise l’orgueil d’une puissance séculière et que nous ne perdions peu à peu la liberté que nous a donnée notre Seigneur Jésus Christ » (canon 8, 431). Et l’histoire même de ce concile offre le modèle : le pape Célestin ne condamna pas Nestorius par décret direct, mais chargea saint Cyrille d’agir avec l’autorité du siège romain jointe à la sienne, et c’est le concile qui jugea — Rome agissant avec et par Alexandrie, primauté exercée dans la synodalité. Le dialogue moderne a redécouvert ce régime : la commission mixte entre l’Église catholique et nos Églises orientales a décrit (janvier 2015) la communion des cinq premiers siècles — synodes, lettres de communion, primautés régionales selon Nicée — comme forme réelle d’unité sans juridiction universelle ; et le document de Chieti (2016), signé avec les orthodoxes byzantins, reconnaît que l’appel à Rome au premier millénaire, selon les canons de Sardique (343), était un recours en révision, non l’exercice d’une juridiction directe sur les autres Églises.
Dogme ou discipline ? — Ici la différence est dogmatique, et il serait vain de l’adoucir : le concile Vatican I a défini (constitution Pastor aeternus, 18 juillet 1870, ch. 3) une primauté de juridiction « vraiment épiscopale » et « immédiate » du Pontife romain sur toutes les Églises, frappant d’anathème qui n’y verrait qu’une charge d’inspection ou de direction (DH 3060, 3064). L’orthodoxie tout entière tient au contraire, avec Nicée, que les primautés sont d’origine canonique et coutumière — un ordre de préséance, d’honneur et de service, non un pouvoir de droit divin sur les Églises sœurs. Cette différence-là doit être résolue avant la pleine communion ; elle ne peut subsister comme diversité légitime, car elle touche à la constitution même de l’Église.
Vers une parole commune. — Le traducteur ose avancer, sous la correction de son Église, ce que le premier millénaire suggère de lui-même : un premier parmi les patriarches, présidant dans la charité selon saint Ignace, gardant selon Nicée les anciennes coutumes de chaque siège, agissant comme Célestin avec Cyrille — jamais sans ses frères — dans une Église dont « l’épiscopat est un ; chacun des évêques en tient une part, sans division de l’ensemble » (Cyprien, De l’unité 5). Une telle primauté ne déroberait rien à la gloire de l’unique Tête, puisqu’elle ne serait que service de l’unité du Corps ; et le Saint, qui ne combattit jamais que l’usurpation de cette gloire, n’y trouverait, croyons-nous, rien à reprendre.
Sur le chapitre III — La prétention à la primauté romaine
Ce chapitre récapitule et achève les deux précédents, en portant le débat sur le terrain où le Saint excelle : l’histoire. La note liminaire du traducteur (fol. 22) a déjà averti le lecteur que la primauté romaine demeure la question centrale du dialogue, et que Jean-Paul II lui-même, dans Ut unum sint (1995), a invité les autres Églises à chercher avec lui les formes d’un exercice renouvelé de cette primauté ; l’argumentaire du Saint est celui de la controverse orthodoxe classique, vers 1900.
Premier argument : l’évêque de Rome demeure un évêque. — De quelque titre qu’il se pare, le titulaire du siège romain ne sort pas de sa condition d’évêque, pareil aux autres ; à supposer même que Pierre l’eût établi, il ne lui aurait transmis, par l’imposition des mains, qu’une charge de pasteur particulier — l’institution des apôtres appartenant au seul Sauveur (Jn 20, 21).
Deuxième argument : Pierre n’est pas le fondateur exclusif de Rome. — Pierre fut à Jérusalem l’année du concile (Ac 15), à Antioche (Ga 2, 11), à Babylone (1 P 5, 13) — que la tradition copte situe en Égypte, comme l’a rappelé la note du traducteur (fol. 23), avec cette pointe alexandrine : si la succession de Pierre fondait une primauté, elle reviendrait plutôt à Marc, « son fils ». Le Saint aligne ensuite huit indices scripturaires établissant que Paul, fidèle à sa devise de ne point bâtir sur des fondations posées par autrui (Rm 15, 20), fut le véritable apôtre de Rome — l’épître aux Romains ne salue pas Pierre, les Actes l’ignorent à l’arrivée de Paul, l’épître aux Colossiens écrite de Rome ne le nomme pas. Et si le martyre grandissait un siège, Jérusalem, ville du sang du Christ, ou l’Égypte, bénie par sa venue (Is 19, 25 ; Os 11, 1), auraient meilleur titre — or ni Jacques ni Marc ni leurs successeurs n’ont revendiqué de primauté.
Troisième argument : l’histoire dépose contre la prétention. — Le Saint produit saint Cyprien résistant au pape Étienne dans la querelle baptismale de 256 — « quelle audace, de placer la tradition humaine au-dessus du commandement divin ! » — textes que la note du traducteur (fol. 26) a restitués à leurs sources (Ép. 74 ; Firmilien, Ép. 75). Un évêque martyr, honoré par Rome même comme saint, a donc pu tenir tête à Rome sans se retrancher de l’Église.
Ce qui s’est passé depuis. — Le plus remarquable est que la méthode du Saint — juger la prétention sur l’histoire — est devenue celle du dialogue lui-même. Le document d’Alexandrie (2023) engage catholiques et orthodoxes byzantins dans une lecture commune de l’histoire de la division, au lieu des deux récits rivaux. Surtout, le document d’étude « L’évêque de Rome », publié par le Dicastère pour l’unité des chrétiens le 13 juin 2024 avec l’approbation du pape François, recueille cinquante ans de dialogues et propose : de distinguer ce que le Pape fait comme patriarche de l’Église latine — le titre de « patriarche d’Occident », supprimé en 2006, a reparu dans l’annuaire pontifical de 2024 — de ce qu’il ferait comme premier dans une communion rétablie, laquelle ne signifierait « ni soumission, ni absorption » ; et de prendre le premier millénaire, celui-là même qu’invoque le Saint, comme norme d’inspiration pour l’exercice futur de la primauté. L’honnêteté oblige cependant à dire la fragilité du chemin : le Saint-Synode de notre Église a suspendu le dialogue théologique avec Rome le 7 mars 2024, à la suite des bénédictions permises par la déclaration Fiducia supplicans, et ne l’a repris que le 22 mai 2026, après une lettre du pape Léon XIV du 4 mai 2026 et les assurances reçues. La confiance, en ces matières, se gagne et se regagne ; elle n’est jamais acquise une fois pour toutes[109].
Dogme ou discipline ? — Les questions de fait — Pierre vint-il à Rome, la fonda-t-il — relèvent de l’histoire, non de la foi, et l’érudition moderne les discute librement dans les deux communions ; elles ne divisent pas dogmatiquement. Ce qui divise demeure la déduction, examinée au chapitre précédent : une juridiction universelle de droit divin, définie en 1870, que l’orthodoxie ne reçoit pas. Mais sur la lecture de l’histoire elle-même — primautés régionales, communion par synodes et par lettres, appel à Rome comme recours et non comme gouvernement —, les documents de 2015, 2016 et 2024 donnent, pièce après pièce, raison au tableau que dressait le Saint.
Vers une parole commune. — En toute déférence, le traducteur se hasarde à formuler ce que ces convergences autorisent d’espérer : que la primauté du second millénaire soit relue à la lumière du premier, et que l’évêque de Rome retrouve parmi les patriarches la place que Cyprien assignait à Pierre parmi les apôtres — une primauté d’unité sans pouvoir sur les frères, puisque « les autres apôtres étaient ce qu’était Pierre » et que l’épiscopat est un. Une Rome qui présiderait dans la charité, selon saint Ignace, et non dans la juridiction, trouverait devant elle non des adversaires, mais des frères — et le Saint, qui concluait que cet enseignement est réfuté par les Livres, l’histoire et la raison, verrait ces trois témoins mêmes ouvrir le chemin du retour.
Sur le chapitre IV — L’infaillibilité du Pape
C’est le plus bref des chapitres, et il touche au point le plus grave. Le Saint tient l’infaillibilité pontificale pour si manifestement contraire à l’Écriture qu’il renonce aux démonstrations et laisse parler le saint Livre : nul homme n’est préservé de l’erreur ni du péché. La note du traducteur (fol. 28) a déjà rappelé, par équité, la teneur exacte du dogme visé — l’infaillibilité des seules définitions solennelles prononcées « du haut de la chaire », telle que l’a définie Vatican I, non une impeccabilité personnelle — et noté que la polémique populaire prenait souvent l’infaillibilité au sens large.
Premier argument : nul homme n’est préservé du faux pas. — Le Saint tresse une chaîne scripturaire d’une seule teneur : « il n’y a aucun homme qui ne pèche » (1 R 8, 46) ; « non, il n’est plus d’honnête homme, non, plus un seul » (Ps 14, 1-3) ; Job (Jb 9, 2-3 ; 15, 14-16), Salomon (Pr 20, 9 ; Qo 7, 20), Jacques — « à maintes reprises nous commettons des écarts, tous sans exception » (Jc 3, 1-2) — et Jean : « si nous disons : nous n’avons pas de péché, nous nous abusons » (1 Jn 1, 8-10).
Second argument : Honorius. — Le Saint le déploie plus loin dans le volume (fol. 55) : le pape Honorius Ier confessa « une seule volonté » dans le Christ — « ou bien qu’ils reçoivent son sentiment, ou bien qu’ils renoncent à l’infaillibilité prétendue de leurs papes ». La note du traducteur y documente l’objection classique : un pape anathématisé pour hérésie par le concile de Constantinople III (680-681), que Rome même tient pour œcuménique, anathème confirmé par son successeur Léon II.
Ce qui s’est passé depuis. — La loyauté commande d’exposer d’abord ce que Rome a réellement défini. La constitution Pastor aeternus (18 juillet 1870, ch. 4 ; DH 3074) enseigne que le Pontife romain, lorsqu’il parle « du haut de la chaire » — c’est-à-dire « remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens », définissant « en vertu de sa suprême autorité apostolique » une doctrine « sur la foi ou les mœurs » à tenir « par toute l’Église » —, jouit « de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que son Église fût pourvue ». Les conditions sont cumulatives et strictes ; l’infaillibilité est celle de l’Église, dont le pape serait l’organe ; elle n’est ni inspiration ni impeccabilité ; et de fait elle n’a été exercée que deux fois — l’Immaculée Conception (1854, antérieure à la définition) et l’Assomption (1950), seul exercice depuis 1870. Le dogme est donc plus étroit que sa caricature, et c’est dans cette étroitesse même que Rome loge sa réponse à l’objection d’Honorius : un pape écrivant à Serge de Constantinople ne définissait rien pour toute l’Église, et pouvait errer — donc être anathématisé — sans que la définition de 1870 en fût atteinte. Réponse cohérente dans sa logique ; mais elle laisse intact ce qui, pour l’orthodoxie, demeure inassimilable : la clause finale de 1870, selon laquelle les définitions du pape sont « irréformables par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l’Église ». L’encyclique des patriarches orientaux de 1848 avait dit par avance pourquoi : « le gardien de la foi est le corps même de l’Église, c’est-à-dire le peuple lui-même ». Or, depuis, Rome a bougé. Vatican II a resitué l’infaillibilité dans le corps épiscopal uni à son chef (Lumen gentium 25) et reconnu le sens de la foi de tout le peuple de Dieu (LG 12) — rééquilibrage que 1870, concile interrompu par la guerre avant d’avoir traité des évêques, n’avait pu opérer. Jean-Paul II, dans Ut unum sint (25 mai 1995), a demandé « de trouver une forme d’exercice de la primauté ouverte à une situation nouvelle, mais sans renoncement aucun à l’essentiel de sa mission » (§ 95), et invité les pasteurs et théologiens des autres Églises « à instaurer avec moi sur ce sujet un dialogue fraternel et patient, dans lequel nous pourrions nous écouter au-delà des polémiques stériles » (§ 96) — démarche sans précédent : le titulaire soumettant la forme de sa charge au discernement commun. Enfin le document « L’évêque de Rome » (13 juin 2024) envisage expressément une « re-réception » de Vatican I : lecture selon l’intention et le contexte, « nouvelles expressions et nouveau vocabulaire », et jusqu’à « clarifier la formulation du dogme » — la clause « par elles-mêmes » comprise[110].
Dogme ou discipline ? — Dogme, au sens le plus formel : défini par un concile que Rome tient pour œcuménique, sous anathème jamais retiré. L’orthodoxie ne peut le recevoir tel quel, car il déplace vers un seul ce que l’Esprit a promis au corps entier ; cette différence doit être résolue avant la pleine communion, et nul artifice de formulation ne saurait en dispenser. Mais qu’on mesure le fait nouveau : c’est Rome elle-même qui, de 1995 à 2024, a rouvert le dossier que l’on croyait scellé.
Vers une parole commune. — Que l’on pardonne au traducteur d’esquisser, en tremblant, ce que pourrait être la ligne de crête — celle de Cyprien, que le Saint et Rome vénèrent ensemble : un premier réel, donné pour que l’unité ait un commencement visible, dans une Église dont l’épiscopat est un et dont l’infaillibilité appartient d’abord au corps tout entier. Car c’est à l’Église que l’Esprit de vérité fut promis, pour l’introduire dans la vérité tout entière (Jn 16, 13) ; et le premier concile a livré la forme même de toute définition qui oblige : « L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé » (Ac 15, 28) — l’Esprit Saint et l’assemblée, jamais l’un sans l’autre. Une définition de foi née de la communion, proclamée par le premier, reçue par tous, ne devrait rien à personne « par elle-même » : elle devrait tout à l’Esprit qui habite le Corps. Qu’on le dise sans détour, car la clarté est ici une charité : une telle parole commune demande à Rome une évolution réelle, et non un changement de ton — re-recevoir Vatican I de telle sorte que la clause « par elles-mêmes, et non en vertu du consentement de l’Église » ne puisse plus être lue contre la foi de l’Église indivise ; c’est la voie que son propre document de 2024 a ouverte, et l’orthodoxie ne peut ni ne doit demander moins. Si la re-réception annoncée conduisait Rome jusque-là, le gardien de la foi de 1848 et le sensus fidei de 1964 diraient enfin la même chose — et le Saint, qui n’a combattu que l’attribution à un homme de ce qui revient à Dieu dans son Église, aurait travaillé, à sa manière et en son temps, pour cette heure-là.
Sur le chapitre V — Les peines ecclésiastiques
Le Saint traite ici des pénitences que l’Église impose au pécheur absous. Sa thèse est limpide : ces peines sont « des remèdes spirituels, une médecine qui traite les maladies de l’âme » (fol. 30), destinées à la correction du pécheur et à l’amendement de sa conduite, selon He 12, 6-7 et 1 Co 11, 32 ; l’Église latine, en les tenant pour des peines satisfactoires acquittant la justice divine offensée, aurait contredit l’Écriture et la tradition apostolique. De ce renversement le Saint déduit quatre égarements, qu’il énonce avec la vigueur d’un prédicateur soucieux des âmes.
Premier argument : l’unique expiation de la Croix. — Si la pénitence acquitte la justice de Dieu, elle « abolit l’expiation par le sang de Jésus-Christ » (fol. 31) et ôte sa vertu au sacrifice du Sauveur, offert « une fois pour toutes » (He 7, 27) ; le Saint appuie ce raisonnement d’un riche dossier scripturaire (Is 53, 4-6 ; Ep 1, 7 ; He 2, 17 ; 1 Jn 2, 1-2). La note du volume a déjà rappelé la précision de la théologie latine — la satisfaction sacramentelle n’opère qu’en vertu de la satisfaction unique du Christ, dont elle applique le fruit (concile de Trente, session XIV) — tout en observant que la polémique orthodoxe lui reproche précisément d’introduire, à côté de la Croix, une économie pénale parallèle.
Deuxième argument : la disproportion et ses fruits moraux. — Le péché offensant le Dieu illimité, nulle pénitence humaine « ne saurait acquitter la moindre parcelle de la justice de Dieu » (fol. 31-32) ; et la croyance contraire « rapetisse le crime du péché » et « rend le péché léger à ceux qui le commettent » (fol. 32), l’homme s’imaginant quitte de sa dette au prix de quelques œuvres. L’argument est pastoral autant que théologique : c’est la sainteté même de la vie chrétienne qui est en cause.
Ce qui s’est passé depuis. — L’appareil pénal que connaissait l’Église latine au temps du Saint s’est profondément transformé. Le code de 1917 (canons 2268-2277) prévoyait encore l’interdit local et général, capable de frapper des villes et des royaumes entiers, privant des populations des sacrements pour la faute de leurs princes — figure extrême de la peine conçue comme pression et acquittement. Le code de 1983 a supprimé ces interdits collectifs : l’interdit n’y subsiste que personnel (canon 1332), et la refonte du droit pénal promulguée par la constitution Pascite gregem Dei (2021) a confirmé cette orientation, qui replace la peine dans l’horizon de la correction du coupable et du salut des âmes. Quant à la théologie de la satisfaction, la doctrine latine actuelle la professe expressément comme participation à la satisfaction unique du Christ — ce qui rejoint, pour l’intention, la médecine spirituelle que confesse le Saint.
Dogme ou discipline ? — Il faut distinguer deux couches. Le régime des peines — interdits collectifs, tarifs pénitentiels, tout ce qui donnait au grief oriental sa matière visible — relève de la pure discipline, et cette discipline a été radicalement réformée, dans le sens même que réclamait l’Orient. La doctrine de la satisfaction, elle, fut définie à Trente ; mais entendue selon sa propre précision — nulle satisfaction qui ne découle de la Croix et n’en applique le fruit —, elle se rapproche fort de ce que le Saint nomme remède. La différence qui demeure est affaire d’accent et d’école plus que de confession opposée ; elle ne paraît pas devoir, à elle seule, retarder la communion, pourvu que chaque tradition entende l’autre dans son sens le meilleur.
Vers une parole commune. — Qu’il soit permis au traducteur de soumettre, en toute humilité, une formule que ni le Saint ni la foi copte ne désavoueraient : toute pénitence imposée au fidèle puise sa vertu entière dans l’unique sacrifice de la Croix, et n’a d’autre fin que la guérison du pécheur et son retour au Père. C’est l’enseignement des versets mêmes qu’allègue le Saint (He 7, 27 ; 1 Co 11, 32) ; et c’est ainsi que l’antiquité parlait : saint Cyprien, exhortant les tombés de la persécution à « satisfaire Dieu » par les larmes et les œuvres de la pénitence (De lapsis, 251), n’entendait point par ce mot l’acquittement d’une dette parallèle à la Croix, mais le labeur du retour et la médecine de l’âme — le sens ancien que l’Orient n’a jamais quitté, et vers lequel nos frères catholiques, en réformant leur droit pénal, ont manifestement fait retour.
Sur le chapitre VI — Les indulgences
Ce chapitre prolonge celui des peines ecclésiastiques : après l’excommunication maniée en arme, voici le pardon débité en marchandise. Le Saint s’afflige devant les « billets d’indulgences » qui « se vendent et s’achètent comme des marchandises », devant les tarifs — trois cents jours pour une prière à Mār Joseph, cent ans pour le rosaire —, devant l’extension du système aux âmes des défunts (fol. 33-34). Le Prologue de la seconde partie avait déjà nommé Tetzel et le scandale qui, en 1517, déchira l’Occident ; la note du fol. 33 a rappelé la doctrine que l’auteur atteint à travers ses abus, et précisé que les « jours » des recueils indulgenciés mesuraient la remise par référence aux anciennes pénitences canoniques.
Les arguments du Saint. — Ils sont quatre, et convergent. Cet enseignement contredit l’expiation du sang de Jésus, hors duquel il n’est point de rémission ; il attribue aux hommes un pouvoir qui n’appartient qu’à Dieu ; il pousse les riches à mettre leur confiance en leurs richesses ; il ouvre enfin une porte aux vices, puisque le pardon acheté d’avance rendrait « licites les péchés à venir ». Le Saint conclut que pareille doctrine « prête de lui-même à rire et à moquerie » — et l’histoire, qui vit l’Occident se briser sur ce négoce, ne l’a pas démenti.
Ce qui s’est passé depuis. — Rome elle-même a balayé ce que le Saint moquait. La constitution apostolique Indulgentiarum doctrina de Paul VI (1er janvier 1967) redéfinit l’indulgence comme « rémission devant Dieu de la peine temporelle due pour les péchés dont la faute est déjà effacée » ; elle enseigne que le trésor de l’Église n’est point une somme de biens accumulés au long des siècles, mais « le Christ Rédempteur lui-même » ; elle abolit tout décompte en jours et en années. Les « trois cents jours » et les « cent ans » qui affligeaient le Saint n’existent plus dans les livres catholiques ; quant à la vente, le concile latin de Trente l’avait condamnée et saint Pie V abolie dès 1567. Nul billet, nul chiffre, nul trafic : sur ce terrain, la réforme réclamée est accomplie.
Dogme ou discipline ? — Il faut distinguer. L’abus était discipline, et il est mort. Mais Trente a défini, contre les réformateurs, que l’Église a le pouvoir d’accorder des indulgences et que leur usage est salutaire (session XXV, 1563) : la structure demeure donc doctrinale — une peine temporelle distincte de la faute pardonnée, une rémission puisée au trésor du Christ et des saints, un régime d’indulgences qui accompagne encore les années jubilaires. Cette architecture de la faute et de la peine est étrangère à la théologie copte, pour qui les pénitences sont remèdes de l’âme et non solde d’une dette. La différence est réelle quoique profondément réformée ; elle ne semble pas de celles qui doivent précéder toute communion, pourvu que son langage soit guéri — car ce que le Saint visait au fond, la comptabilité du pardon, est précisément ce que Rome a commencé d’abandonner.
Vers une parole commune. — Aucun texte du dialogue copte-catholique n’a encore abordé cette matière. Qu’il soit permis au traducteur de soumettre ceci : la rémission des péchés appartient à Dieu seul, par le sang de son Fils — « le sang de Jésus, son Fils, nous purifie de tout péché » (1 Jn 1, 7), le verset même que brandit le Saint —, et l’Église a reçu de son Seigneur le pouvoir de lier et de délier (Mt 18, 18), qu’elle exerce dans le sacrement de la pénitence. Les « satisfactions » anciennes, dont les indulgences gardaient la mémoire chiffrée, furent comprises par les Pères comme une médecine : Cyprien veut que la blessure laissée par le péché soit soignée par une pénitence proportionnée, comme une plaie qu’on panse longuement de peur qu’elle ne se rouvre (De lapsis). Si nos frères catholiques consentaient à dire la « peine temporelle » dans ce registre médicinal — la guérison de l’homme blessé, non l’acquittement d’un reliquat —, l’indulgence rejoindrait ce que l’Orient appelle l’économie de la miséricorde, et le grief du Saint s’éteindrait avec l’abus qui l’avait fait naître. Il faut être clair sur ce que cela requiert : côté catholique, renoncer non au pardon surabondant — qui est de Dieu — mais à la comptabilité de la peine comme catégorie de foi, c’est-à-dire tenir la doctrine tridentine de l’indulgence pour une théologie latine réformable et non pour une exigence imposable à l’Orient ; côté copte, rien n’est demandé que de reconnaître, dans l’indulgence ainsi guérie, une forme latine de l’économie pénitentielle.
Sur le chapitre VII — La procession du Saint-Esprit
Le Saint défend ici l’article du symbole : l’Esprit « qui procède du Père », selon la parole expresse du Seigneur (Jn 15, 26, fol. 35). Il rappelle que les Pères de Nicée et de Constantinople frappèrent d’anathème quiconque ajouterait au symbole ou en retrancherait ; il raconte l’histoire de l’addition latine — les tables d’argent de Léon III, la lettre de Benoît III aux patriarches d’Orient —, récit dont la note du fol. 36 a réglé la chronologie : l’addition naquit au concile local de Tolède (589), se répandit par l’empire carolingien, et n’entra dans le chant romain du Credo qu’en 1014, sous Benoît VIII. Le fond du grief, lui, est intact.
Premier argument : le symbole est intangible. — Le symbole des deux premiers conciles appartient à toutes les Églises ; nul siège ne peut le retoucher seul. Le Saint cite le pape Célestin — « en est-il un qui ait ajouté quelque chose à la foi… et qui n’ait été jugé passible de l’anathème ? » —, sentence dont la note du fol. 36 a rappelé l’écho au canon 7 d’Éphèse (431), le dernier concile reçu par l’Église copte. Quelle que soit la doctrine ajoutée, l’addition unilatérale viole la règle commune : « qui donc sont les schismatiques ? »
Deuxième argument : un seul principe dans la Trinité. — Deux processions feraient deux principes, comme si la procession du Père n’était point parfaite ; et si le Fils spire l’Esprit parce qu’il est égal au Père, l’égalité des hypostases exigerait que chacune devînt principe des deux autres — « bouleversement et confusion ». La divinité a un principe unique : le Père, qui engendre le Fils et fait procéder l’Esprit (fol. 36-37).
Troisième argument : le consentement des Pères. — Le Saint allègue Basile — « l’Esprit n’est pas du Fils… il procède du Père seul » (Contre Eunome) —, Jean Damascène — « le Père seul est cause » (Exposé exact de la foi orthodoxe, I, 8 et 12) — et le Tome du pape Damase (fol. 37), les notes du volume ayant précisé les sources et la teneur arabe de ces citations.
Ce qui s’est passé depuis. — Un texte romain a répondu presque point par point. La Clarification du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, « Les traditions grecque et latine concernant la procession du Saint-Esprit » (13 septembre 1995), publiée à la demande de Jean-Paul II, confesse que le Père seul est « le principe sans principe » des deux autres personnes, « l’unique Cause » du Fils et de l’Esprit ; elle distingue, à la suite de Maxime le Confesseur (Lettre à Marinus), l’ekporeusis grecque de la processio latine, et déclare que le Filioque « ne concerne pas l’ekporeusis de l’Esprit issu du Père en tant que source de la Trinité » ; surtout, elle reconnaît la « valeur conciliaire, œcuménique, normative et irrévocable » du symbole de 381 dans son texte grec — sans l’addition. La pratique a suivi : les papes ont récité le symbole sans Filioque en priant avec les patriarches (1987, 1995, 2002, 2006, 2008), et les catholiques orientaux de rite byzantin ne le disent pas. Le dialogue catholique-orthodoxe d’Amérique du Nord (« Le Filioque : une question qui divise l’Église ? », 2003) a recommandé que les deux parties renoncent à se traiter d’hérétiques, que l’Église catholique n’use que du texte de 381 dans la catéchèse et la liturgie, et que la condamnation portée à Lyon II soit déclarée caduque.
Dogme ou discipline ? — Il faut pousser ici l’analyse jusqu’au droit de l’Église. Le symbole appartient aux conciles œcuméniques, seuls habilités à y toucher — c’est le sens du canon 7 d’Éphèse, que le volume a rappelé, et Rome ne le conteste pas. Or l’addition n’a jamais été portée par un concile œcuménique commun : elle naquit d’un synode local d’Espagne (Tolède, 589), forgée contre l’arianisme des rois goths — zèle légitime en son lieu, mais excessif en son objet, car l’hérésie qu’il visait avait alors quasiment disparu de l’Orient ; elle se répandit par l’empire de Charlemagne contre la réticence des papes eux-mêmes — Léon III fit graver le symbole sans l’addition sur des tables d’argent, comme le Saint le rapporte —, et n’entra dans la messe de Rome qu’en 1014, par accoutumance plutôt que par décision conciliaire, avec l’accord puis l’appui du siège romain. Les conciles latins de Lyon II (1274) et de Florence (1439) l’ont ensuite affirmée, mais aucune Église d’Orient ne les reçoit ; et Rome elle-même, en 1995, a reconnu au seul texte de 381 la valeur « conciliaire, œcuménique, normative et irrévocable ». En bonne rigueur, le Filioque n’est donc pas, au regard de l’Église indivise, un dogme au sens propre : c’est une tradition théologique locale devenue générale en Occident — une glose latine de dévotion et de combat, recevable comme opinion d’école dans sa tradition, à la condition expresse que le credo officiel et commun demeure le texte nu des deux conciles[111].
Vers une parole commune. — Elle existe pour l’essentiel dans le texte de 1995. Le traducteur n’ose qu’une requête, celle-là même du dialogue de 2003 : que l’Église latine revienne, dans sa liturgie, au texte nu de 381 — ce qu’elle fait déjà chaque fois qu’elle prie avec l’Orient. L’Écriture y suffit : « Lorsque viendra le Paraclet, que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité, qui vient du Père, il me rendra témoignage » (Jn 15, 26). Et les Pères d’Alexandrie gardent la juste mesure : Athanase, dans ses lettres à Sérapion (III, 1), tient que l’Esprit vient du Père et qu’il est l’Esprit propre du Fils, sans faire du Fils une seconde source ; Cyrille, qui appelle l’Esprit « propre au Fils » (idion tou Huiou), n’a jamais dit qu’il tire du Fils son existence — et il le précisa lui-même à Éphèse, quand on l’interrogea sur son langage. Que l’Esprit repose dans le Fils, resplendisse par lui, soit donné par lui : l’Orient l’a toujours chanté. Qu’il procède du Père seul : que l’Occident le redise dans son Credo comme il le confesse désormais dans ses documents, et l’anathème ancien n’aura plus d’objet.
Sur le chapitre VIII — Le baptême par aspersion et par effusion
Le Saint défend la triple immersion baptismale, forme que l’Église copte tient de l’antiquité, contre « l’aspersion et l’effusion » que l’Église latine y a substituées — alors qu’elle-même, rappelle-t-il, baptisait par immersion jusqu’au treizième siècle, et que les cuves baptismales des vieux sanctuaires d’Italie sont « des témoins qui proclament hautement cette vérité » (fol. 39). Son grief porte sur la substitution érigée en règle, non sur tel cas particulier : c’est l’abandon de la forme apostolique qu’il dénonce comme « une innovation et un enseignement étranger » (fol. 41).
Premier argument : l’exemple du Seigneur et des apôtres. — Le Christ « remonta de l’eau » (Mt 3, 16) — preuve qu’il y était entré ; Philippe et l’eunuque « descendirent tous deux dans l’eau » (Ac 8, 38-39). La voie tracée au Jourdain est celle de la plongée.
Deuxième argument : le sens même du mystère. — L’Écriture nomme le baptême ensevelissement et bain (Col 2, 12 ; Rm 6, 3-4 ; Tt 3, 5), figure du déluge (1 P 3, 21) ; « or on sait que l’ensevelissement ne se fait ni par aspersion ni par effusion » (fol. 40). Le mot même dit la teinture : « on ne teint pas une chose par aspersion ni par effusion » (fol. 40) — la note du volume a montré la justesse philologique de cette remarque. Et le Saint couronne le tout d’une belle parole de saint Cyrille de Jérusalem sur le baptisé « enveloppé par les eaux de toutes parts » (fol. 40-41).
Ce qui s’est passé depuis. — L’évolution est remarquable : l’aspersion, que visait le Saint, a disparu du rituel latin. Le rituel réformé de 1969 ne la connaît plus, et le code de 1983 dispose : « Le baptême sera administré par immersion ou par infusion » (canon 854) — l’« infusion » du droit latin étant ce que notre volume nomme l’effusion, le versement de l’eau sur la tête — là où le code de 1917 (canon 758) admettait encore l’aspersion. Bien plus, le Catéchisme de l’Église catholique (n. 1239) déclare l’immersion la forme « la plus significative » du sacrement. Quant à l’effusion, elle n’est pas une invention latine : la Didachè, témoin apostolique que la note du volume a déjà allégué, l’autorise en cas de nécessité — « si tu n’as pas d’eau vive, baptise dans une autre eau ; si tu ne peux pas dans l’eau froide, que ce soit dans l’eau chaude. Si tu n’as ni l’une ni l’autre, verse trois fois de l’eau sur la tête au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » (Didachè 7, 1-3). Ce pis-aller de nécessité — pour les malades, pour le désert — n’est pas ce que combat le Saint : sa polémique, on l’a vu, vise la substitution générale à la forme reçue, non le secours donné à qui ne peut être plongé. Quant à l’engagement pris au Caire en 2017 touchant la non-répétition du baptême, il sera commenté en son lieu[112].
Dogme ou discipline ? — Nul concile n’a jamais défini le mode du baptême comme article de foi : la matière est l’eau, la forme l’invocation trinitaire ; la manière d’appliquer l’eau relève de la discipline liturgique. La preuve en est double : l’Église latine a changé deux fois sa propre pratique — et son droit récent revient vers l’immersion, dans le sens que réclamait l’Orient ; et l’antiquité elle-même, par la Didachè, admettait la diversité en cas de nécessité. La différence ne fait donc pas obstacle dogmatique ; elle appelle plutôt, de part et d’autre, la fidélité à la plénitude du signe.
Vers une parole commune. — Le traducteur ose proposer, à la méthode même du Saint, cette parole que les deux traditions pourraient dire ensemble : la triple immersion est la forme apostolique et plénière du baptême, où le signe de l’ensevelissement et de la résurrection avec le Christ (Rm 6, 3-4) resplendit tout entier ; l’effusion, que la Didachè permet quand l’eau ou la force manquent, demeure le secours de la nécessité, non la règle. Une telle parole ne contredit ni le Saint ni la foi copte ; et elle rejoint le mouvement de nos frères catholiques, dont le catéchisme redit, avec saint Cyrille de Jérusalem, que la plongée dans l’eau est la plus parlante des figures du salut.
Sur le chapitre IX — Le retard du saint chrême
Le Saint défend la chrismation immédiate : l’Église donne le saint chrême « aussitôt après la sortie du bain baptismal », car le baptême confère la seconde naissance et le chrême « le don du Saint-Esprit et la grâce de l’affermissement » (fol. 42, avec 2 Co 1, 21-22) ; l’Église latine, en différant ce sacrement jusqu’après l’âge de l’enfance au nom du discernement requis, aurait contredit la tradition apostolique. La note du volume a précisé l’objet exact du grief : c’est l’extension de cette discipline latine, au dix-neuvième siècle, aux communautés orientales unies à Rome, qui donnait à la question son actualité brûlante.
Premier argument : le modèle du Jourdain et la pratique apostolique. — À peine le Seigneur remonté de l’eau, l’Esprit descend sur lui (Mt 3, 16) ; les apôtres imposaient les mains aussitôt après le baptême, à Éphèse (Ac 19, 2-6) comme en Samarie (Ac 8, 15-17). La succession immédiate des deux dons est, pour le Saint, l’ordre divin lui-même.
Deuxième argument : le témoignage des anciens. — Le Saint cite longuement Tertullien : au sortir du bain, l’onction, puis l’imposition de la main « pour appeler le Saint-Esprit et le faire descendre » (fol. 43) — témoin ancien que la note du volume date et source (De baptismo, 7-8, vers l’an 200).
Troisième argument : la privation des enfants. — Différer le chrême, c’est priver les enfants « du meilleur des dons » (fol. 44), alors qu’on les baptise bien sur la foi de leurs parents ; la mort peut les surprendre ; « et qu’est-ce qui empêcherait la descente du Saint-Esprit, quand Jean-Baptiste en fut rempli dès le sein de sa mère ? » (fol. 44, avec Lc 1, 15).
Ce qui s’est passé depuis. — L’histoire éclaire ici la foi mieux que la polémique. Dans l’Église primitive, l’achèvement de l’initiation appartenait à l’évêque : quand la Samarie eut reçu la parole, ce sont Pierre et Jean qui descendirent imposer les mains (Ac 8, 14-17). Quand l’Église grandit et que l’évêque ne put plus être partout, le même défi du nombre reçut deux solutions contraires — et également filiales. L’Occident garda le geste à l’évêque et différa le sacrement, afin que chaque fidèle reçût de l’évêque lui-même, ou de son vicaire, la marque visible de sa pleine entrée dans l’Église apostolique ; l’Orient délégua le geste aux prêtres, l’évêque demeurant présent par la sainte huile que lui seul consacre — le myron du patriarche sur le front de chaque nouveau-né. Deux fidélités au même bien : le lien de chaque baptisé à l’épiscopat apostolique. C’est l’histoire qui a fait la différence, non la foi, qui demeure la même. Sur ce point, le concile Vatican II a du reste donné raison à l’Orient dans les termes mêmes où le Saint posait la question[113].
Dogme ou discipline ? — Cette coexistence tranche la question mieux que tout raisonnement : si le moment de la chrismation touchait au dogme, l’Église catholique ne pourrait abriter en son sein les deux pratiques. Il s’agit d’une discipline — et la discipline que le Saint défendait a été expressément rétablie, pour les Orientaux, par un concile de Rome. L’extension latine du dix-neuvième siècle, cause immédiate de sa polémique, est révoquée. Ce qui demeure — le délai latin pour les fidèles latins — n’a pas à être réglé avant la communion : c’est la diversité légitime des Églises ; mais l’argument pastoral du Saint, que rien ne saurait priver les petits du don de l’Esprit, garde toute sa force d’appel.
Vers une parole commune. — En toute humilité, le traducteur avance cette formulation, tissée des seuls textes qu’allègue le Saint : le sceau du don de l’Esprit appartient au baptisé, et l’Écriture ne met point d’intervalle entre le bain et l’onction (Ac 8, 15-17 ; 2 Co 1, 21-22) ; et puisque Jean-Baptiste fut rempli de l’Esprit dès le sein de sa mère (Lc 1, 15), nul âge n’est requis pour recevoir ce que Dieu donne. Nos frères catholiques ne sauraient y contredire, eux dont le droit oriental professe désormais la même chose ; et l’Orient y reconnaîtra la foi qu’il n’a jamais quittée. Peut-être un jour la liberté sera-t-elle laissée aux fidèles de choisir entre les deux ordres, celui de l’évêque qui vient et celui de l’huile qui le rend présent ; en attendant, il suffit que chacun reconnaisse dans la discipline de l’autre la même foi au même don.
Sur le chapitre X — Les azymes
Le Saint défend le pain levé de l’Eucharistie — le qurbān copte — contre l’azyme latin, introduit selon lui vers le onzième siècle contre l’exemple du Sauveur et la tradition apostolique. La note du volume a rappelé que cette querelle fut, avec le Filioque, l’un des griefs majeurs de la rupture de 1054, et que Florence tint dès 1439 les deux usages pour légitimes.
Premier argument : la chronologie de la Cène. — Le Sauveur donna son corps « avec du pain levé », comme le montre la bouchée trempée donnée à Judas — « or on sait que l’azyme ne se trempe point » (fol. 45) — et surtout la chronologie johannique : la Cène eut lieu « avant la fête de la Pâque » (Jn 13, 1), et au matin du vendredi les Juifs n’avaient pas encore mangé la Pâque (Jn 18, 28) ; l’usage de l’azyme n’était donc pas encore de mise. La note du volume a précisé loyalement l’état du débat : l’Orient suit saint Jean, l’Occident les synoptiques, et la question exégétique demeure ouverte.
Deuxième argument : la pratique apostolique et le nom même du sacrement. — Les Actes parlent de « la fraction du pain » (Ac 2, 42), et Paul du « pain que nous rompons » (1 Co 10, 16) — du pain, non de l’azyme.
Troisième argument : l’aveu de l’adversaire. — Le Saint relève que « les papistes conviennent qu’il est permis, chez eux, d’accomplir le sacrement… avec du pain levé ou avec de l’azyme ; mais ils ne l’accomplissent jamais qu’avec l’azyme seul », et il lance cette apostrophe : « À quoi servent les paroles que n’accompagnent point les actes, et de quel profit sont les théories qui ne passent pas aux œuvres ? » (fol. 46).
Ce qui s’est passé depuis. — La théorie que le Saint prenait en flagrant délit d’inaction est, depuis longtemps, passée aux œuvres. La bulle Laetentur caeli du concile de Florence (6 juillet 1439) déclarait déjà que « dans le pain de froment, qu’il soit azyme ou fermenté, le Corps du Christ est véritablement formé, et les prêtres doivent [ le ] confectionner dans l’un ou l’autre, chacun selon la coutume de son Église ». Or cette clause n’est plus lettre morte : les Églises orientales catholiques — coptes, byzantines, syriaques — consacrent effectivement le pain levé, selon la coutume de leurs Églises, au sein même de la communion romaine. L’azyme demeure l’usage latin ; le pain levé demeure l’usage oriental ; et les deux autels se dressent dans une seule communion.
Dogme ou discipline ? — Florence elle-même a donné la qualification : la coutume de chaque Église. Nulle définition dogmatique, d’aucun côté, ne lie la vérité du sacrement à la levure du pain ; le Saint ne le prétend d’ailleurs pas — son argument est de fidélité à l’exemple du Seigneur, non de validité. La coexistence des deux usages dans la communion catholique achève la démonstration : la différence est de discipline liturgique, et peut subsister comme diversité légitime, chaque Église gardant son pain comme elle garde sa langue et son chant. Elle n’a point à être réglée avant la communion ; elle demande seulement d’être respectée — ce qui condamne pour jamais les latinisations d’autrefois.
Vers une parole commune. — Le traducteur se hasarde à suggérer une parole que les deux traditions pourraient prononcer d’une seule voix : chaque Église confectionne le pain de l’oblation selon la coutume reçue de ses Pères, et nulle ne juge la coutume de l’autre ; car c’est un seul pain que nous rompons, et nous sommes un seul corps (cf. 1 Co 10, 16-17). L’Apôtre fournit le fondement ; la sentence de 1439, « chacun selon la coutume de son Église », montre que nos frères catholiques l’ont déjà écrite ; il reste à la vivre dans une communion enfin rétablie.
Sur le chapitre XI — La privation du saint calice
Le Saint défend la communion de tout le peuple « sous les deux espèces — le pain et le calice » (fol. 47), contre l’usage latin qui réservait « la coupe salutaire du Seigneur » aux seuls clercs. La note du volume a situé le grief : la communion sous la seule espèce du pain se généralisa en Occident aux douzième et treizième siècles et fut confirmée par Constance en 1415 ; sa justification est la doctrine de la concomitance, et Vatican II a largement rouvert le calice au peuple.
Premier argument : le commandement exprès du Seigneur. — « Si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous » (Jn 6, 53-54) ; et à la Cène : « Prenez, buvez-en tous » (Mt 26, 26-27). À l’objection que cette parole ne s’adressait qu’aux apôtres, le Saint répond par un argument de logique irréprochable : « Prenez, mangez » s’adressait aux mêmes ; il faudrait donc, sur cette analogie vaine, priver aussi le peuple du corps (fol. 47-48).
Deuxième argument : l’Apôtre et les Pères. — Paul suppose que tous mangent le pain et boivent la coupe (1 Co 11, 26-28) ; saint Justin décrit tous les assistants communiant « au pain, au vin et à l’eau », et saint Cyprien arme les futurs martyrs « du corps et du sang du Christ », demandant comment appeler à verser son sang pour le Christ celui à qui l’on refuse le sang du Christ (fol. 48).
Troisième argument : la concomitance retournée. — À la « preuve » latine — le corps contient le sang —, le Saint répond : « oui — et le Sauveur le savait, et ne l’ignorait pas ; pourquoi donc ne nous a-t-il pas donné son corps très saint seulement… ? » (fol. 48). Qu’on y prenne garde : le Saint ne nie pas le fait ; il nie qu’on en tire licence de mutiler le signe institué par le Seigneur.
Ce qui s’est passé depuis. — Le concile Vatican II a rouvert ce que Constance avait fermé. La constitution Sacrosanctum Concilium (1963) dispose que « la communion sous les deux espèces… peut être accordée, au jugement des évêques… tant aux clercs et aux religieux qu’aux laïcs » (n. 55), et rétablit la concélébration (n. 57) ; la pratique s’en est largement répandue dans l’Église latine. Quant aux Églises orientales catholiques, elles n’ont jamais connu cette privation : le calice y fut toujours donné au peuple, au sein même de la communion romaine.
Dogme ou discipline ? — La distinction s’impose ici avec une netteté particulière. Ce que Trente a défini, c’est la concomitance : le Christ tout entier présent sous chaque espèce. Or ce point, on vient de le voir, le Saint le concède expressément — son « oui » du folio 48 en fait foi ; la foi copte, qui communie les malades et les petits enfants sous une espèce quand il le faut, ne le nie pas davantage. Ce qui fut refusé au peuple, la coupe, ne fut jamais qu’une concession disciplinaire suspendue — et l’histoire l’a prouvé, puisque la même autorité qui l’avait retirée l’a rendue. Le dogme n’a jamais divisé les deux Églises sur ce point ; la discipline les divisait, et cette discipline a été réformée dans le sens que l’Orient n’a cessé de réclamer. Rien ici ne fait obstacle à la communion ; il reste à souhaiter que la pratique latine rejoigne partout la faculté que son droit lui ouvre.
Vers une parole commune. — Qu’il soit permis de soumettre au jugement des Églises cette formulation : sous chaque espèce, c’est le Christ tout entier qui se donne ; mais le Seigneur a dit : « Prenez, buvez-en tous » (Mt 26, 27), et la plénitude du signe qu’il a institué est le pain et la coupe ensemble, comme l’atteste l’Apôtre (1 Co 11, 26-28) et comme le vécut l’Église des martyrs, que Justin décrit et que Cyprien armait du corps et du sang du Christ. Une telle parole garde tout ce que nos frères catholiques tiennent de Trente, et tout ce que le Saint tient de l’Évangile ; elle dit d’un même souffle la vérité du sacrement et la fidélité au commandement.
Sur le chapitre XII — La privation des enfants de la communion
Le plus bref des chapitres du recueil est peut-être le plus touchant : le Saint y plaide pour les petits enfants, que l’Église copte communie dès leur baptême et que l’Église latine, depuis le douzième siècle, tient éloignés de la table sainte jusqu’à l’âge de raison. « Quel péché donc, et quel crime, ont commis ces pauvres petits, pour qu’on les prive de tous ces dons célestes et de ces précieuses bénédictions ? » (fol. 50).
Premier argument : le parallèle du baptême. — Le prétexte de l’incompréhension est « vain : car ils ne comprennent pas davantage le sacrement du baptême, qu’ils reçoivent pourtant » (fol. 50) sur la foi de leurs parents et parrains. L’argument avait déjà servi au chapitre du chrême ; il tranche également celui-ci, la logique de l’initiation étant une.
Deuxième argument : la parole du Seigneur. — « Laissez les petits enfants venir à moi ; ne les empêchez pas » (Mc 10, 14 ; fol. 50) — parole que le Saint oppose, sans commentaire superflu, à toute clôture de la table.
Troisième argument : le propre dossier de l’Occident. — Avec une ironie douce, le Saint convoque contre Rome ses propres autorités : saint Augustin — « qui osera dire que cette sentence ne concerne pas les enfants… ? » —, le pape Innocent Ier, pour qui les enfants, « s’ils ne reçoivent son sang, n’ont point la vie en eux », et un canon romain du neuvième siècle ordonnant de communier les nouveau-nés avant toute nourriture (fol. 51). La note du volume l’a vérifié : ces autorités sont exactes — Augustin, Des mérites des péchés et de leur rémission (I, 20), la lettre d’Innocent Ier au concile de Milève (417), les ordonnances carolingiennes —, l’un et l’autre rattachant la communion des petits à Jn 6, 53.
Ce qui s’est passé depuis. — L’Église latine a maintenu sa discipline pour les Latins : les canons 913-914 du code de 1983 requièrent l’âge de raison, dans la ligne de Latran IV (1215). Mais le code des Églises orientales catholiques dispose tout autrement : l’initiation sacramentelle « s’achève par la réception de la divine Eucharistie », à donner « au plus tôt » (canon 697) — en sorte que les nourrissons des Églises orientales catholiques reçoivent aujourd’hui, au sein de la communion romaine, la communion que le Saint réclamait pour eux. Ce que l’Église copte n’a jamais cessé de faire, Rome le reconnaît donc et le prescrit pour ses propres fidèles orientaux.
Dogme ou discipline ? — Ici encore, l’argument décisif est la coexistence : deux disciplines opposées vivent dans une seule communion catholique, preuve que ni l’une ni l’autre n’engage le dogme. Rome n’a jamais défini que l’enfant ne peut recevoir l’Eucharistie — son propre passé, qu’allègue le Saint, l’en empêcherait ; elle a réglé un ordre pédagogique pour l’Occident. La différence peut donc subsister comme diversité légitime et ne saurait conditionner la pleine communion. Mais il faut le dire avec le Saint : la pratique orientale a pour elle l’antiquité commune, Augustin et Innocent autant que les Pères d’Alexandrie ; et la question posée au folio 50 — quel péché ont commis ces petits ? — demeure, pour toute Église, un aiguillon salutaire.
Vers une parole commune. — Une précision s’impose d’abord, que le lecteur copte fera de lui-même : dans l’ordre oriental de l’initiation, nul n’approche de la table sainte sans avoir reçu le sceau du chrême — baptême, chrismation, eucharistie forment un seul mouvement, dans cet ordre ; une communion sans confirmation est chose étrangère à l’orthodoxie. C’est d’ailleurs la pratique latine courante qui étonne ici l’Orient : en admettant l’enfant à la première communion avant la confirmation, elle a inversé l’ordre ancien des trois sacrements — et des voix catholiques le disent elles-mêmes, puisque le document de la commission mixte sur les sacrements (2022) range baptême, chrismation et eucharistie dans l’unique initiation, et que plusieurs diocèses latins ont entrepris de rétablir l’ordre primitif[114].
Sur le chapitre XIII — Les deux natures et les deux volontés
Voici le cœur dogmatique du recueil, et le chapitre où la distance entre le temps du Saint et le nôtre se mesure le mieux. Le Saint y confesse la foi de saint Cyrille : l’union de la divinité et de l’humanité dans l’unique Rédempteur est « naturelle et essentielle, sans mixtion ni mélange, exempte de séparation, de changement et d’altération », en sorte qu’après l’union on ne dit plus deux natures ni deux volontés, mais « une seule nature de deux natures, une seule volonté de deux volontés » (fol. 52) ; et il impute à l’Église de Rome d’avoir « divisé celui qui ne se divise point ». La note du volume, en tête du chapitre, a déjà signalé au lecteur les accords qui éclairent aujourd’hui cette page ; il faut ici les exposer.
Premier argument : la logique de l’union. — Qui confesse l’union naturelle ne peut proclamer ensuite la dualité : « la conclusion est vraie de la vérité de ses prémisses » (fol. 53). Les analogies du feu et du fer, de l’âme et du corps (fol. 53), disent une union sans mélange où les deux sont devenus un — c’est le sens même du mot union.
Deuxième argument : Cyrille et l’Écriture. — Le Saint cite le troisième anathématisme de saint Cyrille contre qui « divise le Christ unique en deux hypostases » après l’union (fol. 53), puis montre l’Écriture attribuant tout à l’unique sujet : le Fils visible n’est autre que le Fils éternel (Mt 3, 17 ; Jn 1, 14 ; Jn 8, 58 ; 1 Jn 1, 1).
Troisième argument : l’unique volonté. — Puisque les êtres sont unis, les volontés le sont à plus forte raison ; et l’Écriture n’attribue au Fils qu’un seul vouloir (Jn 4, 34 ; 5, 19 ; 5, 30) : « de cette soumission et de cette union ne procèdent pas deux opérations et deux volontés, mais une seule opération et une seule volonté » (fol. 54).
Quatrième argument : les Pères, et Rome même. — Le Saint allègue « Athanase » — « une seule nature de Dieu le Verbe incarné, que nous adorons avec sa chair d’une seule adoration » (fol. 54-55) —, la lettre du pape Jules, le pape Honorius confessant « une seule volonté », et jusqu’au cinquième canon du Latran de 649 anathématisant qui ne confesse pas « une seule nature incarnée de Dieu le Verbe dans le Christ » (fol. 55-56) : « Considère cette confession sortie d’un pape romain ! » (fol. 55). Les notes du volume ont fait ici les précisions requises — l’origine apollinariste des textes « athanasiens », reçus de bonne foi par Cyrille, et le contexte du Latran, qui confesse la formule cyrillienne tout en enseignant les deux volontés unies : l’argument du Saint garde sa pointe, qui est que Rome n’a jamais condamné la formule de Cyrille.
Ce qui s’est passé depuis. — Tout, ou presque. La consultation de Vienne (Pro Oriente, septembre 1971) reconnut l’orthodoxie d’intention de la formule cyrillienne — « une seule nature du Dieu Verbe incarnée », devant le mystère du Christ « inépuisable et ineffable ». Le 10 mai 1973, à Rome — première rencontre des deux sièges depuis 451 —, le pape Paul VI et le pape Chenouda III signèrent une confession christologique commune, évitant délibérément le mot qui divisait ; un accord christologique complémentaire fut signé le 12 février 1988 par la commission copte-catholique. Puis, au sein même de la famille orthodoxe, les accords d’Anba Bishoy (juin 1989) et de Chambésy (septembre 1990) entre chalcédoniens et préchalcédoniens condamnèrent ensemble Nestorius et Eutychès, reconnurent les quatre adverbes comme tradition commune, et répondirent à la question des volontés par cette sentence : « c’est le Logos incarné qui est le sujet de tout le vouloir et de tout l’agir » — ce qui est très exactement l’unité de sujet que défend le Saint contre toute division. Chambésy recommanda en 1993 la levée des anathèmes réciproques ; cette recommandation n’a, à ce jour, jamais été reçue synodalement partout.
Dogme ou discipline ? — Il s’agit ici de dogme au sens le plus plein — et c’est précisément pourquoi le résultat du dialogue est si considérable : il a établi que les deux familles confessent le même dogme en deux langues. Le « deux natures » que réfute le Saint est celui qui diviserait le Christ — celui de Nestorius ; or nul catholique ne le confesse, et Rome anathématise cette division autant que lui. La « nature une » qu’il défend est celle de Cyrille — que Rome n’a jamais condamnée, comme son propre dossier le montrait déjà. La controverse que mène ce chapitre est donc close ; mais la prudence oblige à dire que la réception canonique demeure inachevée des deux côtés — anathèmes non levés partout, communion non rétablie —, et que l’accord des théologiens attend encore d’être pleinement celui des synodes et des peuples[115].
Vers une parole commune. — Ici, point n’est besoin de proposer : la parole commune existe, signée des deux pontifes le 10 mai 1973 — « Nous confessons que notre Seigneur et Dieu, Sauveur et Roi de nous tous, Jésus-Christ, est Dieu parfait pour ce qui est de sa divinité, et homme parfait pour ce qui est de son humanité. En Lui sa divinité est unie à son humanité ; cette union est réelle, parfaite, sans mélange, sans commixtion, sans confusion, sans altération, sans division, sans séparation. » Et cette parole a un précédent que le Saint eût aimé : en avril 433, saint Cyrille lui-même, recevant la formule d’union de Jean d’Antioche — « Dieu parfait et homme parfait… consubstantiel au Père selon la divinité et consubstantiel à nous selon l’humanité, car des deux natures l’union s’est faite » (DH 271-273) —, ouvrit sa lettre par le chant du psaume : Que les cieux se réjouissent (Ps 95). Le docteur de la nature une sut reconnaître sa foi dans la langue de l’autre, dès lors que l’union était sauve. Ce que fit Cyrille en 433, Rome et Alexandrie l’ont refait en 1973 ; il reste aux Églises d’achever ce que les Pères et les pontifes ont commencé — que les cieux, de nouveau, se réjouissent.
Sur le chapitre XIV — L’entrée des âmes au ciel avant le jour du Jugement
Le Saint expose la doctrine orientale de l’attente : les âmes des justes, à leur départ, goûtent « les arrhes de la gloire », celles des méchants les arrhes de l’ignominie, et la sentence plénière — béatitude ou tourment éternels — n’est prononcée qu’au grand Jour, quand les âmes auront revêtu leurs corps (fol. 57). Il refuse comme une innovation la doctrine latine d’une rétribution complète aussitôt après la mort. La note du fol. 57 a nommé le texte visé — la constitution Benedictus Deus de Benoît XII (1336) — et circonscrit le débat : il porte sur le moment de la rétribution plénière, non sur son existence.
Premier argument : la justice rétribue l’homme entier. — L’âme et le corps ont ensemble combattu, ensemble enduré ; il convient qu’ils soient ensemble couronnés ou châtiés. Rétribuer l’âme seule, c’est mutiler la justice (fol. 58).
Deuxième argument : le Jugement ne peut être une redite. — Si tout était déjà prononcé, le grand Jour n’aurait plus d’objet : faire sortir les âmes des délices ou de l’enfer pour les y renvoyer ne serait que « confusion et jonglerie » (fol. 58).
Troisième argument : le témoignage de l’Écriture. — Le Saint déploie un ample florilège : la voix qui ouvrira les tombeaux (Jn 5, 28-29), la séparation des brebis et des boucs (Mt 25, 31-46), le « jour de la colère » (Rm 2, 5-6), le tribunal du Christ (2 Co 5, 10), les justes anciens qui « ne devaient pas parvenir sans nous à la perfection » (He 11, 39-40), la couronne réservée par le juste Juge « en ce Jour-là » (2 Tm 4, 7-8), et surtout les âmes sous l’autel, vêtues de robes blanches et priées de patienter encore (Ap 6, 9-11) — image même de l’attente consolée que professe l’Église copte (fol. 58-59).
Ce qui s’est passé depuis. — Sur le point défini, Rome n’a pas varié : Benedictus Deus enseigne que les âmes purifiées voient l’essence divine « aussitôt après leur mort », avant la résurrection. La différence eschatologique demeure donc. Mais elle s’est nuancée. Le Catéchisme de l’Église catholique lui-même parle de purification et réserve à la résurrection l’accomplissement de l’homme entier ; et l’encyclique Spe salvi de Benoît XVI (2007, § 45-48) rapproche les langages en enseignant que la « durée » de cet état ne se mesure point au temps de ce monde — le « moment » de la béatitude échappe ainsi à nos chronologies. Surtout, un Père latin d’avant 451 parlait comme le Saint : Augustin, dans l’Enchiridion (109), place les âmes, entre la mort et la résurrection, dans des « réceptacles cachés » où chacune reçoit repos ou peine selon ce qu’elle a mérité. La définition de 1336 trancha une controverse latine tardive, née des prédications de Jean XXII ; elle n’exprime pas la foi latine ancienne, qui connaissait l’attente.
Dogme ou discipline ? — Côté catholique, la chose est définie ; côté copte, elle est doctrine constante, mais jamais définie par un concile commun — l’eschatologie fine n’a été fixée par aucun des trois conciles que les deux Églises partagent. Or les deux traditions confessent identiquement le repos des justes auprès du Christ dès la mort, le jugement dernier, la résurrection des corps et la rétribution plénière de l’homme entier. La différence est réelle, mais elle est d’école plutôt que de division : elle ne devrait pas bloquer la communion, pourvu que chacun garde son langage sans l’imposer à l’autre — le Saint lui-même parle des « arrhes de la gloire », ce qui est déjà confesser que les justes ne sont pas sans leur Seigneur.
Vers une parole commune. — En toute soumission au jugement de son Église, le traducteur se risque à esquisser ce que les deux traditions pourraient dire d’une seule voix. Le Seigneur a promis au larron : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis » (Lc 23, 43) — dès aujourd’hui, le paradis. Paul désire « s’en aller et être avec le Christ » (Ph 1, 23) : dès la mort, la proximité. Mais le même Paul attend la couronne « en ce Jour-là » (2 Tm 4, 8), et enseigne que la mort ne sera engloutie qu’à la résurrection, quand ce corps corruptible aura revêtu l’incorruptibilité (1 Co 15, 52-54). Être avec le Christ aussitôt ; recevoir la gloire plénière au dernier Jour : ce que la vision béatifique dit de la proximité, l’attente le dit de la plénitude, et Augustin tenait déjà les deux ensemble. Une parole commune sur ce mystère n’exigerait de personne aucun reniement — seulement l’humilité de ne pas mesurer au temps des hommes ce qui appartient au repos de Dieu.
Sur le chapitre XV — Le purgatoire
Voici le grand chapitre eschatologique du livre : huit arguments contre le « troisième lieu ». L’Église, écrit le Saint, ne connaît après la mort que deux états, le délice et la géhenne ; le purgatoire, forgé « vers le douzième siècle », est une invention étrangère à l’Écriture (fol. 60). La note du fol. 60 a marqué d’avance les bornes exactes de la controverse : elle ne porte pas sur la prière pour les morts — l’Église copte prie pour ses défunts, aux troisième et quarantième jours, et le Saint ne conteste évidemment pas cette prière —, mais sur l’idée d’un lieu tiers et d’une peine expiatoire distincte du pardon.
Les arguments du Saint. — Il attaque d’abord l’origine — un emprunt aux païens, à Platon — et le silence de l’Écriture, qui n’offre « pas le plus léger indice » de ce feu ; la note du fol. 61 a rappelé que la théologie catholique s’appuie en réalité sur 2 M 12, 44-46 — livre que le canon de l’auteur écarte — et sur 1 Co 3, 13-15. Il invoque ensuite la justice divine, qui ne saurait purifier l’âme seule sans le corps. Puis vient le cœur : croire au purgatoire « fait outrage au sang du Rédempteur » — « le sang de Jésus, son Fils, nous purifie de tout péché » (1 Jn 1, 7), « le sang de Jésus, non le feu purgatoire imaginaire ! » (fol. 61) ; et cette croyance ruine la pénitence, car si l’âme absoute doit encore brûler, l’absolution n’a par elle-même aucune force. Suivent les textes — Lazare au sein d’Abraham et l’abîme infranchissable (Lc 16, 19-31), le larron reçu « aujourd’hui » au paradis (Lc 23, 43), le désir de Paul (2 Co 5, 8 ; Ph 1, 23), le repos des morts qui meurent dans le Seigneur (Ap 14, 13) —, le danger moral d’un péché qu’on croit rachetable après coup, et enfin le dilemme du feu : matériel, il ne peut atteindre l’âme ; immatériel, il ne se distingue plus de la géhenne dont nul ne sort (fol. 62-63), la note du fol. 63 ayant éclairé l’allusion à l’apocatastase.
Ce qui s’est passé depuis. — L’appareil que réfutait le Saint s’est singulièrement dépouillé. Le Catéchisme de l’Église catholique (1030-1032) ne parle plus que d’une « purification finale » des élus, « absolument distincte » du châtiment des damnés — sans lieu, sans feu matériel, sans durée. Benoît XVI est allé plus loin : dans Spe salvi (2007, § 47), « le feu qui brûle et qui sauve est le Christ lui-même » — la purification n’est plus un lieu tiers mais la rencontre du Seigneur, dont le regard transforme. En face, la position copte a été fixée par le patriarche Chenouda III dans sa conférence « Pourquoi rejetons-nous le purgatoire ? » (monastère Saint-Bichoï, 27 septembre 1988, dans le cadre de la fondation Pro Oriente) : le sang du Christ purifie de tout péché (1 Jn 1, 7) ; après le pardon, il ne demeure aucune peine résiduelle à purger ; il n’y a que deux états, dans l’attente du jugement. Le patriarche reprenait, jusqu’aux versets, l’argumentaire du Saint. Reste la foi commune, plus ancienne que la querelle : Cyrille de Jérusalem enseigne le « très grand profit pour les âmes » du sacrifice offert pour les défunts (Catéchèses mystagogiques V, 9-10) ; Épiphane défend contre Aërius la mémoire des morts à l’autel (Panarion 75, 8) ; Augustin demande qu’on se souvienne de Monique au sacrifice (Confessions IX). Prier pour les défunts n’a jamais divisé l’Orient et l’Occident[116].
Dogme ou discipline ? — Côté catholique, doctrine définie — mais aux conciles latins de Lyon II (1274), Florence (1439) et Trente (1563), qu’aucune Église d’Orient n’a reçus ; côté copte, rejet formel et réitéré (1988). La différence doctrinale est donc réelle. Mais que reproche-t-on, au juste, encore au purgatoire aujourd’hui, maintenant que l’abus ancien est mort et que le décor s’est dépouillé ? Trois choses précisément, et trois seulement. D’abord l’idée d’une peine résiduelle : qu’après le pardon de la faute il resterait à l’âme une dette de souffrance à acquitter — c’est elle que le Saint frappe au cœur avec 1 Jn 1, 7, car s’il reste à payer, c’est que le sang du Christ n’a pas tout payé. Ensuite le séjour intermédiaire distinct : un troisième état, entre le repos et la géhenne, où cette dette s’acquitterait — l’Orient ne connaît que deux demeures d’attente, et un seul Jour qui juge. Enfin les indulgences appliquées aux défunts, qui suspendent à une comptabilité ecclésiastique ce qui n’appartient qu’à la miséricorde de Dieu : l’Église copte prie pour ses morts, elle ne quittance pas leurs peines. Voilà le reproche exact ; tout le reste — la prière pour les défunts, la miséricorde demandée, l’espérance du repos — est bien commun. Et le purgatoire reformulé de Spe salvi, sans lieu ni feu créé ni durée mesurable, où le feu est le Christ, s’est de lui-même rapproché de ce que l’Orient a toujours dit du Seigneur qui vient.
Vers une parole commune. — Que l’on souffre que le traducteur en esquisse une, à la méthode du Saint — en répondant d’abord à la question que tout lecteur copte posera : peut-on parler d’une « purification après la mort » dans une parole commune avec l’Église copte ? Pas au sens d’un état où l’âme pardonnée achèverait d’expier ou de se purifier : notre Église ne le confesse pas, le Saint l’a réfuté, et le pape Chenouda III l’a redit — après le pardon, il ne reste rien à purger ; les âmes attendent, dans le repos ou la peine, le Jour du Seigneur. Ce que les deux Églises peuvent confesser ensemble tient donc en trois articles : la prière pour les défunts, foi des Pères, qui demande à Dieu le repos et la miséricorde ; le sang de Jésus qui purifie de tout péché, ici, dans le temps de la pénitence (1 Jn 1, 7) ; et le feu de 1 Co 3, 11-15 — l’ouvrage de chacun éprouvé « au Jour » du Seigneur — lu comme le lisaient les anciens : du feu eschatologique du jugement dernier, jamais d’un séjour intermédiaire, dont la systématisation n’apparaît qu’au douzième siècle. Si le feu qui éprouve est le Seigneur lui-même venant juger, alors ce que l’Occident nomme purification n’est pas une œuvre tierce ajoutée à la Croix ni un temps entre la mort et la gloire : c’est la rencontre du Juge au dernier Jour, l’application à chacun de l’unique rédemption — et l’insistance du Saint est sauve : c’est le sang de Jésus, et lui seul, qui purifie de tout péché. Disons-le nettement, pour que nul ne s’y trompe : cette parole commune exige, côté catholique, une évolution véritable — renoncer à imposer comme de foi le « troisième lieu », la peine satisfactoire et le régime d’indulgences qui s’y attache, c’est-à-dire tenir Lyon II, Florence et Trente, sur ce point, pour des expressions latines susceptibles de re-réception, comme le document de 2024 l’envisage pour Vatican I. L’Église copte, elle, n’aurait rien à changer : il lui suffirait de continuer à prier pour ses défunts comme elle n’a jamais cessé de le faire.
Sur le chapitre XVI — Le mépris du jeûne
Avec ce chapitre, le Saint quitte le terrain des sacrements pour celui de l’ascèse, et défend l’institution du jeûne que l’Église tient « du pouvoir du Seigneur Jésus et son très saint enseignement » (fol. 64). Le grief est sévère : l’Église latine aurait fini par « mépriser les jeûnes sacrés et les tenir pour rien : peu s’en faut que ses jeûnes ne s’évanouissent — bien plutôt ils se sont évanouis » (fol. 64). Le Saint observe, non sans amertume, que « les protestants mêmes, qui ont nié l’obligation du jeûne, le respectent » (fol. 64). La note du volume l’a rappelé : c’est à l’aune de la discipline copte — plus de deux cents jours par an, dans l’abstinence de tout produit animal — que ce relâchement est jugé.
Premier argument : l’exemple du Seigneur. — Le Christ, « modèle de nos actions, bien plus le chef de notre salut » (fol. 65), a jeûné quarante jours et quarante nuits sans en avoir nul besoin, pour nous apprendre à vaincre le tentateur ; et le Saint invoque Mc 9, 29. Les notes du volume ont signalé que la mention expresse du jeûne, en ce verset comme en 1 Co 7, 5, appartient au texte reçu byzantin et manque aux plus anciens manuscrits ; mais cette addition même est un témoin : en glosant ainsi la parole du Seigneur, l’Église ancienne confessait que jeûne et prière lui étaient inséparables.
Deuxième argument : le précepte évangélique et apostolique. — En Mt 6, 16-18, le Seigneur ne dit pas « si vous jeûnez », mais « quand vous jeûnez » : il ne fonde pas le jeûne, il le suppose, et en règle l’esprit — le secret, la tête parfumée, le visage lavé. Le Saint y joint la pratique constante des apôtres (Ac 13, 2-3 ; 14, 23 ; 27, 9) et l’attente des prophètes (Jl 2, 12.15 ; Za 8, 19).
Troisième argument : les canons. — Le canon apostolique 69 prescrit le jeûne du mercredi et du vendredi à tout le clergé et aux laïcs ; le canon 66 défend de jeûner le samedi, hors le Samedi saint ; saint Pierre d’Alexandrie (canon 15) et saint Épiphane de Salamine — qui veut qu’on ne prenne que « le pain, le sel et l’eau, jusqu’au soir » (fol. 66) — attestent la tradition. La note du volume a vérifié l’exactitude de tout ce dossier canonique (fol. 66).
Ce qui s’est passé depuis. — La loyauté oblige à le dire : la discipline latine ne s’est pas relevée, elle s’est encore allégée. La constitution apostolique Pænitemini de Paul VI (17 février 1966), puis le Code de 1983, ont réduit l’obligation stricte du jeûne à deux jours l’an — le mercredi des Cendres et le Vendredi saint —, les conférences épiscopales pouvant commuer l’abstinence des vendredis en d’autres œuvres de pénitence. Le constat du Saint s’est donc, matériellement, aggravé. Il serait indigne d’en triompher : le même texte de Paul VI rappelle avec force que la pénitence est d’institution divine et qu’aucun chrétien n’en est dispensé — seules ses modalités relèvent de la loi de l’Église.
Dogme ou discipline ? — Ni l’une ni l’autre Église n’a jamais défini le calendrier du jeûne comme article de foi. Des deux côtés, la pénitence est tenue de droit divin, ses formes de droit ecclésiastique : la différence, immense dans la vie des fidèles, est de discipline et ne saurait à elle seule retarder la communion. Mais une diversité légitime en droit peut être, en fait, un déséquilibre spirituel ; et c’est bien ainsi que le Saint la ressentait.
Vers une parole commune. — Qu’il soit permis au traducteur de soumettre ceci à nos frères catholiques : ce que la loi n’impose plus, l’exemple peut le rendre désirable. Que l’Occident revienne à l’école des Pères du désert d’Égypte — de saint Antoine, dont le régime de pain, de sel et d’eau, décrit par saint Athanase dans la Vie d’Antoine (ch. 7), est celui-là même que saint Épiphane prescrivait, et dont la lecture, au témoignage de saint Augustin (Confessions, VIII), bouleversa des fonctionnaires de Trèves et prépara sa propre conversion. Là, le jeûne paraît non comme un fardeau, mais comme une arme et une liberté. Car le Seigneur a dit : « Pour toi, quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage » (Mt 6, 17) — parole qui suppose des jeûneurs ; et la sentence du Seigneur sur « cette espèce-là » qui ne sort « que par la prière et par le jeûne » — telle que toute l’Église, d’Orient et d’Occident, l’a reçue, chantée et vécue pendant des siècles (Mc 9, 29 selon le texte reçu ; la note du volume a exposé le dossier) — garde toute sa force : prière et jeûne y sont les deux ailes d’une même arme, et l’Église qui déposerait l’une combattrait d’un seul bras. En redécouvrant cette école — qui est née sur la terre d’Égypte —, nos frères ne quitteraient rien de leur foi : ils rejoindraient la pratique de la nôtre.
Sur le chapitre XVII — L’Immaculée Conception
Le Saint raconte la genèse du dogme le plus récent qu’il ait à combattre : l’enquête lancée en 1849 — l’affiche de Dublin, que la note du fol. 67 a rattachée à l’encyclique Ubi primum de Pie IX —, puis la définition de 1854, vieille de moins de cinquante ans quand il parle (fol. 67). Il y voit une innovation « par prétexte de dévotion », qui ébranle le pilier de la doctrine du salut : l’universalité du péché d’Adam. Mais qu’on lise sa dernière page : il confesse hautement la pureté et l’innocence de « la toute-sainte Vierge Marie », purifiée de toute tache par la salutation de l’ange (Lc 1, 28, fol. 69). Ce n’est pas la sainteté de la Théotokos qui est en cause — c’est l’anthropologie du premier instant.
Premier argument : la nouveauté. — L’Église ancienne n’a jamais connu cet enseignement ; « nombre des papistes eux-mêmes l’ont longtemps combattu » (fol. 67) — la note du fol. 67 a nommé Bernard de Clairvaux, Thomas d’Aquin et l’école dominicaine, que Sixte IV dut empêcher d’anathématiser le parti adverse (1483).
Deuxième argument : l’universalité du péché d’Adam. — « Par un seul homme le péché est entré dans le monde » (Rm 5, 12) ; « tous meurent en Adam » (1 Co 15, 22) ; « pécheur ma mère m’a conçu » (Ps 51, 7). Seul le Verbe incarné fut innocent du péché originel ; exempter Marie de la condition commune, c’est rouvrir la brèche de Pélage (fol. 68).
Troisième argument : l’adversaire se contredit. — Le Saint cite les canons 2 et 3 du décret de Trente sur le péché originel — d’après le manuel du jésuite Perrone, l’un des artisans mêmes de la définition : l’arme est prise chez l’adversaire (fol. 68). La note du fol. 68 a montré la limite de l’argument : la clausule finale du décret exceptait déjà la Vierge, et la théologie catholique répond par la « rédemption préservatrice ». Mais le grief du Saint sur la nouveauté du dogme demeure entier.
Ce qui s’est passé depuis. — Rien n’a bougé dans la lettre : la bulle Ineffabilis Deus (8 décembre 1854) définit que Marie, « au premier instant de sa conception, par une grâce et une faveur singulière du Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain », fut « préservée intacte de toute souillure du péché originel ». La position copte n’a pas bougé davantage : le patriarche Chenouda III enseigne que Marie a hérité la nature commune d’Adam et fut purifiée à l’Annonciation, quand l’Esprit vint sur elle (Lc 1, 35) — elle qui chante « Dieu mon Sauveur » (Lc 1, 47) et fut donc rachetée comme nous. La question mariale n’a jamais été mise à l’ordre du jour du dialogue entre Rome et les Églises orthodoxes orientales : elle n’est pas le premier obstacle. Mais une piste s’est ouverte ailleurs : le Groupe des Dombes (1997-1998) a jugé que les dogmes de 1854 et de 1950, « n’appartenant pas à l’expression commune de la foi au moment des séparations, ne peuvent obliger les autres chrétiens » — la non-imposition comme condition de communion. Et le fonds commun est immense : l’Orient chante Marie Toute-Sainte et tout-immaculée, la liturgie latine la dit sans tache ; Éphrem confessait déjà : « en toi, Seigneur, point de tache, ni en ta Mère aucune souillure » (Carmina Nisibena 27) ; Augustin exceptait Marie, « pour l’honneur du Seigneur », de toute question de péché — mais de péché personnel (De natura et gratia 36, 42), lui qui tenait par ailleurs que sa chair venait de la propagation commune (Contra Julianum V, 15, 52). Le nœud n’est pas Marie : c’est la doctrine augustinienne d’une culpa transmise à tout nouveau-né — que l’Orient n’a jamais professée, lui qui hérite d’Adam la mort et la corruption, non une faute imputée — et l’autorité d’un dogme défini unilatéralement, longtemps après la séparation.
Dogme ou discipline ? — Différence dogmatique au sens le plus fort : 1854 est le paradigme même de la définition solennelle prononcée « du haut de la chaire ». Mais son objet réel est plus étroit qu’il ne paraît. Nulle des deux Églises ne conteste la sainteté, la pureté, la virginité perpétuelle de la Mère de Dieu ; la divergence porte sur ce dont elle fut préservée — car on ne peut être préservée, au sens de 1854, que d’une culpabilité que la théologie copte ne reconnaît pas dans l’enfant qui naît. Cette différence devra être réglée avant la pleine communion : un dogme que l’un tient pour révélé et l’autre pour innovation ne peut rester simplement en l’état. La voie vraisemblable est celle qu’indiquent les Dombes et, par analogie, la Clarification de 1995 sur le symbole : la non-imposition à l’Orient d’une définition postérieure à la séparation, et sa re-réception par Rome dans un langage que l’Église indivise puisse reconnaître.
Vers une parole commune. — Au terme de ce chapitre, le traducteur ose à peine ajouter un mot au dernier paragraphe du Saint, qui contient déjà toute la mariologie commune ; qu’on lui pardonne d’en proposer la monnaie. Que les deux Églises confessent ensemble Marie toute-sainte et toute-pure, « comblée de grâce » (Lc 1, 28), saluée : « Bénie es-tu entre les femmes » (Lc 1, 42), purifiée de toute tache à la salutation de l’ange — comme le Saint le confesse en sa dernière page — et rachetée par son Fils, elle qui magnifie « Dieu mon Sauveur » (Lc 1, 47) — sans imposer à l’Orient la théologie latine du premier instant, ni demander à l’Occident de renier sa louange. Éphrem d’un côté, Augustin de l’autre, disaient déjà, chacun dans sa langue, la même chose : aucune souillure en la Mère du Seigneur, et un seul Sans-péché, son Fils. Là où les Pères s’accordaient sans se lire, leurs enfants devraient pouvoir s’accorder en se lisant. Mais que l’on mesure loyalement ce que cela requiert, et de qui : c’est côté catholique que le pas est à faire — accepter que le dogme de 1854 ne soit pas imposé à l’Orient comme condition de la communion, et le re-recevoir dans un langage que l’Église indivise puisse reconnaître ; ce n’est pas une nuance de vocabulaire, c’est une évolution réelle du statut donné à une définition unilatérale. Côté copte, rien n’est demandé que la louange de la Toute-Sainte, qu’elle chante depuis toujours.
Sur le chapitre XVIII — La manducation de l’étouffé et du sang
Voici le plus bref des chapitres du recueil, et l’un des plus anciens différends qu’il touche. Le Saint reproche à l’Église de Rome d’avoir permis de manger l’étouffé et le sang, contre les commandements divins et apostoliques : « l’on ne saurait dissimuler l’outrage ainsi fait aux commandements de Dieu » (fol. 70). L’Église copte, elle, garde l’interdit jusqu’à ce jour.
Premier argument : un interdit antérieur à la Loi. — Le Saint remonte au commandement fait à Noé (Gn 9, 4) — donc à tout le genre humain, avant Moïse —, puis au Lévitique, qui en fait « une loi perpétuelle » (Lv 3, 17), et au Deutéronome (Dt 12, 16.23) : le sang est l’âme de la chair, et ne se mange pas.
Deuxième argument : le décret du concile de Jérusalem. — Les apôtres assemblés, par la bouche de Jacques, ont maintenu précisément ces abstentions pour les convertis de la gentilité (Ac 15, 19-20) ; la note du volume rappelle que la lettre apostolique les répète (Ac 15, 28-29) et qu’Ac 21, 25 les rappelle encore. Le canon apostolique 63, que cite le Saint, sanctionne la transgression : déposition pour le clerc, retranchement pour le laïc (fol. 71).
Ce qui s’est passé depuis. — Rien de récent — et c’est ici que l’honnêteté oblige à constater que la divergence est plus vieille que toutes nos séparations. Dès avant l’an 400, saint Augustin témoigne que l’observance avait cessé en Occident : le décret de Jérusalem fut à ses yeux une mesure disciplinaire de concorde entre convertis du judaïsme et de la gentilité, caduque avec les circonstances qui l’avaient dictée — « quel chrétien observe encore de ne pas toucher à la chair des grives ? » (Contre Fauste, XXXII, 13). Mais l’observance orientale n’est pas moins ancienne : la lettre des Églises de Lyon et de Vienne (vers 177, conservée par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, V, 1) rapporte le mot de la servante Biblis — comment ces gens mangeraient-ils des enfants, eux à qui il n’est pas même permis de manger le sang des bêtes ? — et Tertullien, témoin ancien, atteste la même abstention des chrétiens de son temps (Apologétique, 9). Les deux lectures du décret — mesure temporaire de concorde, précepte apostolique permanent — coexistaient donc déjà chez les anciens, avant toute rupture. Le concile in Trullo (692, canon 67) a fixé la lecture orientale ; saint Thomas d’Aquin a systématisé la lecture augustinienne ; et le Catéchisme de l’Église catholique, significativement, ne dit rien de la question.
Dogme ou discipline ? — Aucune des deux Églises n’a érigé sa lecture en dogme. Le différend porte sur l’herméneutique d’un canon — sa durée d’application, non son autorité — et relève de la discipline. Il peut subsister dans la pleine communion comme diversité légitime : l’Occident, du reste, n’a jamais reproché à l’Orient de garder l’abstinence, et notre Église ne demande pas à l’Occident de la reprendre pour condition de l’unité.
Vers une parole commune. — Le traducteur se hasarde seulement à suggérer ceci : que les deux Églises confessent ensemble l’autorité du concile de Jérusalem — le seul concile dont l’Écriture même consigne les actes, et dont la formule engage l’Esprit Saint avec les apôtres (Ac 15, 28) — et reconnaissent que leur différend porte uniquement sur la portée dans le temps de ses clauses alimentaires. Nos frères catholiques pourraient alors honorer, dans l’observance copte, non un archaïsme, mais la fidélité littérale à une parole apostolique qu’eux-mêmes tiennent pour inspirée ; et le sang, que l’ancienne loi réservait parce qu’il est l’âme de la chair (Lv 17, 11), trouverait des deux côtés son plein sens dans le seul sang qui purifie : celui du Christ (He 9, 12-14).
Sur le chapitre XIX — Le refus du divorce pour cause d’adultère
Nous touchons ici l’un des points les plus délicats de tout le dossier — l’un des rares où la différence n’est pas de discipline, mais de doctrine. Le Saint commence par confesser, avec toute l’Église, que le mariage est un sacrement dont l’union « ne souffre ni rupture ni séparation » (fol. 72) ; puis il défend l’unique exception que l’Église copte reconnaisse, la cause d’adultère, et dénonce la « séparation perpétuelle » latine comme une « sentence inique » (fol. 73).
Premier argument : l’indissolubilité, loi du Créateur. — Le chapitre s’ouvre — il faut le souligner — par une profession d’indissolubilité, fondée sur la réponse du Seigneur aux pharisiens (Mt 19, 3-6), corroborée par Mc 10, 11-12, 1 Co 7, 10-11 et Rm 7, 2-3. Le Saint ne plaide pas pour le divorce : il plaide pour la fidélité au texte.
Deuxième argument : la clause de l’adultère. — Il n’existe qu’une seule cause de dissolution, « et cela sur l’ordre du Seigneur Christ, qui l’a déclaré expressément » (fol. 72) : la clause de Mt 19, 9. La note du volume a exposé le dossier philologique de la porneia et la lecture constante des Pères grecs, fondement de toute la discipline orientale.
Troisième argument : l’iniquité de la « séparation perpétuelle ». — La sentence latine condamne « l’époux innocent de toute faute à être privé absolument du mariage » (fol. 73) ; elle « ouvre une large porte à la corruption » (fol. 73), exposant l’innocent à la chute et laissant le coupable à ses passions.
Ce qui s’est passé depuis. — Exposons loyalement la position catholique, comme la note du volume avait commencé de le faire. Rome lit la clause matthéenne comme autorisant la séparation, non la rupture du lien : le mariage sacramentel consommé est tenu pour absolument indissoluble, de droit divin, et le concile de Trente (session XXIV, 1563, canon 7) anathématise — en une formule choisie pour ménager les Grecs de Venise — quiconque dit que l’Église erre en l’enseignant. Cette doctrine n’a pas varié. Mais Rome a répondu autrement à la détresse des fidèles : la lettre pontificale Mitis Iudex Dominus Iesus (15 août 2015) a rendu les procès en nullité gratuits, plus brefs, confiés à l’évêque ; l’exhortation Amoris lætitia (2016), en son huitième chapitre (n. 305, avec la note 351), ouvre dans certains cas aux divorcés remariés « l’aide des sacrements » au terme d’un discernement — cependant que le synode de 2014-2015 a examiné et écarté ce qu’il nommait la « pratique orthodoxe ». Du côté copte, le pape Chenouda III a restreint en 2008 la discipline au seul adultère, en référence expresse à Mt 19, 9. Qu’on le remarque : la discipline copte est ainsi plus proche de la lettre de Mt 19, 9 que la souplesse des autres Églises orthodoxes, qui admettent des causes multiples ; notre Église n’accorde pas ce que le Seigneur n’a pas dit[117].
Dogme ou discipline ? — Ici, pour une fois, la différence est doctrinale : Rome tient l’indissolubilité absolue du lien consommé pour vérité de droit divin définie ; l’Orient reçoit la clause matthéenne comme une exception posée par le Seigneur lui-même, que l’Église administre par économie. Cette différence devra être affrontée avant la pleine communion — elle ne peut être classée parmi les disciplines. Mais que l’on constate aussi combien les effets pratiques se sont rapprochés : le fidèle copte n’obtient le divorce que pour l’adultère ; le fidèle catholique trouve désormais, par la nullité élargie ou l’accompagnement sacramentel, des issues que le droit de 1900 lui refusait. Divergence de principe, convergence de fait.
Vers une parole commune. — C’est en tremblant que le traducteur avance, sur ce point si grave, une suggestion. Que les deux Églises confessent ensemble l’indissolubilité comme la norme évangélique du mariage — « ce que Dieu a uni, l’homme ne doit point le séparer » (Mc 10, 9) — et la clause matthéenne comme une exception dominicale, non humaine : l’Église d’Orient ne s’arroge pas le pouvoir de délier ce que Dieu a uni ; elle reçoit d’une parole expresse du Maître le seul cas où le lien est déclaré brisé. Les anciens n’ignoraient pas cette tension : Origène, témoin ancien, rapporte — sans l’approuver ni le condamner absolument — que des chefs d’Églises permettaient déjà un remariage pour prévenir de pires maux (Commentaire sur Matthieu, XIV, 23) ; et saint Basile, dans ses lettres canoniques à Amphiloque, atteste que la coutume des Églises traitait le lien brisé par l’infidélité selon une économie pénitentielle (Lettre 188, canons 9 et 21). Si nos frères catholiques reconnaissaient dans cette économie non un affaiblissement de la parole du Seigneur, mais une obéissance à sa lettre entière — la clause comprise —, le différend, sans être encore résolu, serait du moins posé sur son vrai terrain : celui de l’Évangile. Et qu’on dise clairement ce que cela demanderait à chacun : côté catholique, consentir à relire l’exégèse tridentine de la clause matthéenne — reconnaître que « sauf en cas de prostitution » (Mt 19, 9) peut fonder, sans blasphème contre l’indissolubilité, l’économie que l’Orient pratique ; côté copte, rien, sinon la rigueur que notre Église s’impose déjà : le seul adultère, et nulle autre cause.
Sur le chapitre XX — L’interdiction du mariage des prêtres
Le Saint défend ici la légitimité du sacerdoce marié, que l’Église d’Alexandrie pratique depuis sa naissance : évêques choisis parmi les vierges, prêtres et pasteurs parmi les mariés. Contre la loi latine du célibat obligatoire, il dresse l’Écriture, le concile de Nicée et tout un dossier canonique que les notes du volume ont vérifié pièce à pièce.
Premier argument : l’Écriture honore les deux états. — Pour les vierges, la parole du Seigneur sur ceux qui se sont faits eunuques « à cause du Royaume des Cieux » (Mt 19, 12) ; pour les mariés, les instructions de Paul : l’épiscope « mari d’une seule femme », gouvernant bien sa maison (1 Tm 3, 2-5), et les presbytres établis en Crète sur le même modèle (Tt 1, 5-6). « Car le mariage est un sacrement saint, honorable et pur » (fol. 74).
Deuxième argument : Paphnuce au concile de Nicée. — Lorsque fut proposée la continence de tout le clergé, saint Paphnuce, évêque et confesseur de la Haute-Égypte — lui-même vierge —, persuada le concile de n’exiger la virginité que des évêques, et d’épargner ce joug aux prêtres de paroisse (fol. 74-75). La note du volume documente l’épisode chez les historiens Socrate (Histoire ecclésiastique, I, 11) et Sozomène (I, 23), signale que la critique moderne en discute l’historicité mais que toute la tradition canonique orientale l’a reçu, et rappelle que Nicée n’a légiféré, en son canon 3, que contre la cohabitation des clercs avec des femmes étrangères — le Saint notant de son côté que le concile se borna à interdire aux clercs veufs de se remarier (fol. 75).
Troisième argument : les canons contre le mépris du mariage. — Le canon apostolique 51 retranche quiconque s’abstient du mariage par dégoût de la création ; le concile de Gangres (canon 4) anathématise qui refuse l’oblation de la main d’un prêtre marié ; les Canons d’Hippolyte déclarent que la paternité n’empêche pas le prêtre ; Carthage ne demande la continence qu’aux jours de service (fol. 75). La loi médiévale de Rome — la « sentence inique » (fol. 75) que vise le Saint — est celle des conciles de Latran (1123, 1139), qui déclarèrent invalides les mariages des clercs majeurs, comme la note du volume l’a précisé (fol. 76).
Ce qui s’est passé depuis. — Rome elle-même enseigne aujourd’hui que le célibat ecclésiastique est une loi d’Église (canon 277 du Code de 1983), jamais un dogme — nul concile ne l’a défini comme vérité de foi. Et il existe des prêtres mariés dans l’Église catholique : les Églises catholiques orientales ordonnent des hommes mariés, et leur droit propre (canon 373 du Code oriental de 1990) honore expressément ce clergé ; en 2014, François a approuvé la levée des interdictions de 1929-1930 (Cum data fuerit) qui fermaient la diaspora au clergé oriental marié ; depuis 2009 (Anglicanorum cœtibus), d’anciens ministres anglicans mariés sont ordonnés prêtres dans les ordinariats. Le grief du Saint ne décrit donc plus la communion catholique entière, mais la seule discipline latine — que Rome sait réformable, puisqu’elle y déroge[118].
Dogme ou discipline ? — Discipline, de l’aveu même de Rome, et non bloquante : cette diversité subsiste déjà à l’intérieur de la communion catholique, où coexistent clergé célibataire et clergé marié. Elle peut subsister de même entre nos Églises — d’autant que l’Orient connaît, lui aussi, sa règle propre : mariage avant l’ordination, épiscopat réservé aux vierges, exactement la mesure que Paphnuce fit prévaloir.
Vers une parole commune. — Qu’on veuille bien permettre au traducteur d’esquisser une formule. Les deux Églises confessent ensemble que le célibat pour le Royaume est un charisme librement embrassé (Mt 19, 12), non une loi divine ; que le sacerdoce des hommes mariés est d’institution apostolique — « il faut que l’épiscope soit irréprochable, mari d’une seule femme » (1 Tm 3, 2) — ; et que nul ne doit mépriser ni l’un ni l’autre état : l’anathème de Gangres, concile antérieur à 451 que citait déjà le Saint, et le canon apostolique 51 demeurent leur héritage commun contre tout encratisme. Ainsi la loi latine resterait ce qu’elle est — une discipline que Rome est libre de garder ou d’adoucir — et la pratique alexandrine serait reconnue pour ce qu’elle fut toujours : la voie des apôtres.
Sur le chapitre XXI — L’interdiction de lire la Sainte Écriture
Le dernier chapitre de la série antilatine est aussi le plus scripturaire : le Saint n’y argumente presque pas, il fait parler la parole de Dieu elle-même, en un florilège d’une quinzaine de citations, avant de conclure qu’interdire sa lecture « est un crime immense, et une privation infligée au peuple, qu’on empêche de s’abreuver à la source du salut » (fol. 78). Une brève péroraison énumère ensuite quatre griefs liturgiques — statues, orientation des églises, date de Pâque, messes multiples — que les notes du volume élucident (fol. 79).
Premier argument : la puissance propre de la parole. — Elle est « vivante… efficace et plus incisive qu’aucun glaive à deux tranchants » (He 4, 12, cité fol. 77) ; elle descend comme la pluie et ne revient pas sans effet (Is 55, 10-11) ; elle est feu et marteau (Jr 23, 29), lampe sur les pas (Ps 119, 105), lumière dans un lieu obscur (2 P 1, 19), douceur plus grande que le miel (Ps 19, 8-11). Nul ne prive impunément le peuple d’un tel bien.
Deuxième argument : le commandement de la lire, et la pratique de l’Église. — Dieu ordonne que ses paroles demeurent dans le cœur et soient répétées aux fils (Dt 6, 6-9), méditées jour et nuit (Jos 1, 8) ; le Seigneur dit : « Vous scrutez les Écritures » (Jn 5, 39, cité fol. 78) ; toute Écriture est inspirée et utile (2 Tm 3, 16-17). Et l’Église d’Alexandrie joint l’exemple au précepte : sa liturgie ne commence qu’après la lecture de Paul, des épîtres catholiques, des Actes et de l’Évangile — elle « fait lire au peuple la plus grande part des livres divins » (fol. 77).
Ce qui s’est passé depuis. — De tous les griefs du recueil, celui-ci a connu le renversement le plus complet. La note du volume avait déjà circonscrit l’objet exact du grief — non l’Écriture elle-même, mais la police restrictive des traductions en langue vulgaire (Toulouse, 1229 ; quatrième règle de l’Index, 1564), encore en vigueur au temps du Saint — et signalé le mouvement biblique inauguré par Léon XIII (1893). Le concile Vatican II l’a consommé : la constitution dogmatique Dei Verbum (18 novembre 1965) déclare qu’il faut que l’accès à la Sainte Écriture soit largement ouvert aux fidèles du Christ (DV 22), et exhorte tous les fidèles à la lecture fréquente des divines Écritures, en plaçant en tête de son exhortation la parole de saint Jérôme : « l’ignorance des Écritures, c’est l’ignorance du Christ » (DV 25). Qu’on y prenne garde : c’est un Docteur d’avant 451, commun à nos deux traditions, que Rome a mis au fronton de sa propre réforme. L’exhortation Verbum Domini (2010, nn. 72-75) a prolongé le mouvement par la lectio divina ; les traductions approuvées abondent en toute langue, et le lectionnaire romain a été élargi.
Dogme ou discipline ? — Il n’y eut jamais là de dogme : une discipline restrictive, née de contextes précis — la crise cathare, puis les controverses de la Réforme —, historiquement datée et entièrement levée. Le grief est éteint ; rien, sur ce point, ne demeure à régler avant la pleine communion.
Vers une parole commune. — Elle existe de fait, et il n’y a pas à la proposer — seulement à la reconnaître, avec la joie qui convient. Car qui fut saint Habib Guirguis, sinon l’homme qui voulut mettre la parole de Dieu entre les mains de tout le peuple copte, et qui fonda pour cela les écoles du dimanche ? L’exhortation de Dei Verbum 25 — que tous les fidèles s’attachent à la lecture fréquente des Écritures, car ignorer les Écritures, c’est ignorer le Christ —, le Saint aurait pu la signer de sa main ; elle est, mot pour mot, le programme de sa vie. Qu’il soit permis au traducteur, pour finir, non de soumettre une formule, mais de rendre grâce : sur ce chapitre, la prière du Saint est exaucée, et la parole qu’il défendait accomplit, des deux côtés, ce pour quoi elle fut envoyée (Is 55, 11).
Question connexe — les mariages mixtes
Une question demeure, que le Saint n’a traitée nulle part et que les chapitres qui précèdent n’ont pu qu’effleurer ; elle touche aujourd’hui la chair de familles innombrables, dans la diaspora comme en Égypte : les mariages mixtes.
Ce que dit le droit de nos frères. — Le droit latin actuel permet, moyennant l’autorisation de l’autorité compétente, le mariage d’un fidèle catholique avec un fidèle copte orthodoxe (cann. 1124-1125 du Code de 1983) ; et il tient un tel mariage pour valide dès lors qu’il est célébré avec un rite sacré, même hors de la forme canonique latine (can. 1127 §1) — reconnaissance implicite mais nette de la bénédiction nuptiale de notre Église. Il existe d’ailleurs un précédent qui montre que l’Église copte sait conclure de tels accords quand la confiance est établie : le 5 avril 2001, les deux patriarcats d’Alexandrie — copte orthodoxe et grec orthodoxe — signaient un accord pastoral de reconnaissance mutuelle du mariage. Rien de semblable n’existe encore avec l’Église de Rome, et la difficulté est connue : l’exigence, en vigueur côté copte, du rebaptême du conjoint catholique, que les observateurs du dialogue ont nommée un « élément de souffrance objective ». C’est à cette blessure que répondait la déclaration commune des papes François et Tawadros II (Le Caire, 28 avril 2017, §11), où les deux pasteurs déclarent chercher sincèrement à ne plus répéter le baptême administré dans l’une ou l’autre Église ; et c’est elle encore que vise la recommandation du document de la commission internationale sur les sacrements (signé le 23 juin 2022).
Ce que la discipline copte protège. — Mais il faut dire ici, avec force, ce que la rigueur copte protège — car qui n’en voit que la sévérité n’a rien vu. L’Église copte vit, depuis quatorze siècles, dans un État où le mariage mixte n’est pas d’abord une question œcuménique : c’est une question de survie. Dans le droit du pays, dès lors que l’un des parents est musulman, les enfants sont nécessairement tenus pour musulmans par l’État, et la porte du retour leur est fermée : un tel mariage ne mêle pas deux traditions, il retranche une lignée entière du Corps du Christ. C’est pourquoi l’Église interdit absolument à ses fidèles le mariage hors de l’Église, exige son propre sacrement, et ne peut laisser s’établir le principe qu’un fidèle se marierait validement ailleurs : la digue est une, et l’on ne perce pas une digue par le côté où l’eau paraît calme. Cette discipline vaut toujours aujourd’hui ; elle n’est pas une raideur d’un autre âge, et aucun dialogue ne doit demander à l’Église copte de l’affaiblir.
La voie prudente. — C’est pourquoi le traducteur ne propose pas — et ne proposerait jamais — que l’Église copte célèbre des mariages mixtes, ni qu’elle reconnaisse par principe le mariage contracté hors d’elle. La voie plus sûre est étroite et nommée : une exception, bornée au seul cas du fidèle copte épousant un fidèle catholique, par laquelle l’Église reconnaîtrait ce mariage célébré dans l’Église catholique — dont la bénédiction sacerdotale n’est mise en doute par aucun texte copte, et dont la foi au vrai Corps et au vrai Sang est confessée en commun depuis 1973 — sans pour autant le célébrer elle-même, ni rien changer à sa règle. Reconnaître n’est pas célébrer : l’exception nommée ne perce pas la digue, elle ouvre une porte gardée. Le précédent d’Alexandrie (2001) montre la forme d’un tel acte ; l’engagement de 2017 sur l’unicité du baptême en serait le fondement ; et l’Apôtre en a donné la raison : « le mari non croyant se trouve sanctifié par sa femme, et la femme non croyante se trouve sanctifiée par le mari croyant » (1 Co 7, 14) — combien plus deux baptisés qui confessent ensemble le même Christ, Dieu parfait et homme parfait. Qu’un accord pastoral, sur ce modèle et dans ces bornes, vienne un jour consoler ces foyers : c’est le vœu que le traducteur ose déposer entre les mains de ses pères[119].
Conclusion spirituelle — l’espérance de l’unité
Au terme de ce long chemin, le commentateur ne veut pas d’autre dernier mot que celui du Saint : « j’aime mon Église ». Il aime l’Église copte orthodoxe, sa mère : elle l’a enfanté dans le baptême, nourri du Corps et du Sang très saints, instruit de la foi droite ; elle a gardé le dépôt sans altération depuis saint Marc, à travers les siècles des persécutions, de quoi dissoudre des royaumes ; et sa conviction demeure entière que cette foi est la foi des apôtres et des Pères, à laquelle il ne faut rien ajouter ni rien retrancher.
Mais c’est précisément parce qu’elle est sûre de sa foi que l’Église copte peut regarder ses frères sans peur. La vérité n’a jamais craint la rencontre ; c’est l’erreur qui s’enferme. Et si les pages qui précèdent ont montré quelque chose, c’est que le siècle des dialogues n’a rien coûté à la foi copte : pas une formule n’a été abandonnée, pas un dogme n’a été négocié — et cependant, l’une après l’autre, des murailles que l’on croyait éternelles se sont révélées être des malentendus, et des différences que l’on croyait de foi se sont révélées être des coutumes. Ce qui demeure est connu, circonscrit, nommé : c’est déjà presque le guérir.
Que saint Habib Guirguis intercède pour ce travail, lui dont ce livre a porté la parole. Il a écrit pour garder le dépôt ; il voit maintenant face à face Celui que nous voyons dans un miroir. Qu’il obtienne à ses fils la fermeté sans la dureté, et l’ouverture sans la dissolution ; qu’il obtienne aux pasteurs des deux Églises la sagesse de ne demander à l’autre que ce que la foi exige, et le courage de donner tout ce qu’elle n’interdit pas.
Et que vienne le jour — Dieu seul en connaît l’heure — où le pape de Rome et le pape d’Alexandrie rompront le même Pain à la même Table ; le jour où s’accomplira sous nos yeux la parole du psalmiste : « Voyez ! Qu’il est bon, qu’il est doux d’habiter en frères tous ensemble ! » (Ps 133, 1) ; le jour où le Pasteur unique rassemblera son unique troupeau. Jusqu’à ce jour, prions les uns pour les autres, portons les fardeaux les uns des autres, et ne laissons à l’adversaire d’autre spectacle que celui de notre charité : « À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13, 35).
Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.
Fin du commentaire du traducteur.
ANNEXES
tables, glossaire, notes, index et concordance, établis par le traducteur
Table des matières
Avertissement du traducteur
Note sur le texte
Prolégomènes
Préface de l’éditeur (édition arabe)
Préambule
PREMIÈRE PARTIE — LA RÉFUTATION DES ENSEIGNEMENTS LATINS
I. La primauté de saint Pierre
II. La primauté du Pape de Rome
III. La prétention à la primauté romaine
IV. L’infaillibilité du Pape
V. Les peines ecclésiastiques
VI. Les indulgences
VII. La procession du Saint-Esprit
VIII. Le baptême par aspersion et par effusion
IX. Le retard du saint chrême
X. Les azymes
XI. La privation du saint calice
XII. La privation des enfants de la communion
XIII. Les deux natures et les deux volontés
XIV. L’entrée des âmes au ciel avant le jour du Jugement
XV. Le purgatoire
XVI. Le mépris du jeûne
XVII. L’Immaculée Conception
XVIII. La manducation de l’étouffé et du sang
XIX. Le refus du divorce pour cause d’adultère
XX. L’interdiction du mariage des prêtres
XXI. L’interdiction de lire la Sainte Écriture
Conclusion de la première partie
SECONDE PARTIE — LA RÉFUTATION DES INNOVATIONS PROTESTANTES
Prologue — des faux docteurs ; aperçu historique
XXII. La foi sans les œuvres
XXIII. La virginité perpétuelle de la Vierge
XXIV. La Vierge Marie, Mère de Dieu
XXV. La procession du Saint-Esprit du Père
XXVI. La nature et la volonté
XXVII. Le refus des sept sacrements
XXVIII. Le refus de la nécessité du baptême pour le salut
XXIX. Le refus du corps et du sang très saints du Christ
XXX. Le refus de l’obligation du jeûne
XXXI. Le refus des traditions apostoliques
XXXII. Le refus de l’intercession des saints
XXXIII. Les icônes, ou images des saints
XXXIV. Les fêtes
XXXV. Le signe de la croix
XXXVI. La virginité et le monachisme
Conclusion de la seconde partie
Mot final — l’amour de l’Église d’Alexandrie
COMMENTAIRE DU TRADUCTEUR — LA CONTROVERSE AVEC ROME À LA LUMIÈRE DU DIALOGUE MODERNE
Introduction — l’esprit de ce commentaire
Sur le chapitre premier — la primauté de saint Pierre
Sur le chapitre II — la primauté du Pape de Rome
Sur le chapitre III — la prétention à la primauté romaine
Sur le chapitre IV — l’infaillibilité du Pape
Sur le chapitre V — les peines ecclésiastiques
Sur le chapitre VI — les indulgences
Sur le chapitre VII — la procession du Saint-Esprit
Sur le chapitre VIII — le baptême par aspersion et par effusion
Sur le chapitre IX — le retard du saint chrême
Sur le chapitre X — les azymes
Sur le chapitre XI — la privation du saint calice
Sur le chapitre XII — la privation des enfants de la communion
Sur le chapitre XIII — les deux natures et les deux volontés
Sur le chapitre XIV — l’entrée des âmes au ciel
Sur le chapitre XV — le purgatoire
Sur le chapitre XVI — le mépris du jeûne
Sur le chapitre XVII — l’Immaculée Conception
Sur le chapitre XVIII — la manducation de l’étouffé et du sang
Sur le chapitre XIX — le refus du divorce
Sur le chapitre XX — l’interdiction du mariage des prêtres
Sur le chapitre XXI — l’interdiction de lire la Sainte Écriture
Questions connexes — mariages mixtes ; l’eucharistie de nos frères ; le baptême par effusion
Conclusion spirituelle — l’espérance de l’unité
ANNEXES : table des matières ; glossaire ; table des noms propres ; index des citations bibliques ; note sur les citations patristiques ; bibliographie ; concordance ; colophon
Glossaire
Apocatastase. — Doctrine, attribuée à Origène, du rétablissement final de toutes les créatures, démons compris ; condamnée sous Justinien (543 et 553). L’auteur la nomme « l’hérésie de la limitation du châtiment ».
Archidiacre. — Premier des diacres d’un siège épiscopal. Habib Guirguis reçut ce titre — le plus haut auquel il pouvait prétendre sans quitter l’état laïc consacré — du patriarche Cyrille V.
Chrême (myron). — Huile parfumée consacrée par le patriarche, matière du sacrement de la confirmation ; l’Église copte l’administre immédiatement après le baptême.
Clause matthéenne. — L’incise « sauf en cas de porneia » (Mt 5, 32 ; 19, 9), fondement scripturaire de la discipline orientale du divorce pour adultère.
Consubstantiation. — Doctrine luthérienne de la présence du corps du Christ « dans le pain, avec le pain, sous le pain », le pain demeurant pain — par opposition au changement essentiel confessé par l’Orient et par Rome.
Deutérocanoniques. — Livres reçus dans le canon long (Tobie, Judith, Sagesse, Siracide, Baruch, 1-2 Maccabées…) ; l’auteur suit un canon court, d’où son refus de fonder le purgatoire sur 2 M 12.
Filioque. — « Et du Fils » : addition latine au symbole de Nicée-Constantinople touchant la procession du Saint-Esprit ; l’un des griefs majeurs entre Orient et Occident (chapitres VII et XXV).
Higoumène (qommos). — Degré supérieur du sacerdoce presbytéral dans l’Église copte ; titre du compilateur du recueil, Boulos Bassili.
Iconoclasme. — « Guerre aux images » menée par les empereurs byzantins Léon III et Constantin V (VIIIe siècle) ; l’auteur y rattache l’aversion protestante pour les icônes.
Oikonomia. — « Économie » : condescendance pastorale par laquelle l’Église orientale tempère la rigueur du droit — ainsi du remariage pénitentiel de l’époux innocent.
Papistes (al-bābāwiyyūn). — Désignation polémique constante, dans le texte, des catholiques romains et des uniates ; nous l’avons rendue littéralement, comme un trait d’époque.
Prérédemption (rédemption préservatrice). — Réponse catholique au dilemme de l’Immaculée Conception : Marie, rachetée elle aussi, l’aurait été par préservation, en prévision des mérites du Christ.
Qurbān. — Pain eucharistique levé de l’Église copte, marqué de croix, par opposition à l’azyme latin (chapitre X).
Sainte Quarantaine. — Le grand Carême. Le « samedi unique » où le jeûne est permis est le Samedi saint (chapitre XVI).
Texte reçu / texte critique. — Le texte reçu (byzantin) est celui des Bibles arabes que cite l’auteur ; le texte critique, établi sur les manuscrits anciens, est celui que suit la Bible de Jérusalem. Les quatre passages où l’argument de l’auteur repose sur une leçon byzantine (Mc 9, 29 ; 1 Co 7, 5 ; 2 P 1, 10 ; Mt 1, 25) sont signalés en note.
Théotokos. — « Celle qui a enfanté Dieu », titre de la Vierge consacré à Éphèse (431) ; en arabe wālidat al-Ilāh ; la « Toute-Sainte » (al-kulliyyat al-qadāsa) rend le grec Panagia.
Uniates. — Églises orientales unies à Rome ; le patriarcat copte-catholique, rétabli en 1895, est l’occasion immédiate du recueil.
Universelle (jāmiʿa). — Épithète du symbole (« l’Église une, sainte, universelle et apostolique ») : nous réservons « catholique » à l’Église romaine, conformément à l’usage copte que suit l’auteur.
Table des noms propres
On a réuni ici, en de brèves notices, les personnes nommées dans le recueil et dans le commentaire du traducteur, à l’exception des personnages bibliques.
Agricola (Jean), v. 1494-1566. — Disciple de Luther, père de l’antinomisme, condamné par la Formule de Concorde.
Ambroise de Milan (saint), v. 340-397. — Docteur latin, défenseur de la virginité perpétuelle contre Helvidius.
Athanase d’Alexandrie (saint), v. 296-373. — Le « père de l’orthodoxie », vainqueur d’Arius ; vingtième patriarche d’Alexandrie.
Augustin d’Hippone (saint), 354-430. — Docteur latin ; l’auteur invoque son autorité sur la tradition, le baptême et le mariage.
Basile le Grand (saint), v. 330-379. — Archevêque de Césarée ; témoin classique des traditions non écrites et de la confession.
Bassili (Boulos), 1908-1996. — Higoumène copte, compilateur et éditeur du recueil (1948), disciple de Habib Guirguis.
Benoît XVI, 1927-2022. — Pape de Rome ; son encyclique Spe salvi (2007) reformule la purification finale comme rencontre du Christ (commentaire, chapitres XIV-XV).
Bérenger de Tours, v. 1000-1088. — Écolâtre, condamné pour sa doctrine symboliste de l’Eucharistie.
Bull (George), 1634-1710. — Théologien anglican ; son Harmonia apostolica (1670) concilie Paul et Jacques contre la foi seule — le « Georgius Boas » de l’édition arabe (chapitre XXII).
Butcher (Edith L.), † 1933. — Historienne anglaise, auteur de The Story of the Church of Egypt (1897).
Butler (Alfred J.), 1850-1936. — Savant d’Oxford, auteur des Ancient Coptic Churches of Egypt (1884).
Calvin (Jean), 1509-1564. — Réformateur de Genève ; l’auteur cite ses Institutions (III, 12, 4).
Chemnitz (Martin), 1522-1586. — Théologien luthérien, cité parmi ceux qui firent leur place aux traditions.
Chenouda III, 1923-2012. — Cent-dix-septième patriarche d’Alexandrie ; signataire de la déclaration christologique commune de 1973 ; ses écrits fixent la position copte sur le purgatoire et l’Immaculée Conception.
Crato von Krafftheim (Johannes), 1519-1585. — Médecin de trois empereurs, correspondant de Mélanchthon — le « Cranon » de l’édition arabe (chapitre XXXI).
Cyrille d’Alexandrie (saint), † 444. — Vingt-quatrième patriarche d’Alexandrie, docteur de l’union, vainqueur de Nestorius à Éphèse (431).
Cyrille V, 1831-1927. — Cent-douzième patriarche d’Alexandrie ; c’est sous son long pontificat que furent prononcées les conférences.
Cyrille Makarios, 1867-1921. — Premier patriarche copte-catholique (« Cyrille II », 1899) — le « Cyrille Makar » du corps du texte ; son encyclique est l’occasion du recueil.
Denys l’Aréopagite (pseudo-). — Auteur mystique (v. 500) reçu comme disciple de saint Paul ; cité pour la chrismation.
Dioscore d’Alexandrie (saint, pour l’Église copte), † 454. — Vingt-cinquième patriarche, déposé à Chalcédoine ; confesseur de la foi aux yeux de la tradition copte.
Épiphane de Salamine (saint), v. 315-403. — Métropolite de Chypre, auteur du Panarion (« Histoire des hérésies »).
Érigène (Jean Scot), IXe siècle. — Philosophe irlandais (« de Scotie »), tenu par la controverse pour père du symbolisme eucharistique.
Étienne le Jeune (saint), † 765. — Higoumène martyr de l’iconoclasme ; l’épisode du denier impérial (chapitre XXXIII).
François, 1936-2025. — Pape de Rome ; signataire de la déclaration commune de 2017 avec Tawadros II ; fit inscrire les Vingt et Un martyrs de Libye au Martyrologe romain (2023).
Grégoire de Nazianze (saint), 329-390. — Le « Théologien » ; cité pour Pâques, « roi des fêtes ».
Grégoire de Nysse (saint), v. 335-395. — Frère de saint Basile ; cité pour le baptême.
Grotius (Hugo), 1583-1645. — Savant protestant hollandais ; son commentaire de Jacques contre la foi sans les œuvres.
Guirguis (Habib), 1876-1951. — Archidiacre, directeur du Collège clérical copte, fondateur des écoles du dimanche, auteur des présentes conférences ; canonisé par l’Église copte en 2013.
Helvidius, IVe siècle. — Laïc romain, contradicteur de la virginité perpétuelle, réfuté par saint Jérôme (383).
Honorius Ier, † 638. — Pape de Rome, anathématisé par Constantinople III ; l’objection classique à l’infaillibilité.
Ignace d’Antioche (saint), † v. 110. — Évêque martyr ; ses lettres, premier témoin de l’Eucharistie-chair du Christ et de la hiérarchie.
Irénée de Lyon (saint), v. 130-202. — Disciple de Polycarpe ; témoin de la succession apostolique et de l’Eucharistie.
Jean Chrysostome (saint), v. 349-407. — « Bouche-d’Or », archevêque de Constantinople ; cité pour les fêtes.
Jean Damascène (saint), v. 675-749. — Docteur de l’icône et du signe de la croix.
Jean-Paul II, 1920-2005. — Pape de Rome ; son encyclique Ut unum sint (1995) soumet la forme d’exercice de la primauté au discernement œcuménique.
Jérôme (saint), v. 347-420. — Docteur latin, traducteur de la Bible ; son Contre Helvidius (chapitre XXIII).
Justin le Martyr (saint), v. 100-165. — Philosophe et apologiste ; témoin du baptême et de l’Eucharistie au IIe siècle.
Léon III l’Isaurien, v. 680-741. — Empereur byzantin, initiateur de l’iconoclasme.
Léon X, 1475-1521. — Pape des indulgences de Saint-Pierre (l’édition arabe imprime « Louis X »).
Léon XIII, 1810-1903. — Pape ; rétablit en 1895 le patriarcat copte-catholique.
Léon XIV, né en 1955. — Pape de Rome depuis 2025 ; sa lettre du 4 mai 2026 ouvrit la reprise du dialogue théologique entre l’Église copte et Rome.
Luther (Martin), 1483-1546. — Père de la Réforme ; le Prologue de la seconde partie retrace sa carrière selon les sources de l’auteur.
Maxime le Confesseur (saint), v. 580-662. — Théologien byzantin ; sa Lettre à Marinus distingue les deux sens de la procession de l’Esprit — clef de la clarification romaine de 1995.
Mélanchthon (Philippe), 1497-1560. — Bras droit de Luther, « précepteur de la Germanie » ; ses aveux sur le consensus des anciens.
Merle d’Aubigné (Jean-Henri), 1794-1872. — Historien protestant de Genève, auteur de l’Histoire de la Réformation.
Molanus (Gerhard Wolter), 1633-1722. — Abbé luthérien de Loccum, artisan des tentatives d’union.
Mosheim (Johann Lorenz von), 1693-1755. — Historien luthérien de l’Église, « témoin pris chez l’adversaire ».
Nestorius, † v. 451. — Patriarche de Constantinople, déposé à Éphèse pour son refus du titre de Théotokos.
Paphnuce (saint), IVe siècle. — Évêque confesseur de la Thébaïde ; son intervention à Nicée pour le clergé marié.
Papias de Hiérapolis, mort v. 130. — Évêque, auditeur des disciples du Seigneur ; premier témoin de ce que Marc écrivit son évangile comme interprète de Pierre.
Paul VI, 1897-1978. — Pape de Rome ; signataire, avec Chenouda III, de la déclaration christologique du 10 mai 1973 ; réformateur des indulgences (1967).
Perrone (Giovanni), 1794-1876. — Jésuite romain, artisan de la définition de 1854 ; l’auteur le cite contre Rome (chapitre XVII).
Pie IX, 1792-1878. — Pape ; définit l’Immaculée Conception (Ineffabilis Deus, 1854).
Pierre d’Alexandrie (saint), † 311. — Patriarche martyr, « sceau des martyrs » ; son canon 15 sur le jeûne du mercredi et du vendredi.
Tawadros II, né en 1952. — Cent-dix-huitième patriarche d’Alexandrie (depuis 2012) ; signataire de la déclaration commune de 2017 sur l’unicité du baptême.
Tertullien, v. 155-220. — Docteur africain ; témoin du chrême, de la pénitence, du mariage béni et du signe de la croix.
Tetzel (Johann), v. 1465-1519. — Dominicain, prédicateur des indulgences de 1517.
Van Ham (P.), S.J. — Jésuite de la mission de Syrie ; son Histoire de la Réforme (al-Kawkab al-waḍḍāḥ, Beyrouth, 1876) est la source du réquisitoire antiluthérien du Prologue.
Zwingli (Ulrich), 1484-1531. — Réformateur de Zurich ; sa page sur le salut des païens et son symbolisme eucharistique.
Index des citations bibliques
Les chiffres renvoient aux folios du présent volume. L’index recense les citations et renvois du recueil, de ses notes et du commentaire du traducteur, dans la traduction de la Bible de Jérusalem (« Yahvé » y est rendu par « le Seigneur », suivant l’usage liturgique).
Genèse — 8, 7 : 99 — 8, 13 : 13 — 9, 4 : 70, 207 — 12, 13 : 100 — 20 (ch.) : 132 — 26, 3-5 : 133 — 48, 16 : 132.
Exode — 12, 15 : 13 — 13, 2 : 99 — 13, 8 : 127 — 20, 4-5 : 137 — 22, 30 : 71 — 25, 8-9 : 137 — 25, 18-20 : 137 — 32, 13 : 133.
Lévitique — 3, 17 : 70, 207 — 17, 11 : 208 — 17, 15 : 71.
Deutéronome — 6, 6-9 : 78, 215 — 12, 16 : 70 — 12, 16.23 : 207 — 12, 23 : 70 — 32, 2 : 77 — 32, 7 : 127.
Josué — 1, 8 : 78, 215.
1 Samuel — 2, 30 : 140 — 9, 19-20 : 133 — 16, 13 : 43 — 28, 14 : 141 — 28, 15-19 : 134.
2 Samuel — 6, 23 : 99 — 22, 2-3 : 14, 160.
1 Rois — 8, 46 : 28, 170 — 11, 12-13 : 133 — 18, 7 : 141.
2 Rois — 2, 15 : 141 — 6, 8-12 : 134.
2 Chroniques — 21, 12-15 : 134.
Néhémie — 13, 14 : 94.
2 Maccabées — 12, 44-46 : 61, 198.
Job — 5, 1 : 132 — 8, 8 : 128 — 9, 2-3 : 29, 170 — 15, 14-16 : 29 — 15, 14 : 68 — 42, 7-8 : 132.
Psaumes — 14, 1-3 : 29, 170 — 18, 3 : 14 — 19, 8-11 : 78, 215 — 45, 8 : 111 — 51, 7 : 68, 204 — 69, 11 : 65 — 78, 5 : 128 — 95 (ch.) : 194 — 105, 15 : 140 — 110, 1 : 99 — 110, 4 : 114 — 112, 6 : 141 — 119, 97 : 78 — 119, 105 : 77, 215 — 122, 6-9 : 154 — 133, 1 : 219 — 137, 5-6 : 154.
Proverbes — 10, 7 : 141 — 20, 9 : 29, 170.
Qohélet — 7, 20 : 29, 170.
Cantique — 2, 15 : 83.
Isaïe — 7, 14 : 102 — 19, 25 : 25, 167 — 42, 8 : 18, 26, 164 — 48, 11 : 18 — 53, 4-6 : 31, 173 — 55, 10-11 : 77, 215 — 55, 11 : 216 — 56, 3-5 : 147 — 61, 1 : 111.
Jérémie — 2, 13 : 82 — 15, 1 : 133 — 15, 16 : 78 — 23, 29 : 77, 215.
Ézéchiel — 44, 2 : 98.
Daniel — 2 (ch.) : 134.
Osée — 11, 1 : 25, 167.
Joël — 2, 12.15 : 65, 201.
Zacharie — 2, 12 : 140 — 7, 5 : 65 — 8, 19 : 201.
Matthieu — 1, 18 : 98 — 1, 23 : 98, 102 — 1, 25 : 99 — 2, 15 : 25 — 3, 11 : 116 — 3, 16 : 39, 43, 180, 182 — 3, 17 : 54, 192 — 4, 23 : 129 — 5, 32 : 72 — 6, 16-18 : 65, 201 — 6, 17 : 202 — 7, 21 : 95 — 10, 1-15 : 10 — 10, 1 : 160 — 10, 2-4 : 12 — 10, 2 : 160 — 13, 11 : 14 — 13, 16 : 14 — 13, 25 : 91 — 14, 28-29 : 161 — 16, 16 : 161 — 16, 17-19 : 13, 160 — 16, 17 : 163 — 16, 18 : 83, 162 — 18, 3-4 : 11 — 18, 18 : 15, 112, 161, 163, 176 — 19, 3-6 : 72, 209 — 19, 4 : 75, 147 — 19, 4-6 : 113 — 19, 9 : 72, 73, 209, 210, 211 — 19, 10-12 : 146 — 19, 12 : 74, 212, 213 — 20, 16 : 161 — 20, 25-27 : 11, 160 — 20, 27 : 163 — 24, 30 : 144 — 25, 31-46 : 58, 195 — 26, 17 : 13 — 26, 26-27 : 48, 187 — 26, 26-28 : 112, 120 — 26, 27 : 188 — 27, 62 : 46 — 28, 18-19 : 110 — 28, 20 : 99, 114.
Marc — 1, 7-8 : 20 — 2, 18-22 : 65 — 3, 13-14 : 13 — 6, 3 : 100 — 6, 13 : 113 — 9, 29 : 65, 95, 99, 201, 202 — 9, 35 : 11, 160 — 10, 9 : 210 — 10, 11-12 : 72, 209 — 10, 14 : 50, 189, 191 — 14, 9 : 141 — 14, 12 : 13 — 15, 42 : 46 — 16, 7 : 16, 160 — 16, 16 : 110, 116.
Luc — 1, 15 : 44, 182, 184 — 1, 28 : 69, 204, 206 — 1, 31-32 : 103 — 1, 34 : 98 — 1, 35 : 103, 205 — 1, 42 : 206 — 1, 43 : 103 — 1, 47 : 205, 206 — 1, 48-49 : 141 — 2, 7 : 99 — 10, 16 : 140 — 15, 7 : 134 — 16 (ch.) : 134 — 16, 18 : 72 — 16, 19-31 : 62, 198 — 22, 31-32 : 15, 160 — 22, 32 : 161 — 23, 43 : 62, 196, 198 — 24, 27 : 129.
Jean — 1, 14 : 54, 192 — 1, 15 : 54 — 3, 5 : 110, 116 — 4, 34 : 54, 192 — 5, 19 : 54 — 5, 28-29 : 58, 195 — 5, 30 : 54 — 5, 39 : 78, 215 — 6, 53-54 : 47, 187 — 6, 53 : 50, 190, 191 — 6, 53-56 : 120 — 7, 37-39 : 110 — 8, 56 : 137 — 8, 58 : 54, 192 — 10, 14.5 : 6 — 10, 16 : 157 — 10, 30 : 13 — 12, 26 : 140 — 13, 1-20 : 46 — 13, 1 : 185 — 13, 26 : 45 — 13, 35 : 220 — 15, 14 : 10 — 15, 16 : 114 — 15, 26 : 35, 105, 177, 179 — 16, 13 : 172 — 17, 20-21 : 6 — 17, 21 : 157 — 18, 10 : 161 — 18, 28 : 46, 185 — 19, 13-14 : 46 — 19, 26-27 : 98 — 20, 3-8 : 161 — 20, 21 : 23, 167 — 20, 22-23 : 112 — 20, 29 : 14 — 21, 15-17 : 16, 160 — 21, 25 : 129.
Actes des apôtres — 1, 3 : 129 — 2, 14 : 161 — 2, 38 : 117 — 2, 42 : 46, 185 — 2, 46 : 46 — 4, 11 : 14, 160 — 5, 1-11 : 134 — 8, 14 : 11, 160 — 8, 14-17 : 111, 183 — 8, 15-17 : 43, 182, 184 — 8, 38-39 : 40, 180 — 13, 2-3 : 65, 201 — 14, 23 : 114 — 15 (ch.) : 160, 163, 167 — 15, 4.7 : 23 — 15, 19-20 : 71, 207 — 15, 28-29 : 71, 207 — 15, 28 : 172, 208 — 19, 1-6 : 111 — 19, 2-6 : 43, 182 — 19, 18 : 112 — 20, 28 : 16, 161 — 20, 29-30 : 86 — 21, 25 : 71, 207 — 23, 11 : 23 — 27, 23-24 : 23 — 28, 14-15 : 24 — 28, 16.20 : 162.
Romains — 1, 1-3 : 103 — 1, 8 : 25 — 2, 5-6 : 58, 195 — 2, 13 : 95 — 3, 3-4 : 120 — 3, 28 : 93, 94 — 5, 12 : 68, 204 — 5, 15 : 68 — 5, 18-19 : 68 — 6, 3-4 : 181 — 6, 34 : 40, 180 — 7, 2-3 : 72, 209 — 9, 33 : 15 — 13, 7 : 140 — 15, 20 : 24, 167 — 16, 17-20 : 84.
1 Corinthiens — 1, 12-13 : 12 — 1, 18 : 144 — 3, 3-6 : 12 — 3, 10-11 : 15 — 3, 11 : 18, 161, 164 — 3, 11-15 : 200 — 3, 13-15 : 61, 198 — 4, 5 : 59 — 4, 11-13 : 5 — 5 (ch.) : 30 — 6, 11 : 117 — 7, 5 : 65, 95, 99, 201 — 7, 10-11 : 72, 209 — 7, 14 : 218 — 7, 27-38 : 147 — 8, 6 : 54 — 10, 15-16 : 120 — 10, 16 : 46, 185 — 10, 16-17 : 186 — 11, 2 : 128 — 11, 26-28 : 48, 187, 188 — 11, 27-30 : 121 — 11, 32 : 30, 173, 174 — 11, 34 : 128 — 13, 1-2 : 95 — 15, 22 : 68, 204 — 15, 52-54 : 196.
2 Corinthiens — 1, 21-22 : 42, 110, 182, 184 — 5, 8 : 62, 198 — 5, 10 : 59, 94, 195 — 6, 4-10 : 5 — 6, 14 : 147 — 13, 13 : 13.
Galates — 1, 6-9 : 86 — 1, 7-8 : 126 — 1, 8 : 5, 84, 115 — 1, 9 : 104 — 2, 9 : 13, 160, 163 — 2, 11-14 : 12, 160 — 2, 11 : 24, 163, 167 — 3, 27 : 40, 117 — 4, 4 : 103 — 5, 6 : 95 — 6, 14 : 144.
Éphésiens — 1, 7 : 31, 173 — 1, 20-23 : 18, 164 — 2, 19-22 : 19, 164 — 4, 3 : 157 — 5, 23 : 18 — 5, 25-27 : 117 — 5, 31-32 : 113.
Philippiens — 1, 23 : 62, 196, 198 — 4, 9 : 128.
Colossiens — 2, 12 : 40, 110, 117, 180 — 4, 10-11 : 25.
2 Thessaloniciens — 2, 15 : 128 — 3, 6 : 128.
1 Timothée — 2, 5 : 134 — 3, 1-7 : 114 — 3, 2-5 : 74, 212 — 3, 2 : 213 — 3, 8-10 : 114 — 4, 1-3 : 148 — 4, 4 : 75, 147 — 4, 14 : 114 — 5, 17 : 114 — 5, 22 : 114 — 6, 3-5 : 84 — 6, 20 : 128 — 6, 25 : 37.
2 Timothée — 1, 6 : 114 — 1, 13-14 : 38 — 2, 2 : 128 — 3, 16-17 : 78, 215 — 4, 7-8 : 59, 195 — 4, 8 : 196.
Tite — 1, 5-6 : 74, 212 — 1, 5 : 114 — 3, 5 : 40, 117, 180.
Hébreux — 2, 17 : 31, 173 — 4, 12 : 77, 215 — 6, 10 : 95 — 7, 27 : 31, 173, 174 — 9, 12-14 : 208 — 11, 36-37 : 5 — 11, 39-40 : 59, 195 — 12, 6-7 : 30, 173 — 13, 4 : 146 — 13, 7-9 : 4 — 13, 7-8 : 83.
Jacques — 2, 14-24 : 95 — 3, 1-2 : 29, 170 — 5, 14-15 : 113 — 5, 14-18 : 133 — 5, 16 : 112.
1 Pierre — 2, 7 : 14, 160 — 3, 4 : 95 — 3, 21 : 40, 117, 180 — 5, 1 : 10, 160 — 5, 2 : 17, 161, 163 — 5, 4 : 59 — 5, 13 : 23, 162, 167.
2 Pierre — 1, 10 : 95, 99 — 1, 19 : 77, 215 — 2, 1 : 86 — 3, 15 : 24.
1 Jean — 1, 1 : 54, 192 — 1, 7 : 61, 176, 198, 199, 200 — 1, 8-10 : 29, 170 — 2, 1-2 : 31, 173 — 2, 20 : 110 — 2, 27 : 110 — 3, 7 : 95 — 4, 1 : 86 — 5, 16 : 133.
2 Jean — 12 (ch.) : 128.
Apocalypse — 3, 9 : 141 — 5, 9-10 : 62 — 6, 9-11 : 59, 195 — 8, 3-4 : 133 — 14, 13 : 62, 198 — 20, 13 : 59.
Note sur les citations patristiques
Le lecteur savant remarquera que les autorités patristiques et conciliaires de ce volume ne sont pas toutes de même nature, et il est juste de le dire ici une fois pour toutes. On peut distinguer quatre degrés.
Citations authentifiées. — La plupart des textes des Pères cités par l’auteur, et tous ceux qu’invoque le commentaire, sont identifiés dans les éditions critiques ou courantes — les notes en donnent les références (œuvre, livre, chapitre) ; ainsi Cyprien, Athanase, Basile, Cyrille de Jérusalem, Jérôme, Augustin, Cyrille d’Alexandrie, ou les canons des conciles.
Citations transmises par florilège. — L’auteur puise une partie de son dossier dans les florilèges copto-arabes reçus de sa tradition — au premier chef les Confessions des Pères (Iʿtirāfāt al-ābāʾ) et L’Effluve du parfum (Nafḥ al-ʿabīr). Le florilège transmet fidèlement une tradition de lecture, mais la teneur littérale peut différer des éditions critiques ; les notes le signalent quand il importe.
Citations de seconde main. — Le réquisitoire antiluthérien de la seconde partie est puisé aux sources de l’apologétique catholique de langue arabe — l’Histoire de la Réforme du P. Van Ham surtout — et les citations de Luther et de Mélanchthon y sont souvent durcies ou sorties de leur contexte : l’avertissement en tête du Prologue, et les notes, en préviennent le lecteur.
Attributions traditionnelles et pseudépigraphes. — Quelques textes portent un nom qui n’est pas celui de leur auteur historique : les passages « athanasiens » du chapitre XIII sont d’origine apollinariste — reçus de bonne foi par saint Cyrille lui-même, et par toute la tradition après lui — et le Denys cité au chapitre IX est le pseudo-Aréopagite (v. 500). Leur autorité tient à leur réception par l’Église plus qu’à leur attribution stricte ; les notes le précisent en leur lieu. Ce degré de la tradition n’est pas une faiblesse : c’est l’Église qui reçoit, éprouve et garde — et c’est à ce titre que l’auteur les cite.
Bibliographie
Édition arabe source
Aṣ-Ṣaḫra al-urṯūḏuksiyya (« Le Roc orthodoxe »), conférences doctrinales de l’archidiacre Habib Guirguis, recueillies et présentées par l’higoumène Boulos Bassili ; première édition, Le Caire, 1948 ; cinquième édition, Le Caire, 1985 (fac-similé de 138 pages, sur lequel la présente traduction est établie).
Sources bibliques
La Bible de Jérusalem (École biblique et archéologique française de Jérusalem), texte consulté verset par verset ; « Yahvé » y est rendu par « le Seigneur », suivant l’usage liturgique. Les rares passages où la Bible arabe de l’auteur suit une autre tradition textuelle sont signalés en note.
Sources citées par l’auteur
Le livre des Confessions des Pères (Iʿtirāfāt al-ābāʾ), florilège patristique copto-arabe. — Nafḥ al-ʿabīr (« L’Effluve du parfum »), florilège christologique. — La Foi droite touchant le Seigneur Christ (al-Īmān aṣ-ṣaḥīḥ fī s-Sayyid al-Masīḥ), ouvrage de controverse catholique en arabe. — Giovanni Perrone S.J., Praelectiones theologicae, dans leur traduction arabe (« Perrone le jésuite »). — P. Van Ham S.J., Histoire de la Réforme (al-Kawkab al-waḍḍāḥ fī tārīḫ al-iṣlāḥ), Beyrouth, Imprimerie des missionnaires jésuites, 1876 — la source principale du réquisitoire antiluthérien. — Histoire des hérésies (Tārīḫ al-harṭaqāt), ouvrage arabe de controverse. — Al-Hadiyya as-saniyya, revue des jésuites de Beyrouth. — J.-H. Merle d’Aubigné, Histoire de la Réformation (« Merle Robinia » dans l’édition). — Œuvres de Luther, éditions de Wittenberg et de Walch ; Œuvres de Mélanchthon, Lettres. — Le Parfum des âmes (Rīḥānat an-nufūs), du pasteur Benjamin Kinder ; Le Dévoilement des ténèbres sur la vérité de la prière et du jeûne (Kašf aẓ-ẓalām) ; Le Guide des étudiants (Muršid aṭ-ṭālibīn) ; Les Preuves éclatantes ; Histoire de l’Église, imprimée à Malte — littérature missionnaire protestante de langue arabe. — J. L. von Mosheim, Histoire ecclésiastique. — E. L. Butcher, The Story of the Church of Egypt, Londres, 1897. — A. J. Butler, The Ancient Coptic Churches of Egypt, Oxford, 1884.
Sources patristiques et conciliaires
Les Pères et les conciles sont cités d’après les éditions courantes — collection des Sources chrétiennes, corpus patristiques imprimés et en ligne — aux références données en leur lieu dans les notes et le commentaire ; sur les degrés d’authenticité, voir la Note sur les citations patristiques ci-dessus.
Dialogue copte orthodoxe – catholique : déclarations et accords
Déclaration commune des papes Paul VI et Chenouda III (Rome, 10 mai 1973). — Accord christologique de la commission mixte copte-catholique (12 février 1988). — Déclarations communes des deux familles orthodoxes (monastère d’Anba Bishoy, 1989 ; Chambésy, 1990). — Accord pastoral des patriarcats copte orthodoxe et grec orthodoxe d’Alexandrie sur le mariage (5 avril 2001). — Déclaration commune des papes François et Tawadros II (Le Caire, 28 avril 2017). — Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et les Églises orthodoxes orientales : Nature, constitution et mission de l’Église (2009) ; L’exercice de la communion dans la vie de l’Église primitive (2015) ; Les sacrements dans la vie de l’Église (2023). — Dialogue catholique-orthodoxe (byzantin), documents de Ravenne (2007), de Chieti (2016) et d’Alexandrie (2023). — Consultation théologique orthodoxe-catholique d’Amérique du Nord, Le Filioque : une question qui divise l’Église ? (2003).
Textes de l’Église catholique
Concile Vatican I, constitution Pastor aeternus (1870). — Concile Vatican II : Lumen gentium, Dei Verbum, Sacrosanctum Concilium, Orientalium Ecclesiarum (1963-1965). — Paul VI, Paenitemini (1966) ; Indulgentiarum doctrina (1967). — Jean-Paul II, Ut unum sint (1995). — Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, Les traditions grecque et latine concernant la procession du Saint-Esprit (1995). — Benoît XVI, Spe salvi (2007). — François, Mitis Iudex Dominus Iesus (2015) ; Amoris laetitia (2016). — Dicastère pour la promotion de l’unité des chrétiens, L’évêque de Rome. Primauté et synodalité dans les dialogues œcuméniques (2024). — Catéchisme de l’Église catholique ; codes de droit canonique de 1917 et de 1983 ; code des canons des Églises orientales (1990).
Sources coptes contemporaines
Chenouda III, Théologie comparée ; Pourquoi rejetons-nous le purgatoire ? (monastère Saint-Bichoï, 27 septembre 1988) ; La Sainte Vierge Marie. — Décisions du Saint-Synode copte (7 mars 2024 ; 22 mai 2026). — L’encyclopédie Coptipedia (textes de la tradition copte en français, dont la Didachè).
Études sur Habib Guirguis et la renaissance copte
Anba Suriel (Michael Fanous), Habib Girgis : Coptic Orthodox Educator and a Light in the Darkness, St Vladimir’s Seminary Press, 2017. — Les notices biographiques des diocèses coptes (Los Angeles, sites patrimoniaux) et le dossier de canonisation (Saint-Synode, 20 juin 2013).
Instruments du traducteur
Fac-similés numériques de l’édition de 1985 ; reconnaissance optique corrigée du texte arabe ; pour les repères historiques et œcuméniques des notes, les documents des dialogues christologiques (1973, 1988, 1989-1990) et les sources conciliaires et patristiques indiquées en leur lieu.
Concordance avec l’édition arabe
L’édition du Caire numérote séparément les articles de ses deux parties ; la présente traduction numérote les chapitres en continu, de I à XXXVI. Première partie : notre chapitre I et notre chapitre II forment, dans l’édition, un seul article premier (la primauté de saint Pierre et celle du Pape) ; à partir de là, le numéro de l’édition s’obtient en retranchant un au nôtre — ainsi notre chapitre VIII (le baptême par aspersion) est l’article 7 de l’édition, et notre chapitre XXI (l’interdiction de lire l’Écriture) son article 20, le vingtième et dernier des « innovations papistes ». Seconde partie : nos chapitres XXII à XXXVI correspondent aux articles 1 à 15 de l’édition (la foi sans les œuvres = 1 ; la procession du Saint-Esprit du Père = 4 ; la nature et la volonté = 5 ; la virginité et le monachisme = 15).
Pages du fac-similé : liminaires arabes 3-9 ; chapitres I-II : 10-17 ; III : 18-21 ; IV : 22-24 ; V : 25-26 ; VI : 27-29 ; VII : 30-33 ; VIII : 34-37 ; IX : 38-40 ; X : 41-43 ; XI : 43-45 ; XII : 46-47 ; XIII : 48-51 ; XIV : 52-53 ; XV : 54-57 ; XVI : 57-59 ; XVII : 59-61 ; XVIII : 61-62 ; XIX : 62-63 ; XX : 63-64 ; XXI : 65-67 ; conclusion de la première partie : 68-72 ; page de titre de la seconde partie : 73 ; prologue : 74-79 ; XXII : 79-83 ; XXIII : 83-86 ; XXIV : 86-88 ; XXV : 89-90 ; XXVI : 90 ; XXVII : 90-99 ; XXVIII : 99-102 ; XXIX : 102-106 ; XXX : 106-108 ; XXXI : 108-113 ; XXXII : 114-116 ; XXXIII : 116-120 ; XXXIV : 121-125 ; XXXV : 125-127 ; XXXVI : 127-129 ; conclusion et mot final : 129-134. Les pages d’annonces de l’éditeur (67, 72, 107 bis, 113…) ne sont pas traduites.
Colophon
Ce livre — La Doctrine orthodoxe, qui est le recueil des conférences du saint archidiacre Habib Guirguis, docteur de l’Église copte, prononcées voici plus d’un siècle dans les églises de Haute-Égypte pour la garde du dépôt de la foi — a été achevé de traduire de l’arabe en langue française, avec ses notes, son commentaire, ses tables et ses index, au mois d’abib de l’an 1742 des purs Martyrs — qui est l’an 2026 de l’Incarnation de notre Seigneur, à qui est la gloire.
Ce qui s’y trouve de droit et de lumineux vient de Dieu, et de ses saints qui ont parlé dans ce livre ; ce qui s’y trouve de manque et de défaut vient du traducteur — car la mer de la doctrine est vaste, et petite est la barque. Que celui donc qui lira ce livre, et y trouvera profit, se souvienne devant le Seigneur du serviteur qui l’a traduit, de ceux qui l’ont porté et de ceux qui le liront ; qu’il couvre les fautes de son indulgence et les corrige dans la charité, à la manière des anciens copistes, dont ce livre a voulu suivre la trace.
Par les prières de la sainte Mère de Dieu, la toujours-vierge Marie, la Toute-Sainte ; de saint Marc, l’apôtre, l’évangéliste et le martyr, père et fondateur de l’Église d’Égypte ; des saints Athanase, Cyrille et Dioscore, colonnes de la foi sur le siège d’Alexandrie ; du saint archidiacre Habib Guirguis, maître de ce livre ; et de tout le chœur des martyrs et des saints dont il fait mémoire — que le Seigneur garde son Église, une, sainte, universelle et apostolique ; qu’il ramène à son bercail les brebis dispersées, selon le désir que l’auteur a laissé à la dernière page ; qu’il donne sa paix aux Églises divisées et au monde entier ; et qu’il fasse miséricorde à nous tous. Amen.
Gloire à Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.
Traduit, présenté, annoté et commenté par Samuel Metias, pour Coptipedia.
[1]N.d.T. — Habib Guirguis (1876-1951), en arabe Ḥabīb Girgis ; le prénom Ḥabīb signifie « le bien-aimé », d’où les jeux de mots de la dédicace. Premier élève, puis premier maître, enfin doyen du Collège clérical (Séminaire) copte du Caire, fondateur du mouvement des écoles du dimanche, fondateur et rédacteur de la revue al-Karma (« la Vigne »). L’Église copte orthodoxe l’a inscrit au nombre des saints en 2013 ; il est commémoré le 16 Misra (22 août).
[2]N.d.T. — Būlus Bāsīlī, prêtre et écrivain copte prolifique, compilateur et éditeur de nombreux recueils. C’est lui qui réunit, du vivant de l’auteur puis après sa mort, ces conférences dispersées en un seul volume, qu’il présenta et fit paraître pour la première fois en 1948.
[3]N.d.T. — Litt. « le trois fois pleuré » (al-muthallath ar-raḥamāt), formule d’usage copte pour un patriarche défunt. Cyrille V, cent-douzième patriarche d’Alexandrie (1874-1927).
[4]N.d.T. — Al-Karma, « la Vigne » (ou « le Cep »), revue de catéchèse et d’édification fondée par Habib Guirguis en 1907, l’un des monuments de la presse copte.
[5]N.d.T. — L’ère copte, dite « des Martyrs » (Anno Martyrum), compte les années à partir de 284 apr. J.-C., avènement de Dioclétien. 1667 A.M. correspond à 1951.
[6]N.d.T. — Jeu sur le prénom : Ḥabīb signifie « le bien-aimé ». Le compilateur file l’image tout au long de cette dédicace.
[7]N.d.T. — Les citations bibliques suivent la Bible de Jérusalem ; les références entre parenthèses sont celles de l’édition arabe, vérifiées par le traducteur (voir Sur le texte). Les points de suspension marquent les abrègements de l’auteur.
[8]N.d.T. — Allusion au miracle du transport du mont Muqattam, obtenu, selon la tradition copte, par la prière du pape Abraham (Abrām) et du peuple sous le calife fatimide al-Muʿizz (dixième siècle) ; commémoré au Synaxaire au mois de Kiahk.
[9]N.d.T. — Al-Muʿallim Ghālī, grand notable et intendant copte au service de Muhammad ʿAli, au début du dix-neuvième siècle. Le récit qui suit reflète la mémoire copte de ces tentatives d’union ; l’historien le lira avec les réserves d’usage.
[10]N.d.T. — En 1895, le pape Léon XIII rétablit le patriarcat copte-catholique d’Alexandrie, uni à Rome. Son premier titulaire fut Cyrille Makarios (« Cyrille II »), qui publia l’encyclique visée ici.
[11]N.d.T. — Litt. « les papistes » (al-bābāwiyyūn) : terme polémique, propre à l’auteur, désignant les catholiques romains. Voir l’avertissement Sur le texte. Nous le rendons littéralement d’un bout à l’autre.
[12]N.d.T. — En grec, « Tu es Pierre (Pétros), et sur cette pierre (pétra)… ». L’auteur, comme la tradition des Pères qu’il invoque plus bas, entend par la pétra le roc de la foi confessée, non la personne de l’apôtre. L’exégèse catholique romaine, elle, rapporte la pierre à Pierre lui-même ; le débat demeure l’un des points du dialogue entre les deux Églises.
[13]N.d.T. — L’auteur vise la distinction, familière à la théologie latine, entre « Église visible » (la communauté terrestre, hiérarchique) et « Église invisible » (la communion des saints du ciel), pour en refuser la conséquence : deux chefs pour une seule Église.
[14]N.d.T. — « la Trompette évangélique » (al-Būq al-Injīlī) : ouvrage d’apologétique copte auquel renvoie le compilateur. La « première épître de Cyrille Makar » est l’encyclique de 1895 mentionnée dans le Préambule.
[15]N.d.T. — Saint Bernard de Clairvaux (1090-1153), docteur de l’Église latine ; l’auteur cite volontiers, contre Rome, ses propres saints et docteurs.
[16]N.d.T. — Ce chapitre récapitule et achève les deux précédents. Le lecteur se souviendra que la primauté romaine demeure la question centrale du dialogue entre l’Église catholique et les Églises orthodoxes ; le pape Jean-Paul II a lui-même invité les autres Églises, dans l’encyclique Ut unum sint (1995), à chercher avec lui les formes d’un exercice renouvelé de cette primauté. L’argumentaire qu’on va lire est celui de la controverse orthodoxe classique, tel que l’auteur le donnait vers 1900.
[17]N.d.T. — « Marc, mon fils » : 1 P 5, 13, où Pierre écrit de « Babylone ». La tradition copte entend par là Babylone d’Égypte — la forteresse du Vieux-Caire, berceau du christianisme égyptien —, lecture que l’auteur suit plus bas ; l’exégèse commune y voit une désignation voilée de Rome. L’argument copte se double ici d’une pointe : si la succession de Pierre fondait une primauté, l’Église d’Alexandrie, siège de Marc, y aurait meilleur titre.
[18]N.d.T. — Cyprien, évêque de Carthage († 258), dans la controverse baptismale qui l’opposa au pape Étienne Ier (254-257). La première citation correspond à sa correspondance de 256 (Ép. 74) ; la seconde vient de la lettre de Firmilien de Césarée conservée parmi les siennes (Ép. 75). L’édition arabe renvoie aux chapitres et pages d’une version arabe des Lettres, que nous ne reproduisons pas.
[19]N.d.T. — Le dogme visé est celui que définit le concile Vatican I (concile latin, constitution Pastor æternus, 1870) : l’infaillibilité du Pape lorsqu’il parle « du haut de la chaire » (ex cathedra), en matière de foi et de mœurs — non une impeccabilité personnelle ni une exemption de tout péché ou de toute erreur. La polémique populaire, ici comme souvent, prend l’infaillibilité au sens large ; l’équité demandait que la définition exacte fût rappelée. L’argument scripturaire de l’auteur porte sur la peccabilité universelle de l’homme.
[20]Comp. — Comme fit Paul l’Apôtre avec l’incestueux de Corinthe (1 Co 5).
[21]N.d.T. — L’auteur vise la doctrine latine de la « satisfaction » sacramentelle. La théologie catholique précise, il est vrai, que cette satisfaction n’opère qu’en vertu de la satisfaction unique du Christ, dont elle applique le fruit (concile latin de Trente, session XIV) ; la polémique orthodoxe lui reproche précisément d’introduire, à côté de l’expiation de la Croix, une économie pénale parallèle. Le lecteur jugera sur pièces : l’argument scripturaire de l’auteur suit.
[22]N.d.T. — Il est d’équité de rappeler la doctrine que l’auteur attaque à travers ses abus. L’indulgence, dans l’enseignement catholique, est la remise de la peine temporelle due à des péchés déjà pardonnés quant à la faute, puisée au trésor des mérites du Christ et des saints ; elle ne remet pas la faute elle-même, et moins encore n’autorise des péchés futurs. Le trafic des indulgences — l’occasion, en 1517, de la protestation de Luther — fut condamné par le concile latin de Trente, et la vente en fut abolie par saint Pie V (1567) ; Paul VI a réordonné toute la matière (Indulgentiarum doctrina, 1967). Les chiffres que cite l’auteur (trois cents jours, cent ans) sont ceux des recueils de prières indulgenciées alors en usage : ces « jours » mesuraient la remise par référence aux anciennes pénitences canoniques, non une durée de purgatoire. La polémique qu’on va lire prend l’institution dans son sens populaire et par ses abus.
[23]N.d.T. — Le récit suit la source arabe de l’auteur, dont la chronologie est approximative. L’épisode des tables d’argent de Léon III (vers 810) est attesté ; l’addition naquit en Espagne (troisième concile de Tolède, concile latin local, 589) et se répandit par l’empire carolingien — « Lucius » paraît être une figure de la polémique reçue par l’auteur ; et c’est en 1014, sous Benoît VIII, que Rome admit le Filioque dans le chant du Credo : aucun pape Sylvestre ne règne en 919. Le fond du grief — l’addition unilatérale au symbole issu des conciles universels de Nicée (325) et de Constantinople (381), reçus de toutes les Églises — est, aujourd’hui encore, l’une des questions du dialogue entre Rome et l’ensemble des Églises orthodoxes ; la Clarification romaine de 1995 sur la procession du Saint-Esprit a marqué un pas notable en reconnaissant la valeur normative et intraduisible du texte grec du symbole.
[24]N.d.T. — Célestin Ier, pape de Rome († 432) — en arabe Sālīstūs. La sentence fait écho au canon 7 du concile universel d’Éphèse (431), le dernier reçu par l’Église copte, qui interdit de proposer une autre foi que celle de Nicée.
[25]N.d.T. — Basile de Césarée, Contre Eunome ; Jean Damascène, Exposé exact de la foi orthodoxe, livre I (chap. 8 et 12). Les citations sont traduites ici de la forme arabe que leur donne l’auteur.
[26]N.d.T. — Damase Ier, pape de Rome (366-384) ; l’anathème correspond au « Tome de Damase » (vers 382). L’auteur cite volontiers, à l’appui de la doctrine orthodoxe, les papes des premiers siècles.
[27]N.d.T. — L’effusion n’était pas inconnue de l’antiquité : la Didachè (ch. 7) permet déjà de verser l’eau sur la tête quand l’eau vive manque ; mais elle la donne pour un pis-aller, l’immersion demeurant la forme normale — ce que l’auteur a raison de rappeler, et que confirment les baptistères anciens. L’Église latine généralisa l’effusion à la fin du moyen âge ; l’Église copte a gardé la triple immersion. Les Églises se reconnaissent aujourd’hui mutuellement, pour l’essentiel, la validité du baptême donné au nom de la Trinité.
[28]N.d.T. — Le grec baptisma dit la plongée, l’immersion — d’où, comme le note l’auteur, l’image du teinturier : l’arabe ṣibġa (« teinture ») est précisément le mot que les versions arabes emploient pour le baptême. On ne teint pas une étoffe en l’aspergeant.
[29]N.d.T. — Cyrille de Jérusalem, Catéchèses (XVII, 14, sur le Saint-Esprit) ; traduit ici de la forme arabe qu’en donne l’auteur.
[30]N.d.T. — Sirr al-mīrūn : la chrismation, onction du saint chrême qui suit immédiatement le baptême dans les Églises d’Orient — ce que l’Occident nomme confirmation. L’Église latine la diffère à l’âge de raison ; c’est cette discipline, étendue au dix-neuvième siècle aux communautés orientales unies à Rome, que l’auteur combat. On notera qu’aujourd’hui le droit catholique oriental lui-même a rétabli, pour les Églises orientales catholiques, la chrismation immédiate des petits enfants.
[31]N.d.T. — Tertullien, Du baptême (De baptismo), 7-8, vers l’an 200 ; « l’huile de la corne » renvoie aux onctions sacerdotales et royales de l’Ancien Testament (cf. 1 S 16, 13). Traduit de la forme arabe qu’en donne l’auteur.
[32]N.d.T. — Sirr aš-šukr, « le sacrement de l’action de grâces » : l’Eucharistie — le grec eucharistia dit précisément l’action de grâces. La querelle des azymes fut, avec le Filioque, l’un des griefs majeurs de la rupture de 1054 entre Rome et Constantinople : les Églises orientales consacrent le pain levé (le qurbān copte), l’Église latine l’azyme. Le concile latin de Florence (1439) tint les deux usages pour légitimes, chacun selon sa tradition — position que Rome maintient ; l’auteur relève d’ailleurs plus bas que les papistes eux-mêmes l’admettent en théorie.
[33]N.d.T. — L’auteur suit la chronologie johannique de la Cène, qui est celle de la tradition alexandrine : le repas eut lieu avant la Pâque légale — d’où le pain levé. La tradition latine, s’appuyant sur les synoptiques, tient la Cène pour le repas pascal lui-même — d’où l’azyme. Le débat exégétique entre les deux chronologies demeure ouvert.
[34]N.d.T. — La communion du peuple sous la seule espèce du pain se généralisa en Occident aux douzième et treizième siècles, et fut confirmée par le concile latin de Constance (1415) contre les hussites ; sa justification théologique est la doctrine de la « concomitance » — le Christ tout entier présent sous chaque espèce —, que l’auteur raille plus bas. Depuis le concile latin Vatican II (1962-1965), l’Église latine a largement rouvert au peuple la communion au calice. Les Églises orientales ne l’ont jamais fermée.
[35]N.d.T. — Justin, Première Apologie, 65-67 (vers 155) ; Cyprien de Carthage, Lettre 57, sur la communion à donner aux fidèles en vue de la persécution. Traduits ici de la forme arabe qu’en donne l’auteur.
[36]N.d.T. — L’Église latine cessa de communier les petits enfants vers les douzième et treizième siècles, la première communion étant reportée à l’« âge de raison » ; les Églises orientales communient les nourrissons dès leur baptême. Les autorités que l’auteur allègue à l’appui de l’usage ancien sont exactes : Augustin, Des mérites des péchés et de leur rémission (I, 20) ; Innocent Ier, lettre au concile de Milève (concile local d’Afrique, 417) — l’un et l’autre rattachaient la communion des petits enfants à Jn 6, 53 ; le « canon du neuvième siècle » correspond aux ordonnances carolingiennes sur la communion des nouveau-nés.
[37]N.d.T. — Voici le cœur dogmatique du recueil : la christologie de saint Cyrille — « une seule nature du Verbe de Dieu incarné », union sans mélange, sans confusion, sans altération ni séparation — opposée au langage des « deux natures et deux volontés ». Le lecteur d’aujourd’hui le lira à la lumière du chemin parcouru : les déclarations communes de 1973 (Paul VI et Chenouda III) et l’accord christologique de 1988 entre l’Église catholique et l’Église copte orthodoxe, puis les accords des deux familles orthodoxes (monastère d’Anba Bishoy, 1989 ; Chambésy, 1990), ont reconnu que chalcédoniens et préchalcédoniens confessent la même foi au Christ, vrai Dieu et vrai homme, parfait en sa divinité et parfait en son humanité — les formules « une nature du Verbe incarné » et « deux natures unies sans séparation » disant, chacune dans sa langue, le même mystère, et les deux familles condamnant également Nestorius et Eutychès. La polémique de l’auteur, antérieure à ces accords, prend le vocabulaire des « deux natures » au sens divisant que l’Orient y redoutait depuis Nestorius.
[38]N.d.T. — Le dossier patristique est celui des florilèges miaphysites classiques — l’auteur renvoie lui-même, en fin de chapitre, au livre des Confessions des Pères (Iʿtirāfāt al-ābāʾ). Deux précisions d’histoire des textes : la formule « une seule nature de Dieu le Verbe incarné » citée sous le nom d’Athanase, comme la lettre du pape Jules Ier, appartiennent au corpus apollinariste transmis sous ces noms vénérables ; saint Cyrille les reçut de bonne foi comme athanasiennes, et c’est par lui que la formule devint l’étendard de la christologie alexandrine. Leur autorité, dans la tradition copte, est celle de cette réception cyrillienne.
[39]N.d.T. — Honorius Ier, pape de Rome (625-638) : sa lettre à Serge de Constantinople confessant « une seule volonté » lui valut l’anathème de Constantinople III (680-681) — sixième concile œcuménique pour les chalcédoniens, concile byzantin non reçu par l’Église copte —, confirmé par son successeur Léon II. L’argument — un pape condamné pour hérésie par un concile que Rome même tient pour œcuménique — est, depuis Vatican I, l’objection historique classique opposée à l’infaillibilité pontificale.
[40]N.d.T. — Le concile du Latran de 649 (synode romain, antérieur à la séparation de Rome et de Byzance), réuni sous le pape saint Martin Ier contre le monothélisme, confesse en effet, en son cinquième canon et à la suite des Pères, « une nature incarnée du Dieu Verbe » — tout en enseignant, dans les canons suivants, les deux volontés unies. L’auteur cite le canon d’après un ouvrage de controverse catholique en arabe (al-Īmān aṣ-ṣaḥīḥ fī s-Sayyid al-Masīḥ), qu’il retourne contre ses auteurs : l’argument porte sur la légitimité de la formule cyrillienne, que Rome elle-même n’a jamais condamnée.
[41]Comp. — Voir les témoignages des Pères dans le livre des Confessions des Pères (Iʿtirāfāt al-ābāʾ), ou dans le livre Nafḥ al-ʿabīr, pages 116 à 238.
[42]N.d.T. — L’auteur expose la doctrine orientale de l’état intermédiaire : les âmes attendent, dans un avant-goût de gloire ou de peine — le « paradis d’attente » de la tradition copte —, la rétribution plénière du jugement dernier. La position latine visée fut définie par Benoît XII (constitution Benedictus Deus, 1336), au terme de la controverse soulevée par Jean XXII : la vision béatifique est accordée aux justes purifiés dès avant la résurrection. Le débat porte sur le moment de la rétribution plénière, non sur son existence : les deux traditions confessent également le jugement dernier et la résurrection des corps.
[43]N.d.T. — La doctrine du purgatoire fut définie par l’Église latine à ses conciles propres de Lyon II (1274) et de Florence (1439), puis précisée au concile latin de Trente (session XXV, 1563) : un état de purification, après la mort, des âmes qui meurent dans la grâce mais n’ont pas pleinement expié leurs fautes, aidées par les suffrages des vivants. L’auteur en conteste l’existence même. On notera toutefois que l’Église copte orthodoxe, comme l’Orient tout entier, prie pour ses défunts et professe un état intermédiaire d’attente : la controverse ne porte pas sur la prière pour les morts, mais sur l’idée d’un lieu tiers et d’une peine expiatoire distincte, que l’Orient refuse. L’argumentaire qui suit est celui, classique, de la théologie orthodoxe fixée aux deux synodes grecs orthodoxes — postérieurs à la séparation de Rome et de Byzance — tenus la même année contre la confession calvinisante attribuée à Cyrille Loukaris : Constantinople (janvier 1672) et Jérusalem, dit aussi de Bethléem (mars 1672, Confession de Dosithée, décret 18).
[44]N.d.T. — Le rapprochement avec Platon (le mythe eschatologique du Phédon et de la République) et avec la purification des âmes de la philosophie antique est un lieu commun de la polémique orthodoxe. La théologie catholique, pour sa part, ne fonde pas le purgatoire sur Platon, mais sur 2 M 12, 44-46 et 1 Co 3, 13-15, et sur l’antique pratique de la prière pour les morts ; l’auteur, qui suit un canon scripturaire sans les livres deutérocanoniques, écarte le premier de ces appuis.
[45]N.d.T. — « L’hérésie de la limitation du châtiment » désigne l’apocatastase — la doctrine, attribuée à Origène, d’un rétablissement final de toutes les créatures, jusqu’au démon —, condamnée sous l’empereur Justinien (synode local de Constantinople, 543, repris au deuxième concile de Constantinople, 553 — concile byzantin, postérieur à Chalcédoine et non reçu par l’Église copte, qui réprouve pareillement l’apocatastase). L’auteur enferme l’adversaire dans un dilemme : ou le feu du purgatoire est sans effet sur l’âme, ou, s’il l’est vraiment, il ne se distingue plus du feu éternel de la géhenne, dont nul ne sort.
[46]N.d.T. — L’auteur décrit la discipline latine de son temps. L’Église catholique n’a jamais aboli le jeûne : elle en a allégé les formes. Depuis le Code de 1917, puis la constitution Pænitemini de Paul VI (1966) et le Code de 1983, l’abstinence de viande demeure prescrite les vendredis de Carême et le jeûne au mercredi des Cendres et au Vendredi saint, les conférences épiscopales pouvant substituer d’autres pénitences aux vendredis de l’année. La discipline copte orthodoxe, elle, est restée l’une des plus rigoureuses du christianisme — plus de deux cents jours de jeûne par an, avec abstinence de tout produit animal : c’est à cette aune que l’auteur juge le relâchement latin.
[47]N.d.T. — Ainsi la Bible de Jérusalem, d’après les meilleurs manuscrits. L’auteur cite la leçon longue du texte reçu — « ... ne sort que par le jeûne et la prière » —, sur laquelle repose son argument : la mention du jeûne (grec tê nêsteía), absente des grands manuscrits anciens (Vaticanus, Sinaïticus), est une addition ecclésiastique, également écartée par la critique en 1 Co 7, 5 (cité plus bas).
[48]N.d.T. — De même, la Bible de Jérusalem porte seulement « pour vaquer à la prière » ; le texte reçu, que suit l’auteur, ajoute « au jeûne et à la prière ». Dans les deux versets qu’il invoque en faveur du jeûne (celui-ci et Mc 9, 29), la mention expresse du jeûne relève de la tradition textuelle byzantine.
[49]N.d.T. — Les références sont exactes. Le jeûne du mercredi et du vendredi pour tout le clergé et les laïcs correspond au canon apostolique 69 ; l’interdiction de jeûner le dimanche et le samedi — sauf le Samedi saint — au canon apostolique 66 (numéroté 64 dans certaines collections). L’interprétation citée est celle de saint Pierre d’Alexandrie, le « Sceau des martyrs » († 311), canon 15. Le « livre de l’Histoire des hérésies » de saint Épiphane de Salamine, métropolite de Chypre (v. 315-403), est le Panarion (« la Pharmacie »). La « sainte Quarantaine » désigne le Carême, et le « seul samedi » excepté est le Samedi saint, veille de Pâques.
[50]N.d.T. — La chronologie est exacte. En 1849, l’encyclique Ubi primum de Pie IX demandait aux évêques du monde entier leur avis et les prières des fidèles sur l’opportunité d’une définition — d’où l’affiche que l’auteur, tributaire d’une source anglophone, situe à Dublin. La définition suivit le 8 décembre 1854 : la bulle Ineffabilis Deus déclare que Marie, « au premier instant de sa conception, par une grâce et un privilège singuliers de Dieu tout-puissant, en prévision des mérites de Jésus-Christ », fut préservée de toute tache du péché originel. Quand l’auteur parle, vers 1900, le dogme n’a pas cinquante ans — « pas plus de cent ans » vise la controverse préparatoire.
[51]N.d.T. — Rien de plus exact : saint Bernard de Clairvaux, saint Thomas d’Aquin et l’école dominicaine s’opposèrent des siècles durant à la doctrine, que défendait l’école franciscaine à la suite de Duns Scot ; Sixte IV dut interdire aux deux partis de s’anathématiser mutuellement (constitution Grave nimis, 1483). C’est ce long débat intra-catholique que l’auteur a en vue.
[52]Comp. — L’auteur cite les canons d’après « Perrone le jésuite, tome 2, page 425 » : la traduction arabe des Praelectiones theologicae de Giovanni Perrone S.J. (1794-1876), le théologien romain qui fut précisément l’un des grands artisans de la définition de 1854 — l’arme est prise chez l’adversaire.
[53]N.d.T. — Les deux canons sont cités exactement (concile latin de Trente, session V, décret sur le péché originel, canons 2 et 3, 1546). Mais l’argument trouve sa limite dans le texte même du décret : celui-ci déclare, en sa clausule finale, que le concile « n’entend pas comprendre dans ce décret la bienheureuse et immaculée Vierge Marie », renvoyant aux constitutions de Sixte IV — et c’est par cette porte, ménagée dès 1546, que passa la définition de 1854. La théologie catholique répond au dilemme de l’auteur par la « rédemption préservatrice » : Marie, elle aussi rachetée, l’aurait été par préservation, en prévision des mérites de son Fils, non par exemption de la Rédemption. Le grief oriental demeure entier sur la nouveauté du dogme et son absence de fondement dans la tradition ancienne.
[54]N.d.T. — L’auteur formule ici la doctrine commune de l’Orient : la Théotokos, « la Toute-Sainte » (al-kulliyyat al-qadāsa, le Panagia grec), fut purifiée par la salutation de l’ange — au moment de l’Annonciation, non au premier instant de sa conception. L’Église copte, qui célèbre la conception de la Vierge et la vénère comme toute pure, refuse le dogme de 1854 comme une précision étrangère à la tradition des Pères ; la question reste ouverte dans le dialogue catholique-orthodoxe, plusieurs théologiens orientaux la tenant pour une différence d’école plutôt que de foi.
[55]N.d.T. — La position latine n’est pas gourmandise, mais théologie : Rome tient le décret de Jérusalem pour une mesure disciplinaire temporaire, destinée à rendre possible la cohabitation des convertis du judaïsme et de la gentilité, et caduque avec les circonstances qui l’avaient dictée — ainsi déjà saint Augustin (Contre Fauste, XXXII, 13), puis saint Thomas d’Aquin (Somme théologique, Ia-IIae, q. 103). L’Orient y voit au contraire un précepte apostolique permanent : le concile in Trullo (concile byzantin, 692) le réaffirme en son canon 67, et la discipline copte l’observe jusqu’à ce jour.
[56]N.d.T. — La référence est exacte : canon apostolique 63, qui reprend l’interdit de Jérusalem (la lettre apostolique le répète en Ac 15, 28-29, et Ac 21, 25 le rappelle encore) et y joint les prescriptions mosaïques sur la bête déchirée et la bête morte d’elle-même (Ex 22, 30 ; Lv 17, 15). La peine est double, selon l’usage de ces canons : déposition pour le clerc, excommunication pour le laïc.
[57]N.d.T. — L’arabe de l’auteur porte : « quiconque répudie sa femme, sinon pour cause d’adultère (illā bi-sabab az-zinā), et en épouse une autre, commet un adultère ». Le grec de la « clause matthéenne » (Mt 5, 32 et 19, 9) dit : « sauf en cas de porneia » — terme que la Bible de Jérusalem rend par « prostitution », la TOB par « union illégitime », d’autres par « inconduite ». Toute la tradition orientale, à la suite des Pères grecs, y lit l’adultère : c’est le fondement scripturaire de la discipline orthodoxe du divorce, et de tout ce chapitre.
[58]N.d.T. — L’équité demande d’exposer la doctrine que l’auteur combat. L’Église catholique lit la clause de Mt 19, 9 comme autorisant la séparation, non la rupture du lien : le mariage sacramentel consommé est absolument indissoluble, et l’adultère fonde seulement la « séparation de corps et de biens » (le divortium quoad thorum et mensam — la « séparation perpétuelle » que nomme l’auteur), sans droit au remariage pour aucune des parties, l’innocente comprise. Le concile latin de Trente (session XXIV, 1563, canon 7) anathématise — en une formule choisie avec soin pour ménager les Grecs de Venise — quiconque dit que l’Église « erre » en enseignant cela. Les déclarations de nullité et le « privilège paulin » ne sont pas, en droit canonique, des divorces. L’Orient suit une autre voie : l’adultère détruit par lui-même la réalité du lien, et l’Église, par condescendance (oikonomia), tolère pour la partie innocente un remariage à caractère pénitentiel. La discipline copte contemporaine s’y tient strictement : le seul adultère (avec l’apostasie) ouvre le divorce.
[59]N.d.T. — L’épisode de Paphnuce, évêque et confesseur de la Thébaïde, est rapporté par les historiens Socrate (Histoire ecclésiastique, I, 11) et Sozomène (I, 23) : lui-même vierge, il fit écarter l’obligation de continence pour le clergé marié. La critique moderne discute l’historicité du récit, mais toute la tradition canonique orientale l’a reçu. Le concile universel de Nicée (325) n’a légiféré, en son canon 3, que contre la cohabitation des clercs avec des femmes étrangères.
[60]N.d.T. — Le dossier canonique est exact. Le canon apostolique 51 vise l’abstention par mépris de la création — la note même de l’encratisme ; le concile local de Gangres (Asie Mineure, vers 340), dirigé contre les eustathiens qui méprisaient le clergé marié, prononce en son canon 4 l’anathème cité ; les « canons de l’évêque de Rome reçus dans notre Église » sont les Canons d’Hippolyte, collection canonique conservée en copto-arabe sous le nom du docteur romain ; et la règle africaine de la continence aux seuls jours de service est celle des canons de Carthage (collection de 419), que la numérotation des recueils coptes compte ici comme quatrième.
[61]N.d.T. — L’équité demande de préciser : le célibat ecclésiastique est, chez les latins, une discipline et non un dogme. D’usage ancien en Occident (concile local d’Elvire, v. 300), il fut rendu général par les conciles latins de Latran I (1123) et Latran II (1139), qui déclarèrent invalides les mariages des clercs majeurs — c’est la sentence médiévale que vise l’auteur. Rome ordonne d’ailleurs aujourd’hui des hommes mariés dans les Églises orientales unies et, par exception, en rite latin. La discipline orientale — prêtres et diacres mariés pourvu que le mariage précède l’ordination, épiscopat réservé aux moines — fut confirmée par le concile byzantin in Trullo (692, canons 12-13 et 48) et demeure celle de l’Église copte.
[62]N.d.T. — L’équité demande de préciser l’objet du grief. Rome n’a jamais interdit l’Écriture elle-même : elle restreignit l’usage des traductions en langue vulgaire non approuvées (concile latin local de Toulouse, 1229, dans le contexte cathare ; quatrième règle de l’Index, 1564 : lecture des versions vernaculaires soumise à permission). Cette discipline restrictive, encore en vigueur au temps de l’auteur, est précisément ce qu’il vise ; elle fut démantelée par le mouvement biblique — Providentissimus Deus de Léon XIII (1893), puis la constitution Dei Verbum du concile latin Vatican II (1965), qui veut « un large accès aux saintes Écritures » pour tous les fidèles.
[63]N.d.T. — Quatre griefs classiques de la polémique orientale, énumérés en forme de péroraison. L’image plane (l’icône) contre la statue : l’Orient n’a jamais reçu la ronde-bosse dans le culte. L’orientation des églises : Constitutions apostoliques (II, 57). La Pâque : le canon apostolique 7 défend de la célébrer « avec les Juifs » avant l’équinoxe — l’auteur retourne le grief contre le comput grégorien, qui fait parfois tomber la Pâque latine avant ou pendant la Pâque juive, quand le comput julien des Coptes la place toujours après. Les messes multiples : l’Orient ne célèbre qu’une seule liturgie par autel et par jour — usage copte constant —, tandis que l’Occident multiplia les messes privées. Suit, dans l’édition arabe, une page d’annonces de l’éditeur, non traduite.
[64]N.d.T. — « Vingt innovations » : le compte suit la numérotation des chapitres de l’édition arabe (nos chapitres I à XXI, la primauté de Pierre et celle du Pape formant chez elle un seul article). Cette conclusion ferme la première partie du recueil — la réfutation des enseignements latins ; la seconde, dirigée contre les enseignements protestants, s’ouvre après elle.
[65]Comp. — Jr 2, 13 : « ils m’ont abandonné, moi, la source d’eau vive, pour se creuser des citernes, citernes crevassées qui ne tiennent pas l’eau. »
[66]Comp. — Mt 16, 18 : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle » — le verset même dont le premier chapitre du recueil disputait l’interprétation aux papistes ; l’auteur le reprend ici dans le sens des Pères : le roc, c’est la foi confessée.
[67]N.d.T. — Tout l’aperçu qui suit est un portrait de controverse, puisé aux sources de l’apologétique catholique de langue arabe — l’auteur cite l’« Histoire de la Réforme » du jésuite Van Ham (al-Kawkab al-waḍḍāḥ fī tārīḫ al-iṣlāḥ, « L’Étoile éclatante de l’histoire de la Réforme », Beyrouth, Imprimerie des missionnaires jésuites, 1876), et le périodique jésuite de Beyrouth al-Hadiyya as-saniyya. L’équité demande d’avertir le lecteur : les citations de Luther et de Mélanchthon y sont transmises de seconde main, souvent durcies ou sorties de leur contexte (Mélanchthon fut, de fait, le plus modéré des réformateurs) ; la légende veut que Luther ait jeté l’encrier au diable ; le décompte des « sectes » est un topos de controverse ; et Luther n’a pas « retranché » l’épître aux Hébreux, celles de Jacques et de Jude ni l’Apocalypse, mais les a reléguées en fin de son Nouveau Testament comme livres discutés. Restent exacts : les indulgences de Saint-Pierre prêchées par Tetzel (1517) et les 95 thèses ; l’excommunication (1521) ; le mariage avec Catherine de Bora (1525) ; la guerre des Paysans (1525) et ses dizaines de milliers de morts — que Luther, du reste, condamna violemment ; la bigamie du landgrave Philippe de Hesse tolérée par Luther (1540) ; la page de Zwingli sur le salut des païens et l’indignation qu’elle causa à Luther ; l’âpreté de la discipline calvinienne à Genève. Le lecteur jugera le réquisitoire en le sachant tel.
[68]N.d.T. — L’édition arabe porte bien « l’école française de Magdebourg » : l’adjectif est vraisemblablement une corruption de « franciscaine », la tradition biographique de source catholique plaçant le jeune Luther, vers 1497, à l’école tenue près des Franciscains de Magdebourg ; les historiens parlent plutôt des Frères de la vie commune, qui l’accueillirent cette année-là.
[69]N.d.T. — L’édition arabe imprime ici « le pape Louis X » : lire Léon X (1513-1521), le pape des indulgences de la basilique Saint-Pierre. La prédication de Jean Tetzel, dominicain, en 1517, fut l’occasion des 95 thèses.
[70]Comp. — Mt 13, 25.
[71]N.d.T. — L’équité impose ici une double mise au point. D’une part, la doctrine luthérienne réelle n’est pas l’antinomisme que dénoncent ces lignes : pour Luther, la foi seule justifie, mais la foi justifiante n’est jamais seule — elle produit nécessairement les œuvres, comme le bon arbre son fruit ; la Formule de Concorde condamna expressément Agricola et les antinomistes cités plus bas. D’autre part, les citations à charge qui suivent circulent dans la littérature de controverse (l’auteur les tient d’une « Histoire des hérésies » arabe) : la lettre à Mélanchthon du 1er août 1521 — le fameux pecca fortiter, « pèche fortement, mais crois plus fortement encore » — est authentique, mais c’est une hyperbole pastorale, non un permis de pécher. Le fond du débat — Jacques 2 contre Romains 3 — se résout, pour l’exégèse moderne, par la distinction des « œuvres de la Loi » que Paul écarte et des œuvres de la foi que Jacques exige ; et le dialogue du XXᵉ siècle a abouti à la Déclaration commune sur la doctrine de la justification (1999), où catholiques et luthériens confessent ensemble une justification par la grâce, dans la foi, féconde en œuvres. La polémique de l’auteur vise l’énoncé cru du slogan, tel qu’il se présentait à lui.
[72]Comp. — Les pièces sont identifiables : la préface de Luther à son Nouveau Testament de 1522 qualifie l’épître de Jacques d’« épître de paille » (l’épître fut reléguée en appendice avec Hébreux, Jude et l’Apocalypse, non supprimée du canon) ; l’addition d’allein (« seule ») en Rm 3, 28 figure dans sa Bible allemande, et la réponse citée paraphrase sa Lettre ouverte sur l’art de traduire (1530), où il écrit en effet : « le docteur Martin Luther veut qu’il en soit ainsi » — l’auteur y ajoute l’écho du sic volo, sic iubeo de Juvénal, que la controverse lui prêtait couramment.
[73]N.d.T. — L’arabe de l’auteur porte : « rendez fermes votre vocation et votre élection par les œuvres bonnes ». La mention « par les œuvres bonnes » appartient à la tradition textuelle byzantine, que suit sa Bible arabe ; la Bible de Jérusalem, avec les grands manuscrits anciens, l’omet — troisième cas, dans ce volume, où l’argument s’appuie sur une leçon du texte reçu (voir Mc 9, 29 et 1 Co 7, 5 au chapitre XVI).
[74]Comp. — Hugo Grotius (1583-1645), dans ses Annotationes sur l’épître de Jacques ; le second auteur, dont le nom se lit « Georgius Boas » dans l’édition arabe, est très probablement George Bull (1634-1710), théologien anglican, dont l’Harmonia apostolica (1670) « concilie » précisément saint Paul et saint Jacques et condamne la doctrine de la foi seule.
[75]N.d.T. — Helvidius, laïc romain, publia vers 383 son écrit contre la virginité perpétuelle, aussitôt réfuté par saint Jérôme (De la virginité perpétuelle de la bienheureuse Marie, contre Helvidius), tandis que saint Ambroise et saint Épiphane (contre les « antidicomarianites » de son Panarion) défendaient la même foi — le chiffre de l’année est à peine lisible dans l’édition arabe. Il est d’équité de rappeler que les Réformateurs eux-mêmes — Luther, Zwingli, Calvin — professèrent la virginité perpétuelle de Marie : la contestation, chez les protestants, est tardive, et c’est celle des missions évangéliques de son temps que l’auteur rencontre en Égypte.
[76]Comp. — Saint Jérôme, Contre Helvidius (De perpetua virginitate beatae Mariae), où abonde ce genre de réparties : « avant que » n’implique rien sur ce qui suit.
[77]N.d.T. — L’arabe de l’auteur cite Mt 1, 25 selon le texte reçu : « jusqu’à ce qu’elle eût enfanté son fils premier-né ». La Bible de Jérusalem, avec les manuscrits anciens, porte seulement « un fils » : la mention du premier-né, venue de Lc 2, 7, est une leçon byzantine — quatrième cas du volume (voir Mc 9, 29 ; 1 Co 7, 5 ; 2 P 1, 10). L’objection du « premier-né », que l’auteur réfute, ne se pose donc même pas dans le texte critique de Matthieu ; sa réponse par Ex 13, 2 demeure valable pour Lc 2, 7.
[78]N.d.T. — C’est l’exégèse constante de l’Orient depuis saint Jérôme et saint Épiphane : les « frères de Jésus » (Jacques, Joset, Jude, Simon — Mc 6, 3) sont des cousins, ou, selon la tradition grecque et copte suivie par l’auteur, des fils de Joseph d’un premier mariage ; l’araméen et l’hébreu n’ont pas de mot propre pour « cousin ».
[79]N.d.T. — Le concile d’Éphèse (431) est le troisième concile universel — le dernier reçu par l’Église copte, qui le tient, avec Nicée (325) et Constantinople (381), pour l’un des trois piliers de la foi. Présidé par saint Cyrille, il déposa Nestorius et consacra le titre de Théotokos (« celle qui a enfanté Dieu »). L’accusation faite à Nestorius d’avoir enseigné un « pur homme », à la suite d’Ébion et de Paul de Samosate, est celle de toute la tradition ; l’historiographie moderne débat de sa pensée réelle, mais c’est bien le refus du mot Théotokos qui mit le feu à la querelle. Quant aux Réformateurs : Luther lui-même confessait expressément Marie « Mère de Dieu » (le titre est au cœur de son commentaire du Magnificat, 1521), et la Confession d’Augsbourg ne le nie pas ; la réticence que combat l’auteur est celle du protestantisme évangélique tardif, rencontré par lui en Égypte.
[80]N.d.T. — L’arabe de l’auteur porte : « voici, la vierge concevra et enfantera un fils » — c’est la leçon de la Septante (hē parthenos), Bible de l’Église ancienne, que suit Mt 1, 23 et, à sa suite, la Bible arabe. La Bible de Jérusalem traduit ici l’hébreu ʿalmāh par « la jeune femme » ; l’argument de l’auteur repose sur la lecture chrétienne traditionnelle du verset, celle que l’Évangile lui-même a consacrée.
[81]Comp. — Saint Cyrille d’Alexandrie, premier livre Contre Nestorius, et lettre première aux moines d’Égypte (429), dont ces lignes reprennent l’argument fameux ; la comparaison de la mère qui n’engendre pas l’âme y figure expressément.
[82]Note de l’auteur — « Voyez les innovations papistes » : renvoi au chapitre de la procession du Saint-Esprit dans la première partie du recueil (notre chapitre VII), où la question est traitée au fond.
[83]N.d.T. — Le fait est exact et remarquable : la conférence de réunion de Bonn (1874), convoquée par le vieux-catholique Döllinger après le refus de Vatican I, réunit vieux-catholiques, orthodoxes et anglicans ; son premier article déclare en effet que l’insertion du Filioque s’est faite « d’une manière illégitime », et la conférence de 1875 alla plus loin en adoptant la doctrine de saint Jean Damascène sur la procession du Père. L’auteur — le manuel protestant qu’il cite est le cours de théologie systématique de la mission presbytérienne américaine (Niẓām at-taʿlīm fī ʿilm al-lāhūt al-qawīm, Beyrouth, 1888-1890), d’inspiration princetonienne, devenu le manuel des évangéliques d’Égypte ; le nom de son auteur, qui se lit « James Anes », désigne très probablement James S. Dennis (1842-1914), premier professeur de théologie du séminaire américain de Beyrouth — retourne ainsi contre ses adversaires le témoignage de leurs propres docteurs, comme il avait fait au chapitre XVII avec Perrone.
[84]Note de l’auteur — Renvoi au chapitre des deux natures et des deux volontés dans la première partie du recueil (notre chapitre XIII), où l’on trouvera la réfutation.
[85]N.d.T. — Le lecteur se reportera à la note liminaire du chapitre XIII : depuis les accords christologiques de 1973 et 1988, et ceux des deux familles orthodoxes (1989-1990), il est reconnu que la confession de « l’unique nature du Verbe incarné » et celle des « deux natures unies sans séparation » disent, chacune dans sa langue, la même foi au Christ vrai Dieu et vrai homme.
[86]N.d.T. — L’équité veut qu’on précise la position adverse : les confessions protestantes tiennent le baptême et la cène pour les deux « sacrements de l’Évangile », institués par le Christ avec un signe visible et une promesse ; elles ne nient pas les cinq autres comme rites, mais leur refusent le titre de sacrement au sens plein (la Confession d’Augsbourg compte parfois l’absolution pour un troisième). C’est cette réduction que l’auteur combat, par l’argument — classique depuis les controverses du XVIIe siècle entre orthodoxes et protestants — du consentement de toutes les Églises séparées.
[87]Comp. — Tertullien, De la prescription contre les hérétiques (28) ; saint Augustin, Du baptême contre les donatistes (IV, 24) ; saint Basile, Sur le Saint-Esprit (XXVII, 66) — trois lieux classiques de l’argument de tradition.
[88]N.d.T. — Le dossier est de bonne guerre : Luther a effectivement varié (la Captivité de Babylone de 1520 commence par trois sacrements et s’achève sur deux) ; Mélanchthon comptait volontiers l’absolution ; et l’Intérim de Leipzig (1548), compromis imposé aux luthériens de Saxe après leur défaite, rétablissait en substance les sept rites — c’est l’« aveu » que l’auteur invoque. Le « livre des Institutions » attribué ici à Luther, et le docteur dont le nom se lit « Mānyā », proviennent de la source de seconde main déjà signalée (transcriptions incertaines).
[89]Note de l’éditeur (édition arabe) — L’auteur a consacré à l’établissement de ces sept sacrements sacrés un volume spécial : qu’on s’y reporte. [ Il s’agit du livre Les sept sacrements de l’Église, de Habib Guirguis. — N.d.T. ]
[90]N.d.T. — L’auteur appelle en renfort Johann Lorenz von Mosheim (1693-1755), historien de l’Église… luthérien : témoin pris, une fois encore, chez l’adversaire. Les autres références sont exactes : pseudo-Denys, Hiérarchie ecclésiastique (II et IV) ; Tertullien, Du baptême, 7-8 — Tertullien écrit à la charnière des IIe et IIIe siècles.
[91]Comp. — Origène, deuxième homélie sur le Lévitique, où la confession est comptée parmi les voies de la rémission des péchés.
[92]Comp. — Justin, Dialogue avec Tryphon, 44 ; Cyrille de Jérusalem, Procatéchèse, 16 — la litanie fameuse des noms du baptême ; Grégoire de Nysse, Sur le baptême du Christ ; Augustin, parmi ses lettres antipélagiennes ; Mosheim, Histoire ecclésiastique (premier siècle) — l’aveu, souligné par l’auteur, d’un historien protestant contre le symbolisme pur de ses coreligionnaires.
[93]N.d.T. — La généalogie est exacte : Jean Scot Érigène (IXe siècle) — que la controverse confond souvent avec Ratramne de Corbie —, puis Bérenger de Tours († 1088), les pétrobrusiens (disciples de Pierre de Bruys), les henriciens et les albigeois. Sur le fond, il est d’équité de distinguer : Luther confessait la présence réelle (consubstantiation — l’auteur le reconnaît honnêtement au sixième argument) ; c’est la lignée de Zwingli — la cène pur mémorial — que vise proprement ce chapitre, et qui dominait les missions évangéliques d’Égypte ; Calvin tenait une voie moyenne (présence spirituelle et réelle). La doctrine copte orthodoxe confesse le changement véritable du pain et du vin au corps et au sang, sans imposer le vocabulaire scolastique de la « transsubstantiation ».
[94]N.d.T. — L’auteur cite ici — arme prise à l’adversaire, une fois de plus — la célèbre Histoire de la Réformation de Jean-Henri Merle d’Aubigné (1794-1872), historien protestant de Genève (le nom se lit « Merle Robinia l’Anglais » dans l’édition arabe), qui rapporte la déclaration de Luther contre Zwingli et les sacramentaires — écho du colloque de Marbourg (1529), où Luther écrivit à la craie sur la table : Hoc est corpus meum.
[95]Note de l’auteur — Voyez le chapitre du jeûne dans la première partie du recueil, les innovations papistes (notre chapitre XVI), où les preuves sont exposées.
[96]N.d.T. — Tout ce chapitre est bâti sur des aveux : Mosheim l’historien luthérien, une histoire ecclésiastique protestante imprimée à Malte — les presses missionnaires anglaises de Malte fournissaient l’Égypte en livres arabes —, le Parfum des âmes (Rīḥānat an-nufūs) et le Dévoilement des ténèbres (Kašf aẓ-ẓalām), ouvrages de la littérature missionnaire protestante de langue arabe : l’auteur enferme ses adversaires dans leurs propres livres, selon la méthode qui court d’un bout à l’autre du recueil.
[97]N.d.T. — Les pièces sont identifiables, à travers la source arabe de seconde main : la première citation de Luther est sa fameuse lettre au duc Albert de Prusse (1532) sur la présence réelle ; les remords (« Malheur à moi… l’écolier contre son maître ») viennent de ses confidences sur ses combats intérieurs, souvent alléguées par la controverse d’après l’édition de Walch ; Mélanchthon écrit bien, à maintes reprises, que le consensus des anciens est une autorité seconde après l’Écriture ; et « Gerhard Molanus » — l’abbé luthérien de Loccum (1633-1722), grand artisan des tentatives d’union — invoque en effet Georges Calixte, Horneius et Martin Chemnitz, théologiens luthériens qui firent leur place aux traditions. Le médecin « Cranon » de l’édition arabe est sûrement Johannes Crato von Krafftheim (1519-1585), médecin de trois empereurs et correspondant intime de Mélanchthon : la « lettre à Craton » sur l’accord des anciens est un classique de la controverse catholique.
[98]N.d.T. — Suit, dans l’édition arabe, une annonce de l’éditeur (dernières séries des Sermons modèles du père Boulos Bassili), non traduite selon la règle du présent volume.
[99]N.d.T. — L’équité note que la doctrine protestante ne nie pas la prière des saints du ciel (Ap 8 l’atteste), mais refuse qu’on la leur demande, au nom de l’unique médiation du Christ (1 Tm 2, 5) ; l’Orient répond, comme ici, que l’intercession des amis de Dieu ne concurrence pas la médiation du Rédempteur — elle en vit, comme la prière que les chrétiens se demandent les uns aux autres dès le Nouveau Testament. On notera que 2 R 6 (les secrets du roi d’Aram) concerne Élisée, que le fil du texte joint à son maître Élie.
[100]N.d.T. — Léon III l’Isaurien, empereur de Byzance (717-741), engagea la querelle iconoclaste vers 726 ; les scènes de cruauté rapportées ici appartiennent surtout au règne de son fils Constantin V, tel que le dépeignent les chroniqueurs iconodoules. La théologie de l’icône que déploie ce chapitre — l’honneur rendu à l’image remonte au prototype — est celle de saint Basile (Sur le Saint-Esprit, XVIII, 45) et de saint Jean Damascène ; l’auteur, notons-le, la défend sans invoquer le deuxième concile de Nicée (787), postérieur à la séparation de son Église d’avec Byzance : l’argument copte se tient tout entier dans l’Écriture et l’usage ancien.
[101]Comp. — Saint Étienne le Jeune, higoumène du mont Saint-Auxence près de Nicomédie, martyrisé en 765 sous Constantin V ; l’épisode du denier impérial foulé aux pieds est le morceau le plus fameux de sa Vie. L’« objection du roi » que réfute le saint est mot pour mot celle que l’auteur prête aux protestants de son temps.
[102]N.d.T. — Le « Guide des étudiants » (Murshid aṭ-ṭālibīn ilā l-kitāb al-muqaddas) est un manuel biblique… protestant, publié par la mission américaine : encore un renvoi de l’auteur aux livres mêmes de ses contradicteurs.
[103]Comp. — Tertullien, De la couronne du soldat (3-4) — le texte classique, cité partout, sur le signe de croix « à chaque pas et à chaque geste » et sur la tradition non écrite qui le fonde.
[104]N.d.T. — L’argument se referme avec une élégance polémique : le mot « doctrines des démons » (1 Tm 4, 1-3), que les protestants du temps de l’auteur jetaient contre le monachisme, vise dans le texte de Paul ceux qui interdisent le mariage — ce que l’Église, précisément, anathématise (canon apostolique 51, déjà cité au chapitre XX) ; la virginité chrétienne, elle, n’interdit rien : elle choisit. C’est l’exégèse constante des Pères contre les encratites.
[105]N.d.T. — Ces « aveux » sont le morceau de résistance de toute l’apologétique antiprotestante du XIXe siècle, colligés notamment par les controversistes catholiques que suit l’auteur. Les phrases citées ont des répondants réels dans l’œuvre de Luther — les plaintes sur l’avarice et l’ingratitude des évangéliques, sur le relâchement des mœurs depuis la prédication de l’Évangile, abondent dans ses sermons et ses Propos de table, et Mélanchthon a bien écrit que l’Elbe ne suffirait pas à ses larmes —, mais ils sont ici découpés et cousus à charge, sortis du genre littéraire de la prédication pénitentielle où Luther tançait les siens. Le lecteur les recevra comme pièces de controverse, non comme bilan historique.
[106]N.d.T. — Deux témoins anglais, choisis avec bonheur : Mrs E. L. Butcher, The Story of the Church of Egypt (Londres, 1897), qui vécut en effet vingt ans en Égypte, et — le nom se lit « Mister Butter » dans l’édition arabe — Alfred J. Butler, l’auteur des Ancient Coptic Churches of Egypt (Oxford, 1884), l’ami le plus fameux de l’Église copte parmi les savants anglais. La page sur les murailles d’espérance des églises coptes, sans enfers ni squelettes, est l’une des plus célèbres qu’on ait écrites sur l’art copte.
[107]Note de l’éditeur (édition arabe) — L’Église des Abyssins était ferme dans l’orthodoxie comme le roc ; et quand elle fit défection, dans les dernières années, il lui en advint ce qu’il lui en advint : guerres, disette et sécheresse, et le communisme entra dans son pays avec tous ses maux. [ L’higoumène Boulos Bassili écrit après 1974 ; l’Église éthiopienne, devenue autocéphale en 1959, demeure en pleine communion de foi avec le siège copte. — N.d.T. ]
[108]Annonce du pape François le 11 mai 2023, lors de la visite de Tawadros II à Rome pour le cinquantenaire de la déclaration de 1973 ; les Vingt et Un, égorgés en Libye le 15 février 2015 et canonisés par l’Église copte dès le 21 février 2015, sont inscrits au Martyrologe romain à la date du 15 février, et une première commémoraison conjointe a eu lieu au Vatican le 15 février 2024.
[109]Décision du Saint-Synode copte du 7 mars 2024, à la suite de la déclaration romaine Fiducia supplicans (18 décembre 2023) ; reprise du dialogue annoncée le 22 mai 2026, après la lettre du pape Léon XIV à Tawadros II du 4 mai 2026 et les assurances données sur la non-bénédiction des couples de même sexe.
[110]Le cardinal Koch, présentant le document de 2024, relevait que la prérogative définie en 1870 n’a été « mise en œuvre qu’une seule fois » depuis lors (1950).
[111]Les tables d’argent du symbole sans addition, offertes par Léon III à Saint-Pierre, sont rapportées par le Livre pontifical (Vie de Léon III) ; l’entrée du symbole chanté avec l’addition dans la messe romaine, au couronnement de l’empereur Henri II (1014), est rapportée par Bernon de Reichenau (Sur l’office de la messe, 2). Le différend, ainsi ramené à sa vraie mesure, a été largement reformulé : Rome confesse aujourd’hui la monarchie du Père — cela même que le Saint défendait. Demeurent le statut des conciles latins, jamais déclassés, et la présence du mot dans le Credo latin ; de tous les chapitres de ce livre, celui-ci est peut-être celui où la requête du Saint a été le plus près d’être exaucée.
[112]Didachè 7, 1-3, trad. fr. des Sources chrétiennes (SC 248) ; le texte figure également sur Coptipedia.
[113]Les pièces du dossier historique : Hippolyte de Rome, la Tradition apostolique, 21-22 (bain, onction par le prêtre, puis imposition de la main et onction par l’évêque) ; Cyprien, Lettre 73, 9 ; et surtout Innocent Ier, lettre à Décentius de Gubbio (19 mars 416), qui réserve à l’évêque la consignation du front avec le chrême — texte fondateur de la discipline latine, contemporain de la discipline orientale de délégation. Le décret Orientalium Ecclesiarum (1964) dispose que « la discipline concernant le ministre du Saint-Chrême… sera pleinement rétablie » (n. 13), et que « tous les prêtres orientaux peuvent administrer validement ce sacrement… à tous les fidèles de quelque rite que ce soit, sans exclure le rite latin » (n. 14). Le code des Églises orientales catholiques (1990) a fait passer cette restauration en droit : les canons 694-696 prescrivent la chrismation des nourrissons par le prêtre, conjointe au baptême — ce que la note du volume signalait déjà. L’Église latine, pour sa part, garde sa discipline propre : confirmation à l’âge de raison (canon 891), l’évêque en étant le ministre originaire (canon 882). Deux régimes coexistent donc aujourd’hui au sein d’une même communion.
[114]Le rétablissement de l’ordre ancien de l’initiation (baptême, confirmation, eucharistie) est engagé depuis les années 1990 dans plusieurs diocèses latins, notamment d’Amérique du Nord ; le document de la commission mixte sur les sacrements (2022) range les trois sacrements dans l’unique initiation chrétienne. Le traducteur propose donc humblement ceci : que les deux Églises confessent ensemble que les trois sacrements de l’initiation forment un seul don dans un seul ordre — le bain, le sceau, la table, comme les décrivent les Catéchèses mystagogiques de saint Cyrille de Jérusalem — ; que l’enfant baptisé et marqué du chrême n’a besoin d’aucun autre titre pour recevoir le pain de la vie : « laissez les petits enfants venir à moi » (Mc 10, 14 ; cf. Jn 6, 53, qu’alléguaient Augustin et Innocent Ier) ; et que là où une Église diffère, pour instruire, le sceau et la table, ce délai soit confessé comme pédagogie, non comme refus de la grâce — et garde du moins l’ordre du mystère. Ainsi la coutume copte serait reconnue pour ce qu’elle est, la pratique ancienne de l’Église indivise ; et la discipline latine, invitée non à s’abolir, mais à se souvenir.
[115]La recommandation de Chambésy (1993) sur la levée des anathèmes n’a pas été reçue synodalement par l’ensemble des Églises des deux familles ; la déclaration de 1973 et l’accord de 1988 engagent, eux, les sièges de Rome et d’Alexandrie.
[116]Déjà à Ferrare-Florence, où le purgatoire fut le premier sujet débattu (1438), les Grecs admettaient une purification d’attente en refusant le feu créé ; la bulle d’union parle de « peines purificatrices » sans trancher sur le feu — signe que le différend fut toujours plus étroit que la polémique.
[117]Le règlement copte du statut personnel de 1938 admettait plusieurs causes de divorce ; le saint-synode présidé par le pape Chenouda III les a réduites en 2008 au seul adultère, l’apostasie rompant le lien par elle-même.
[118]Précepte de la Congrégation pour les Églises orientales approuvé par le pape François et publié en novembre 2014, levant pour la diaspora (Amériques, Australie) les restrictions imposées au clergé oriental marié par les instructions de 1929-1930.
[119]L’accord pastoral du 5 avril 2001 entre les patriarcats copte orthodoxe et grec orthodoxe d’Alexandrie porte reconnaissance mutuelle du sacrement du mariage célébré dans l’une ou l’autre Église ; il ne s’étend pas aux mariages hors des Églises.


